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ladytherapy
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9 juin 2005

Vos mensonges

J'ai envie de mettre vos mensonges sur mon blog. J'ai envie de vous épingler méchamment avec des petites punaises et que tout le monde voie ce qui se passe. Tout ce que vous dites.

J'ai envie de crier la vérité partout ! J'ai envie de rugir et de pleurer sans faux-semblant et sans mystère. Je voudrais mettre à nu tout ce qui arrive d'un grand coup d'ongles.

Je voudrais hurler mon humiliation. Chaque mensonge de plus est une injure.

Je vous hais d'exister tels que vous êtes au moins autant que vous me reprochez d'être qui je suis. Au moins. Je voudrais vous cracher à la figure toutes les vérités du monde, les utiles, les inutiles, tout ce qui pourrait vous faire mal, tout ce qui pourrait vous faire du bien. Je voudrais juste une fois pouvoir dire ce qui se passe. Juste crier à la face du monde ce que vous ne dites pas.

Je veux écorcher vos mensonges et les voir ruisseler de sang à mes pieds.

Mais pire encore, encore plus que vos mensonges, je hais vos vérités quand je les apprends sur le tard. Quand on me les dit au moment où on est sûr que ça va m'anéantir.

Je hais la face du monde pour ne rien voir, et la minorité de gens qui regardent dans ma direction, je les hais même d'être impuissants et de me témoigner leur affection.

Et puis, bien-sûr, je me hais de penser que je mérite tout ça.

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23 octobre 2004

On n'a que ce qu'on mérite

Si quelqu'un a déjà ressenti cela dans l'assistance, qu'il se lève et me dise comment il en est venu à bout. J'ai l'impression que le moindre petit os en moi est brisé. Je n'arrive même pas à respirer. Sur ce coup-là, ma vie me fait trop mal, je ne peux plus.

Ouais, ouais, je sais : pas bien. Mais sérieusement, j'ai quelle autre alternative ? Je ne cesse d'y penser depuis hier. J'avais juré de ne pas remettre les pieds chez mes parents, quoi qu'il m'en coûte. J'avais juré de ne pas laisser tomber Lord T. J'avais juré que je ne laisserai pas la personne la plus importante de ma vie disparaître comme ça. Et pourtant, me voilà à fuir ce que j'aime et retourner auprès de ceux qui m'ont fait mal si longtemps (et qui ne s'en rendent même pas compte). Ok, la décision n'est quà moitié prise et je n'ai rien fiat en ce sens, mais j'en suis à un stade où je ne vois rien d'autre. Un peu obsédée par cette idée, finalement, de retourner chez mes parents et de nous faire un remake de la petite maison dans la prairie. Tout en sachant pertinnement que même si je repartais là-bas, ça ne se passerait pas comme ça.

A ce niveau de ma réflexion, je sens poindre la question du mérite. Gravée en moi, pyroimprimée à même mon cortex, j'imagine, la notion qu'on a ce que l'on mérite (et qui accompagne bien souvent le discours des gens qui tentent de vous rabaisser, il est vrai). Peut-être bien que je ne mérite que cela. Que mes parents me mettent à terre, que je ne sache pas m'en relever suffisamment pour épargner celui que j'aime, et qu'à son tour il me brutalise verbalement (et hier un bon bourre-pif), peut-être que tout cela n'est pas dû au hasard, à la malchance. Ce serait quand même bizarre que les pires maux de cette hémisphère s'abattent sur moi comme ça. Il y a forcément une raison.

Quand le monde n'a plus de sens, il paraît quelque part logique d'imaginer que c'est de ma faute. La voix qui dit en moi que je n'ai rien fait de mal est à peine audible. C'est, après tout, ce que pensent les gens qui se déresponsabilisent de leurs méfaits. Peut-être que dans le fond, je ne suis pas une personne bien, quoi que j'en dise. Peut-être qu'après tout, j'ai mérité ce qui m'arrive depuis près de 23 ans maintenant. C'est trop facile d'attribuer ça à la malchance, vous ne trouvez pas ?

20 novembre 2004

C'est amusant comme le passé est présent

Depuis combien de temps n'avais-je plus été contrainte de me retrouver seule avec ma souffrance ? Chaque fois que je vis dans la douleur, je sais qu'il est une période où je ne peux que me confronter à elle. Où le reste se retire comme la mer, sans crier gare.
J'ai pourtant à chaque fois l'impression de découvrir tous ces sentiments. Je ne m'habitue jamais. Pourtant, si mon existence doit toujours être jalonnée de ce genre d'épreuves, il serait bon que je devienne rôdée à cela.
Rien dans mon quotidien n'a changé. Je passe toujours mes journées dans la solitude. Je tente de m'occuper, mais je ne trompe pas l'ennui - seulement moi. J'alterne les heures où je crée du bruit, et le besoin d'un silence profond, mais ni l'un ni l'autre ne sont capable de me satisfaire.
Je me heurte à ma douleur en permanence. Ma respiration est lente, difficile. Mon corps se soulève, s'écarte, je m'attends à tout moment à entendre craquer ma carcasse en un bruit sourd et funeste, tant j'ai l'impression que cette respiration manque de naturel. Ce n'est pas une respiration de vie, de toute évidence. Quelle ironie que d'avoir l'impression que mon corps soit trop petit pour tout cela ! J'ai l'impression de dépasser mes propres frontières en permanence, d'atteindre ce qu'il ne devrait pas être humain d'effleurer. Tout semble rompu en moi, jusqu'à mon coeur qui me fait l'effet d'être ficelé, et dont lesl iens se serrent de plus en plus. Je m'attends à le sentir se liquéfier en moi sous l'effet de la pression.
Tout semble brisé. Mes désirs, mes rêves, mes espoirs. Surtout mes espoirs. Ce que jusque là je n'avais jamais perdu, ce qui me faisait continuer. Aujourd'hui tout est en miettes en moi? Je ne me sens capable de rien, pas même de pleurer. La lumière, l'obscurité, la musique, le silence, de jour comme de nuit : je ne trouve plus ma place. A chaque jour qui passe son lot -voire plus- de douleurs, de déceptions. Un cruel sentiment d'échec. La peur. Et l'omniprésence de la mort. A chacun de ems gestes ou de mes regards, je vois des façons de mourir, ou je viens à penser qu'il n'est pas d'autre issue. C'est un combat contre moi-même à chaque seconde. Et je en sais même pas au nom de quoi je le livre. Ma vie semble être arrivée à son terme. J'ai la conviction d'avoir vécu toute une vie d'épreuves, et ceux que je vois, si tant est que je voie quelqu'un, semblent en permanence me prouver que je n'ai jamais eu une vie normale et saine, et que jemais je ne pourrai accomplir le miracle de recoller ce qui est brisé en moi. Tant de jeunesse, de bonheur et d'insouciance autour de moi. Et ma vie qui confirme ma particularité, qui parle pour moi. Je n'ai jamais été, et ne serai jamais comme eux : ni jeune, ni heureuse, ni insouciante. Pas après avoir vu le spectacle honteux de mon corps convulsé par les larmes pendant des heures. Je sais que jamais je n'atteindrai cela. J'ai déjà tout gâché. Je peux tenter de recontruire ma vie, j'ai déjà réussi, après tout, à tout reprendre de zéro, à planquer mes blessures au regard des autres, et à aller de l'avant. Je n'arriverai pas, par contre, à me reconstruire. Je me sens brisée dans tout mon être, avec la vague intuition de n'avoir jamais été aussi loin. Quelque chose en moi sait qu'il ne cicatrisera plus. Pas après avoir été blessé tant de fois.
Déjà je sens mon coeur se fermer, être rebuté par les autres. Leur simple existence me semble être une insulte, une attaque personnelle supplémentaire. Je en suis plus capable de m'attacher à qui que ce soit, et tout ce qui semble avoir été important un jour s'enfonce dans la zone, non pas de détestation car ce serait trop beau et trop humain, mais de neutralité la plus complète.
Rien d'autre n'a d'importance que cette situation qui me ronge, pourtant je n'ai plus la force du moindre geste envers moi-même.
Tout ce qui était vivant en moi glisse vers la mort, bien avant une quelconque concrétisation. Et la seule chose que je sois capable de ressentir, est le regrêt de perdre quelqu'un que j'ai toujours cru passioné, vivant, louable, et captivant.
Je suis à la fois perdue dans cette mêlée de sentiments, et profondément étrangère. Ce qui a un rapport avec la défunte n'a plus d'attrait. De nombriliste et focalisée sur mes émotions, je deviens détachée et froide. Il m'a fallu plus de deux heures pour prendre ma plume, et plus d'une encore pour écrire ceci. Je suis, petit à petit, incapable de m'intéresser à moi. Ce qui est la pire chose qui pouvait m'arriver : je sais que personne ne le fera pour moi. L'an passé l'a démontré.
Ce qui meurt en moi ? Tout ce qui à mes yeux faisait mon intérêt : mon esprit volubile et acéré, ma passion dans tout ce que j'entreprenais, mon envie folle d'aller vers l'amélioration, macapacité à mettre mon coeur sur la table au vu et au su de tous, en invitant chacun à y prendre part. Tout ce qui était moi disparaît dans le néant et je me sens creuse. Sans même ressentir l'urgence qu'il y a à y remédier. Je me décompose et hormis constater, je ne suis plus capable de rien.
Mes soi-disant projets d'avenir suscitent à peine un rictus cynique. Je suis sensée vouloir réparer tout ça. J'ignore complètement ce qui est sensé m'en donner le goût et la force, y compris en moi-même. Plus de 22 ans de survie minable m'ont appris que rien n'allait jamais s'améliorant.
Je regarde fuir ma vie et je me dis qu'il faudrait peut-être la retenir, mas je ne trouve plus aucune raison de le faire. Comme si j'avais la certitude (ce doit bien être la dernière) que d'ici un an ou deux, mes nouvelles douleurs me feront regretter ma persistance.

PS : Note rédigée sur un forum le 14 septembre dernier... et toujours cruellement d'actualité.

24 mai 2005

Mon suicide

Ces derniers temps on dirait que je repense plus souvent à ma tentative de suicide... peut-être parce que, le 30 mai, ça fera très exactement 5 ans.

Ou peut-être pour une autre raison ?

Ce ne sera pas vraiment un jour de gloire. Survivre à une tentive de suicide pour y repenser 5 ans plus tard : la vie 1 ; lady 0.

Des fois on ne sait tout bonnement pas la chance qu'on a. Il y a cinq ans je me lamentais de n'avoir ni avenir ni personne auprès de moi. Me voici en 2005 dans la même situation, un toit en moins puisque Mirador ne songe qu'à une chose, m'expatrier au plus vite, et que tout le monde préfère le confort de ma grand'mère à ma survie. Il y a cinq ans je pensais que les choses ne pourraient pas être pires ; je voudrais revenir 5 ans en arrière, me taper sur l'épaule, me fixer droit dans les yeux et m'asséner un massif : "Si."

Survivre était-il une bonne idée ? Ce n'est certes pas le moment de se le demander. A l'époque tout le monde me disait que la vie était belle et que tout s'arrangerait pour moi... au moins ça réconfortait ceux qui avaient besoin de le dire, je regrette juste que la prophécie ne se soit pas accomplie.

C'est vrai qu'il y a deux ans, on aurait pu penser que j'étais sur la bonne voie. J'allais obtenir mon diplôme, j'avais un homme dans ma vie, des copines, une certaine notoriété dues à mes gribouillages et mon goût du bon mot (si possible cinglant), mes profs m'avaient à la bonne et ma tutrice aussi.

Je me souviendrai toujours des mots que ma tutrice a échangés avec l'une de ses collègues à mon propos. Je venais d'obtenir mon diplôme, j'allais déménager avec mon homme (Lord T, ah, ce sacré Lord T), et elle a écrit dans un mail "elle est arrivée parmi nous, elle n'avait que des problèmes ; aujourd'hui elle a un diplôme, quelqu'un dans sa vie... la vie est bien faite."

Je serai mortifiée de vous revoir aujourd'hui.

On pouvait penser qu'il y avait une Justice à l'époque. D'ailleurs ça aurait du être vrai. Pourquoi ça a foiré ? Ok, question inutile, je me la reposerai lorsque j'aurai les pieds au sec. Pour le moment il faut que je me concentre sur le raz-de-marée prêt à m'engloutir. Est-ce qu'on peut éviter un raz-de-marée ? J'ai l'impression de courir vers la plage, la vague dans le dos, depuis 5 ans. Pendant combien de temps vais-je réussir à courir plus vite que la vague ? Je fatigue légèrement quand même. Je ne suis plus aussi jeune qu'il y a cinq ans, je ne sais plus espérer que ça va s'arranger.

Quand je me relis ça et là, je réalise que je ne crois plus aux bonnes surprises. C'est mauvais signe. Je ne crois plus en l'espoir. Je ne pense pas sincèrement que ça puisse s'arranger. A vue de nez, ça fait un an que je n'y crois plus. Et ce que je touche avec ces mots n'est pas des plus plaisants. On appelle ça le désespoir. C'est vilain. Le mot est vilain. L'idée est vilaine. Tout ça est ignoble. Si je ne crois plus que quoi que ce soit puisse aller mieux, qu'est-ce que je fais là, exactement ?

Je vous avais prévenus, le bilan n'est pas gai.

La vérité c'est que je n'ai même pas les moyens financiers de poursuivre une recherche d'entreprise digne de ce nom. Je n'ai pas de quoi payer les timbres pour envoyer mes CV. De toutes façons, je n'aurai pas de quoi me payer une carte orange pour aller aux éventuels rendez-vous alors à quoi bon ? Et de toutes façons je n'ai même pas les moyens d'emmener mon costard à la laverie alors comme ça... eh ouais, même pas 7 euros devant moi.

Mon école ne me donne pas de nouvelles : ça ne m'étonne même plus. C'est normal quand tout va mal. C'était déjà très étonnant que je sois admise dans cette école. Oh, ça ne les engage à rien tant que je n'ai rien signé avec mon entreprise...

Défaitiste, moi ? Vous ne le seriez pas, peut-être ? Franchement je me sens usée au dernier degré.

Ce soir j'ai visité quelques sites. Ca faisait du bien de les lire. Même si je sais depuis longtemps tout ce qui y est écrit.

Je me suis disputée par mails interposés avec mes parents, à cause de cet appartement qu'ils ont voulu acheter en toute hâte, pour se débarrasser, comem si c'était un fardeau, comme si je les avais obligés. Et quand ils se rendent compte qu'ils ont fait une connerie, ils se tournent vers moi, ce serait presque ma faute. Je n'ai pas le droit d'être déçue, je n'ai pas le droit d'être insatisfaite de l'état des choses, je n'ai pas le droit de penser que ça va de mal en pis. Comme si je les avais obligés. Comme si je leur avais demandé. Ce sont eux qui se proposent et quand ça va mal parce qu'ils ont mal fait leur compte, soudain je devrais me sentir honteuse.

Ils auraient pourtant pu le prévoir, qu'il y aurait des soucis. D'abord, quand on achète un appart à 50 000 euros, on le visite. Je ne veux pas dire qu'ils ne l'ont pas vu, non. Juste qu'ils semblent avoir entrebaillé la porte et pensé "bon bah, c'est un appart. On prend". Ils ont regardé l'appart 5 mn et n'ont même pas visité la cave. Un peu plus tard, au téléphone, ils me disent "il parait qu'il y a une cave"... Attends, c'est pas le même prix avec et sans : tu vérifies, non ? Non-non. Et tant qu'à vérifier la cave, ils auraient remarqué qu'il y a eu une inondation de sous-sol. Et là ils se seraient peut-être dits "bizarre qu'aux réunions de co-propriété ils n'aient pas voté des travaux pour réparer les dégats de l'inondation". Et là ils auraient posé la question et auraient appris qu'il n'y a pas eu de réunion de co-propriété depuis 1998 et donc, aucun travaux ni de réfection, ni de traitement anti-termites, alors que la commune rend obligatoire le traitement annuel. Et là ils auraient évité un investissement financier et temporel important. Non. Il fallait se débarrasser de lady. Il fallait en finir. Quel fardeau. Deux mois de recherches. Cette fichue lady qui nous pourrit la vie. C'est simple pourtant, il suffisait de faire attention à ce qu'ils achetaient au lieu de dire "oui" sans regarder pour se débarrasser. Je sais pas pour vous mais quand je débourse 50 000 euros... bah... je regarde si ça les vaut. Je fais attention.

Je dis ça, je les ai pas les 50 000 euros (apparemment, eux non plus à présent), mais c'est pas trop dur à s'imaginer.

Et après je me fais faire du chantage affectif parce que c'est le bordel ; ils me disent qu'ils ont des problèmes, des frais : eh, c'est ma faute ? Je n'ai rien demandé moi !!!

Il y a quelques mois ils m'ont proposé de l'aide, en me disant que c'était parce que j'étais toujours leur fille, qu'ils allaient m'aider, que j'étais dans une mauvaise période et qu'ils voulaient me donner un coup de pouce pour m'en sortir. Et je me suis dit, tant qu'à faire ! Autant accepter l'aide qu'on m'offre ! Tout ça pour en arriver là ! De Charybde en Scylla, et il faudrait que je ne fasse montre que de la plus grande joie ?

Bref, c'est la débâcle un peu plus à chaque seconde que je m'autorise à respirer.

Est-ce que tout ça va jamais finir ?

Certains soirs on voudrait juste avoir du cran.

Ce soir, je voulais envoyer un appel de détresse à quelqu'un. Même si je sais d'avance qu'elle ne le comprendra pas.

18 février 2005

Petite histoire de dignité humaine

Je suis là, à la gare routière, à attendre que mon bus m'amène d'ici à là, quand la conversation de mes voisins me fait comprendre qu'à deux pas, un couple d'adolescents s'envoie en l'air, coincé entre l'abribus et le mur.

Quelques minutes passent.

Une jeune femme marche à quelques pas d'eux, soudain réalise, et baisse les yeux, plus par instinct, comme l'on baisse le regard en passant devant un SDF. Pas vraiment par gêne. Juste par réflexe.

N'y a-t-il pourtant là rien de choquant ? Ne devrait-on pas alors rougir, bafouiller, se prendre les pieds entre les pavés disjoints...? Quelque chose ! Juste trouver troublant que deux êtres aient si peu d'estime pour eux-mêmes et pour l'autre qu'ils aient satisfait leur désir là, sur le trottoir, alors que la nuit de février tombe sur les grises rues de cette ville de banlieue. Juste s'inquiéter du peu de dignité qui émane de la situation.

Traitez-moi de ce que vous voudrez mais ce faisant, les deux jeunes gens ne se regardaient même pas : le regard dans l vide, l'un derrière l'épaule de l'autre, ils semblaient juste... attendre.

Dés lors, qui osera me blâmer de préférer les purs horizons imaginaires ?!

PS : sur Biyûden - Kaccho ii ze JAPAN (mais uniquement parce que je l'aime bien, pas parce qu'elle est dans l'état d'esprit)

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6 novembre 2004

Soirée de gala !

Je n'arrive pas à dormir. Ok, vous me direz "et alors ? quoi de nouveau ?". Et vous n'aurez pas tort...

Cet après-midi, j'ai eu le malheur de penser à quelque chose qui désormais me hante. C'est que s'il a quelqu'un d'autre... il couche forcément avec. Et aussi ridicule que ça paraisse dans la situation actuelle, cela me fait de la peine. J'ai beau toucher le bout de mon nez et sa nouvelle cicatrice en forme de U (ou de C, après tout...), rien à faire : la pensée d'une autre est insoutenable.

Pourquoi cette idée s'est-elle emparée de moi ? Parce que ce soir est nuit de gala pour l'école de Lord T, et que... allez, on sait ce qui se passe dans ce genre de cas. Non ? Bon, je résume : vous prenez un mec désoeuvré qui n'a pas pu tirer son coup depuis bientôt deux mois (à ma connaissance), qui est convaincu de ne plus croire en l'Amour (comme si tout le monde y croyait dur comme fer après pareille rupture... quoi ? Moi j'y ai cru tout de suite ? Ah non mais c'est pas pareil, je suis une grande utopiste ! Et puis rappelez-vous je n'ai personne d'autre à aimer), qui plus est, qui ne sort ni ne boit jamais, une fête orgiaque comme son école en prépare avec brio et où l'alcool coule à flot, et vous avez un chasseur prêt à se trouver une proie nocturne. Oh, inutile que ça dure plus que la nuit, je le connais : l'essentiel pour lui est que l'illusion soit parfaite. Qu'il s'auto-convainque qu'il est tiré d'affaire. Qu'il ne souffre plus. Qu'il est allé de l'avant.

Donc bien-sûr, l'idée s'est insinuée en moi, et ne me quitte plus. Voilà, merci, si c'est le seul genre de chose qui rester avec moi, je m'en passerais !

Je suis bonne joueuse, allez ! Je prends les devants. Je dis à Lord T : écoute, tu es chez toi aussi, si jamais ce soir tu veux ramener quelqu'un, ma porte sera fermée, je serai douchée de bonne heure, je ne verrai rien, soyez juste un peu discrets, d'accord ? Et si tu rentres seul ou que tu te prends un râteau, je serai là avec les épisodes d'ALIAS que tu as manqués...

Bien-sûr, j'uarais pu me taire. Des fois qu'il n'y ait pas encore pensé, voilà chose faite. Mais j'ai trouvé que c'était plus correct de poser la chose maintenant. Je n'aime pas l'idée qu'il se cache (ça dénoterai de pensée plutôt malsaines non ?), j'aime encore moins l'idée de lui sautant n'importe quelle gonzesse dans un recoin sombre ou à l'arrière d'une bagnole (je les connais, lui et ses regrets...), et je crois que tant qu'à ce que cela se passe, autant que je puisse en faire le deuil illico presto. Et puis, quoi ? Je ne suis pas mauvaise, s'il passe un bon moment autant qeu ce soit en de bonnes conditions, chez lui, dans des draps (à peu près) propres, avec ce qu'il faut où il faut.

Enfin, non, des préservatifs, yen a plus. Je les ai tous récupérés. Quoi ? Oui, bien-sûr qu'il y a une autre raison que le fait que je sois complètement déglinguée ! C'est que... ce sont les derniers. Ah je ne sais pas comment vous expliquer ça, j'ai ressenti le besoin impérieux de mettre la main dessus et de les garder pour moi. Pour me souvenir. Ce peut paraître un peu bizarre mais la dernière fois ça avait très bien marché, pour Gingerbear. Je les ai gardés dans un coin, sans y toucher, juste de les savoir là, et puis quelques temps plus tard je les ai ressortis à une autre occasion, et j'ai su comme ça que le deuil était fait. Et comme je riais de voir la date de péremption dépassée, ça m'a fait du bien et j'ai su que j'allais respirer à nouveau. Allez comprendre.

Après tout, si mes précédentes dépressions m'ont bien appris quelque chose, c'est qu'aussi bizarre ou anodin que ça paraisse, c'est par là que passe la guérison. Je fias mes provisions pour quand je pourrai guérir.

Me voilà donc, encore éveillée, à guetter le bruit dans l'entrée. Cet aspect-là, en effet, ne m'apporte pas grand'chose de positif. Mais, bon, il faudra de toutes façons passser par là, savoir qu'une autre le touche, ou le touchera, dans avenir proche, surtout le ocnnaissant, et que plus tôt je saurai vivre avec ça, plus tôt je n'aurai plus besoin de l'accepter.

Et puis, je ne sais pas, j'ai aussi eu la sensation qu'il fallait que ce soit dit, notamment la partie "et moi je serai là". C'était nécessaire quelque part au fond de moi et un jour je comprendrai sans doute pourquoi. Peut-être parce que je veux qu'il garde à l'esprit que je resterai telle que j'ai toujours été, fidèle à mes convictions quoi qu'il en pense, et puis aussi, c'est très possible, afin d'avoir l'impression d'avoir le beau rôle. De temps en temps, il faut aussi que je pense du bien de moi et de mes actions. C'est comme ça, voilà tout. Je sens cela comme nécessaire. Lui réaffirmer que je ne laisse pas tomber, que je suis là s'il a besoin d'une copine avec qui rigoler devant ALIAS ou autre, ça me rassure sur l'état de mon coeur. Je ne suis pas fermée. Je ne suis pas aigrie. Je suis juste blessée. Mais pas morte. Quelque chose en moi vit encore, qui est capable d'être bon et aimant. Voilà aussi, ce que tout cela voulait dire.

J'ai l'impression, à travers cette douleur, de faire d'extraordinaires progrès.


PS : Rédigé en écoutant Faults feat. Toni Halliday - Acid Android. Vous pouvez télécharger gratuitement le clip de cette chanson sur mon site Teruki Paradise, rubrique "Divers Jpop", et n'oubliez pas de suivre le Mode d'Emploi pour bien comprendre comment procéder... Voyez, chuis pas comme ça.

11 janvier 2006

Peau de bête

Il y a quelques semaines encore, je me demandais comment je ressortirais de cette période de ma vie. Non pas un questionnement sur le moyen (je sais bien, allez, depuis le temps, comment ; je n'y arrive juste pas) mais plutôt sur l'état. Je me demandais dans quel état je serai une fois cette période derrière moi, aussi bien mentalement (quelles séquelles) que même physiquement. Pendant longtemps j'ai craint d'être mortifiée et pleine de cicatrices, de causer quelques dommages, bien contre mon gré notez bien. Et puis... sans raison, d'ailleurs, du moins sans raison apparente... je me dis que peut-être que les choses reprendront leur place. Avec le temps. Quand des solutions auront enfin atténué la catastrophe. Forcément, les blessés couverts de sang ont l'air à l'article de la mort. Mais une fois les premiers soins apportés, et le plus gros nettoyé et pansé, on peut respirer et attester que rien d'irréparable n'est arrivé. Pas trop.

Depuis quelques jours, j'ai le vague sentiment de comprendre ce que ressent un serpent. Je me suis écorché la peau contre les aspérités du terrain, je me suis trainée sur plusieurs mètres, j'avais l'air lamentable et d'ailleurs je me lamentais, la douleur était sans nom... et puis, j'ai beau ne pas être arrivée au bout, je crois bien que j'opérais juste une mue. Je ne l'ai pas voulue, je n'ai rien contrôlé ou presque, et puis finalement je commence à me retrouver sur les quelques centimètres dénudés et brillants : ma nouvelle peau ressemble à l'ancienne, mais elle est plus solide, et à ma nouvelle taille. La majorité de mon corps n'est pas encore sortie du tunnel gluant, j'ai l'air encore piteuse mais je commence à reconnaître la forme.

C'est moi !

Je me redécouvre dans le miroir. Mais où étais-je passée ? Ca fait un bail. Je me ressemble à nouveau. Je devine comment et pourquoi les changements se sont opérés. Mais je me ressemble à nouveau et tout finira par aller bien. Pas tout de suite bien-sûr, ça ne se fait pas comme ça et la volonté seule ne suffit pas à résoudre les problèmes, mais quelque part ces derniers jours, quelque chose (et je ne saurais mettre le doigt dessus exactement) m'a ramené à ce que je croyais désormais hors d'atteinte : l'espoir.

J'avais l'impression d'avoir perdu des années, un paquet d'illusions et tout mon stock d'espoir. Mais, dans le fond, j'avais juste besoin de temps pour me remettre sur pied.

On dit que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. J'ai cru qu'en moi quelque chose était mort. C'est dire si je vais être forte une fois cette vieille peau laissée dans le fossé. J'ai plus qu'à continuer le long de ce sentier abimé, ça ne doit plus être bien loin maintenant que j'ai commencé...

9 janvier 2011

Showgirl

Quand j'étais adolescente, je ne me rappelle plus trop, au juste, pourquoi, j'ai eu pendant quelques années des cours de théâtre. Pour quelqu'un qui a toujours voulu écrire et qui n'a jamais voulu être sur le devant de la scène, ça peut paraitre étonnant d'avoir passé tant de temps sur les planches. Je n'arrive sincèrement plus à me rappeler comment c'est venu. Peut-être aussi que mes parents m'y ont encouragée parce qu'ils se désespéraient de me voir rester des heures entières devant des feuilles de papier. A l'époque j'y ai connu des dilemmes insolubles parce que soudain j'étais confrontée à des gens et que j'essayais de comprendre, en quelques heures par semaine, comment fonctionnaient les gens qui ne vivaient pas comme moi. J'y ai aussi connu un modeste mais difficilement évitable lot de peines de cœur et d'amitiés fugaces ; je le répète, j'étais adolescente. Je n'avais pas l'impression d'en avoir tiré grand'chose. Je manquais toujours d'assurance, je ne savais pas me mettre en avant et je ne suis même pas certaine d'avoir bien joué, bien que mes souvenirs des répétitions comme des représentations soient très flous à présent. La dernière année, au conservatoire, aurait dû tirer quelque chose de moi mais, au lieu de ça, je crois que j'étais terrifiée à l'idée d'être entourée d'adultes qui, eux, semblaient savoir quoi faire de leur corps, leurs émotions et leur voix, et qui, même quand la pièce sonnait faux, parvenaient à exsuder quelque chose. Et puis j'ai passé le bac et mis tout ça derrière moi sans vraiment y repenser.
Ce n'est qu'assez récemment que j'ai réalisé tout le bien que ça m'avait fait. Et un peu de mal aussi, car l'un ne vient pas sans l'autre.

Après ces années passées sur les planches, j'ai pris conscience en premier lieu de la façon d'utiliser ma voix. On me dit depuis quelques années maintenant que j'ai une belle voix, et je sais à présent, après avoir longtemps cru à une blague, que ses modulations et ses inflexions, ses changements de ton soudains et ses oscillations subtiles, font partie, indubitablement, de ce qui plait chez moi. J'en ai douté, et puis je l'ai vérifié et je sais aujourd'hui que je peux compter sur ma voix (à condition qu'elle puisse compter sur moi, et d'ailleurs j'ai compris assez tard, après des années d'angines, qu'il fallait en prendre soin).
Mais c'est aussi et surtout une arme immense en termes de pouvoir. C'est fou à quel point ma capacité de persuasion augmente sitôt que je joue avec ma voix. Aujourd'hui, ma manipulation passe essentiellement par là.
Et le plus miraculeux c'est que, comme les filles avec des énormes seins qui ne se rendent même pas compte qu'elles ont passé la soirée à les balader sous le nez des mecs, je le fais sans même y prendre garde. Au pire, parfois, dans une conversation, je m'entends penser "je vais dire la phrase doucement pour ne pas donner l'impression de l'agresser", mais c'est plus en témoin qu'en acteur. Je maîtrise sans chercher à maîtriser. Ça me sert énormément. Auprès de mes patrons, la voix douce et docile, auprès d'un ami contre qui je suis encore en colère, un ton sec et sans réplique, et à l'amie à qui je confie ce qui est le premier embryon de sentiment amoureux depuis des années, une tonalité girly que je ne me connaissais même pas. Le message passe simplement mieux que si je le disais sur le ton qui est celui de mon cœur, plus monocorde.
Ma voix m'aide à devenir une caricature de moi-même. Mais c'est tellement pratique. Une inflexion de voix peut économiser plusieurs phrases d'une conversation ; pour quelqu'un de bavard, c'est un atout utile !

Pourtant, si le théâtre a porté ses fruits, c'est assez triste de voir que j'ai assez peu profité de l'expérience sur le moment. Peut-être qu'aujourd'hui je pourrais faire mieux. Parce que j'ai gagné énormément d'assurance, paradoxalement, en dépit de mes problèmes d'estime, et parce que depuis quelques années, je suis en représentation constante. Et le théâtre n'a pas vraiment aidé ce phénomène, même si je le dois aussi énormément aux mensonges constants et aux attitudes de façade permanentes qu'on avait en famille, où il fallait un alibi dés qu'on avait regardé la télévision pendant une heure ou qu'on avait voulu faire un tour en vélo après les cours.

Je suis devenue une épatante showgirl. Sérieusement, je m'impressionne moi-même certaines fois.

Là encore c'est devenu une seconde nature. Dés que je suis en présence de quelqu'un, je me mets à sourire et plaisanter, raconter des anecdotes et parler de séries et des films, et je sens bien que ça y est, j'ai enfilé mon costume, je suis sur scène et c'est trop tard pour voir la personne sous le personnage, je monte un show. Je soupire intérieurement et je continue... difficile de faire marche arrière, et trop angoissant de prendre le risque de gâcher la soirée.
Il n'y a bien que par téléphone ou surtout par écrit que j'arrive à peu près à ne pas chercher à donner le change systématiquement.

C'est ce que j'essaye de changer depuis quelques semaines, en tentant de m'ouvrir, en toute franchise, à certains de mes amis. Je vois ceux qui préféraient la version superficielle, et ceux qui arrivent à accepter la version originale. Je ne vais pas mentir : je les jauge à l'aune de ce qu'ils arrivent à encaisser. Si je dois changer des choses cette année, et c'est un peu la décision que je suis en train de prendre, alors ceux qui ont besoin que je me mette en scène vont rapidement se faire dégager. De toute façon, ce ne serait pas juste de les garder alors que j'ai décidé de baisser le rideau et qu'ils ne sont pas là pour ça.

Et puis, je commence à avoir des conversations en face à face au cours desquelles je n'ai plus peur de tomber le masque et montrer ce qui est vraiment sombre et angoissé chez moi, et j'apprécie d'autant plus les gens avec qui je peux le faire. Je dirais même que ces gens-là gagnent automatiquement mon estime pour me laisser me dénuder ainsi sans me repousser. C'est impressionnant que quelqu'un les ait suffisamment accrochées pour qu'on en arrive là. Il y a entre autres cette collègue qui a 40 ans révolus et avec qui les conversations ont pris un cours surprenant, à l'occasion. Il y a les moments où je voudrais m'enfoncer le nez dans mon pull et arrêter de plaisanter, et avec elle, une fois de temps en temps, j'arrive à le faire. Pas tout le temps, il reste beaucoup de déconne dans nos relations, mais de plus en plus. Ça m'ennuie uniquement parce que j'aime cloisonner le privé et le professionnel, mais en-dehors de ça c'est incroyablement libérateur, d'autant que la conversation se déroule d'égale à égale et qu'elle me donne l'impression d'en faire autant en face. J'ai envie de plus de relations comme ça dans ma vie.
Je ne me satisfais plus d'être simplement celle qui raconte des blagues, se distingue pour sa répartie et écoute paisiblement les autres avec quelques conseils dans sa besace.

Quand j'ai ouvert un compte formspring, j'espérais qu'il y aurait du défi. Qu'on me demanderait justement de me désaper pour tester les limites, je m'attendais même à une certaine brutalité. Qu'on me permettrait de mettre fin au show. Certaines questions m'ont un peu chatouillée, mais guère plus.

J'attends avec impatience de rencontrer, sur internet ou dans la vraie vie, quelqu'un qui aura ce qu'il faut dans le pantalon pour me pousser à arrêter la comédie, et, au lieu de chercher à donner le change, au moins une fois de temps en temps, qui saura me pousser à m'interpréter moi-même.

23 novembre 2004

Certains soirs je ne rêve pas de lui

Véridique. La plupart des autres soirs, je rêve de moi. D'une gloire à laquelle j'étais capable de croire fermement, autrefois. Je me disais qu'il n'y aviat aucune raison pour que quelqu'un comme moi soit incapable de réaliser ses rêves. En fait, à présent ce ne sont pas vraiment des rêves, juste des idéaux pour tenir, finalement. Me dire que je suis capable d'être reconnue pour ce que je suis. Et je comprends complètement que ce soit mon fantasme en ce moment, parce que rien n'est pire que son indifférence.

Quand je n'étais pas encore l'ombre de moi-même, je n'aurais toléré ça de personne, j'en aurais remontré jusqu'à saturation ! J'aurais pété le feu, retourné le monde, déplacé quelques galaxies dans ma colère, dans mon audace, dans ma fougue !

J'ai la nostalgie d'une moi passée qui savait faire mieux, qui savait être mieux. Je me sens brisée et diminuée de moi-même. C'est insultant, c'est ignoble.

Mais parfois, au détour d'un mail Tiboutien, ou d'un compliment sur le mail nocturne d'un quasi-inconnu, je me dis... allons, je ne me suis pas perdue, je me suis juste oubliée. J'ai encore en moi ce qui me fait un être formidable, ce qui fait de moi la plus divine des créatures de ce monde. D'autres semblent trouver le chemin, je finirai bien par en faire autant.

Dans mon imaginaire, ces périodes d'intense souffrance m'anoblissent, me purifient. Je me réconforte en me disant que je serai la plus incroyable des femmes. En fait quand je souffre, je me sens plus femme que jamais, plus femme qu'entre les bras d'aucun homme, réel ou non, plus femme que dans aucun regard. Je me sens terriblement grande, belle, diaphane et altière, comme un idéal féminin de poète classique. Je me sens ainsi à l'intérieur, et veux faire durer cette impression.

Peut-être qu'en me faisant du mal, après ce que les autres m'ont fait, Lord T m'a rendu le plus grand des services. Il me permet d'évoluer. Serais-je capable de cela, seule et/ou heureuse ? Il me permet de donner corps à la valeur que je chéris le plus au monde : progresser.

Alors, peut-être qu'une fois que tout sera fini, je serai capable de lui dire merci de m'avoir faite plus femme qu'aucun autre avant lui.

23 novembre 2004

L'angoisse de Noël

J'ai peur de Noël.

Ok, non, bon, précisons un brin. Je n'ai pas peur des chômeurs avinés en costume rouge rapiécés (qui peut dire ce qui m'attend après tout ?) dans les centres commerciaux, ni de ne pas trouver de cadeaux pour ceux que j'aime (en reste-t-il seulement ?). Ce sont peut-être des angoisses courantes (si j'ai bon souvenir) à l'approche de ces fichues fêtes, mais cette année, je ne les partage pas...

Cette année, ce qui me fait peur, c'est de n'avoir personne avec qui le fêter (pour la première fois de ma vie, puisqu'en cours d'année je me suis séparée de mes parents, je n'aurai pas cet impératif, et je soupçonne ma grand'mère de ne pas le fêter car c'est une date anniversaire d'un deuil très marquant pour elle), et de n'avoir rien qui se rapporte à cette fête : pas d'ambiance bonne enfant, pas de cadeaux, pas de repas avec quelqu'un. Dans le fond Noël n'est pas mort quand j'ai appris que le Père Noël n'existait pas, mais quand j'ai compris, cette année, que ma famille n'existait pas.

Où étais-je l'an passé à la même époque ? Lord T et moi nous coltinions en alternance une fois ses parents, une fois les miens, pendant quatre jours passés en région parisienne, sommes rentrés chez nous, il a appris un deuil dans sa famille et le lendemain d'un réveillon de la nouvelle année triste à en pleurer (c'est d'ailleurs ce qui est arrivé), est parti à un enterrement. Je pensais sincèrement que ça ne saurait être pire cette année...

Mon cadeau de Noël, cette année, sera de ne pas me retrouver à la rue. Et moi qui me plaignais du Noël où mes parents m'ont offert 5 paires de chaussettes... Tout est relatif, finalement.

J'ai peur que Noël ne soit plus jamais magique, avec la frénésie de décorer la maison, l'envie irrépressible de faire du pain d'épices pour la St Nicolas, etc... Quel étonnement, en fait, que je pense qu'elle reste ma fête préférée alors que, quand je regarde en arrière en me disant que je devrais sans doute être nostalgique, ils ont tous été pires les uns que les autres. Pathétiques, avec les cadeaux impersonnels de mes grands-parents paternels, déprimants, avec de cinglantes scènes de mon père, ou encore celui de l'an passé alors que les premiers problèmes se déclaraient avec Lord T qui ne tolérait plus ma dépression. Pourquoi est-ce que j'aime tant Noël, finalement ?

Parce que j'ai envie de croire qu'une année seulement, il ressemblera à celui des téléfilms sirupeux dont je me gave avidement...

PS : sur fond de Morning Musume - Happy Xmas Show (Live) qui est dispo sur Teruki Paradise (catégorie Hello! Project)...

19 avril 2010

Dangereux mimétisme

Depuis qu'elle est partie, vraiment, c'est dur. Et très franchement, pour quelqu'un que j'ai rencontré "en vrai" il y a seulement 9 mois, ça m'étonne un peu de réagir comme ça, mais, comme le dit ma psy (en ce moment je fais partie de ces gens qui commencent leurs phrases par "comme le dit ma psy"), ça faisait très longtemps que je m'étais fermée aux autres, et pour la première fois depuis des années que je laissais quelqu'un entrer dans mon cœur, ça rend les choses encore plus difficiles. Elle avait de l'importance par elle-même, parce que c'était une personne absolument magique, et puis elle avait de l'importance à cause de ça aussi, parce que plus personne n'avait eu le droit d'avoir un tel accès à moi-même.

Je ne suis pas une personne secrète, pourtant. Loin de là. Posez-moi la question la plus intime qui vous vienne à l'esprit, et j'y répondrai, parfois avec une formulation un peu humoristique si je suis embarrassée, mais en tous cas toujours. C'est d'ailleurs en cela que l'expérience formspring s'est avérée décevante, les gens se sont souvent bornés à des questions simplistes et n'ont pas cherché à me pousser dans mes retranchements, je n'ai pas pu tester mes limites en la matière. Il doit bien y avoir pourtant une limite à ce que j'accepte de dire à tout le monde et n'importe qui, mais je ne connais pas encore cette limite. J'avoue être assez contente de ce trait de caractère que j'ai, qui fait de moi quelqu'un de fondamentalement honnête, d'une certaine façon. Je me vois comme Gally mettant tirant son coeur de sa poitrine et le posant sur la table, là où tout le monde peut voir qu'il est en jeu.
Mais étrangement, plus je suis prête à parler d'absolument tout avec tout le monde, moins il y a d'intimes dans ma vie. Je ne manque pas d'intime, mais je manque d'intimes, clairement. Je ne m'attache plus à personne.

Ou plutôt, je ne m'attachais plus à personne. Et puis il y a ce soir, dans ce bar, deux petits cocktails et beaucoup, beaucoup de souvenirs évoqués, et ce n'était que la seconde fois que nous nous rencontrions "en vrai", mais c'était comme si nous avions vécu côte à côte. Nous étions deux personnes fondamentalement différentes, au vécu différent, au présent différent, aux aspirations différentes, mais au ressenti absolument similaire.

C'était souvent une chose douloureuse. Elle me renvoyait le miroir de ma propre douleur. Parfois on parlait au téléphone une, ou deux heures, au beau milieu de la nuit, c'est principalement arrivé cet hiver suite au décès de son grand-père, et pendant plusieurs jours ensuite, je me sentais terriblement mal, comme une sorte de nausée émotionnelle, parce que tout ce qu'elle avait dit, je l'avais ressenti à un moment ou à un autre de ma vie, et ça faisait terriblement mal d'être mise face à tout cela.
Je suis habituée à parler de ma douleur, et aujourd'hui, je sais en parler sans sombrer systématiquement dans le pathos, ce qui est une immense victoire sur moi-même.
Mais entendre quelqu'un d'autre dire toutes ces choses-là, c'était une expérience terrible. Terrible.

Pour autant que ç'ait été infiniment douloureux de partager tous ces sentiments avec elle, c'était aussi profondément réconfortant d'avoir cette autre personne, qui savait. Qui savait ce que chaque chose pouvait représenter.

J'ai repensé aux mois que nous avons passé, depuis notre "vraie" rencontre, à la façon dont s'était déroulée notre amitié. Pas une fois, pas une seule, nous n'avons eu de dispute, de désaccord profond sur quoi que ce soit. Nos goûts variaient, nos expériences variaient, nos envies variaient... mais sur le fond, jamais le moindre désaccord.
Et je trouvais incroyablement confortable de sentir en elle cet accord constant avec tout ce qui me semblait être le pilier de mon être.

Mais en même temps, je ne nous prenais pas pour des jumelles ou quelque chose de ce genre. Ce n'était pas fusionnel. Je respectais le fait qu'elle mène une vie dont je désapprouvais beaucoup d'éléments.
Aujourd'hui je me dis que peut-être j'aurais dû quand même ouvrir ma gueule.

Quand ce soir-là, elle m'a appelée, et qu'elle m'a dit toutes ces choses gentilles, et que je lui en ai dit d'autres gentilles aussi... je n'aurais pas dû. J'aurais dû lui dire "écoute, ma chérie, c'est n'importe quoi, il faut que tu arrêtes tes conneries, tu te rends pas compte, t'es complètement pétée ma grande, explosée, c'est pas raisonnable, personne ne devrait boire comme ça à s'en rendre malade, il faut que tu fasses quelque chose". Au lieu de ça j'ai été gentille et tendre et compréhensive, et quand j'ai raccroché, la première chose que j'ai dite à Tomcat, c'est "that cannot be healthy". Et non, c'était pas sain, en effet, et ça s'est vérifié par la suite. J'aurais dû dire quelque chose. Me fâcher. Les amis font ça. Ils vous disent quand vous avez merdé. Ils vous disent que vous avez un problème. Quitte à se fâcher et se prendre la tête quelques jours ou une semaine, ou deux à la limite. J'étais en position de le faire. Mais je respectais trop le fait qu'elle soit différente de moi et qu'elle ait le droit de mener sa vie comme elle l'entendait. Oui, on peut respecter trop quelqu'un, au point de la laisser se perdre.

Ca fait 12 jours que tout le monde me répète combien elle m'appréciait et combien j'ai compté. A quel point j'avais été gentille avec elle. Et je suppose que c'est une consolation pour plein de monde de se dire que, pendant ces derniers mois où elle allait si mal, il y a eu des personnes dans sa vie (pas que moi évidemment) pour être là et être gentille et toujours avoir une attention. Et c'est parfait si ces personnes trouvent une sorte de consolation dans cette idée.
Mais moi. Moi j'ai été gentille. C'était la chose la plus importante au monde pour moi depuis quelques temps, une véritable obsession : être quelqu'un de bien. J'ai été bien. Gentille. Compréhensive. Tolérante.
Et finalement j'aurais dû être une chieuse. Ca ne l'aurait peut-être pas sauvée.
Ou peut-être que si, je ne saurai jamais.

Depuis 12 jours me voilà dans un étrange cercle où j'essaye de me distancier de notre ressenti commun mais où, en même temps, je suis attirée par lui. Je voudrais comprendre ce qui était tellement bien dans le fait d'être bourrée. Dieu merci j'ai comme règle depuis plusieurs années de ne jamais garder d'alcool à la maison, je n'ai aucune idée de ce qui se passerait si ce n'était pas le cas. Par contre des médicaments, j'en ai. Et pour la première fois de ma vie, je ne les dédaigne pas. D'ordinaire, on me les prescrit, je les prends pendant quelques jours, trois, quatre, cinq si je suis motivée, et puis j'oublie. Et le lendemain je me dis "oh, c'était pas si terrible de faire sans, pourquoi reprendre ?". Et ça s'arrête là. Jusqu'à l'ordonnance suivante.
Mais là non. Là je prends mes médicaments, avec une sorte d'anticipation, même, ah, il est 22h, la bonne heure pour prendre les deux médicaments, celui pour se calmer et celui pour dormir. Et puis j'apprécie tellement la sensation d'avoir la tête qui tourne et de me prendre les pieds partout et de ne pas tenir debout que j'en rajoute un troisième. Et je sais que ce n'est pas la chose à faire. Et que le lendemain, les effets vont se poursuivre jusque tard dans la matinée, oh je vais me lever (enfin, pour le moment j'ai réussi à me lever sans problème, on ne sait pas ce que l'avenir réserve), mais jusqu'à 10, ou 11 heures, je vais être complètement shootée, et j'aime cette sensation. Et ça me fait peur parce que jusque là je l'ai détestée et méprisée, cette sensation.

Et tout est comme ça. Je pense au suicide, sans arrêt. Pas le mien, pas le sien, le suicide en général. A des façons de mourir, pas pour moi, pas celle qu'elle a choisie (même si elle me révolte), mais en général, comment mourir ? Je pense à la mort alors que je sais que j'ai dépassé ce stade il y a quelques années maintenant. C'est comme la sobriété, je compte le temps passé avec des petits jetons imaginaires, je sais que je tiens bon, je sais aussi que je peux glisser.

Elle a basculé et j'ai envie de faire le mouvement aussi. Je n'ai pas envie de binge drinking et je n'ai pas envie de mourir, mais c'est quand même une sorte de tentation permanente parce que, même si ma psy me le dit : "vous n'êtes pas elle", et même si je le sais et l'ai toujours su comme une évidence, je ne sais pas.
Il y a une sorte de besoin de mimétisme.

Je crois qu'elle me manque aussi comme ça. Ca me manque d'avoir perdu cette partie de moi qui était en communion avec quelqu'un, et je voudrais retrouver ça.
Et pour mon propre bien, je ne dois pas, il ne faut pas, et je ne le veux en fait qu'à moitié.

Mais ce soir, je sais que je vais regarder ma plaquette de médicaments comme je l'ai regardée hier soir. Avec soulagement.

23 mars 2010

Rites de passage

Depuis toujours, j'ai cette sensation d'avoir raté quelque chose de vital. Et ce quelque chose de vital, c'était en fait plein de petites choses. Fêter mon bac ; plusieurs copines l'ont fait, pas moi. Fêter mes 18 ans ; ma sœur l'a fait, pas moi (c'était une méga-teuf que mes parents ont très largement contribué à voir aboutir). Fêter mes 20 ans ; au moins l'un de mes cousins l'a fait, pas moi. Des choses comme ça. Des manifestations marquant un passage à l'âge adulte. Je n'aimais pas les fêtes, et y suis toujours assez rétive, mais enfin, je ne marquais jamais le coup, quoi.
Quand j'ai eu mon bac, je travaillais. Mon père a été voir les résultats pour moi, il m'a appelé, m'a dit "tu as le bac avec mention". J'ai dit que c'était cool, j'ai raccroché, je suis retournée travailler. Le soir, je suis rentrée et on a mangé une tarte au citron au dessert. C'est comme ça que j'ai fêté ma mention au bac. Six mois après n'avoir pas fêté mon anniversaire avec des amis, mais uniquement les parents et la grand'mère un dimanche. Et je sentais bien que j'aurais dû faire mieux que ça. Que j'aurais dû me rendre ces instants mémorables (et peut-être, mais juste peut-être, mémorables pour mon entourage aussi ; comme dans "tu te rappelles quand on a fêté les 20 ans de lady ?"). Je le sentais plus confusément à l'époque, et j'en nourrissais simplement une grande jalousie dirigée contre un peu tout le monde et n'importe qui. Aujourd'hui je sais que j'ai raté mes rites de passage. Ça me manque encore, parfois. Ils sont sans doute nécessaires pour officialiser un certain nombre de choses. Ils ont une raison d'être après tout.

Alors voilà, mes rites de passage, au mieux ils se sont faits en toute discrétion comme la petite tarte au citron, au pire ils n'ont pas eu lieu du tout...

Comme pour mon premier déménagement dans un appart à moi toute seule où je n'ai jamais pendu la crémaillère. Ce matin-là, je suis partie au boulot, mes parents ont amené mes affaires dans l'appart, je suis rentrée du boulot dans l'appart au lieu de rentrer chez eux, j'ai écouté les infos à la radio (la télé n'avait pas été tout de suite déménagée), j'ai mangé de la semoule et deux saucisses que ma mère avait laissées au frigo, assise près de la fenêtre, et je suis allée me coucher dans l'heure qui a suivi.

Je repense à tous les instants qui semblaient importants à marquer d'une croix dans le calendrier de ma vie... je ne les ai pas soulignés. Parfois j'y pensais sans pouvoir le faire, parfois ça ne me venait à l'idée que plus tard, trop tard.

Mais enfin, la bonne nouvelle, c'est qu'a priori, arrivée à 28 ans, les rites de passages manqués sont tous derrière moi et non devant. A l'approche de la trentaine, on peut considérer aujourd'hui que je suis une adulte et qu'il n'y a plus besoin de signaler quand je fais quelque chose dans ce genre. Aujourd'hui, je ne deviens pas adulte, je le suis. Du moins peut-on l'espérer. Et ce que je fais n'est jamais symbolique de mon passage à l'âge adulte, il marque (au mieux) une évolution vers une "situation". Et je dois dire qu'après avoir eu, pendant environ deux décennies, et plus particulièrement sur la fin de la seconde, l'impression de passer à côté de tous ces rites, ça me rassure de me dire que quoi que je fasse maintenant, j'ai passé cette période transitoire et que j'aborde une phase de stabilisation. C'est vraiment une idée plaisante et réconfortante dont je ne me lasse pas.
D'un autre côté j'ai toujours su que j'aimerais vieillir.

Mais enfin, ça fait quelques semaines que j'entends parler d'un truc, là, comme ça, que plein de gens de mon âge ou un peu moins font, et que je ne fais pas, et je suis en train de me dire : dis-donc, lady, tu serais pas en train de louper le coche encore une fois ?
Les évènements à l'origine de ce questionnement ?
- Mon beau-frère a contracté un prêt pour acheter un appartement.
- Ma sœur va contracter un prêt pour acheter une voiture.
- Ma sœur calcule ce premier prêt en fonction de celui qu'elle contractera pour ouvrir son cabinet dans quelques années.
- L'une de mes amies va contracter un prêt pour racheter un appartement.
Vous me le dites, si vous voyez une tendance générale qui se dessine, hein... Et encore, je mets de côté les personnes qui ont emprunté de l'argent pour payer leurs études, c'est encore autre chose.

Mettons de côté le débat autour de la question "contracter un prêt à un jeune âge est-il une bonne chose ?", car bien que le principe du prêt en lui-même me gène (j'ai grandi dans une famille qui avait en permanence des prêts à rembourser, et ça me dépasse que des gens puissent avoir l'idée de demander un prêt pour la maison, un prêt pour la voiture, un prêt pour le canapé...), ce n'est pas la question ici.
Ce qui me turlupine, c'est que ces personnes s'installent dans la vie et pour cela, contractent un prêt. Et que moi, non.

Ce qui implique que mon beau-frère va être propriétaire, mon amie aussi, ma sœur aura une voiture et dans quelques années un cabinet. Et là, tout de suite, en ce moment, je regarde autour de moi, je vois la télévision, l'ordinateur, les quelques meubles, les CD et DVD... bon, et puis ? J'ai quoi, moi ?

Le plus étonnant dans cette interrogation qui me saisit à la gorge depuis que j'ai relié les points entre eux, c'est que je suis pleinement consciente de ne pas vouloir être propriétaire d'un appart (je veux pouvoir changer facilement si je viens à ressentir la plus minime sensation d'étouffement, et j'ai aussi toujours dans un coin de ma tête l'idée de l'expatriation potentielle que j'accepterais sur le champs si on me la proposait sous une forme ou une autre pour une vingtaine de pays), je ne veux pas acheter de voiture (ce qui est logique puisque je n'ai même pas le permis), et je n'ai aucune envie d'ouvrir mon propre cabinet, ma profession ne s'y prêtant pas et, d'ailleurs, la profession de mes rêves non plus. Concrètement, je ne veux pas ce qu'ils obtiennent via ces prêts. Ce n'est pas ce que j'ai l'impression de vaguement envier à nouveau.

Mais je me dis que, voilà, ces histoires de prêts sur 5, 10, 115, 20 ans... ce sont des engagements d'adulte. Et moi je n'ai aucun engagement de ce genre.
Et tout d'un coup, je me sens comme... vous savez, dans les séries qui se déroulent dans une famille ? Il y a toujours un des enfants (souvent un garçon) qui est totalement irresponsable, bien qu'ayant la trentaine bien sonnée. Il est génial avec les enfants des autres mais il ne sait pas garder un job, il considère la maison parentale comme un point de chute chaque fois que ça foire (et ça foire souvent), il est incapable d'entretenir une relation stable et, lors des repas de famille, la grand'mère le regarde en secouant la tête avec inquiétude et lui glisse une enveloppe discrètement sous la table, parce que ce galopin c'est son préféré même si on ne sait pas trop ce qu'on va en faire et qu'il donne bien du soucis.

Soudain, je suis ce personnage-là et je m'imagine aux repas de famille dans un an ou deux, en train de raconter comment ma titularisation est encore reportée alors que ma sœur se plaint de ne pas avoir pu partir en vacances à cause du papier peint qui doit être fait dans l'appartement ou de la voiture qui a été percutée le mois dernier.

Je dramatise. Je dramatise forcément. Je suis une grande fille, après tout, non ?
Est-ce que j'ai besoin d'acheter un appartement et m'enchaîner pour 15 ou 20 ans à mon banquier (minimum) pour être une adulte ? Non. Non, évidemment. Être adulte c'est autre chose. Enfin, je crois.

En vérité je ne suis plus très sûre, tout d'un coup, d'être une adulte.

Peut-être que si je vivais une relation sérieuse, ou si tout se passait bien au boulot, ou... peut-être si un autre élément de ma vie me semblait plus stable, je ne serais pas aussi inquiète de voir tous ces gens souscrire à des prêts alors qu'ils ont mon âge ou moins (ou moins ! au nom du ciel, ma sœur a 5 ans de moins, mais combien de fois encore va-t-elle me rappeler qu'elle va plus vite que moi pour tout ?), mais là non, je n'ai rien pour démentir cette impression cruelle d'être le vilain petit canard.

En soi, franchement, contracter un prêt, ça n'a rien d'enviable. Ma sœur me racontait que le prêt de l'appartement, il engage mon beau-frère (et donc ma sœur par ricochet) sur 25 ans ! 25 ans !!! Ils en sont déjà à calculer dans combien de temps ils auront remboursé une somme suffisante pour... revendre l'appart et contracter un prêt pour acheter plus grand ! Et comment le prêt pour ouvrir son cabinet dans quelques années s'intercale là-dedans ! Mon Dieu, mon beau-frère et ma sœur vont devenir comme mes parents, chaque année sera le signe d'une nouvelle échéance d'un de leurs prêts, l'angoisse ! Je ne suis pas envieuse de ça, c'est horrible ! Pendant 25 ans, tu vis à crédit et tu passes ta vie à faire des calculs ? Mais c'est inhumain !
Je ne veux pas de ça. Vraiment, objectivement, je ne veux pas vivre cette vie-là. Je veux continuer à faire comme je fais : quand je veux quelque chose, j'économise et je me l'achète rubis sur l'ongle quand j'ai la somme intégrale sur le compte en banque. Évidemment c'est facile pour moi de dire ça parce que je ne veux rien qui coûte plusieurs milliers d'euros, mais enfin, franchement, ça me correspond beaucoup plus.

Mais j'ai quand même le sentiment de passer, encore une fois, à côté de la normalité, à côté d'un rite de passage qui dis que je suis grande et responsable.
Je devrais peut-être contracter un prêt quand même. Un truc débile, peut-être même au pif. Juste histoire de me calmer les nerfs. Parce que vraiment, là, si quelqu'un m'annonce encore qu'il a contracté un prêt pour s'acheter une vie d'adulte, je pense que je vais certainement être bonne à enfermer.

24 avril 2011

Jusqu'au mariage

En fait toute la question est de déterminer ce qu'on cherche dans une relation. Ce qu'on attend et ce qui est superflu.

Il y a plusieurs degrés, certainement, et il ne peut pas nuire de se poser les questions qui y correspondent.
De quoi ai-je besoin ? De quoi ai-je envie ? De quoi puis-je m'accomoder ? De quoi ne puis-je pas me passer ? Que m'est-il impossible d'accepter ?
Dans toute relation, il faut faire des concessions, la chose est entendue... mais pas forcément n'importe lesquelles. Alors j'essaye de chercher, en moi, ce qui définit les limites de l'acceptable et de ce qui ne l'est pas. Ce que je veux vraiment, et ce qui finalement n'est pas si vital. Trop peu de fois par le passé je me suis posé ces questions, j'ai l'impression.
Et parmi ces questions : pourrais-je me passer de sexe dans une relation ?

Ce n'est évidemment pas la même chose lorsqu'on est seule et lorsqu'on ne l'est pas. Prétendre qu'après une période de célibat, je n'en suis plus à ça près, serait évidemment mentir, et prétendre qu'être avec quelqu'un ne me semble pas aller de paire avec une certaine intimité serait plutôt la preuve d'un aveuglement.
Pour autant, si cette intimité me semble naturelle, je ne suis pas convaincue de la considérer comme obligatoire.

Je crois que je peux d'autant plus respecter ce choix qu'il a été le mien à une époque. Il n'a pas été motivé par quoi que ce soit de religieux (c'est peut-être la différence qui fait que je ne me suis pas tenue à ce choix). Je voulais être la femme d'un seul homme, nous nous sommes fiancés, j'ai eu confiance en ces fiançailles et je n'ai pas tellement plus attendu. Puis les fiançailles ont été rompues et j'ai simplement continué ma vie : je n'étais plus vierge, à quoi bon rester fidèle au premier homme, quand lui était parti ? Quelque chose dont je n'aime pas me souvenir, c'est que pendant de nombreuses années, je me suis sentie tellement mal de ne pas m'être tenue à ma décision première... Peut-être que le fait que je ne sois du tout intéressée par les histoires d'une nuit est le reliquat de cette époque où je pensais ne connaître qu'un homme pendant toute mon existence ; quelque chose qui subsiste, même maintenant que j'ai évolué de cette position initiale, et que je considère qu'il n'y a pas de raison d'en faire tant d'histoire. Ce n'est pas grave, mais voilà, il y a 10 ans de ça, j'aurais préféré, avouons-le ; aujourd'hui je vis ma vie de femme sans me sentir sale comme je l'ai ressenti après la rupture, mais peut-être que si c'était si important pour moi de m'envoyer en l'air, je n'attendrais pas de tomber amoureuse, non plus. Il y a des questions qu'on ne se pose pas parce qu'on n'est pas sûr d'aimer la réponse...
Quand je gratte un peu, je réalise que même si je ne trouve pas révoltant d'avoir connu plusieurs hommes, pour autant je n'ai pas tellement envie d'allonger la liste de beaucoup. A mes collègues qui s'écrient qu'il n'est pas normal ni sain de ne jamais avoir eu de coup d'un soir, je n'arrive pas à extirper d'autre explication que "parce qu'il faut vivre sa vie !" ; j'ai l'impression de vivre ma vie, mais je n'ai pas l'impression qu'il soit nécessaire pour cela de coucher avec des inconnus avec qui on ne vivra rien. C'est normal pour d'autres, et je ne les juge pas, c'est juste que je ne pourrais jamais en faire autant, ça ne me correspond pas ; mais ça me rappelle combien de degrés il existe en la matière ; qui suis-je pour trouver un peu extrême un tel choix quand le mien n'apparait pas plus évident à la majorité de la population ?

Alors, pourrais-je vivre une relation comme celle-là, simplement en me rappelant que ce choix n'est pas si incongru, et pas si éloigné du mien ? Au pire, je pourrais me dire, les jours un peu plus électriques que d'autres, que c'est une façon de reprendre le chemin où je l'ai laissé, que c'est le chemin que je voulais il y a 10 ans après tout.

Mais dans ce cas il me faudrait quand même définir cette relation.
Car une relation amoureuse chaste... comment l'empêche-t-on de ne devenir qu'une simple amitié ?

Je crois que je demanderais encore plus, étrangement, sur un plan affectif. Si on ne peut pas me toucher, il faut me prouver autrement ce pour quoi je n'aurais jamais demandé de preuve en d'autres circonstances. Ou bien l'envie qu'on me prouve son affection est-elle quelque chose qu'implicitement j'associe au sexe ? Sans doute aussi, mais ça fait partie des questions qu'on ne se pose pas, qu'on garde tues, et qui peut-être causent bien plus de malentendus et de ravages qu'on ne le croit. Tout serait à redéfinir, à repenser.
A la vérité, je crois que ça me ferait le plus grand bien d'être avec quelqu'un qui me permette de poser les choses à plat sans me laisser m'aveugler par les papillons dans le ventre. Bien-sûr la chasteté n'est pas obligatoire dans pareille relation, mais si elle faisait partie du package je pense sincèrement que je pourrais la tourner à mon avantage pour me rappeler de ce qui compte, et non de ce qui manque.

La vérité c'est que, bien que je ressente de plus en plus lourdement la solitude, je commence à me demander à quoi ressemblera la prochaine relation. Comment, après avoir tant souffert d'être seule, après avoir tant souffert des abandons et des trahisons, pourrai-je me lancer sainement dans une relation ? Avec quelqu'un qui a fait ce choix, j'ai l'impression que je serai obligée de prendre les choses avec plus de calme. C'est peut-être faux mais c'est comme ça que je l'imagine. J'ai peur de me perdre encore plus dans la prochaine relation, simplement à cause de l'écart entre elle et la précédente, à cause de tout ce qui ne s'est pas passé, et tout ce qui s'est passé, entre les deux. Je ne sais pas comment je serai à ce moment-là.
C'est peut-être aussi pour ça que je ne précipite rien et que je ne tombe plus amoureuse, que je me contente de simple béguins, ces derniers temps. C'est bien plus que je ne ressentais à une époque, au plus fort de ma solitude, mais c'est quand même tellement peu, comme si je ne m'accrochais plus vraiment. S'il n'y avait pas le sexe, j'ai l'impression que je pourrais tirer les choses au clair. Peut-être que c'est une idée confortable parce que j'ai peur, aussi, de ce que l'avenir me réserve en la matière.

Alors, bon, peut-être que la question n'a pas de raison d'être dans les circonstances actuelles. Mais j'apprécie les multiples interrogations, dont celle-ci, que ce choix réveille en moi. C'est aussi cela, faire des rencontres : se poser des questions qu'entre soi, on ne se poserait pas. Et tant pis si elles restent pure théorie.

7 février 2011

Dommage

La douleur ? Encore vivace, mais atténuée. La colère ? Au fil des heures, elle a fini par ne plus se tourner que vers moi-même.
La bête blessée commence à lécher ses blessures et à reprendre le contrôle d'elle-même. Ça faisait bien longtemps que je ne m'étais plus noyée dans mes émotions comme ça. Une chance qu'entretemps, j'ai fait ce travail sur moi qui consiste à ne plus autant exprimer ma douleur avec violence. Ma colère s'est exprimée uniquement : sur ce blog, en parlant avec une amie, en dépassant un peu ma limite habituelle en alcool, et en m'offrant des mcnuggets. Ah, et en ressassant quelques vieux souvenirs désagréables, généralement morbides parce que, bon, par association d'idées, quoi.
On peut dire que franchement, le choc aurait pu être plus rude. Il l'a d'ailleurs déjà été. Et je me surprends moi-même à finalement garder un certain contrôle. Dans une certaine mesure, disons. Réaction un peu irrationnelle, certes (je suis rouillée !), mais pas tellement excessive. Je n'ai pas hurlé, je n'ai pas menacé, je n'ai débarqué nulle part, j'ai respecté mon engagement de ne pas me montrer avant d'en avoir le feu vert (et le respecte toujours), en gros, je gère relativement "normalement" ma peine de cœur.

Alors qu'est-ce qu'il en reste, de tout ça ? De cette souffrance vive (que j'avais oubliée) et de cette colère sourde ?
Bah, je crois que je commence à arrêter de me laisser aveugler par la douleur qui m'a prise par surprise, et que je reprends mes esprits pour trouver juste ça... dommage. Et là je ne sais pas comment le tourner sinon en une sorte de lettre ouverte, alors allons-y, prenons le risque de lancer quelques "tu" imprudents.

Oui, c'est dommage. Parce que je pensais avoir été claire et pourtant tu n'as pas compris. J'ai dit, textuellement, que ça faisait plusieurs semaines que je me demandais comment t'inviter à sortir. Et toi, tu l'as tout de suite pris pour quelque chose de tellement plus entravant, c'est à n'y rien comprendre. Je ne veux pas me marier avec toi, ni porter tes enfants (je ne le veux ni maintenant ni jamais, pour commencer), je veux juste passer un peu de temps seule avec toi, pour voir. Parce que chaque fois qu'on se voit, il y a toujours une tierce personne, minimum, et que j'aurais voulu voir si on s'entendait bien tous les deux, juste nous. Alors évidemment, pas sur un plan strictement amical, parce que la réponse à cette question je crois qu'on la connaît déjà, quand même, avec le temps, mais en tous cas, voir si ça collerait, si on aurait des affinités.
Je comprends bien la problématique de ton côté, qui est, en gros, que tu ne veux pas perdre ton indépendance. Mais je tiens aussi à la mienne !
Pourrait-on juste faire l'effort d'éviter les généralités un instant et essayer de prendre les choses pour ce qu'elles sont : pas un absolu, pas un cliché, juste quelque chose entre toi et moi, ce qui fait que tu es toi, ce qui fait que je suis moi. Je suis quelqu'un d'au moins aussi casanier que toi. Si ce n'est plus parce que sincèrement, le nombre d'heures que tu passes chaque semaine avec ta voisine de chambre, pardon, mais je n'en passe pas la moitié avec quelqu'un, moi. Je crois sincèrement être bien plus casanière et indépendante que toi, et j'y tiens. Ô combien. Mes blogs en sont remplis de preuves. Alors du coup, il ne s'agit pas de devenir siamois, par pour moi en tous cas. Il s'agit simplement que, quand nous sommes ensemble, eh bien...
D'ailleurs combien de fois avons-nous été ensemble ces derniers temps ? Qui m'invitait encore quelques heures avant à venir passer une nuit chez vous, le weekend ? Pour la, combien... quatrième semaine consécutive ? Crois-moi, pour y avoir veillé, je ne me suis pas incrustée (bon, le dernier weekend, j'avais pas fondamentalement besoin de la sieste de l'après-midi, non plus, c'est vrai), mais au contraire, qui proposait quelque chose à faire pour retarder le moment où je rentrerais chez moi ? Pas vraiment moi. Les Starbucks et les balades et les gyouza, pardon, pas mon idée. Alors finalement, tu vois, tu aimes bien passer du temps avec moi, en fait, vu que, un nombre incroyable de fois, c'est toi qui as fait la démarche de prolonger le temps passé avec moi. Je le sais parce que j'en ai été surprise de nombreuses fois, et que j'ai voulu te donner une chance à chaque fois de me mettre dehors (j'ai bien compris que c'était pas ton style de le dire franchement, alors à chaque stade je posais la question), et tu ne l'as jamais fait.
Je ne voulais donc pas passer tellement plus de temps avec toi. Je voulais juste le passer légèrement différemment.
Je veux dire : c'est de moi qu'on parle. Il n'y a vraiment pas besoin de me supplier pour passer du temps devant un écran ! Mais ce temps-là, tout ce que je voulais, c'était le passer dans tes bras, ou toi dans les miens, ce genre de choses. Quoi qu'on regarde (et même si je t'en remercie, ça n'a pas à être toujours quelque chose qui me plait comme l'enfilade SNL+Pushing Daisies+Showgirls de l'autre soir), juste pouvoir en profiter pour se témoigner un peu de tendresse... C'est idiot, mais tu vois, simplement quand je vous regardais jouer tous les deux à GTA, j'avais simplement envie, quand c'est elle qui avait la manette, de mettre ma tête sur ton épaule et, attention ça va être très osé, te prendre la main. Pas plus. Et rentrer chez moi tout pareil au bout de quelques heures.
Bon alors, je ne te mens pas, il ne m'aurait pas été déplaisant qu'on s'échange un ou deux textos par semaine, si les choses étaient venues à se faire. Mais comme d'un autre côté tu le fais avec ta voisine de chambre à longueur de journée, ça ne me semblerait pas abusif de s'échanger un ou deux textos, dans la mesure où j'habite dans un autre département (d'ailleurs rien que pour ça, niveau indépendance, t'es plutôt peinard pour le moment).
Je ne sais pas ce que tu t'imagines, si le fait que j'ai un peu plus d'expérience que toi signifie que j'attends forcément beaucoup. Je dirais que c'est même l'inverse. Quand j'avais quelques années de moins, oui, la relation fusionnelle c'était mon truc. Et puis, eh bien, on en revient, je dirais. Parce que quand c'est fusionnel, ça ressemble peut-être à une romance de grand film de Victor Flemming, les premiers mois, mais après justement, c'est tout ce que tu déplores, ça te pourrit la vie. Une relation, aussi terriblement décevant que ça puisse paraître sur le papier, ça marche mieux quand on prend son temps, quand on respire chacun de son côté, et quand on se laisse aussi respirer quand on est ensemble.
Et pourtant, on pourrait penser que je suis blasée, mais ce que ces dernières années m'ont appris, depuis que je me suis séparée d'avec G., c'est qu'en réalité, je ne suis pas moins fleur bleue que... toi. Peut-être au contraire. Les appréhensions qui sont tiennes et dont nous avons parlé... je ne pense même pas au sexe d'abord pour me laisser effrayer par lui. Le sexe vient au contraire ensuite, s'il vient, ce n'est pas la donnée de départ, je te l'ai dit, ce n'est pas ce sur quoi c'est fondé. Dans ce domaine, j'ai gardé mon côté Bisounours, en réalité, j'espère toujours quelque chose de pur et de doux, je ne pense qu'aux mains enlacées et aux baisers, à la façon dont je vais caresser tes cheveux ou embrasser tes pommettes ou ton arcade sourcilière, vraiment, je ne suis pas aussi usée par les expériences que tu pourrais le penser, je n'ai même pas envie de t'entrainer sur ce terrain-là dans l'immédiat. C'est ridicule, ou ça ne l'est pas, je n'en sais rien, mais la vérité c'est que si je ne suis pas amoureuse, je ne laisse personne aller si loin, ça fait des années que c'est comme ça, et même toi avec ton regard sombre tu n'y changerais rien.
Et toi tu te barricades derrière la peur d'une chose à laquelle je ne pense même pas ! Ni à passer plus de temps ensemble, ni à forcément aller très loin... au nom du ciel on ne se connaît que depuis six mois !

Alors, je sais, ça ne se négocie pas. Et je sais aussi, un petit oiseau me l'a dit (suivez mon regard), que tu crois avant tout au coup de foudre comme pré-requis. Et je sais que je suis plutôt le genre de fille qui s'apprécie sur le long terme, disons-le franchement. Je sais tout ça. Je sais que je ne te forcerai jamais à rien même si je voulais essayer, parce que ce serait vain.
Mais quand même, accorde-moi une faveur. Reconnais que je ne suis pas celle qui piétinerait ton indépendance, qui forcerait l'entrée de ta bulle, qui mettrait par terre tes beaux projets. Parce que tu commences à me connaître et qu'au fond de toi tu sais que je ne serais pas comme ça, pas moi. D'accord, ne le reconnais pas devant moi, reconnais-le juste entre toi et toi. Ça me suffit si tu es simplement honnête avec toi-même.

Tout ce que je demandais, ce n'était pas de te sauter dessus ; juste de sortir, toi, moi, et c'est tout, et voir ce qui se passe. Un resto (chez Clément ?). Un ciné. Un verre. Une balade. Ce que tu veux.
A date that we both know is a date. Contrairement à Noël qui en avait toutes les apparences mais c'est tout.
Je ne demandais pas grand'chose sinon tester l'eau, un orteil à la fois, et voir où ça mène. Si ça mène quelque part, d'ailleurs. Et je crois que, une fois que je digère un peu tout ça, ta réaction excessive et la mienne posée, puis ma réaction excessive et la tienne posée, je crois donc que, ce qui reste, au fond, comme problème pour moi, c'est de trouver infiniment dommage qu'au nom d'un principe très général et par peur un peu aveugle, tu refuses même de tenter le coup.
Soit ça, soit quand tu m'as répondu, tu m'as menti. Mais c'est une éventualité que je n'ose envisager.

13 juin 2008

Le dedans, le dehors, et comment franchir les portes

Je me suis aperçue que ces derniers temps, j'avais tendance à lire des blogs et à me dire "ah, alors la vie des gens normaux, c'est comme ça".

Alors, bon, déjà, ces histoires de normalité, je sais que c'est des foutaises, mais je ne peux pas m'en empêcher. J'ai en tête le nom de gens que ça ferait hurler, une expression pareille... "mais les gens, ça n'existe pas, et puis c'est quoi des gens normaux ?". Ca va, je sais.

Mais il faut me comprendre, aussi. Je suis Jim Profit. J'ai grandi dans une boîte en carton en regardant à la télé ce qui me semblait être le vrai monde. Le dehors.

Je n'avais pas la possibilité de sortir, pas la possibilité de fréquenter des gens, ou alors en cachette comme par exemple profiter des 20mn de promenade du chien pour donner rendez-vous à ma meilleure amie qui m'attendait, cachée (autre alternative : il me fallait argumenter pendant des semaines avec mon père sur "pourquoi ce serait marrant d'aller faire du lèche-vitrine une demi-journée et sous surveillance de ma mère avec telle copine pour mon anniversaire", et même en procédant comme ça c'était pas garanti que je puisse voir du monde en-dehors de l'école), pas la possibilité de m'ouvrir à quoi que ce soit. Fallait voir la tête de mon père quand le téléphone sonnait ; quand il sonnait pour moi, et quand il sonnait tout court. De toutes façons, on explique vite aux gens qu'il vaut mieux ne pas appeler, ne pas inviter... pour éviter les conflits.

Qu'est-ce qui me restait ? La télé. Et seulement en cachette de mon père. Ou, quand il était là, c'était le journal de 20h ou des reportages sur son métier (ah, avoir 13 ans et se farcir un bon gros documentaire sur la dureté du métier de flic ! Si vous ne savez pas comment pourrir l'adolescence de vos rejetons, voici une très bonne technique pour leur faire voir la vie en noir et leur montrer que le dehors, c'est l'horreur !). Les alternatives pour avoir accès au monde extérieur n'étaient pas bien nombreuses, alors j'ai utilisé ce que j'avais. Ce que j'avais, c'était la télé.
J'y boulottais un peu tout et n'importe quoi, du coup, mais j'insiste, il faut me comprendre, j'étais enfermée. Et le pire c'est que je ne m'en rendais pas compte. Je n'ai commencé à réaliser que tard, et à lutter que plus tard encore. En fait, quand j'ai vraiment compris dans quel état de coupure avec le monde extérieur on avait été maintenues (probablement involontairement, en plus), ma soeur et moi, je vivais déjà ailleurs.

Mon Dieu, quand j'y pense, mais comment on vivait ! C'était l'école, les devoirs et le ménage. Il n'y avait rien à part ça. On ne voyait jamais personne, on n'appelait jamais personne (à part les grands-parents tous les dimanches à midi, et ô scandale et complications si c'était reporté d'une demi-heure pour cas de force majeure, et tout le monde devait parler, chacun son tour...), évidemment on ne sortait pas, et si vous essayiez de prendre un livre mon père vous tombait dessus dans la minute, avec un cinglant "t'as plus rien à faire ? tiens bah va désinfecter le porte-serviettes de la salle de bains" (voilà, barreau par barreau, comme ça il était sûr de nous tenir occupée une heure ; il aimait bien nous faire balayer les escaliers, aussi : c'est pratique, on ne peut jamais dire si c'est propre ou sale, un escalier en bois dans la pénombre). Inutile de dire que vu l'ambiance, on laissait tomber le bouquin sans broncher et on filait droit à la salle de bains...
Etonnez-vous que je me relevais secrètement la nuit pour lire... Il n'y avait pas de dehors, il n'y avait pas d'ailleurs. Et on n'était vraiment pas encouragées à savoir comment pouvaient vivre les autres gens (à moins qu'on ne parle de jeunes esclaves de 11 ans dans un pays sous-développé).
Et si mon père avait été un extrémiste religieux, il est fort probable n'en aurait pas été autrement (question qu'on me posera d'ailleurs plus tard, à ma grande surprise puisque jusque là je n'avais jamais même pensé que ça puisse être un comportement "hors normes"). Les prières en plus, éventuellement.

Alors pour moi, progressivement, certaines choses que je voyais à la télé sont devenues des normes. Mais heureusement, ce qui me marquait, ce n'étaient pas les choses les plus horribles ; je n'ai pas commencé à penser que la violence, les cas extrêmes, tout ça, étaient la norme. Non, en fait ce qui me fascinait, c'était comment d'autres pouvaient vivre leur vie quotidienne. Ca semblait extraordinairement captivant de voir la vie des autres. Mais j'étais jeune et encore imperméable aux documentaires, alors c'étaient les séries télé qui constituaient le gros de mon information sur la vie des autres (ça s'est arrangé depuis, même si la fiction garde ma priorité). Bah oui, les films, c'était juste pas possible, vu les horaires de diffusion : à 21h tout le monde était au lit (ou 22h, quand j'ai commencé à dire que je révisais pour le Bac).

Je crois que j'ai commencé à formuler consciemment ces généralités sur la vie des autres devant Friends. Je me disais "alors avoir 30 ans, c'est avoir un travail, des amis, et accumuler les expériences amoureuses !". Les personnages avaient plein d'aventures, plus ou moins sérieuses, et moi je me disais que c'était ça une vie d'adulte. Ils avaient des "dates" ! C'est comme ça que ça marchait alors ? C'était évident. Je me disais que si la série rencontrait aussi bien son public, c'est que ça reflétait quelque chose de vrai sur les comportements des gens. Et j'ai commencé à me dire que ma vie d'adulte ressemblerait à ça, plus ou moins.
Ha ha ha.
Mais quand on regarde plusieurs séries qui vous confortent dans cette idée (Sex & the City est venu quelques années après ma découverte de Friends), on pense que c'est un mode de vie général. La fameuse normalité.

Evidemment, tout le monde ne vit pas comme ça. La meilleure preuve ? Je l'avais sous les yeux. Moi. Je ne sortais pas. Quand Sex & the City est apparu sur les écrans français (les petits, à l'époque il n'était pas encore question de film), je ne fréquentais pas. Je n'allais pas dans les restos, les bars, les boîtes. Rien. Je trouvais normal que la Terre entière le fasse, sorte, embrasse, couche, un peu n'importe comment, mais pas moi. C'était normal et je ne l'étais pas. C'était une donnée de base. Mes histoires, elles ne se passaient pas comme ça. Elles n'étaient pas "normales". Et puis j'avais tellement de mal à me remettre de mes séparations, que je n'aurais jamais eu l'idée d'aller trainer avec d'autres jeunes quelque part dans l'espoir de me trouver un nouveau mec.
Pendant des années, je me disais "je veux une vie normale" en sachant qu'elle n'était pas faite pour moi. Je ne suis pas du genre à me ripoliner le visage et enfiler des tenues affriolantes pour lever un inconnu dans un bar. Ca ne me correspond pas. Mais j'aurais voulu. J'aurais voulu être comme tous ces gens qui sortent, s'amusent... Parfois j'essaye. Mais ça tourne mal (au resto la semaine dernière, ça a juste fini en engueulade puis en larmes, pathétique). Ou plus souvent je m'ennuie. C'est encore le plus fréquent. Comme la fois où on m'a forcée (oui, forcée) à aller en boîte. Ce n'était pas mon monde...

Depuis que j'ai réussi à sortir de chez mes parents, en fait, je me suis enfermée ailleurs, c'est tout. La force de l'habitude, le fait de ne rien connaître d'autre, mes propres loisirs qui ne me poussent pas tellement dehors... ça n'a pas aidé, c'est un ensemble de choses. Je me suis enfermée plus ou moins consciemment.
Mais le chômage a tout bouclé à double tour. Même quand je le voulais, je ne pouvais plus sortir. Quand on ne peut rien payer, quand on a l'air d'une loque parce qu'on est épuisée, affamée et/ou déprimée, quand on ne ressemble à rien parce qu'on a préféré s'acheter un paquet de pâtes plutôt qu'une crème de jour (j'ai découvert l'existence des crèmes de jour ya 6 mois, pathétique !), on ne peut pas envisager tout ça de toute façon.

Ces dernières années, quelque chose d'autres est apparu, aussi : j'ai fait de mon enfermement un choix ; ou bien on peut dire que je me suis adaptée. Ou bien les deux. Je me suis progressivement transformée en geekette. Et j'adore ça. La plupart de mes projets sont sur le net, mais je ne pense pas que je pourrais trouver un autre moyen d'être autant stimulée intellectuellement, et de pouvoir gérer mon emploi du temps avec autant de liberté, si ce n'était pas sur le net. D'un côté j'ai plein de choses à faire, mais d'un autre je fais très exactement ce que je veux quand je veux. Si j'étais, je ne sais pas, dans un club, une association, quelque chose, il y aurait des obligations plus rigides, et ça m'étoufferait. Là c'est ce que je veux, quand je veux, vraiment.
Et si je ne veux pas, il me suffit de faire comme si je n'avais pas encore ouvert mes mails, comme si je n'avais pas lu le message du forum, etc... Quand je veux être tranquille, je le suis. Quand je veux faire plein de choses, j'ai le champs libre.
Et quand on est bien dedans, bah ça fait un peu plaisir quand même.

Et le pire c'est que je ne suis pas vraiment timide, en plus. Je n'ai aucun mal à parler aux gens, sourire, plaisanter, raconter des conneries, soutenir une discussion... et même souvent me livrer. Parfois je me dis que je n'ai aucune intimité tant j'ai de facilité à mettre mon coeur sur la table devant des gens que je connais à peine (comme je le fais d'ailleurs ici même depuis des années) ; pour moi c'est plus facile de dire ce qu'il se passe en moi, que de raconter des évènements de ma vie (qui j'ai vu, ce que j'ai fait, ce que j'ai acheté), et je pense que ça se voit sur ce blog de toutes façons.
Ca m'est super facile de partager avec les autres ! Mais je ne sais juste pas comment rencontrer de nouvelles têtes avec qui partager toujours plus. C'est ça qui me bloque.

En ce moment j'ai envie de sortir, de voir du monde, d'aller au resto, de rigoler et de passer de bonnes soirées. Je ne vais pas toujours embarquer ma frangine là-dedans, quand même. Et même si je le voulais, on a quand même 5 ans d'écart, pas du tout la même expérience de la vie, et plein de choses qui nous sépareront toujours, même si on s'entend bien.
Mais là où le chômage n'a pas fait de tri dans mes pseudo-amis, c'est moi qui l'ai fait. J'ai voulu ne conserver dans mon entourage que des gens fiables. Manque de chance, personne n'était fiable selon mes critères, ils ont tous pris peur ou ont démontré qu'ils ne savaient pas faire face. Sauf une, qui était chiante et crampon. Mais je l'ai éjectée aussi. A l'époque j'allais tellement mal que je ne supportais pas de m'entourer de personnes qui n'auraient pas compris l'état dans lequel j'étais. Et hélas, la plupart des gens avec qui on s'amuse sont justement incapables de rester dans les temps difficiles. J'ai tellement déménagé que j'ai découragé les autres... Bref j'ai fait le nettoyage par le vide, et maintenant que j'ai envie de sortir, de (re)prendre une vie normale, eh bien, il n'y a plus que des "connaissances", des gens avec qui je peux travailler sur mes projets, plaisanter sur des forums, échanger des mails marrants, mais... pas des gens que je pourrais embringuer dans une sortie. Et puis, précisément, ils sont sur le net, avec mes projets. Donc souvent, à des centaines de kilomètres. La barbe !

Aujourd'hui, la télé n'est plus ma seule fenêtre sur le dehors. Il y a aussi internet. Je lis donc plein de blogs, et je me dis "c'est ça la normalité". A nouveau.
Eh bien admettons, et vous savez quoi ? Eh bien ces gens, ils sortent, ils s'amusent, ils vivent. Je lisais hier le blog d'une nana... pas tout le blog, mais quelques posts, comme ça... elle ne se livre pas beaucoup (au contraire, ça lui est plus facile de parler de futile que de personnel, et c'est marrant, moi c'est complètement l'inverse), mais elle se raconte. Elle parle de ses sorties, ses achats, ses rencontres... Elle voit du monde, elle s'achète des fringues, elle va à des évènements. C'est pas un blog d'une nana spéciale, c'est juste une fille... normale. Elle vit, quoi. Alors évidemment je ne suis pas en train de dire que sa vie est parfaite et idéale (même si ya un "petit" quelque chose qu'elle a qui est bien sympathique, mais comme je l'ai dit, ça me passera), évidemment on ne sait pas tout de ce qu'est sa vie en lisant son blog, même si par petites touches on sent que tout n'est pas toujours rose, mais il n'en reste pas moins que, voilà, c'est un exemple de ce que vivent les gens qui ont à peu près mon âge (parce que l'air de rien, dans 3 ans et demi, moi aussi j'aurai la trentaine).
Et moi pendant 5 ans je n'ai rien fait de tout ça.

Mais maintenant la porte est ouverte.
Et je reçois toujours toutes ces informations, à travers les blogs et la fiction, en plus de tout ce qui s'est gravé dans mon cortex auparavant. C'est dur de réussir à comprendre, sans avoir jamais eu de modèle sous les yeux, sans pouvoir aller constater maintenant, comment vivent la plupart des gens. Peut-être que je me focalise sur une forme d'existence qui n'est en fait qu'une exception. Peut-être que la plupart des gens de mon âge ne vivent pas comme ça, si facilement, à sortir, fréquenter, décrocher des rendez-vous. Comment le saurais-je ?
Je tente de faire la part des choses avec tout ça... pas facile.
Mais les gens dont je vois la vie, ou au moins une partie, parce qu'ils la dévoilent... eh bien ils font plein de choses, ces gens, ils tentent leur chance. Je n'appartiens pas à leur monde, je n'y appartenais pas avant et ces 5 ans m'ont définitivement fait adopter un esprit différent. Je ne serai jamais aussi insouciante qu'eux. Mais comment je peux faire pour quand même essayer de mener une vie normale ? Comment je peux quand même un peu entrer dans la danse ? Comment je peux concilier mon envie de m'ouvrir au monde, et mon envie de ne pas tirer un trait sur l'univers geek qui me tient à cœur ?

Ca fait des mois, des années, que je rêve d'avoir une vie équilibrée. Pas juste stable : équilibrée. Avec un peu de tout dedans. Ca fait des mois que j'imagine ce que sera ma vie lorsque je serai sortie de la mouise dans laquelle je patauge depuis 5 ans. Je préparais mentalement toutes les choses qui me faisaient envie et dont j'avais dû me priver. J'avais pensé à tout ! Tout envisagé ! Tout prévu !
Je sais ce que je vais faire, ce que je ne vais pas faire, comment je vais m'organiser, comment je vais vivre ces changements...

La seule chose à laquelle je n'avais pas pensé, c'était la phase de transition.

25 mai 2006

A travers le rideau

La pièce était baignée d'une lumière douce et diffuse, il faisait tiède. J'ai laissé faire, parce que ça faisait du bien. Je ne promets rien, je ne promets plus rien maintenant, mais en cet instant précis c'était paisible et doux, et c'est tout ce qui importait, et je n'ai pas eu envie de me demander si ça durerait, ni même si j'avais envie que ça continue comme ça plus tard. Sans m'engager à rien j'ai juste profité de ce moment de calme.

La tête calée entre deux coussins, je l'ai juste posé près de moi et j'ai attendu que le sommeil vienne. Et il est venu. Comme si ça avait toujours été si simple. Il y avait de la fatigue, c'est certain, mais il y avait autre chose, aussi.

Et malgré le fait que je me sois réveillée une dizaine de fois pendant la nuit qui a suivi, je n'ai jamais aussi bien dormi.

J'ai entrevu quelque chose dans la lumière qui filtrait à travers le rideau, et pour la première fois depuis longtemps, je n'ai rien trouvé à y redire.

15 mai 2006

Mon rêve amourérotique

Je ne parle pas souvent de mes rêves ici. C'est une honte car j'adore mes rêves. J'adore en faire, j'adore y repenser, j'adore essayer de me souvenir de tout ce qui s'y est passé, et j'aime parler de ceux des autres... C'est un des petits plaisirs qu'on se fait à soi-même sans jamais rien préméditer, et ça fait partie du charme.
Alors allons-y !

Cette nuit, il y avait une voix. C'est comme ça que ça a commencé. C'était la voix d'un homme, grave, puissante, légèrement ronronnante et douce. Une diction rythmée. Je vivais dans une maison avec des amis (qui étaient totalement fictifs) et parmi eux il y avait cet homme auquel je n'accordais aucune attention mais qui n'était jamais loin de moi. Mes amis me disaient qu'il en pinçait pour moi, mais ça ne m'intéressait pas et je n'y prêtais pas garde, pensant aussi l'air de rien qu'il n'était pas à mon goût et que ça ne servait à rien de le lui dire juste pour lui faire de la peine.

Il faisait un peu peur, d'ailleurs, finalement, avec son visage long et émacié, son regard sombre (non pas la couleur mais par ce qui en ressortait), sa démarche bancale et ce corps démsurément long qui me suivait partout.

Et puis à un moment, je l'ai regardé. J'étais avec une de ces colocatrices au style excentrique, et j'ai ouvert la porte et il était là, comme d'habitude. Mais cette fois je l'ai regardé, en silence. Et j'ai eu envie d'être avec lui. C'était un sentiment très pur à ressentir, cette envie d'être avec cet homme d'une grande douceur et aux gestes lents, même s'ils étaient imparfaits. En fait tout ce qui m'avait laissée indifférente pendant le début du rêve m'a soudain touchée, comme si j'étais d'un coup, en ouvrant cette porté, été réceptive au fait que l'imperfection de l'homme était exactement ce qui était attirant en lui. Je me suis réveillée à ce moment-là.

Et pendant tout le rêve, ses mots, comme susurrés avec une voix profonde et gutturale, n'avaient cessé de servir de bande sonore avec un rythme lancinant. En me réveillant, j'ai tout de suite pensé : "l'homme, c'était Grand Corps Malade".

Mais vous et moi savons très bien que je n'ai pas rêvé de Grand Corps Malade, surtout que je n'écoute même pas ce qu'il fait et que je n'ai fait que voir des pubs à la télé. Je n'apprécie même pas plus que ça ce que j'ai entendu de lui. Et même si c'était le cas, on sait tous que je n'ai pas rêvé de Grand Corps Malade, c'était juste un alibi. Les rêves ont besoin d'alibis pour exprimer ce qu'ils ont à dire. Des métaphores, des déguisements... (il y a une très bonne nouvelle de Yasutaka Tsutsui à ce sujet, d'ailleurs)

Le rêve était doux, il était simple, il était ouaté, et on y respirait la même douce tiédeur que celle qui règne dans mes soirées depuis quelques jours.

Je savais bien que j'allais ouvrir la porte. Je ne pensais pas que j'allais apprécier toute cette douceur et je pensais encore moins que j'allais m'y complaire. Je n'avais pas envie de plus que la douceur et en me réveillant je n'ai pas pensé que je voulais absolument y retourner. Mais le temps que le rêve a duré, il était doux, j'avais su ressentir sa tendresse. Et ça suffisait. Cela avait quelque chose d'érotique sans que personne ne s'y touche. C'était simplement délicieux.

Je me demande juste jusqu'à quel point je dois l'interpréter. Mais peut-être que peu importe, puisque c'était un bon rêve.

5 mai 2006

La chose dont je ne peux pas parler...

...Et qui si je la disais, n'empêcherais pas que je ne sache pas qu'en penser.

Parfois je me prends à rêver que je suis quelqu'un d'un peu plus simple, que je ne me pose pas tant de questions, et que je ne réfléchis pas tant à des choses qui semblent finalement simples.

Et puis après je me dis que ça enlèverait tout le plaisir d'être moi !

La chose dont je ne peux pas parler, et que je ne peux pas revivre. Et ne pourrai jamais, sans doute. Pas de cette façon. Est-ce que je veux qu'elle se reproduise, d'ailleurs ? Je n'en sais rien.

Ô joie d'être moi !!!

24 avril 2006

Girlish

Il y a quelques temps, on m'a demandé ce que j'avais de féminin. J'ai été estomaquée par la question : dans le fond, j'en sais rien. Ce qui fait que je suis une fille ? Eh bien bon, biologiquement parlant, je vous apprends (puisque je suis sur place pour en attester) que je suis bel et bien une fille. Ca c'est clair. On va pas revenir dessus. Mais me comporter comme une fille, ça n'a jamais été le cas à 100% et ce n'est pas du tout en voie de s'arranger. Pourtant actuellement, c'est aussi ça qui est à remettre en question, vu les évènements (très) récents (dont, non, n'insistez pas, je ne traiterai pas ici).

En fait à force de fréquenter majoritairement des garçons (je ne blâme personne, c'est totalement volontaire), je pense que j'ai pris le pli de ne pas assumer plus que ça les côtés féminins de ma personnalité. Je ne suis pas avare en blagues douteuses et/ou graveleuses, je parle très peu de sujets "féminins" et au civil, de toutes façons, je ne cherche pas vraiment à avoir l'air d'une fille, juste à me sentir au mieux. Certes, j'ai des fringues de filles, je ne suis pas plus que ça fan du unisexe, mais il faut bien reconnaître que je ne porte pas de jupes ni de talons, que mes ongles ne sont jamais vernis, et que je n'affectionne pas plus que ça les bijoux. Ca me facilite la vie et me convient à merveille. Et zut à ceux qui pensent que ça fait partie de la panoplie de base de toute nana qui se respecte.

Pourtant, soyons honnête, être une fille au milieu de garçons, et je le sais depuis des années, c'est bien satisfaisant quand même. Ca implique que même sans efforts soutenus, je reste la fille du lot. Ce qui ne manque pas d'être agréable. Et c'est à ce titre, peut-être, qu'on me garde tout de même deux ou trois égards particuliers... c'est en tout cas à cela que j'attribue la désormais célèbre "aura" qui me poursuit ça et là.

Je suis mon genre de fille, résolument, mais pas vraiment une nana.

Et pourtant... pourtant je pleure régulièrement devant la télé, j'aime les chansons larmoyantes et les peluches adorables, je tiens un blog qui me sert de journal intime maintenant que j'ai perdu le mien il y a un an et demi de cela (perte dont je n'ai pas encore tout-à-fait accepté le côté irrémédiable mais il faudra s'y faire un jour), etc... Il y a mes longs cheveux, aussi... J'ai des côtés féminins, si-si !

Rien que ce blog, par exemple, est ce qu'il y a de plus féminin chez moi. Mon écriture est ce que j'estime être de plus féminin, avec ces longues phrases, ces mots à la pelle et toutes ces pensées un peu tristes ou casse-tête. C'est ça mon côté fille, je pense, c'est quand même plus souvent le propre des gonzesses de se poser mille questions sur leurs sentiments. C'est un aspect, certes, que je ne donne pas souvent à voir aux autres, et encore moins aux gens avec qui j'aime à rire. Je me suis blondée, depuis un an et demi environ, et c'est plutôt naturel vu la suite d'évènements pendant ce laps de temps, mais en moi, la fille fragile existe toujours, simplement je ne la donne plus à voir. Est-ce une bonne chose ? Les gens recommencent à me voir comme une personne forte et toujours de bonne humeur (ou presque), et dans le fond c'est pas plus mal ; je réapprends à m'ouvrir petit-à-petit auprès de ceux qui ont su percer les défenses et ça par contre, ça m'est très gênant.

Ca ne me plaît pas toujours d'ébrécher la carapace mais en même temps une partie de moi a besoin de le faire, cette même partie que j'ai étouffée depuis ma précédente rupture, et qui renaît en ce moment (peut-être juste éphémèrement, parce qu'elle en a l'occasion, ou peut-être sur du long terme, je n'en sais rien).

La fille qui est en moi n'est pas partie avec le temps, elle est juste cachée, terriblement cachée, je ne sais pas si je veux la sortir de là où elle est, et je suis encore moins sûre de vouloir la déloger de là maintenant, dans les circonstances actuelles...

Etre une nana c'est avant tout laisser une chance à d'autres de me faire souffrir, et ça je ne le permettais quand même plus trop depuis quelques temps. Pas mal de gens pensent que vivre, c'est prendre des risques, mais jusqu'à quel point un risque n'est-il pas encore une folie inconsciente ?

Quand je me pose toutes ces questions, je me sens féminine. Mais aussi très friable. Ca ne me fait pas envie. Lorsque je me comporte de façon plus dure, c'est quand même mille fois moins inconfortable ! Qu'est-ce qui est mieux ?

Depuis un an et demi, je n'ai plus permis à personne de m'atteindre, petit-à-petit, j'ai fermé la porte à toutes les opportunités, quelle que soit la personne dont elle vienne. Je n'ai pas une seule fois remis en cause le bien fondé de ma carapace. Etre seule, c'était confortable, pratique, sécurisant, et franchement apaisant. J'avais sans doute besoin de prendre du recul avec les hommes sur un plan sentimental, mais je m'y suis rapidement plue. Etre seule, c'est le pied ! Simplement est-ce une raison pour le rester ? Quelles que soient les opportunités ? Redevenir la fille dans un couple, ça ne m'attirait plus, mais où était la peur, et où était l'envie ?

Si j'ai eu une leçon à tirer de ce qui est sorti de la relation avec le dernier ex en date (sinon le précédent également), c'est bien que lorsqu'on n'a pas une vie stable en solo, c'est pas facile de mener une relation stable. Et que lorsqu'on ne s'aime pas beaucoup soi-même (et actuellement comment avoir une bonne opinion de moi ?), on court à l'échec avec les autres.

Il y a peut-être des filles qui ne sont pas faites pour être avec des hommes, des filles qui, parce que c'est dans leur caractère, sont mieux seules. Comment savoir si je suis de celles-là ?

Le simple fait de me poser ces questions est déjà un signe que mes raisons précédentes pour rester seule ne suffisent plus. Je ne crois plus aux choses de l'Amour, mais que se passerait-il si je tombais sur quelqu'un qui a encore la fraîcheur d'âme d'y croire ? Dans le fond, je ne veux pas que tout ça soit mort en moi. Je ne veux pas ne plus être capable de rêver que c'est possible. Ca a pourtant bien été le cas depuis plus d'un an et demi maintenant.

En fait la question ce n'est bien-sûr pas d'être une fille ou non, bien que ça participe.
Et je ne suis pas plus avancée à la fin de ce post que je ne l'étais au début.

Parfois, face à certaines personnes, on est simplement faible et puis c'est tout, on a envie de se laisser aller, et comme je ne me laisse plus aller depuis bien des mois, c'est normal que lâcher un peu de ce précieux contrôle me fasse peur. Mais est-ce juste une question de peur ? Est-ce que je ne joue pas aussi ma sécurité en les circonstances actuelles ? Est-ce vraiment le moment de rejouer à tout cela, de tenter la malchance comme si je n'en manquais déjà pas ?

Il n'y a pas de bonne réponse. Je crois que je ne suis plus celle qui a le pouvoir de me rassurer sur tout cela maintenant. Le tout c'est de tomber sur quelqu'un qui ait la force de me rassurer quand j'en ai besoin. Mais c'est tout de même beaucoup demander à quelqu'un, non ?

Dans les jours à venir, sans doute d'autres posts à teneur tout aussi rébarbative, mais c'est plutôt normal vu le week end qui m'attend.

18 août 2005

95C

Je risque un peu la "réputation" de mon blog sur ce coup-là, mais je me risque quand même.

Tout a commencé il y a quelques semaines lorsque ma mère, pendant un séance de shopping (=10mn dans une boutique, et mon quota de magasin de fringues est dépassé pour l'année) me fait la réfléxion que ma lingerie devient un peu juste pour moi.

Soyons clairs tout de suite : à part quand je ressens de la souffrance, mon corps, je n'en ai cure. Je veux dire : je n'y accorde pas de soin superflu (nan parce que quand même, j'entretiens le matériel, pas de méprise, mais juste le nécessaire pour faire tourner la machine). Je ne ressens pas le moindre plaisir à me fagoter avec des bouts de tissus exotiques, me faire des coiffures compliquées, etc... Le seul extra que j'offre à mon enveloppe physique c'est un coup de maquillage tous les matins (plus par réflexe qu'autre chose). Et on peut à la rigueur considérer être de la coqueterie le fait que j'aime à prendre plusieurs douches par jour (mais en vérité c'est pas pour me faire belle, juste pour me sentir propre) Et pus bien sûr, pour les entretiens j'ai une belle veste de costard et un beau chignon, mais au civil, vraiment, rien d'exubérant. Sur l'iar de "on va pas se torturer et devenir esclave de son corps, quand même !"

Je ne dis pas : je remarque les changements qui s'y opèrent, mais je ne m'acharne pas dessus ; exemple : j'ai pris du poids il y a deux ans, je ne me suis pas mise à un régime draconnien pour autant. (C'est pas non plus que je m'empiffre, j'aimerais quand même bien reprendre forme humaine un jour, mais ya pas l'feu et j'vais pas me mettre en quatre pour pareille connerie)

Il faut peut-être, pour expliquer cela, remonter au collège où tout le monde (y compris mes parents) me traitait en/de parfait laideron (tout en condamant systématiquement toute tentative d'amélioration). J'ai vite pris le parti de penser que j'étais laide, grosse et moche et ça a réglé l'affaire.

Au lycée je souffrais bien du manque de regard des autres, mais il était déjà bien ancré que ça n'avait rien d'extraordinaire : je me suis toujours considérée comme peu avenante. Ca faisait mal, mais c'était normal. On appelle ça, j'imagine, un acquis.

Ce qui explique que lorsqu'on me fait un compliment, je suis et reste convaincue que soit la personne n'en pense pas un mot, soit elle n'a pas les yeux en face des trous. Soit les deux. Ce qui est forcément un problème lorsqu'on a quelqu'un dans sa vie qui vous dit des compliments : j'ai l'impression qu'il s'agit de quelqu'un qui s'aveugle sur ma réelle apparence.

Bref, je suis partie de l'idée que j'étais laide, que j'avais peu de chance de devenir un canon un jour, et que si jamais ça devait être le cas, ça m'aurait coûté cher ! (bien que si je devais un jour passer sur le billard d'un chirurgien esthétique, je changerais quoi, en fait ? La liposuccion est une douloureuse mascarade qui bien souvent n'a qu'un temps, le silicone une superficialité extrême, et quant à mon visage, dans le fond... j'aime bien mes yeux, mon nez a du caractère, et ma bouche... bon bah tant que les muscles me permettent encore de papoter, ça me convient. Je crois qu'au pire je ferais une chirurgie des mains, j'ai toujours eu très honte de l'apparence des mes doigts, tous plats et carrés. Mais ça me priverait tellement de n'avoir pas mes mains pendant la convalescence que c'est même pas la peine d'y penser !)

Lorsque je me regarde dans un miroir, je pense que je vois encore mon corps d'adolescente. Je me vois petite, grosse, pas de poitrine et pleine de boutons. Mais dans le regard des autres je ne ressemble pas toujours à ça, apparemment. Il y a tous ces types qui se retournent (souvent des mecs de 30 ans et plus, d'ailleurs), me sourient, m'adressent la parole, tentent leur chance. Je ne comprends pas trop. J'avais coutume de dire, lorsque j'étais ado, que c'était parce que je bénéficiais de la comparaison par rapport à leurs femmes, mais vu qu'actuellement on me donne aisément du madame et qu'on m'octroie 30 ans allègrement, ça ne doit pas être l'apanage de mon âge. Bon. Je pensais que c'était parce qu'adolescente, je m'habillais souvent de façon moulante... actuellement c'est pas vraiment le cas non plus. Certes, ce n'est pas comme si je faisais la gueule mais je n'incite personne à m'adresser la parole, et je ne salue pas spécialement les inconnus. Donc ça ne doit pas être ça.

Il faut croire que tout ce monde voit quelque chose qui m'échappe totalement.

Donc avec ma mère qui, de but en blanc, m'annonce que j'ai pris des rondeurs bien placées, j'écarquille les yeux et pense "elle déraille la vieille". Elle reporte ses espoirs sur sa fille (ce serait pas la première fois). C'est tellement pas possible que c'en est risible. Personne ne fait une poussée de croissance à 23 ans.

Je pensais l'affaire oubliée. Oui c'est sûr, j'ai pris des formes : quand on grossit ça a tendance à arriver. Mais vu que je faisais un malheureux 75A au lycée, il n'y avait certainement pas de quoi pavoiser.

Pourtant me voilà avec des fringues que ma mère (insistante) a cru bon de me faire parvenir, et l'évidence est là : je déborde de ce fichu 95C. O_o

Quand au juste est-ce arrivé ??? Comment ai-je fait mon compte ?

J'ai filé devant le miroir. Mais pas moyen : je vois toujours deux oeufs sur le plat. Deux vagues machins dont je veux bien reconnaître qu'ils ont changé de forme, mais certainement pas de taille (chose que j'attribue aux fluctuations de poids).

Incrédule, j'ai même vérifié si ma mère n'avait pas truqué l'étiquette (oh elle a eu de bien pires mensonges par le passé, elle n'en est plus à ça près et ce n'est que justice d'être parano à présent). Mais c'est là et bien là (j'ai vérifié sur Internet si les tailles dans les autres pays correspondaient bien, mais rien à faire, c'est bien ça). J'en ai profité pour vérifier si j'ai pris du poids partout mais non, pas de changement côté taille de pantalon par exemple.

Je n'ai pas pu m'en empêcher : j'ai pleuré. Mon corps et moi on est fâchés depuis si longtemps que je n'arrive pas à croire ça. Et surtout je n'arrive pas à croire que je ne le vois pas.

Je sais bien que j'ai tendance à faire comme si je n'avais pas de corps, à ne rien mettre en valeur, à ne pas chercher à toute haleine à ressembler à quelque chose de précis. Mes fringues je les achète (quand j'en achète) parce qu'elles me vont, parce qu'elles sont noires et que le noir c'est classe et sérieux (et que ça sera mieux en entreprise), avant tout parce qu'il faut s'habiller. J'ai des cheveux superbes mais je ne cherche pas à les montrer et il faut me prier pour aller me les faire couper (quoi, comme si j'avais pas mieux à faire d'une trentaine d'euros qu'égaliser une frange -je n'en ai plus depuis des lustres- ou faire une fichue couleur ou Dieu sait quoi d'autre), je ne me fais pas les ongles, rien. Je suis consciente de faire partie de ses filles qui préfèrent passer leur temps libre à autre chose que s'occuper de l'extérieur (parce que se polir les ongles, se faire des masques et tout le toutim, ça vous bouffe du temps comme rien en plus ! Et si au moins ça allait vite mais même pas ! Il y a des temps de pause, et tout !)

Mais même lorsque je prends le temps de m'observer, je ne vois rien de rien et ça, ça échappe à mes facultés de compréhension.

J'ai tendance à me dire "toi, un 95C ??? ça va t'as pas les chevilles qui enflent ?!"

J'en sais rien, je ne les vois plus.

17 août 2005

Pas de sentiment

J'avais eu pas mal d'entretiens étranges ces deux dernières années. Mais j''avais encore beaucoup à apprendre du grain de folie qui habite certains recruteurs.

Il y a quelques semaines de cela, j'avais eu ce rendez-vous dans une boîte de communication dirigée par deux personnes, A. et A., et qui avait viré au coup de foudre mutuel. J'étais étonnée de passer au tutoiement immédiatement, étonnée des déclarations d'Amour textuelles du type "nous on vous dit franchement, on a un coup de coeur pour toi", étonnée de la facilité à discuter de choses sans rapport avec l'entretien à la fin, pendant 20 minutes, sur nos loisirs.

Je ne m'étais pas inquiétée outre mesure. Peut-être parce que l'excès de recruteurs assis sur des balais m'avait donné envie de ce type de rencontre.

Aujourd'hui, réponse de A. au retour de ses vacances, au téléphone : ce sera non. Je m'apprête à raccrocher. Arrivée au "non", je n'aime pas prolonger.

Combien de fois m'est-il arrivé d'entendre "non" au téléphone ?! J'ai une aversion profonde pour ce qui suit cette réponse : "mais on garde votre CV", "vous comprenez votre profil ne correspondait pas tout-à-fait", "vous étiez deux et ça s'est joué à pas grand'chose" et ma préférée, mais elle ne s'est produite qu'une fois "on a peur que vous ne vous ennuyiez à ce poste". Bref tout un tas d'explications dont on peut fort bien se passer et qui ne sont que bavardages sans conviction. Un recruteur qui tente d'apporter un peu d'humanité à sa décision et de se donner bonne conscience. Même si, en réalité, il s'en bat l'oeil que sans lui vous creviez la faim, ce qui est normal puisqu'il ne vous a vu que 15mn dans toute sa vie. Lecture du CV y compris.

Je l'avais sentie venir, la réponse d'A., quand lui et A. m'avaient annoncé qu'ils avaient vu une autre personne et qu'ils hésitaient. J'attendais quand même la confirmation, au cas où.

Sans doute un des pires coups de fil de ma vie, et j'en ai eu des pas jouasses.

Je voulais m'arrêter au "on est vraiment désolés" mais A. était intarrissable. Si des violons avaient commencé à jouer derrière lui je n'aurais pas été plus étonnée que ça. "Mais ça nous fait un coup au coeur vous savez" (d'être repassés au vouvoiement indique que tout le monde devrait s'en remettre), "on avait vraiment le coup de coeur, on vous aimait beaucoup, ça me fait mal et encore plus à A. elle c'est encore pire"... "mais vous savez avec l'autre ce n'est qu'un essai alors qui peut dire ce qui va arriver ? On ne peut pas savoir de quoi est fait le futur, peut-être que plus tard on pourra travailler ensemble !"

J'ai eu des ruptures amoureuses moins fusionnelles que ça.

C'était presque malsain de voir tous ces bons sentiments dégouliner de mon téléphone et devenir une flaque de promesses sans lendemain.

Je suis pour nouer des contacts. A fond. Pour à 100%. Mais je ne suis pas pour m'en sentir prisonnière.

Et surtout je ne veux pas me lier autant avec des personnes qui font partie de ma vie professionnelle. Les deux doivent être soigneusement cloisonnés. De toutes façons je ne suis pas la même personne au boulot et au civil alors ce serait vain. Au boulot, pas de sentiment. Règle d'or.

Dans ma déception de ne pas avoir le job (on est toujours déçu même quand on s'y attend), je me dis que ç'aurait été étrange de travailler avec A. et A., et de ne m'apercevoir qu'ensuite qu'ils étaient aussi émotifs et fusionnels. Il y a quelque chose d'angoissant à cette idée. L'espace d'un instant et pendant que A. me parlait de mon énorme potentiel (qu'il n'avait pas voulu utiliser, quand même) j'ai entrevu une sorte d'avenir parallèle où j'aurais pu travailler avec eux et je me suis dit : "Wow. J'ai échappé à quelque chose, là".

Et puis il faut bien se trouver de maigres compensations lorsqu'on loupe un job.

8 juin 2005

Votre télé vous aime (si-si)

Chose amusante qui m'est venue hier, alors que d'une oreille distraite, j'écoutais la fameuse Super Nanny de M6.

Votre télé vous aime. Elle vous aime comme un parent. C'est-à-dire qu'elle n'a jamais peur de vous dire quand vous avez tort. A vous dire que faire. Comment. Quand. Où. Et même, si possible, avec qui. Votre télé vous aime.

Beaucoup.

Et même en ce moment, c'est carrément de la passion. J'ai jeté un coup d'oeil sur ce programme et j'ai pensé...

"On a échangé nos mamans" > une famille apprend qu'elle ne fait rien correctement
"Il faut que ça change" > une personne se rend compte qu'elle ne fait rien correctement
"C'est du propre !" > une maisonnée apprend qu'elle ne fait rien correctement
"Super Nanny" > des parents apprennent qu'ils ne font rien correctement
...et ce soir...
"Panique en cuisine" > un restaurant apprend qu'il ne fait rien correctement

Outre l'impression (vague et floue) de redondance, j'apprécie hautement ces émissions donneuses de leçons. C'est vrai, on a tous besoin d'émissions de ce type, pour remettre les choses en ordre.

Et en premier lieu, même en fond sonore, j'arrête de regarder ce type d'émissions.

14 mai 2005

Ma voie

Je n'ai jamais vraiment cherché. Je ne me rappelle pas m'être demandé ce que je pourrais bien faire plus tard. J'ai toujours su. Ce que je me rappelle m'être clairement demandé, c'est ce que je pouvais faire de façon réaliste.

Depuis que je sais tenir un crayon, j'ai toujours écrit. Communiqué. Ce que j'appelle de "l'exportation de sentiments" parfois. J'ai un besoin depuis toujours de faire vivre dehors ce qui respire à pleins poumons en moi. Ca n'est pas neuf, et je ne me rappelle pas avoir dédaigné un seul mode d'expression jusqu'à présent. J'ai écrit, dessiné, chanté, dansé, fait de l'humour... toujours en autodidacte, certes. Mais il a toujours fallu que ça sorte.

Alors non, je ne me suis jamais demandé ce que je voudrais faire de ma vie. Uniquement ce que je pourrais faire. Et j'ai si longtemps douté de mes capacités... que j'ai le plus souvent mis mes désirs de côté en m'astreignant à un sens des réalités qui était peut-être plus vrai que nature. A force de voir le monde d'un oeil défaitiste, j'avais presque oublié que parfois, ce qu'on veut peut se produire. Qu'on peut parfois arriver à ce que l'on souhaite.

Lorsque j'étais en terminale, j'avais signé avec quelques unes de mes amies une sorte de pacte : normalement, à 10 ans de cela, nous devrons avoir fondé notre propre société, la Cop's Corp., où chacune devrait avoir son département. Le mien, c'était les séries télé. Je voulais en écrire. Je voulais écrire. Créer. Et à cette même époque, alors que les copines trouvaient ce pacte farfelu fort amusant, je ne cessais de me répéter : "il fuat bien que certaines personnes réussissent dans ce monde. On n'est pas tous forcés de rater notre vie. On n'est pas tous obligés de faire un métier que l'on hait. J'y arriverai."

Depuis la vie m'est passé dessus une ou deux fois (en bagnole et même une fois en camion 10 Tonnes) et j'avais complètement abandonné l'espoir de réussir un jour, enfin, à vivre de ma plume. Chose dont on me jure depuis toujours qu'elle est impossible.

Eh bien pourtant, aujourd'hui, une lettre est arrivée. Je suis admise dans une école de communication.

Alors qui sait ?

Je me sens absurde d'avoir douté de ma voie. C'est ce qui bat en moi depuis toujours : exprimer, communiquer, avoir des idées, imaginer, créer... et depuis maintenant plus d'un an, j'ai accompli certaines petites choses : faire avancer un site web préexistant, créer le mien propre, démanteler certains fonctionnements, certaines industries... J'ai toujours su que je voulais le faire, pourquoi ai-je écouté tous ce et tout ceux qui voulaient me faire penser que c'était une bataille perdue d'avance ?

J'ai reçu cette lettre et jamais rien ne m'a semblé si naturel.

C'est juste ma voie. C'est juste moi. C'est la direction vers laquelle je voyage depuis toujours. Et cette admission dans cette école veut juste dire que désormais, le chemin est pavé. Il y a encore beaucoup de marche mais, vous savez, mais je me suis tellement abîmé les pieds, je n'ai plus peur. Je vais arriver là où j'ai toujours voulu aller.

Et dans quelques temps, d'ici un diplôme, un ou deux postes et quelques projets, je regarderai ces années de doutes avec un sourire amusé et je me dirais : "tout cela n'était qu'une question de confiance en moi. Mais j'y suis."

Je marche vers moi et vous n'imaginez pas comme ça fait du bien. J'ai hâte de me rejoindre.

PS : sur Ajisai Eye Ai Monogatari des Biyûden...

19 avril 2005

Ma mère lit mon blog

J'ai été suffoquée de l'apprendre, il y a quelques jours.

Je ne sais pas trop pourquoi, au juste. Ce n'était sans doute qu'une question de temps avant que ma frangine ne vende la mèche. Ou que ma mère se rappelle du pseudo que j'utilisais il y a des siècles et fasse une recherche. Ou que j'aie laissé échapper l'adresse de mon site (ou le simple nom de SeriesLive) et qu'elle ait atterri ici par ricochets. Dans tous les cas ça devait arriver, j'imagine.

Dans le fond, ce qui me pose problème, ce n'est pas tant qu'elle le lise : en soi, c'est même positif quelque part.

Ce qui me dérange, ce serait plutôt que je l'aie appris par surprise, au détour d'une conversation sans rapport où elle a utilisé le surnom que j'ai donné à ma grand'mère ("Mirador"), qu'elle l'ait lu sans y réagir, sans y poster de réponse, sans sembler être spécialement touchée par quoi que ce soit qu'elle ait pu y lire. Ce qui me blesse, c'est qu'elle me dise "je l'ai lu" comme elle aurait pu me dire "j'ai été voir les dernières blagues de rigoler.com". Comme si c'était une activité, et pas un geste significatif. Comme si ce qu'elle y a appris n'a rien touché en elle. Ca me fait toujours aussi mal de m'apercevoir que les personnes de ma famille ne semblent pas comprendre de quoi je suis faite. Ils réagissent comme si ce n'étaient que des mots. Tout comme cette fois où je lui ai fait lire, dans un appel du pied peu discret, un texte où je parlais de mes envies de suicide, il y a plusieurs années. Elle m'a répondu quelque chose du type "c'est pas mal mais tu en fais trop sur le style", comme si j'avais présenté un texte littéraire et non une partie de moi. Elle me dit "je lis ton blog" comme elle me dit "je lis le journal". Ca semble glisser sur elle, ça me choque.

Est-ce parce que c'est de l'internet ? Elle n'a pas vraiment l'impression que c'est moi ? Elle croit peut-être qu'ici j'amuse la galerie, que j'écris tout cela (quand j'écris...) pour les autres et non pour moi. Je ne sais pas, je ne sais vraiment pas.
J'ai repensé, depuis que je l'ai appris, à tout ce qu'elle a pu y lire si tant est qu'elle ait lu le blog en entier : 100 posts qui n'étaient certainement pas tous de niveau équivalent. Mais quand j'y repense, quand je les relis, je me dis qu'elle y a eu une chance de voir qui je suis vraiment, c'est une facette de moi qu'elle ignore et que je ne cherche plus à lui donner à voir depuis quelques temps maintenant. Lorsqu'à une époque je me confiais à elle, elle semblait ne pas comprendre ce qui me faisait mal, elle me disait juste de patienter, d'attendre, de comprendre... jamais elle ne me disait qu'elle comprennait, elle, ma douleur, qu'elle allait faire quelque chose, ne serait-ce que m'encourager, non, il fallait toujours que je me débrouille seule. Il n'y avait aucune empathie. C'était purement factuel. Peut-être que j'espérais que ce soit parce que je m'étais mal exprimée : je suis tellement plus à l'aise à l'écrit. Ici, le moindre mot me semble parfaitement fidèle à mes impressions. Tout est si fluide sur ce blog pour moi, quand j'y écris. C'est la vraie moi, celle que personne d'autre ne peut atteindre dans la vraie vie, c'est une âme sur pixel d'une certaine façon. J'aurais espéré que ça la toucherait. Que ça changerait quelque chose. Je suis un cas désespéré si j'espère encore en un changement quelconque dans ma famille mais... c'est comme ça. J'ai cet espoir qu'un jour, au lieu de me voir comme la ratée, ils voient que je réussis dans d'autres domaines. Qu'ils sont quasiment incapables de communiquer mais que moi, en cela, je suis douée. J'arrive à tout dire. Je le dis avec toute mon âme. Je ne les ai jamais vus en faire autant. Plutôt de me reprocher de n'être pas comme eux, ma mère avait une chance de voir que ce n'est pas forcément mauvais d'être quelqu'un comme moi.

Que je souffre. Que je doute. Que je me pose des tonnes de questions. Que je réfléchis à un millier de choses, passées, présentes, et à venir. Que j'ai des rêves, des projets, des envies, des goûts. Que des gens m'apprécient, qui me lisent et trouvent formidable que toutes ces choses sortent de moi avec une telle aisance. Il y a dans ce blog pas mal de choses qui émanent de ma personnalité et dont je suis fière. Elle n'en a vue aucune.

Je ne suis même pas révulsée à l'idée de ce qu'elle a pu apprendre sur certaines choses de mon intimité, ma vie affective, amoureuse, sexuelle même (elle me racontait bien la sienne !!!). Ca aurait pu, mais si vraiment c'était le cas, je n'aurais pas de blog je pense. Je n'ai jamais eu aucun problème à dire ce que je ressentais, c'est pour trouver des gens pour l'écouter que ça devient difficile. Apparemment, elle n'a fait qu'entendre, une fois de plus.

Ma mère lit mon blog. Mais elle ne s'en imprègne pas.

Et j'ai soudain l'impression que ce n'est qu'une façon de surveiller ce que je fais, plutôt que d'entrer en contact avec moi. Elle a une chance de me connaître, elle n'a pas l'air de la saisir. Elle pourrait réagir. Elle pourrait être horrifiée de tout ce que je dévoile sur ma famille (laquelle famille n'a certes pas demandé à être épinglée sur le net après tout), sur mon enfance, sur mes sentiments. Elle pourrait me trouver impudique. Elle pourrait me dire que j'exagère (elle l'a déjà fait). Elle pourrait tenter de se justifier. Elle pourrait faire une tonne de choses mais en lieu et place de tout cela, elle préfère cliquer discrètement et me lire sans aucun retour. Pas un commentaire, rien. Ni sur le blog, ni ailleurs.

Non pas que je voudrais que ce blog devienne un relai entre elle et moi, et que nous y communiquions souvent. Il y avait un temps où j'avais envie de cela ; je lui avais écrit une lettre, une fois. C'était son idée et elle semblait bonne. J'ai essayé de lui expliquer dans cette lettre qu'on me menait la vie dure au collège (voyez comme ça date), qu'il y aviat un système hierarchique et que j'étais au plus bas échelon, que j'étais un souffre-douleur. Elle m'a dit qu'elle aurait voulu que je marque des choses intéressantes. Je ne crois pas qu'elle m'ait renvoyé une lettre, je ne m'en souviens pas. Je me souviens surtout qu'elle n'a pas lu la lettre avec son coeur, elle n'a pas compris que je tentais de lui expliquer que ma vie n'était pas difficile qu'à la maison. Cette histoire de lettres est loin et je ne voudrais certainement pas y revenir. Mais tant qu'à me lire... autant réagir.

Des quantités de gens l'ont fait. Je me souviens encore de cette note, c'était un peu avant l'anniversaire de mon grand'père en février, où j'étais attristée par le fait d'avoir vu deux personnes faire l'amour debout à côté d'un abris de bus, le regard dans le vague. Je trouvais ça tellement triste. Je me suis faite incendier. J'ai gardé les posts. Ils reflétaient quelque chose de vrai. Pas la réalité que je vois, la réalité de gens qui trouvent cela normal. A la rigueur, si elle n'étais pas d'accord, elle pourrait le faire savoir ici, à défaut de me le faire savoir dans la réalité. Mais non.

Aucune réaction. Pas même sous un pseudo (personne, à l'exception de nohope dans le post précédent, n'a posté depuis un bout de temps, ce qui est logique vu que moi non plus) Les mots semblent avoir glissé sur elle une fois de plus.

Vais-je fermer mon blog ? Visiblement non, sans quoi je n'y posterais pas actuellement. Mais ça m'a donné à réfléchir sur tant de choses...

16 février 2005

Il a perdu son titre

Coup de téléphone. C'est lui. Il me dit : "j'ai des affaires à toi, je passe ?" T'as cru que je t'attendais ? J'ai une tête de Pénélope ? Je te dis quand tu peux passer, tu ne t'invites pas !

Là-dessus je fixe le rendez-vous au soir, et comme il n'est pas capable de consulter Mappy (ou de se souvenir du chemin qu'il a fait au moins 5 fois déjà), je vais le rejoindre à la sortie de l'autoroute pour lui dire où tourner.

Mon Dieu, cette voiture empeste. Seigneur, il est immonde. Joli jogging sale, by the way. Et ces cheveux, il cherche à se faire une coupe Jackson 5 ???

Arrivés devant à bon port, je prends ce qu'il faut et descends. Et c'est tout.

Quoi, c'est tout ? Je laisse partir comme ça l'homme que j'aimais tant ???

Oui, mes enfants, oui, et avec une certaine envie de lui crier "bon vent". Avec une seule hâte c'est qu'il disparaisse.

De deux choses l'une, soit je me suis endurcie plus que je ne m'y attendais en un mois et demi (ce n'est jamais très bon signe), soit de récentes interrogations ont clairement pris le dessus sur mon attirance ou non pour le sexe prétendument fort. Quand on pense à la souffrance que je ressentais il y a encore pas si longtemps... A la douleur qui me brûlait. Et j'ai réussi à m'extirper de tout cela si vite ? Ca fait peur. Ca fait très peur. Je sais que je suis plutôt au point quand il s'agit de gérer mes émotions mais là ça dépasse tout ce qui m'est connu de moi-même.

Cette épreuve m'a indubitablement transformée, mais au-delà de mes prévisions. Bien au-delà si j'en crois mes récents doutes. Et encore plus au-delà maintenant que je vois avec quelle froideur mon âme traite ce type.

Je n'ai même plus pour lui la moindre tendresse (et d'ailleurs c'est heureux), je n'ai pas ce sentiment que j'ai encore pour tous mes autres "ex", et qui était du genre : je le reconnais bien là.

La mutation me plaît de moins en moins. Autant je suis à peu près certaine d'arriver à maîtriser certains changements, autant m'être glacée à ce point fait vraiment peur. Je me crois capable d'assumer ce qui émerge depuis quelques jours (ça va ya pas encore de quoi se trimbaler à la marche des fiertés) mais pas du tout de devenir un glaçon distant et refermé, incapable de laisser passer la moindre tendresse, de reconnaître un passé qui n'a pas été toujours horrible (juste les six derniers mois, mettons), etc...

Je pensais n'être distante qu'avec ma famille, mais il s'avère que même quelqu'un qui a autant compté dans ma vie ne m'arrache plus la moindre indulgence. Et c'est plutôt terrible.

Peut-être que je m'invente des émois amoureux pour me sentir encore en vie. Peut-être que j'ai besoin, comme lui, de me remplir avidement d'émotions qui ne m'appartiennent pas vraiment, juste pour éviter le vide qui me guette, dans lequel je me suis jetée, alors que l'apathie semblait la solution idéale pour arrêter de souffrir pendant une période.

Ce qui est certain, c'est qu'à mes yeux il a perdu tout titre. Il n'y a plus de Lord T, mes amis, une page a été tournée.

PS : Sur Morning Musume - As For One Day (que quelqu'un m'enlève cette chanson !!!)

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