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ladytherapy
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12 octobre 2004

Mensonges de tous acabits

Il y a les petits mensonges, ceux qu'on se fait devant le pot de chocolat à tartiner presque vide ("ça ne fait pas grossir c'est des histoires"), il y a les mensonges de taille moyenne, de l'ordre de ceux que l'on colporte de-ci de-là à qui veut l'entendre ("je vais bien, mon absence de ces derniers temps est juste due à une grosse gastro"), il y a les mensonges qui commencent à atteindre une taille honnorable ("j'ai complètement cicatrisé de mes parents"), et puis il y a les gros mensonges, ceux qui claquent comme un coup de tonnerre en plein milieu d'une dispute ("je te dis ce que tu veux entendre, ya pas d'autre moyen d'arrêter une conversation avec toi").

A quel moment dans notre formidable société, le mensonge est-il devenu une valeur sûre, si sûre qu'on peut presque la côter en Bourse ? A quel moment tous les mâles de la Terre se sont-ils réunis pour se refiler des tuyaux pour éviter de se remettre en question :

- Moi je fais semblant d'avoir été nul.

- Moi je lui fais croire que c'est ELLE qui a été nulle.

- Moi je fuis, à chaque fois."

Pourquoi demander à un homme un petit effort, c'est comme de lui demander de se mettre les chairs à vif, de les saler, et de s'exposer en plein soleil ? Et pourquoi chercher à leur faire expliquer leur problème cause-t-il, irrémédiablement, une monstrueuse dispute qui finit toujours par des arguments bas au possible : "de toutes façons ça sera réglé dés que tu seras partie"/"tu vas me tenir la jambe jusqu'à ce que je dise ce que tu veux entendre non ?"/"je suis avec toi pour que tu te plaignes pas et avoir la paix le temps que tu es ici".

Les gens me rendent malade à en crever, et cette fois, ce n'est pas juste une question de gastro. Pourquoi ce qui naît dans le coeur des personnes que je rencontre est-il toujours noir, et vil ? J'ai l'impression de motiver tellement de bonnes choses en moi pour ces êtres : les comprendre, être patiente, être douce, les choyer quand ils vont mal... Mais sitôt qu'ils vont mieux, ils vous démolissent. Comme si rien ne devait rester pour prouver qu'à un moment, ils ont été faillibles au vu et au su de tous.

Et pendant ce temps, qui me prend sous son aile pour panser mes plaies ? Qui tente de me comprendre, me soutenir au quotidien, me soulager de mon fardeau ? J'en ai assez d'être une bonne personne, ça ne paye pas. Je vais devenir odieuse et comme ça j'arrêterai de me demander ce que j'ai fait pour mériter ça : je le saurai.

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28 novembre 2004

Espoir

Ce matin, première constatation : il s'est levé de bonne humeur. Par les temps qui courent c'est déjà ça de pris. Il joue depuis une heure dans la pièce où je dors et m'a épargné son barouf habituel : dans le noir, silencieusement, le casque vissé sur les oreilles, il a patiemment attendu l'heure dite pour me dire gentillement qu'il était temps. En fait quand j'ai simplement dit "Déjà ???", il m'a octroyé deux heures de sursis, chose impensable d'ordinaire chez lui. Et il a attendu la seconde heure convenue pour me dire doucement de me réveiller. Patiemment, il a attendu que je sois debout pour allumer la lumière, m'a proposé de quitter la pièce le temps que je me vétisse (il a donc pudiquement détourné le regard quand j'ai retiré la couverture, et n'a même pas vu que je portais encore ma nuisette).

C'est ce genre de matins-là que je l'aime puissament.

Dans cette douceur, cette gentillesse, cette attention, je n'ai qu'une envie c'est qu'on déjeune avec l'un de ces petits plats achetés hier et qui promettent le festin. Il m'aide. Il plaisante. Il me raconte tout un tas de choses. On communique. Ca ressemble à avant. Sauf que rien que le terme "avant" me rappelle que les choses ont changé et que je ne peux pas me laisser totalement aller. Mais je vais bien. Je me sens calme. Presque rassurée. Je me dis que dans le fond je ne l'ai pas perdu. On rira ensemble un jour prochain.

Je sais que l'amour que j'ai pour lui n'est pas "amoureux", mais qu'il est là. Qu'il est comme un ami, un frère, une partie de moi, tout ce que je ressentais pour lui avant qu'on ne se remette ensemble il y a un an et demi. Finalement je ne le veux comme rien d'autre que comme compagnon de route. Je me fiche de l'embrasser ou non, de le caresser ou non, mais je voudrais juste comme il y a pas si longtemps, me blottir contre lui, rire, parler, partager. Et ce matin je m'en sens plus proche que jamais au cours des six derniers mois.

Finalement on guérira peut-être.

12 octobre 2004

Le don en soi

Je me baladais sur le blog de falo (le lien est juste à côté dans la colonne) et j'ai repensé à ce qui se dit, de temps à autres mais de plus en plus souvent, sur ma plume.

J'ai eu envie d'interroger falo. Là, comme ça. De lui envoyer un mail et de lui dire : "voilà, vous, clairement, vous avez un don. Est-ce que moi aussi ? Quelqu'un qui porte votre regard sur le monde doit forcément savoir". La beauté dans l'âme de cet homme me touche, mais pas seulement parce que ce qu'il fait est beau, non : ce qu'il fait trouve une sorte de résonnance dans certaines de mes proses (qui pour la plupart se trouvent dans ces éternels cahiers d'écolier que tous ceux qui grattent un peu ont fréquenté un jour ou l'autre).

Ecrire, ça a toujours été vital pour moi. C'est ce qui a toujours le plus compté sitôt qu'il s'agissait de moi. Il y a une dizaine d'années, non, un peu moins, je m'étais préparée à l'idée que je devrais peut-être m'enfuir de la maison pendant une crise de mon père. J'avais donc préparé un sac de première urgence qui a trôné sur la plus haute étagère de mon armoire, avec le nécessaire de survie. Ce que je considérais comme tel : la totalité de mes journaux intimes, quelques autres de mes écrits les plus chers, mon ours en peluche (qui gardera ici son anonymat, je lui dois bien ça), et quelques livres et dessins. Le sac était plein à craquer, mais ça ne m'a jamais effleurée que si je devais partir, j'aurais besoin d'un peu plus. Ou plutôt, je refusais de vider quoi que ce soit du sac pour assurer ma pitance. Nourritures pour l'esprit...

Ecrire m'a toujours caractérisée, mais avec la fâcheuse habitude de toujours tout commencer sans jamais finir. Très certainement parce que ma propre vie n'est pas achevée et que donc, mon propre travail ne peut l'être. Et surtout parce que pendant des années, il y avait trop d'idées pour un seul ouvrage. Imagination débordante, plume qui me démangeait, il n'en fallait pas plus pour entamer mille histoires de tous les genres...

Mais aujourd'hui, le besoin s'est transformé. Au fil des ans, mon écriture a un peu changé, je peux le voir, même si je n'arrive pas à la maîtriser et à contraindre les mots, et qu'ils sortent un peu comme ils veulent, je vois que les choses s'affinent. Que je me dessine dans les lettres. Et la question du don s'est alors présentée. Sais-je écrire ? Je peux le faire, mais est-ce que j'ai ce don que falo a pour la photographie...?

Le don autour de moi ? Ca ne signifie pas grand'chose. Mes parents ne parlaient pas mon langage. Ils me répétaient qu'on ne pouvait pas vivre de sa plume (ni même son crayon lorsque j'ai fait quelques incartades vers le dessin), une fois même, ma mère m'a regardée droit dans les yeux pour me dire que ma soeur était plus douée que moi (je n'en ai plus approché un crayon pendant plus d'un mois, blessée comme jamais). Plus tard, faisant lire mes pensées les plus intimes à ma mère suite à ce qu'il faut bien qualifier de tentative de suicide, le seul commentaire dont elle a été capable s'est cantonné à "pourquoi tu te donnes un style ?", ce qui, en plus d'être une marque de mépris le plus total envers le fond, est une grave atteinte à la forme : je ne domine pas mes mots. Tout juste si j'ai appris à les dompter à l'oral, mais à l'écrit je suis leur proie. Bref, rien à attendre de ce côté-là. Lord T ne croit pas au don, rien n'est inné pour lui, tout est fruit d'une éducation, d'un apprentissage. De fait, les autodidactes n'ont pas la moindre valeur à ses yeux. Et les talents artistiques ne sont pas tels : ce sont juste le résultat d'un entrainement acharné. Comme je n'ai fait que subit mon besoin d'écrire sans jamais le travailler, je dois me résoudre, s'il a raison, à n'avoir pas de don en la matière.

Pourtant parfois, peut-être avec orgueil, encore une fois, je me dis que c'est une chose pour laquelle je suis douée (bien que je ne sois pas encore arrivée au stade où je me satisfais de ma production, tout au plus m'émeut-elle lors de la lecture, ce qui en soi est déjà pas mal). Pour ça, et pour les choses de l'âme. Encore un sujet que mes parents n'abordaient pas, et auquel Lord T ne croit pas.

Peut-on avoir un don en soi ? Comment le sait-on ? A quoi le reconnait-on ? Comment s'étiole-t-il pour ne plus être une douleur, un besoin viscéral, mais bien une chose naturelle et apaisante ?

12 octobre 2004

Rendez-vous avec moi-même

Ces derniers temps, je fonde le secret espoir de me laisser choir et de me donner rendez-vous dans deux ou trois ans, quand le plus gros de mes problèmes sera derrière moi, et de profiter de moi et de ma vie pleinement.

Prendre des vacances de moi. Me tenir à distance. Revenir quand tout ira mieux, ou au moins une bonne partie.

C'est vrai ça, si d'autres le font, pourquoi pas moi ?! Il y a toujours ces pseudo amis pour vous laisser tomber dans le pire des moments et subitement reprendre contact, ou plutôt comme par enchantement, lorsque tout va pour le mieux et que la crise est passée. Pour tout dire, c'est ce que veut faire Lord T.

Et ma question est la suivante : a-t-on vraiment besoin de ce genre d'ami dans la vie ? Ceux qui ne sont là que quand vous allez bien, quand votre vie est radieuse (et en général, ils vous brossent dans le sens du poil sur l'air de : "puisque tu t'en es sortie, toi qui es si forte, tu peux pas me soutenir ?"), sont-ce des amis ? Ou plutôt des présences fantômatiques ?

Pourtant je voudrais être de ceux-là. Pouvoir me permettre de démissionner, de m'en laver les mains, et de revenir d'ici quelques temps, l'orage passé, et demander des nouvelles, parler musique ou télé, comme si de rien n'était. Ce doit être tellement pratique d'être lâche.

11 octobre 2004

Nom de nom

Une nouvelle loi, qui deviendra effective en 2005, permettra une plus grande flexibilité dans les noms de famille. On pourra désormais porter le nom de famille de sa mère... C'est une question vaste qui me préoccupe depuis, disons... 5 ou peut-être 6 ans ? Porter le nom de mon père me fait horreur.

Non qu'il soit laid. Certes, je ne suis pas fan de ses consonnances italiennes (elles ne me représentent pas du tout selon moi), mais il n'est pas absolument ignoble comme peuvent l'être d'autre. J'ai forcément eu mon lot de boutades dûes à ce nom, à l'école primaire et peut-être un peu encore ensuite, mais je n'ai connu personne qui y échappe. Ma bonne tête de victime (puisque je me faisais telle à la maison, comment ne pas l'être à l'école ?) aidait sans doute à poursuivre un peu plus que pour d'autres, mais en l'occurence ce n'est pas la faute du nom.

J'ai longtemps pensé à demander un changement de nom en faveur du nom de jeune fille de ma mère. Certes, sa sonorité clairement française ne me représente pas mieux, mais au moins, le nom ne comporte pas autant la douleur de mes jeunes années.

Cependant, avec le temps, j'ai aussi réalisé que l'ambiguité de ma mère me faisait autant de mal que les excès de mon père. Il me faudrait, pour bien faire, mon propre nom : une idée qui a germé dans mon esprit depuis près de deux ans, je crois. Malheureusement, tout cela est fort coûteux, et compliqué. Dans les faits, il y a fort à parier que je ne changerai jamais de nom par moi-même. Mon seul espoir repose donc, sur ce point, sur un éventuel mariage !!! Car il est certain, d'avance, que je prendrai le nom de mon époux sans sourciller.

Comment cela peut-il m'avoir préoccupée pendant tant d'années ? Pourquoi tout cela a pris une telle importance ?

Tout cela est la preuve que malgré ce que je pensais, je n'ai pas encore cicatrisé de mes plaies d'enfance.

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10 octobre 2004

Douce torpeur

Si le fait de devoir me coucher me terrifie (ainsi que je l'ai dit plus tôt), en revanche, m'assoupir sans le vouloir est une très bonne surprise. Et puis, le somme achevé, se lever et être toute engourdie par le sommeil, comme on peut être un peu fourbue après avoir passé une nuit brûlante que l'on avait pas prévue, c'est vraiment un délice..

8 octobre 2004

Le sens des priorités

A quoi devrais-je donner une priorité ? Mon équilibre mental et émotionnel, ou mon confort matériel (du type : avoir un toit, manger... ces luxes incroyables) ?

J'ai toujours pensé que l'un me permettrait de gagner l'autre, et vice-versa. Je n'en suis plus si sûre. Finalement le matériel prend une place despotique dans ma vie, quoi qu'il arrive.

8 octobre 2004

Courber l'échine

Dans quelles conditions peut-on se permettre de courber l'échine et de s'incliner devant quelqu'un sans mettre en péril son honneur et sa dignité ? Faire son mea culpa, c'est forcément abdiquer un peu de pouvoir ? Où se situe la différence entre perdre une bataille et perdre une guerre ?

J'ai du mal à discerner ce que je suis sensée faire. Ma situation est tellement pathétique que ça en devient grotesque. Accumulerai-je tous les clichés d'un Dickens toute ma vie ?! Ce serait bien qu'à un moment, comme tant de gens me le promettent depuis des années, cette douleur prenne un sens et se transforme en récompense. Mais apparemment, je dois gagner jusqu'à ce qui me semble dû : la Paix.

La période n'est pas facile. Je perds goût à tout. Je suis en larme, je dors, et j'écoute de la musique : c'est à peu près tout ce que je suis capable de faire. Si je ne me connaissais pas je dirais que je suis en dépression. Attendez ? Ah non c'en est une. Je n'aurai pas l'audace d'affirmer que ce seul appel m'a valu cet état. C'était de loin antérieur à cela, mais j'ai clairement replongé depuis (être malade n'aide pas, naturellement). Subir les changements d'humeur et d'envies de Lord T (rarement en adéquation avec les miennes) ne me facilite pas la tâche.

Je merends compte à quel point l'orgueil me domine à présent, chose que je n'avais pas remarquée plus tôt. Ne pas perdre la face est de la plus haute importance. En même temps, j'ai vaguement conscience que montrer une partie trop exposée et faible de moi à mes parents serait comme de dévoiler une plaie sanglante à une bête affamée : c'est s'assurer qu'ils se jetteront sur vous sans rien laisser.

Je ne veux pas revenir et dire : je me suis plantée. Parce que tout le monde a de sales phases, tout le monde passe par le chômage, tout le monde a des peines de coeur, et si tout cela est tombé en même temps pour moi, ce n'est tout de même pas de mon ressort. Certes, j'ai fait des choix contestables (il n'y a que ceux qui ne décident de rien qui ne font jamais de mauvais choix) mais je ne peux pas être tenue responsable de ma malchance, si ? J'ai fait des erreurs mais elles ne sont pas à elles seules coupables de mon échec. Donc, en fait, on ne peut pas parler d'échec, pas vraiment.

Alors pas question de demander pardon ou quoi que ce soit de ce genre. J'avais raison de tenter de m'en sortir, raison de faire ce qui me semblait, et me semble encore d'une façon générale, juste et bon.

Mais alors pourquoi ai-je l'impression qu'il faudra pour rentrer en grâce et obtenir l'aide tant nécessaire, faire une mea culpa que je considère comme hors de propos ?

En fait la question est la suivante : jusqu'où peut-on aller pour s'assurer la survie ? De quelles bassesses est-on capable pour garder un avenir, fut-il indigne et méprisable ?

7 octobre 2004

Lettre à Papa et Maman T

Depuis l'appel de ma mère, j'ai un peu de mal à distinguer ce qu'il serait bon de faire ou non. J'ai ressenti le puissant besoin de me replonger dans des écrits passés afin de savoir ce que j'en pense lorsque je ne suis pas troublée. Voilà celui que j'ai trouvé. Il est adressé aux parents de Lord T (dont j'ai parlé précédemment), et je vous le livre sans trop de coupes (le document original faisait tout de même 8 pages Word...)

Je ne sais pas trop comment commencer cette lettre. Je me suis sentie si furieuse l’autre jour, et puis j’ai réfléchi et j’ai décidé de canaliser ma rage dans un courrier qui vous expliquerait…

Je conçois, mais alors complètement, qu’on ne puisse pas comprendre ce que je ressens, puisqu’il est très difficile, sans l’avoir vécu, de comprendre ce par quoi je suis passée. Ce que je conçois en revanche avec beaucoup de difficultés, c’est qu’on n’essaye pas de l’imaginer…

Pendant plusieurs mois, j’ai essayé de vous mettre à l’abri de toutes ces choses. Je crois que chaque fois que j’entrais chez vous ou que je me trouvais en votre présence, j’avais une telle impression que vous nagiez dans le bonheur, que je ne voyais pas comment aborder le sujet de mes problèmes, des choses qui me font tant souffrir et depuis si longtemps. Je ne me voyais ni expliquer toutes ces choses, ni tenter de vous les infliger. Parce que non seulement à l’oral les mots me semblent difficiles à produire devant vous, mais en plus je ne m’en sentais pas le droit.

Pendant tout ce temps, vous m’avez invitée à m’ouvrir à vous, mais je n’y arrivais pas. La seule idée de faire confiance à des parents me semblait insurmontable. C’était comme d’affronter la mort. Parce que pendant des années, mes parents, je les redoutais plus que la mort elle-même, ils en étaient plus porteurs que toutes les situations désespérées où il m’a semblé m’enfoncer par ailleurs. Les parents sont dans mon esprit capables de trop de pouvoir. J’ai pourtant essayé. A mon rythme ; selon Lord T c’était insignifiant, pour moi les efforts étaient monstrueux. J’étais trop impressionnée par la sérénité et l’insouciance qui émanaient de vous tous.

Là d’où je viens, à table, on parle de problèmes d’argent, de problèmes de travail, de problèmes d’études, de problèmes avec d’autres personnes parfois, on s’engueule, on s’épie, on se fait la tête, on guette les réactions des autres, leurs faiblesses, leurs silences, on se surveille même soi-même pour ne pas mettre le feu aux poudres… Jamais, jamais de la vie, on n’imaginerait parler de choses positives, de culture, de hobbies, de choses normales, en somme. C’est forcément difficile, quand on sait que nous ne nous intéressons à rien qui intéresse les autres, mais ça devient un vrai challenge quand ce que nous apprécions est jugé comme néfaste et forcément inintéressant. Si l’un de nous développe un intérêt pour une chose, quelle qu’elle soit, elle sera dénigrée. Nous évitons donc toujours les sujets dits culturels. Nous n’échangeons rien, à part des reproches. Nous vivons dans la méfiance constante des mouvements des autres, et des nôtres propres. Nous dépassons le stade du self-control et atteignons quasiment la paranoïa collective. Si l’un de nous soupire un peu fort, les autres le prennent immédiatement comme un signe de mécontentement, de colère, et la guerre est déclarée. En somme, nous ne connaissons pas votre Paix, votre calme, votre insouciance.

Ce seul exemple suffit à décrire l’atmosphère oppressante de la maison. Rien à voir avec la vôtre. Je ne me voyais pas essayer de vous expliquer tout cela ! Comment exprimer, précisément, la peur qui plane à chaque repas, chaque minute passée en famille, et le soucis constant d’avoir l’air parfaitement heureux de ne pas être heureux ? Comment expliquer notre réflexe d’afficher un masque de tranquillité quand on est terrifié par la moindre interaction avec les autres ? Et de contrôler chacun de ses gestes, jusqu’au plus bénin (comme de poser un verre, de croiser les bras, ou encore de regarder par la fenêtre songeusement) ? Ça ne s’explique que très difficilement.

Il faudrait pour mieux décrire tout cela remonter aux sources, au début de ce genre de situations de crise, et montrer le lent cheminement de la frustration à la folie pure et simple. Mais je ne le peux pas, parce que je n’ai pas fait attention depuis le début, parce que je n’ai pas tout compris tout de suite, parce que tout simplement je ne connaissais rien d’autre. Non pas que je pensais que ça se passait de la même façon ailleurs, moins que ça encore : il n’y avait pas le choix. Tout juste s’il y avait un ailleurs.

Depuis l’enfance, je partageais mes journées entre l’école et la maison. Je n’allais jamais aux fêtes, je n’en avais pas le droit. Si j’avais des amies (ça n’est pas arrivé avant la fin de l’école primaire, nous déménagions trop souvent), mes parents ne voulaient pas en entendre parler, ça ne les intéressait pas. Si j’en parlais tout de même, ils se mettaient en colère, ou les dénigraient. Sur toute ma scolarité, jamais une seule n’a trouvé grâce à leurs yeux. Il n’était bien sûr par question d’inviter qui que ce soit. Cela a vite fait le vide autour de moi. J’étais donc toujours seule en cours, ou à la maison. Pas de sortie, pas même éducative avec la famille. Pas le droit de lire, sous prétexte que cela abîme les yeux, et qu’il y avait toujours du ménage à faire, ce qui est forcément plus important. Il n’y a pas eu, ou très peu, d’ailleurs ; et ce pendant une bonne quinzaine d’années. Ça n’avait pas lieu d’être : le plus important c’était l’école, et juste derrière, la famille. Jamais l’individu, encore moins ce qui aurait pu l’enrichir. Tout ce que j’ai appris, c’était au travers des livres chapardés dans la bibliothèque de ma mère (autant dire que ce n’étaient pas des lectures pour une enfant, exceptés les rares livres de sa propre enfance…) ou à la télévision, que je regardais en cachette. Toute ma culture vient de là, j’ai du développer seule ma curiosité intellectuelle, et avant même cela, apprendre à imaginer qu’il y avait un dehors, ce qui semblait inconcevable avec la vie que je menais.

En parallèle de tout cela, mon père, qui vivait de lourdes frustrations (je ne l’ai compris que plus tard), notamment de par son métier, mais aussi à cause de sa difficulté à gérer les relations avec d’autres personnes, vivait dans un état de fatigue avancé voire critique. J’avais 7 ans quand nous avons déménagé de notre appartement pour une maison, mais il y avait beaucoup de travaux à y faire, et là encore c’était une source de soucis supplémentaire pour lui. En plus des dettes accumulées pour réaliser leur envie d’avoir un foyer idéal, il fallait compter sur la frustration venant de l’âge de la maison, des travaux que mon père a réalisé quasiment en totalité lui-même lors de son temps libre, du manque de commodités (il nous a fallu environ 6 mois avant d’avoir une salle de bains…), du fait que ma sœur était encore bébé, des horaires de travail alambiquées dues à son travail dans la Police, des changements de postes réguliers (environ tous les 3 ou 4 ans) parce qu’il n’arrivait jamais à s’entendre avec ses collègues… C’était trop pour les nerfs de mon père, pour qui jusque là les choses n’avaient jamais été si compliquées. Mon père est né à la campagne, dans une famille de 4 enfants au sein de laquelle on ne faisait que travailler pour vivre, et cela semblait suffire à tout. Il n’avait jamais eu besoin d’avoir des responsabilités, et je crois qu’il n’a jamais rien fait pour une autre raison que parce qu’il le fallait, parce que c’était dans l’ordre des choses. Faire des choix et devoir en assumer de lourdes conséquences n’entrait pas dans le cadre de sa vie avant d’être marié et de nous avoir.

Autour de la période du déménagement, peut-être un peu avant, peut-être un peu après, les relations avec lui ont commencé à être vraiment difficiles. Dans mon souvenir j’ai 7 ou 8 ans quand les choses se compliquent, mais là encore, je ne pense que je n’ai commencé à m’apercevoir des choses que lorsqu’elles ont été vraiment évidentes. Sans doute que les choses ont empiré doucement, et j’avoue que je n’avais pas les yeux braqués sur mon père et ses problèmes.

C’est le genre de reproches que j’ai commencé à entendre : qu’il avait la vie dure (à cause de moi principalement, puisqu’il avait acheté cette maison pour moi, se démenait pour mon gîte et mon couvert, etc.…) et que je ne le voyais pas. Selon lui, je faisais tout pour ne pas m’en apercevoir et même lui rendre la vie plus difficile. Quand je rentrais de l’école, j’accentuais sa fatigue avec mes babillages, apparemment exprès ; si j’avais de mauvaises notes (pour lui, en dessous de 15 c’est la débâcle, et bien des fois il a hésité à m’envoyer en pension, mais ça l’aurait obligé à se serrer encore plus la ceinture ce qui était, il faut le dire, impossible) il entrait dans une colère noire, disant qu’il se saignait aux quatre veines pour rien ; il passait des heures à me forcer à lui réciter mes leçons pendant qu’il travaillait dans la maison, et je le suivais avec mes cahiers dans la pièce de la maison qu’il rénovait. Je me rappelle avoir scandé, à moitié en larmes, à moitié en transe, pendant tout un dimanche après-midi, des tables de multiplication, au son du marteau, hurlant pour couvrir le bruit des outils et de mon père qui, perché sur son escabeau, dans l’escalier qu’il retapait, râlait que j’étais une incapable et que lui se tuait à la tâche pour une gourde (c’étaient ses termes). Imaginez le tableau. Pas évident que ce soit la table de 8 qui m’ait le plus marqué ce jour-là.

Les évènements de ce genre étaient de plus en plus fréquents, ou en tous cas de plus en plus évidents pour moi. Les choses ont atteint leur paroxysme quand mon père a entrepris de passer sa colère définitivement sur moi, au lieu de prendre sur lui. C’est-à-dire que la moindre bourde (et à 8 ans environ, on les accumule déjà facilement, alors selon les critères de mon père…) devenait une formidable excuse pour m’incendier pendant tout le repas. Comme cela suffisait de moins en moins, j’ai commencé à me faire engueuler en sortant de table, puis en allant me coucher. En quelques mois, à peu près, l’habitude était prise : j’en avais pour 2 heures chaque soir. Le calvaire commençait pendant le repas, et ne finissait pas avant qu’il ait vidé sa colère, en général dans les 2 heures qui suivaient. A table, je n’avais rien le droit de répliquer à ce qu’il me disait, et dans les premiers temps je n’y pensais même pas. Tout cela était ma faute, à n’en pas douter.

D’abord, comment en aurait-il été autrement ? Vous avez moins d’une dizaine d’années, et votre père (pas n’importe qui, mais votre père, et à vrai dire une des rares personnes que vous côtoyez dans la vie courante) vous assène des reproches du type : « Tout ça, c’est ta faute / tu es méchante / tu fais rien pour aider / tu nous gâches la vie / je me tue à la tâche pour toi / tu n’essayes même pas de comprendre tout ce qu’on fait pour toi / tu ne le mérites pas ». Et il ne fait aucun doute que c’est la plus stricte vérité, et comment oser le contredire ? Le simple fait de penser le contraire de tout cela n’est qu’une preuve flagrante de mauvaise volonté, et prouve la véracité de chaque mot. Je ne me figurais pas être autre chose que le Mal incarné, puisque j’osais causer du souci à mes parents, alors qu’ils auraient du être ma priorité. Pendant les heures de disputes que je subissais, je pleurais, mais uniquement parce que c’était désagréable, pas du tout parce que je trouvais ça injustifié.

J’ai donc passé des soirées entières, allongée dans mon lit, à écouter mon père me traiter de tous les noms d’oiseaux possibles et imaginables, avec le plafonnier de la pièce dans son dos, aveuglée et en larmes. Et je trouvais ça normal ; pire encore : je ne pensais même pas à la chose : c’était comme ça. Je ne voyais même pas l’utilité de revenir dessus. Pourquoi aurais-je remis en question la normalité de la réaction de mon père ? Pourquoi ses reproches, ses colères, n’auraient-elles pas été justifiées ? D’abord, avait-il besoin d’une quelconque justification ? Il avait raison puisqu’il était mon père, cet homme qui se sacrifiait à longueur de journée pour une ingrate. Il y avait de l’admiration pour lui ! Il avait le courage de me supporter, malgré tous mes travers, malgré le mal que je lui faisais.

En bref la situation a commencé à se dégrader de plus en plus. Rien n’arrêtait la progression des évènements. Et c’est environ à ce stade qu’en général, on s’interroge sur le rôle de ma mère…

Ma mère n’a pas connu son propre père, il vivait sa vie en-dehors du foyer avant que ma mère n’ait un an, elle ne l’a vue que trois fois dans sa vie. Pour elle, le père est tout-puissant. Un homme qui a la capacité de détruire une famille aussi vite qu’il l’a bâtie ne peut connaître de limite. Elle s’en est toujours remise à mon père pour les décisions de la famille ; elle collecte les renseignements utiles à la prise de décision mais jamais n’interfère. Son avis à elle ne compte pas et ne comptera jamais. Elle se sent à l’abri, de cette façon ; puisqu’elle ne peut pas déplaire à cet homme, il ne lui viendra pas l’idée de partir. Il restera auprès d’elle, quoi qu’il arrive, même si cela veut dire qu’elle mènera une vie étriquée, et même si pour avoir le moindre loisir elle est obligée de lui mentir et de faire certaines choses dans son dos (aller déjeuner avec des collègues, passer une heure ou deux chez sa mère qui habite à 500m, nous emmener faire les magasins quand nous sommes entrées dans l’adolescence, etc.). C’est un sacrifice nécessaire au vu du confort de la situation : elle n’a pas à se retrouver seule comme ça a pu être le cas pour sa propre mère. Rien ne lui fait plus peur que de déplaire, en particulier à mon père.

Partant de là, facile d’imaginer son genre de réaction. Elle reste dans mon esprit plus une épouse qu’une mère, la femme auprès de laquelle j’ai toujours eu le réflexe de me réfugier, mais qui me trahissait toujours au bénéfice de mon père. Un jour que j’avais eu le malheur de répliquer à ce dernier, une petite phrase dans le style de « Arrête de crier, essayes de parler normalement » (simplement parce que j’ai toujours eu des problèmes d’audition, ce n’est pas facile quand les gens crient, ils ont tendance à ne pas articuler et placer toute leur énergie dans la puissance de leur voix ; tout ça pour dire : je ne pensais franchement pas lui parler mal, je voulais juste comprendre), j’ai vu une lueur de rage dans les yeux de mon père, et j’y ai lu le danger. Mon réflexe a été de me précipiter à l’étage et de me cacher derrière ma mère. Celle-ci s’est écartée de devant moi, m’a prise par les épaules, m’a poussée vers mon père qui arrivait comme une furie et qu’on pouvait entendre hurler de colère dans l’escalier, et m’a dit : « Assume la conséquence de tes paroles ». Pourtant j’ai mis beaucoup de temps à cesser de me fier à elle. J’ai passé le plus clair de mon enfance et de mon adolescence à penser qu’elle était « de mon côté », que je pouvais me confier sans crainte. Et à chaque scène de mon père, je réalisais au travers de ses mots qu’elle lui disait toujours tout, et qu’il l’utilisait ensuite pour me faire de la peine et m’atteindre. Elle me dira une fois : « Stéphanie ne me parle pas à moi, toi tu es assez bête pour continuer. »

Pendant des années, le quotidien ressemblait à ce que je vous ai expliqué plus haut. Avec des mots toujours très blessants, et parfois des scènes d’une intense fureur pendant laquelle mon père perdait tout contrôle de lui-même (pas étonnant quand on sait à quel point il était obligé de se contenir dans le cadre de sa vie professionnelle, entouré de gens qui ne l’appréciaient pas et faisant un travail qu’il détestait). Il lui arrivait fréquemment de me dépeindre mon avenir ; j’allais devenir caissière dans un supermarché, si j’avais de la chance, et me faire engrosser par le premier venu. Je mènerais toujours une vie minable. C’étaient là ses mots, et j’ai commencé à les entendre vers 8 ou peut-être 10 ans.

Parfois cela dépassait le simple stade des insultes ou des horreurs verbales. Mon père en venait à lever la main sur moi, surtout si je le regardais de travers, si je pleurais trop longtemps pendant ses colères, si je le relançais dans sa fureur en disant quelque chose qu’il n’appréciait pas, ou même si je débarrassais la table différemment de ce qu’il aurait fait (en commençant par les couverts au lieu des verres, par exemple…). Je vivais dans l’absurde obsession de mesurer mon moindre geste, la portée du moindre mot. Même par temps d’accalmie, je devais peser chacun de mes sourires pour n’avoir pas l‘air de moquer de lui, de le chercher. Il est arrivé une fois, alors que nous fêtions le 1er de l’an avec ma Grand’Mère maternelle, que je fasse deux plaisanteries sur l’alcool, la veille et le jour de l’an, et mon père a fait tourner cela au drame, a claqué la porte, hurlé devant tout le monde, a décrété que pour lui il n’y avait pas de fête, et s’est isolé à 5 mètres de nous, devant la TV. Pourtant, nous sommes de souche bourguignonne, alors le vin, c’est dans notre culture, mais tout d’un coup c’était tabou, alors que ce n’était qu’une plaisanterie parmi tant d’autres, que je n’étais pas la seule d’ordinaire à en rire, et qu’à 11 ou 12 ans, je ne pensais pas à mal. Et d’ailleurs je les avais faites sans même y penser, je m’amusais et j’ai fait une plaisanterie quand elle se présentait. Mais il était persuadé que je l’avais pris pour cible et que j’avais cherché à l’humilier devant sa belle-mère… Il était imprévisible mais nous avions des codes implicites qui nous permettaient de limiter la casse et de prévenir la plupart des crises de colère.

Ses colères verbales étaient impressionnantes, mais les fois où elles sont allées plus loin, on frisait la démence dans la maison. Ma mère le regardait faire sans rien dire, avec l’expression la plus neutre possible sur son visage, et ma sœur a commencé par pleurer en voyant ce genre de choses (ce qui ne faisait qu’accentuer mes torts, puisque ma sœur avait la bonté de pleurer pour moi, alors que je faisais du mal à la famille), puis avec le temps, elle a pris le parti de faire comme si de rien n’était et de se noyer dans son assiette ou une occupation quelconque. Et moi je me voyais comme de l’extérieur, incapable de réagir, me laissant manipuler. Je méritais tout cela, de toutes façons. Les premières réactions de panique, lors des 2 ou 3 premières fois, avaient vite cédé la place à l’acceptation la plus totale. Mon seul geste significatif pour me protéger était d’avoir changé de place à table : au lieu d’être assise à côté de lui, j’étais assise en diagonale par rapport à lui, donc plus loin. Qu’il m’attrape par les cheveux pour cogner le coin de la table, m’écrase le visage contre un mur, ou me soulève de terre pour que je sois au niveau de son nez quand il m’insultait, je ne réagissais pas. S’il me giflait je n’éloignais pas ma tête ; il me serrait le bras de toutes ses forces et je ne cherchais pas à le retirer. S’il montait dans l’escalier, en furie, même en hurlant qu’il allait « avoir ma peau », je restais sur ma chaise ou mon lit à l’attendre, le regardais franchir la porte et me tomber dessus. Il m’envoyait des objets au visage et je ne parais même pas.

Sauf un soir. J’avais 16 ans depuis peu. Ce soir-là, je ne me souviens pas plus que pour les autres de quoi la rage est partie, mais on était en plein dedans. Il hurlait, m’insultait, récapitulait tous mes torts connus (une chose qu’il pratiquait presque toujours pour aller bien jusqu’au bout de sa colère). Aucune réaction spéciale, ni de lui, ni de moi, ni de mes voisines de table. Rien d’inhabituel, mais tout d’un coup, il a commencé à me lancer des objets à la figure. Le contenu de son verre, d’abord, mais ça c’était un classique. Puis une bouteille d’eau en plastique. Puis une assiette et son contenu. Et là j’avais réellement peur, je ne savais pas jusqu’où il pourrait aller. Quand il a voulu attraper le dessous de plat (un carreau de carrelage d’environ 1cm d’épaisseur avec un cadre de bois, pesant autour de 3 à 4 kg), là ma mère a réagi, pour la toute première fois, et la dernière d’ailleurs aussi. Elle lui a hurlé de s’arrêter, qu’il allait finir par casser quelque chose. Et là, je ne sais pas pourquoi puisque les choses tendaient à s’améliorer à première vue, j’ai réalisé qu’il y avait un problème.

Le lendemain j’ai raconté la scène à quelques une des mes amies, elles étaient horrifiées. Elles n’avaient jamais compris, quand je disais que j’avais des scènes avec mon père, que cela dépassait les récriminations classiques pour mon âge : elles haussaient les épaules en disant que tout le monde s’engueulait avec les parents. Et elles me confortaient dans l’idée que j’allais vraiment chercher midi à quatorze heures, mes premières questions étaient tuées dans l’oeuf…Mais cette fois c’était différent, elles étaient complètement alarmées, parce que pour la première fois j’avais pensé à expliquer en détail les évènements. Et à ce moment, à ce moment seulement, j’ai pris conscience qu’il y avait un réel problème, et que, peut-être, il ne venait pas de moi. Peut-être seulement, mais c’était déjà quelque chose.

Mon principal but a dés lors été de m’en sortir. Donc de partir, au plus vite. Au départ je pensais prendre mon temps, finir mes études à leurs frais, et profiter de leurs finances le plus longtemps possible pour m’assurer une situation. Les faits étant ce qu’ils étaient, ça n’était pas possible ; la situation à la maison, depuis que j’avais commencé à en prendre conscience (et donc à y réagir) devenait invivable. Je me suis vite rendue à l’évidence que, maintenant que je ne pensais plus que j’étais coupable mais plutôt quelque chose qui s’approcherait de la victime, j’allais répondre de plus en plus à ses attaques, et donc stimuler sa fureur. C’était en effet le cas, et après quelques fois où il a été surpris de mon comportement (répondre, crier aussi fort que lui voire plus fort), il a vite repris ses marques, et on est passé dans une phase de surenchère constante de violence verbale et même physique pour lui, il estimait devoir me « mater ». Voyant tout cela, je n’arrivais pas à trouver raisonnable de rester longtemps. J’ai commencé à négocier la possibilité de faire mes études loin de la maison, ça n’a pas été accepté, mais à la place, ils ont acheté un petit appartement sur Paris, dans lequel ils m’ont envoyé sitôt les épreuves du bac passées. Je suppose à propos de ce coûteux investissement que mon père avait vaguement conscience que si nous ne prenions pas de la distance, les choses pourraient mal tourner ; personnellement je m’imaginais sans peine mourir d’un jour à l’autre, c’était une donnée depuis longtemps : il avait le pouvoir de me tuer. Pendant la recherche et les négociations, ils m’ont dit que je devais travailler dés que je le pourrais pendant les vacances (en l’occurrence, trois jours après la fin des épreuves), et qu’ils ne s’occuperaient plus de moi comme avant.

C’était rien de le dire, parce qu’à peine mon sac posé dans l’appart, nous sommes passé par une longue période (environ 3 ans) d’indifférence mêlée de ressentiment. Pour eux, je ne faisais plus partie de la famille, mais je devais continuer à ménager les apparences, leur rendre visite tous les week end, les aider au ménage, etc.… Faire comme si rien ne s’était passé, même si dorénavant ils me traitaient comme une étrangère. Dans les deux semaines qui ont suivi, ma chambre chez eux est devenue un débarras, ensuite annexé par ma sœur qui me dira vite : « De toutes façons tu n’es plus de la famille, tu ne vis plus ici ». Je suis sommée de les appeler 3 ou 4 fois par semaine et leur faire un rapport circonstancié de mes activités, et si jamais j’ai passé un bon moment, déjeuné au restaurant universitaire avec une amie, passé une soirée avec Lord T ou n’importe qui d’autre, ils me font comprendre que j'abuse de leur patience, sachant que je loge gratuitement et que si j’avais le sens des réalités (mais ils ont pitié de moi) je devrais payer un loyer ; donc j’avais pour interdiction de me relâcher et j’étais enjointe à fournir un maximum d’efforts (comme si ce n’était pas déjà le cas !). D’ailleurs quand je suis chez eux le week end, je fais leur ménage...

Tant d’hostilité que je ne comprends pas, mêlée à d’autres éléments (je ne réussis pas mon année de fac d’Anglais aussi brillamment que je l’espérais, et abandonne avant d’être confrontée à un échec que je sens imminent mais qui en réalité ne l’était pas, je romps avec Lord T, puis subis une lourde peine de cœur qui me plonge dans la solitude…) me mènent petit à petit vers la dépression. J’ai arrêté les cours avant même d’être certaine d’avoir raté certaines UV, je m’isole, ne sors que pour aller chez mes parents le week end, alterne les périodes où je ne me nourris pas et celles où je dévore, prends 10kg en 6 mois, dépense des fortunes en babioles et choses inutiles ainsi qu’en cadeaux pour des amis sans qu’il n’y ait rien à célébrer, passe mes journées à pleurer dans mon lit… Bref c’est la débâcle.

Rien de brillant, l’éloignement de mes parents n’est pas la réussite totale à laquelle je m’attendais. Et pour cause : je ne connais rien d’autre ! Ne plus dépendre de leurs mesquineries jette un vrai trouble. Je suis perdue sans leurs critiques incessantes, je réalise que je m’étais construite dans l’adversité et qu’aujourd’hui je vis dans l’indifférence la plus totale. Je me déteste à leur place, je perds tous mes repères et réalise leur fantasme de ratage complet en ruinant mes efforts avant de les commencer vraiment. Mes parents me manquent, même si je ressens clairement le besoin de m’en détacher. Je ne suis simplement pas prête.

Quand quelques mois plus tard je finis par dire à mes parents par quelle genre de phase je passe, et à quel point j’ai été proche de l’autodestruction, la seule chose que mon père trouve à répliquer c’est : « Je le savais, demande à ta mère je lui ai dit, j’étais sûr que tu vivais ça ». La discussion n’a pas été plus loin. Quelques jours plus tard ils m’ordonnent de trouver quelque chose à faire l’année suivante, de préférence un travail parce qu’ils ne doutent pas un seul instant que je vais arrêter mes études. Je me débrouille donc comme je peux pour étudier en alternance et concilier les deux. Il n’est pas question que je n’aie pas de diplôme. Ils sont certains que je vais échouer ; pour rien au monde ils ne m’encouragent (de ce côté-là rien de très nouveau), ils m’empêchent parfois de travailler le week end quand je suis obligée de leur rendre visite. Je commence donc à faire des heures la nuit à l’école, au travail ou chez mes camarades de classe, et ne dormir que 4 heures par jour. Je connais en plus des mois difficiles avec mon premier employeur, qui me hurle dessus et me traite d’incapable, m’exploite de temps à autres, l’air de rien, et ne veut rien m’apprendre. Pour mon père, c’est l'évidence même : non seulement je ne suis pas faite pour les études, mais en plus je le mérite. Je tombe encore plus en dépression, pleure au travail et refuse de m’alimenter, tombe malade toutes les semaines. Les choses s’arrangent un peu quand mon école me prend en pitié et trouve un nouvel employeur…

La suite, vous la connaissez, je décroche finalement mon diplôme et pars rejoindre Lord T à Nantes… Mes parents ont toujours jugé que Lord T n’était qu’un gosse de riche pourri gâté, comme on dit chez eux, s’il est avec moi c’est par pitié, pas par Amour puisque je ne mérite rien qui y ressemble. Ils n’ont de ma vie qu’une idée très négative, et amener Lord T de temps à autres pour un déjeuner n’aide en rien parce qu’ils ne cherchent pas vraiment à parler avec lui, à apprendre à le connaître. Pour eux, mon désir de partir n’est qu’une futilité d’adolescente retardée, une rébellion tardive contre mes parents, et qu’avec un peu de jugeote je rentre vite fait, je m’excuse platement et je suis leurs consignes mot pour mot. Ce serait sans doute vrai avec n’importe quels autres parents. Avec eux, je souffre à l’idée de leur parler ; chaque semaine, je dois leur téléphoner, je n’ai rien à leur dire, et eux que des reproches à formuler. Dans le cas présent ils sont incapables d’imaginer que j’essaye de faire des choix de vie. Et ce, même si je reconnais qu’ils ne sont pas toujours judicieux, mais en même temps comment saurais-je que je suis dans l’erreur si je ne faisais pas ce genre de choix dangereux ? Je suis bien obligée de me tromper parfois, je préfèrerais éviter mais je dois comprendre que je ne pourrai pas toujours.

Et si je les laissais faire de moi ce qu’ils veulent, je serais chez eux, à briquer les escaliers comme il y a 10 ans, à endurer les humeurs changeantes de mon père, à me rendre folle de douleur à l’idée que ma famille me méprise… Je serais forcée de passer outre mes souhaits, mes désirs, mes rêves, simplement parce que je leur serais redevable du toit sous lequel je vis. C’est une concession que j’ai faite trop longtemps. J’en paye encore le prix aujourd’hui, je souffre toujours (et je ne pense pas que cela cesse jamais) de ne pas avoir des parents aimants, mais des ennemis près de moi, prêts à me dire les pires horreurs et m’en rendre systématiquement responsable. Je ne veux plus mener cette vie-là.

Voilà pourquoi, même dans la pire panade, je ne retournerai pas auprès d’eux, encore moins dans la situation de faiblesse de quémander de l’aide. Parce que cela signifie pour moi encore plus de souffrance. Que me détacher complètement d’eux m’a demandé un grand travail sur moi-même, pendant des années, seule et avec de l’aide. Cela m’a pris des années avant d’admettre que je n’avais plus rien à attendre d‘eux, qu’ils me feraient toujours du mal, exprès ou pas. En repartant de chez nous à Pâques, mes parents ont juste trouvé à se dire : « Elle devrait revenir à la maison » « C’est mieux comme ça, c’est une incapable, au moins on ne l’aura pas sur les bras jusqu’à 36 ans… ». Je ne suis pas sûre que ce soient les pensées qu'ont des parents dignes de ce nom quant à leur enfant. Je me fais peut-être une image naïve des parents, je ne sais pas, mais pour moi ce n’est pas normal. Et à vrai dire, inacceptable. Je ne peux pas, en étant en période de faiblesse et de désespoir, les laisser me traiter de la sorte. J’ai au moins gagné cela au cours des dernières années : un peu d’estime pour moi-même et un profond besoin de respect et de dignité.

Je ne suis pas sûre, au juste, de pourquoi je vous explique tout ça. Il y a sans doute 2 ou 3 pages que cela a cessé de vous intéresser. J’en ai ressenti le besoin en parlant avec Lord T, en rentrant de ce week end où j’ai été tellement furieuse contre vous. Nous parlions de votre accord avec ma mère de lui dire si quoi que ce soit d’important se produisait, et je l’ai ressenti comme une réelle trahison alors que vous m’aviez amenée à m’ouvrir à vous et vous faire confiance. Quand Lord T a dit « Mais on n’arrive même pas à imaginer que ce soit vrai, moi je le sais parce que je l’ai vu mais j’ai mis du temps », j’ai été frappée : je passe pour une mythomane. Dans mon esprit, ne pas me croire était impossible. Alors, je crois que d’essayer de tout vous raconter, avec même les détails qui ne plaisent à personne quand ils sont évoqués, ça me tranquillisait. Je m’imagine que vous comprendrez mieux. Je n’en suis pas sûre, je ne suis même pas certaine que ça ait une quelconque utilité.

Je crois que dans un coin de ma tête, je pense que dans quelques temps, quand les orages seront passés, que j’aurai une situation et Lord T son diplôme, nous essayerons de voir si nous pouvons nous remettre ensemble. D’ailleurs c’est un peu comme ça que nous pensons la séparation actuellement. Nous voulons prendre du temps pour régler les points sur lesquels nous sommes encore fragiles. C’était une sale année pour moi, j’imagine à peine pour Lord T qui n’a jamais eu tant de choses à affronter, tandis que j’ai plus ou moins l’habitude d’avoir des problèmes (même si là c’était un record, d’une certaine façon !). Je ne pense pas que je pourrais aimer qui que ce soit aussi fort que je n’aime Lord T, avec qui je veux vraiment faire ma vie. Ça me paraît ridicule parfois de penser de la sorte, mais pourtant c’est bien ce que je veux. Seulement, et Lord T a tout à fait raison là-dessus, ce n‘est absolument pas le moment. Nous ne sommes pas prêts, avec les épreuves actuelles, à envisager l’avenir posément. C’est dur à avaler mais d’accord, on va se séparer temporairement, stabiliser nos situations respectives et en reparler d’ici 2 ans. Alors dans cette perspective, je n’imagine pas rester en colère contre vous tout ce temps, en plus d’être particulièrement négatif et stérile, ça n’aidera personne en quoi que ce soit.

Cette lettre, c’est parce que depuis des mois vous me poussez à m’ouvrir à vous, et que par écrit, c’est encore ce que j’ai trouvé de plus facile, même si je reconnais que sur Word ça paraît impersonnel (mais je sais que ça aurait été plein de ratures, de larmes, complètement froissé… enfin bref, pas digne d’être envoyé).

Je me suis sentie bousculée pour entrer dans votre monde et vous faire partager le mien, j’espérais pouvoir y aller à mon rythme, je ne savais pas que le temps m’était compté. J’aurais essayé de trouver la force de tout raconter plus tôt, je crois, si j’avais su que je n’avais pas la possibilité d’y aller à mon allure. Je pensais sincèrement avoir toute la vie pour vous apprendre quel genre de personne j’étais, quel genre de famille j’avais, quel genre de vie j’ai menée avant ma rencontre avec Lord T et après. Je me voyais très mal vous raconter toutes ces choses au premier abord. Et pas beaucoup plus au second ni aux suivants…

D’abord parce que cela reste quelque chose de très vivace et intime pour moi, étant donné que je ressens toujours une sorte de culpabilité… Et puis, je déteste l’idée de faire pitié, ce n’est pas ce que je voudrais inspirer aux gens que je croise dans ma vie ! En plus j’ai l’impression, chaque fois que je le raconte et le partage, que c’est tellement horrible que ça appartient à la vie d’une autre, et m’en détacher me fait peur, je crains d’oublier la souffrance de mes 20 premières années (en gros) et de répéter certains schémas si j’oublie la gravité des choses ; mais bien sûr ce n’est pas la vie que je veux, donc je veux garder la douleur la plus intacte possible, la garder vivante et en tirer mes leçons chaque jour.

Et enfin, parce qu’évidemment, j’avais envie que vous me considériez bien, pas comme une fille tirée du caniveau et une source d’ennuis, ce dont j’ai finalement eu l’air, quelle ironie… Je voulais que vous m’aimiez, tout simplement, et un peu naïvement je pensais qu’on peut aimer une personne pour ce qu’elle est au moment où on la voit, plutôt que pour ce qu’elle a pu faire ou être auparavant. C’était un peu stupide de ma part, mais je voulais ne pas être mes problèmes, et encore moins être mon passé. Je pensais que d’être juste gentille, polie, et de montrer à quel point je peux aimer Lord T, ça aurait pu suffire. Je l’espérais parce que rien de ce que je pouvais vous dire sur moi n’aurait joué en ma faveur, et dans mon optique, les choses auraient dû durer avec Lord T ; je n’aurais pas voulu que mes « beaux-parents » aient une image si négative de moi. Et à vrai dire, que quiconque ait une image négative de moi est une idée qui me traumatise. J’ai besoin de penser que je ne suis pas une mauvaise personne, et que les gens qui me connaissent le pensent aussi.

Je vous ai mis quelque chose comme 85% de la lettre. A sa lecture, ce qui m'a frappée, c'est à quel point j'étais, il y a quelques mois, fermée à l'idée d'avoir un jour, à nouveau, des parents, et donc à reprendre contact avec ceux qui sont, soi-disant, les miens. Il semblerait que le coup de fil d'aujourd'hui ai jeté le flou sur ce point.

Ma soeur, grand bien lui fasse, m'a appelée dans la soirée, étonnée que je veuille reprendre contact, et que je l'aie promis à ma mère. C'est du moins ce qu'elle a appris en même temps que mon père. Comme il n'en est rien, je comprends que là-bas, peu de choses ont changé.

Maintenant, c'est une question de priorités. Et d'orgueil sans doute aussi. Ma famille m'a toujours fait comprendre (ou dit frontalement, telle ma grand'mère maternelle) que l'orgueil, on en avait toujours trop, que c'est une chose qui n'aide pas. Pourtant j'ai du me forcer toutes ces années pour trouver en moi un tantinet d'orgueil, me permettant, pour le moins dans certains domaines, d'avoir quelque chose qui ressemble à de la dignité et une certaine confiance dans mes qualités. Piétiner tout cela au nom du désir d'avoir un toit au-dessus de ma tête me semble un immense pas en arrière. Qui plus est, ce serait effectivement revenir en perdante et perdre définitivement toute crédibilité dans ma famille.

Quelle horreur, je m'aperçois combien mes calculs ressemblent à ceux de personnages de séries politiques (là tout de suite je pense à A la Maison Blanche et Babylon 5). Voilà à quoi ressemblait ma vie et un seul coup de fil me fait replonger dans ces tractations.

Si seulement j'arrivais à mettre cela de côté et si je réussissais à résoudre les choses par moi-même, sans une quelconque aide... Ca serait idéal, mais apparemment utopique...

6 octobre 2004

Solution

J'étais en train de me dire, suite à un coup de téléphone inattendu de ma mère (à qui je n'ai pas parlé depuis le début du mois de juin environ), que parfois, quand une solution se présente d'elle-même, il faut se permettre d'ouvrir son coeur pour la recevoir, plutôt que de se dire, non sans orgueil, qu'on devrait être capable de trouver une solution par soi-même, ce qui semble toujours préférable au premier abord.

Peut-être que dans le cas présent, ce qui semble un retour en arrière est peut-être un pas en avant ? Cela mérite en tous cas réflexion.

5 octobre 2004

Trust

Apparemment et si j'en crois mon expérience récente, il n'existe rien de plus fragile que la confiance. De fait, je vis en ce moment une série de déceptions personnelles, où les gens m'écoeurent un tant soit peu de par leur comportement.

Quand je regarde en arrière, je m'aperçois que je n'ai jamais eu la confiance de mes parents. J'ai longtemps cherché pourquoi, mais il s'est avéré que ça ne venait pas, comme je le pensais, de moi, mais bien de mes parents. La vie les a blessés à un tel point qu'ils ne sont capables de faire confiance à personne, pas même leur propre fille. Bon, ça, c'est réglé. Mais ce que je sais sans avoir pu le soigner, c'est que moi-même je suis incapable de confiance en moi. Je le voudrais mais en général, ça ne dure pas. C'est un fait et j'y travaille.

Mais pourquoi le reste du monde semble-t-il se défier de moi ? Et pourquoi me donne-t-il toutes les raisons de lui rendre la pareille ? Mystère.

Hier encore, j'apprenais que les parents de Lord T se défient de moi, ils ont peur que je reste seule dans leur appartement, comme si j'allais les voler. C'est tout de même incroyable, ça : chaque fois qu'ils m'ont proposé de l'argent, des frais faramineux ou ce genre de choses, j'ai refusé. Quand ils ont refusé mes chèques de loyer, j'ai pesté (sans succès). Et aujourd'hui, ils croient que je vais leur subtiliser quelque chose en leur absence. J'en conclus que pour avoir l'air honnête en ce monde, il ne suffit pas de l'être. Je trouvais mon comportement clair pourtant. Depuis que je sais que Lord T est pêté de pognon, je me surveille afin qu'il ne puisse jamais être dit que j'ai profité de lui. La plupart du temps, je fais des frais incroyables pour faire plaisir, et je radine quand c'est le tour de Lord T de payer, sacrifiant l'agréable comme l'utile histoire de minimiser sa note.

La seule chose de valeur que Lord T m'ait jamais offerte est le jeu des Sims 2, qu'il m'avait promis alors que nous étions encore amoureux, et qu'il savait pertinemment que, vu le prix, je ne l'aurais pas acheté moi-même en ce moment, vu ma situation financière (ç'aurait alors paru hautement suspect vu qu'il est clair que je suis juste financièrement). Bref, j'ai toujours fait très attention.

Nan bon, ok, j'ai volé quelque chose UNE FOIS à Lord T. Il venait de me larguer, je lui ai piqué une photo d'identité sur son bureau (il est anti-photo et depuis près de 5 ans que je le connais je n'en avais pas encore), et encore il en restait deux autres rigoureusement identiques (sans quoi je ne me serais pas permis)... Si c'est que ça je la leur rends.

Pourquoi sitôt qu'on manque d'argent, qu'on n'a ni revenu ni famille sur qui s'appuyer, est-on immédiatement soupçonné des pires intentions ? Voilà qui me dépasse. Les gens pauvres seraient forcément malhonnêtes ? Je ne comprends pas comment ils ont pu se mettre une telle chose dans la tête. A quel moment mon comportement a-t-il pu être équivoque ? Quand j'ai refusé leur argent ? Quand j'ai refusé toute aide financière superflue ? Je n'ai demandé que le strict minimum : pouvoir garder un toit au-dessus de ma tête. Là comme ça, ça ne me semble pas être un caprice follement excentrique comme souhait ! Si ? Ou est-ce que je fonctionne sur un système de valeur erronné ?!

Pour ce qui est de la famille de Lord T, j'ai mon compte. J'vous jure que si je peux me couper d'eux...

En fait la confiance, sincèrement, je n'imagine pas ressentir cela à nouveau un jour. Ni confiance dans les gens, ni dans la vie, ni dans quoi que ce soit. L'expérience a prouvé que c'est le meilleur moyen de subir de lourdes désillusions.

Je n'ai pas envie de m'endurcir, je n'ai pas envie de me blinder, je n'ai pas envie de me fermer, je n'ai pas envie de devenir froide. Mais est-ce que j'ai vraiment le choix... Combien de fois la vie va-t-elle me violer encore ?

27 novembre 2004

Les chaussettes d'Eri

Ou comment une Morning Musume peut aussi sortir de belles métaphores...

Une video intéressante a attiré mon attention... L'une des Morning Musume (pour plus de détails, je vous invite à consulter Teruki Paradise), nommée Eri, confiait quelques unes de ses pensées devant une caméra. Au détour de réflexions sur la grippe avière ou l'une de ses amies, voilà tout d'un coup des paroles qui m'ont heurtée de plein fouet.

Eri raconte qu'un jour, elle enfile une paire de chaussettes dépareillées, pensant que cela ne se verra pas (car après tout, les chaussettes sont cachées dans les chaussures, pas vrai ?). Mais la voilà contrainte de se changer pour une émission, et à son retour au vestiaire, lesdites chaussettes ont disparu. Misérable, elle va se résoudre à demander discrètement à son manager que faire, lorsque celui-ci brandit les objets de la honte et demande à la cantonade à qui appartient la paire dépareillée. S'en suit naturellement une confusion que l'on imagine, au milieu des rires de ses congénères (c'est cruel un troupeau de gonzesses). L'anecdote est charmante.

Là où je n'ai pu m'empêcher de dresser un sourcil, c'est quand les considérations purement "chaussettiques" se sont transformées en confession de doutes réels, quasiment une crise identitaire. Eri constate qu'elle a toujours des trous dans ses chaussettes, et que tout le monde le lui fait remarquer -elle n'y voit pourtant pas à mal. D'ailleurs, elle confie adorablement que lorsqu'elle n'a plus de chaussettes, elle en emprunte à ses soeurs, et, tôt ou tard, des trous apparaissent, presqu'inexorablement. La vraie question est : pourquoi les gens n'ont-ils jamais de trous à leurs chaussettes ? En achètent-ils plus ? De meilleure qualité ? Qu'advient-il des chaussettes trouées, ne les mettent-ils jamais ?

La raison pour laquelle j'ai été touchée, c'est que j'ai tendance (peut-être à tort) de considérer que la façon de s'exprimer des Japonais est toujours ou presque métaphorique. Il n'y a qu'à regarder leur façon de considérer les choses de la vie : le moindre détail est toujours révélateur d'une chose de plus grande importance. Ils s'extasient de menues bribes de la réalité que nous, Occidentaux éternellement blasés, n'apercevons même pas. Il y avait par exemple cet auteur, Kenzaburô Oe, qui écrivait au détour d'un de ses livres un cadeau que lui avait apporté l'un de ses amis parti en vacances à l'étranger. Il lui avait ramené un petit hérisson en porcelaine, minuscule, dont on aurait pu se servir comme presse-papier ou bibelot sans importance. Mais Oe l'avait mis en valeur sur une étagère avec quelques autres trésors chers à son coeur. Vous savez pourquoi ? Uniquement parce qu'il a songé au mal que son ami s'était donné pour rapporter indemne cet objet insignifiant mais fragile, bien qu'il n'ait sans doute coûté qu'une poignée de la monnaie locale. Voilà un exemple qui résume parfaitement la façon dont j'envisage le mode de pensée japonais : les plus petites choses en révèlent d'autres plus importantes. Et que tout est finalement une sublime métaphore.

Et soudain, Eri racontant avec embarras ses interrogations à propos des chaussettes (et des inégalités de chacun devant les trous de ces dernières), m'a rappelé mes propres interrogations, lorsqu'il m'arrive de penser aux jeunes de mon âge qui sont insouciants et trouvent naturel de n'avoir pas de trous dans leurs chaussettes, tout en se moquant des vôtres, sans s'apercevoir que tout un questionnement s'en suit. Les plus naturelles des choses qui peuplent la vie de mes congénères me semblent terriblement compliquées. J'ai vécu ce genre de questions à propos de détails de ce type, moi aussi, aboutissant à des questions de plus grande ampleur : finalement j'ai passé quelque chose comme les dix dernières années de ma vie à tenter de comprendre pourquoi ceux de mon âge en savaient plusque moi, faisaient mieux que moi et se comportaient mieux que moi sur tellement d'aspects.

Les chaussettes d'Eri ? L'histoire de ma vie.

PS : sur fond de W - Shiroi Iro wa Koibito no Iro (dispo une fois de plus sur Teruki Paradise)

5 octobre 2004

Pardon ?!

Pardonner, pardonner, pardonner. Aujourd'hui on ne vous demande plus que ça. Les termes se sont mêmes insinués dans notre langage courant. On vous demande pardon pour tout : parce qu'on vous a bousculée dans le bus, parce qu'on veut vous obliger à laisser passer quelqu'un, parce qu'on veut vous demander quelque chose, parce qu'on se sent pas bien, pour excuser son comportement, enfin bref, pardonner est, si l'on en croit nos contemporains, une joie de tous les instants.

Sans déconner ?!

Pardonner me semble requérir un peu plus de moi-même chaque jour. Je suis sensée pardonner depuis toujours, pour ainsi dire.

En premier lieu, il fallait pardonner à mon père son comportement. C'est vrai, ce n'est pas sa faute. D'abord la vie était injuste avec lui, et ensuite je le poussais à bout. Enfin, c'est ce que me répétait ma mère. Il fallait lui pardonner à elle aussi, d'ailleurs, de toujours prendre la défense de celui qui était déjà en position de supériorité et qui en abusait sitôt que le reste de sa vie l'écoeurait. Pardonner à ma soeur, ensuite. Elle est petite, elle se rend pas compte. Ensuite on pardonne, dans la lancée, à tout un tas d'autres gens. Ceux qui vous piétinent, ceux qui vous ignorent, ceux qui veulent partir, ceux qui vous promettent un avenir et volent votre présent.

Et sans s'en rendre compte, on prend le pli de pardonner à tout le monde la moindre chose. Tout écart se trouve expliqué : oui mais la journée a été dure, oui mais la vie a été dure, oui mais son caractère fait qu'il est perdu, oui mais, oui mais, oui mais. Et en fin de course, me voilà qui m'aperçois que j'ai passé le plus clair de ces 22 années à pardonner à tout le monde, excepté moi.

Les gens n'ont vraiment aucune honte, n'est-ce pas ? Vous déployez des trésors dans votre coeur, pour être ce que vous pensez une bonne personne, et vous voilà couronné roi des dindons. Vous culpabilisez de n'avoir pas pardonné.

Le pardon est une valeur à la mode. Films, séries, livres, tout vous rappelle qu'il faut pardonner. Tout cela est pétri de croyances chrétiennes qui s'obstinnent à vous faire croire que pardonner à un autre, c'est lui donner une chance, et tuer dans l'oeuf toute velléité de méchanceté et de rancoeur en vous. Mais en réalité, si tout cela avait du bon ?

Pardonner, oui, mais si au moins les gens autour de vous voyaient que vous en avez fait l'effort ! Nenni ! En fait, il voient que vous en êtes capables et ne se figurent pas un instant que vous ne saurez pas le refaire. Et les gens commencent à abuser de votre patience et de votre bonté.

Ce soir, une fois de plus, j'ai puisé en moi la force de pardonner. Bon gré, mal gré. Après une haine si forte qui m'a possédée tout l'après-midi, me voilà face à une part de moi-même qui réclame la Paix, et qui n'a rien trouvé de mieux que pardonner à celui qui m'a tant blessée, et de revenir à lui, gaie, pimpante, plaisantant et l'embrassant. Cette part de moi, je ne suis pas dupe, réclame une paix que je ne peux apporter à moi toute seule. Il ne dépend pas de mon pardon que nous nous entendions bien, il dépend de ce que je ne sois pas la seule à râcler les dernières bonnes volontés qui pourraient traîner ça et là en moi.

Mais je l'ai encore fait. Et je me demande si je ne prépare pas ainsi le terrain d'une haine encore plus farouche. C'est vrai, quand je n'avais pas encore pardonné à mon père (ça fait à peine 3 mois l'exploit a été accompli, tout de même), je ne m'en portais pas plus mal. Je lui en voulais tant que je me défiais de lui comme la peste. Certes, mes barrières étaient trop élevées, d'un autre côté elles me protégeaient très bien (sur la fin. Mais vous n'imaginez pas le temps qu'il a fallu pour les dresser). Je n'ai jamais eu à m'en plaindre. Et puis un jour j'ai touché en moi de quoi le pardonner, ça m'a semblé naturel, et également utile pour tourner cette page de ma vie. Mais aujourd'hui, si ma soeur me rapporte quelque chose sur lui, je souffre à nouveau.

En fait, le pardon évite la souffrance à celui qui le reçoit, pas celui qui le donne.

4 octobre 2004

C'est une question d'éducation, avant tout

En ce moment, mon éducation me turlupine beaucoup. Je n'avais jamais réellement fait attention, mais en définitive, sur la majorité des sujets, des domaines, et des aspects de ma vie, je me suis éduquée toute seule.

Ok, ce n'est pas tout à fait vrai dans un premier temps. Mes parents m'ont appris tout un tas de choses qui répondaient parfaitement à leurs exigences morales, et à leurs critères. Se taire. Respecter la famille par-dessus tout (souvent en confondant respect et peur). Avoir le sens des priorités (la n°1 étant, je vous le donne en mille : eux). Etre polie. Travailler. Beaucoup travailler. Vraiment beaucoup travailler. Mépriser le plaisir. Culpabiliser. Se rendre responsable de tout sauf de soi. Voyons, quoi d'autre ? C'est déjà bien.

Brillants enseignements en vérité. Alors sur le coup de 15, 16 ans, ce qui germait tout doucement dans mon esprit s'est épanoui d'un coup : ce n'est pas parce que ce sont mes parents que ce sont de bonnes personnes. Et s'ils se trompaient ? Et si toutes ces valeurs étaient mauvaises ? Ou seulement certaines ? Ou aucune, en fait ? Qui peut dire ? Eh bien, moi et seulement moi, et finalement c'est là que mon éducation a commencé.

Je me suis éduquée à discerner ce qui était une valeur acceptable, de ce qui ne l'était pas. Parler. Ecrire. Respecter les gens qui vous le rendent bien. Avoir le sens des priorités (la n°1 étant moi). Etre polie. Etre très polie (mais jurer un peu de temps à autres). Travailler. Beaucoup travailler. Rechercher le plaisir. Déculpabiliser. Se rendre responsable de tout et de soi. Etre exigeant. Avoir des rêves. Des projets. Avoir un avis sur tout. Se faire un avis sur ce sur quoi on a pas déjà un avis. Etre curieux. Etre compréhensif. Etre tolérant. Donner tout ce que l'on a dans l'âme sitôt que quelqu'un cher à votre coeur le demande.

Mais au fond, qui peut dire si ce sont de meilleures valeurs ? Qu'est-ce qui prouve que mes choix sont meilleurs que les leurs !? Et si j'étais encore dans le faux, si j'étais une mauvaise personne, juste différente d'eux, pas meilleure ? Cette seule pensée me fait horreur.

Finalement je n'ai pas fini de m'éduquer, il reste encore une valeur principale à apprendre : avoir des certitudes.

16 novembre 2004

Annonce officielle

J'attendais d'être certaine avant de vous en avertir : voilà, je vais déménager.

Mes deux semaines passées la tête au dessus de la cuvette m'ont fait réfléchir : je ne peux pas me permettre d'être seule actuellement. Je ne peux en fait même pas me permettre un logement digne de ce nom. J'ai repris contact avec ma grand'mère (alternative aux parents) et nous avons décidé que j'irai habiter chez elle.

Ma grand'mère loue une petite maison en région parisienne, mais depuis quelques temps elle ne peut plus monter les escaliers : j'occuperai donc l'étage (chambre + bureau + grenier) pendant quelques mois. Le temps de trouver du travail.

En fait je m'étais mis en tête que l'alternative était mes parents ou rien (ou presque), en occultant la possiblité de trouver refuge auprès de ma grand'mère. Ce n'est pas une personne affectueuse, elle ne tolère rien de ce que j'aime, et n'a jamais cherché à m'aider pendant mes années de souffrance. Mais elle, au moins, avait l'excuse de ne pas voir ce qui m'arrivait. Et d'être vieille (et vaguement décadente intellectuellement parlant). Et puis, ce n'est que temporaire, sans pour autant me mettre la pression comme ces derniers mois avec Lord T qui n'avait qu'une idée en tête, me mettre dehors en 4e vitesse. Cette fois je n'aurai qu'une chose à me préoccuper à la fois. Ca va faire du bien. Je vais retrouver (enfin ! après 6 mois de séparation) mes deux chatons qui étaient logés à contre-coeur chez les parents de Lord T. Deux boules d'amour qui me tiendront chaud au coeur, et me permettront de me relever, je l'espère.

Ce blog n'est pas fermé. Loin de là ! Une nouvelle aventure est en train de poindre à l'horizon et j'aurai besoin de consigner les étapes de cette convalescence en un lieu où je me sentirai soutenue. Vous êtes tous de formidables lecteurs. Mais pour le moment, ma présence sera un tantinet moins récurrente que lorsque je postais quotidiennement : entre formalités, cartons, et autres préparatifs, je suis assez occupée. Et tellement crevée par ces derniers mois que je n'arrive plus à ressentir quoi que ce soit. Je me sens épuisée émotionnellement, je ne ressens même plus la peur que représente le changement de vie qui m'attend, et que je sais pourtant être en mon sein sans être capable de l'exprimer... Je me sens en phase de transition, comme si mes sentiments attendaient mon nouveau refuge pour se révéler pleinement.

Je n'ai pas encore la date de mon déménagement (cela dépend de ma grand'mère), mais je vous tiens bien-sûr au courant.

PS : rédigé en écoutant SES - Dreams Come True, également dispo sur mon site Teruki Paradise, rubrique "Divers Jpop". N'hésitez à consulter le Mode d'Emploi pour bien comprendre comment procéder !

PS2 : Merci à tous ceux qui ont pris des nouvelles et se sont inquiétés... Voyez, c'était bon signe...

9 novembre 2004

Espèce de sale...

...monellose !

Je suis très malade et je vous prie de m'excuser pour mon absence ces derniers temps. Sans vouloir rentrer dans les détails, j'ai du mal à rester assise longtemps, voyez ? Mais je serai bientôt de retour, et apparemment, avec une nouvelle concernant un changement dans ma vie.

Les pronostics sont ouverts d'ici à ce que je puisse vous le confirmer... d'ici quelques jours je pense.

3 octobre 2004

J'ai oublié aussi

Je viens de regarder la fin de Sept à Huit sur TF1, où une jeune fille expliquait son enfance malheureuse, qu'elle a consignée dans un livre. J'ai reconnu beaucoup de choses en elle qui sont en moi, au niveau du comportement principalement puisque je n'ai pas été battue à proprement parlé. Je regrette de n'avoir noté que le titre de livre et pas le nom de cette jeune fille...

EDIT : j'ai réussi à trouver le lien vers Amazon, la fiche de ce livre est ici.

30 août 2005

Maudit modem

Après une disparition du net d'une semaine et demie qui m'a valu moults mails inquiets (alors que vous devriez vous douter, depuis le temps, qu'entre les déménagements et ma guigne légendaire, il y a forcément une bonne raison à mes absences de la toile), me revoilà, et comme à l'accoutumée, c'est quand on a pas le blog sous la main qu'on a envie d'y écrire.

Voici donc deux notes antidatées par mes soins :

- Recyclage
- Elle ignore...

Je sais que ça signifie beaucoup de lecture, mais vous verrez, les yeux se réhabituent vite à lire plus de trois mots à la suite.

29 août 2005

Elle ignore...

J'ai laissé le téléphone sonner. Pourtant j'ai bien vu qui m'appelait. Je sais qu'elle a laissé un message. Je sais aussi que je ne la rappellerai pas. Et en entendant le message, je me rappelle pourquoi.

Parfois, moi aussi, je fais partie de ceux qui ne reviennent jamais...

A intervalles réguliers, c'en est effrayant, elle me rappelle. Et, affichage du numéro oblige, elle tombe irrémédiablement sur mon répondeur. Auquel elle dispense quelques nouvelles sans même savoir si ça m'intéresse, ou si même j'aurai le message. En fait depuis près de deux ans que cela dure, on pourrait penser qu'elle laisserait tomber. C'était ce que je m'étais imaginé au début d'ailleurs. Elle ignore que j'écoute ses messages avec intérêt, mais qu'ils me donnent chaque fois envie de ne pas la rappeler.

Cela fait deux ans que nous ne nous sommes pas parlées réellement, et plus de trois que nous ne nous sommes pas vues ; plus, si ça se trouve. Je me souviens de la crèperie ; je ne suis pas sûre qu'il y ait eu une autre fois. A cette époque déjà j'avais hésité à la voir. Pour les mêmes raisons qu'aujourd'hui je ne le veux plus du tout. Elle ignore qu'à chacun de ses appels elle me tord le coeur.

Dans ses messages, elle laisse toujours la porte ouverte à des retrouvailles. Il lui est déjà arrivé de me donner directement ses dates de disponibilité ; cette fois elle me fait savoir ses dates d'indisponibilités, pour aller au plus court. En général elle espère une rencontre, pas seulement un coup de fil. Je la pense incapable de comprendre. Elle ignore qu'elle m'a toujours donné l'impression de n'avoir jamais compris.

Lorsqu'on est au lycée, j'imagine, on pense que ce sera pour la vie. Que les amitiés vont rester. D'ailleurs nous étions convaincues de travailler toutes ensemble dans 10 ans. Nous en avions fait le pacte. Même si elles l'avaient signé en rigolant et qu'aujourd'hui c'est moi qui prends le parti d'en rire plutôt qu'autre chose, avec un léger goût amer, peut-être. Malheureusement elle est aussi arrivée dans ma vie à un moment où je ne croyais déjà plus qu'à moitié à l'amitié. J'avais toujours écrit ce mot avec un "A" majuscule, mais après la troisième... cette fichue année de troisième où tout est allé de travers dans tout ce qui importait réellement... je n'y croyais déjà plus vraiment. Je courais déjà après quelque chose en quoi je ne croyais plus ; j'allais ensuite apprendre que ce ne serait pas la dernière fois, hélas. Pourtant après cette période, elle a été ce qui s'est le plus rapproché d'une meilleure amie pour moi. Et même quand je n'y croyais plus tant, j'avais tendance à une certaine possessivité. Elle l'ignore sans doute, mais devant son diminutif, j'avais tendance à mettre un possessif, d'ailleurs (ça faisait aussi un joli jeu de mot, il faut le dire, et il lui allait bien : drôle et doux).

Je me rappelle plus ou moins comment les choses ont commencé : alors qu'en seconde nous avions chacune une camarade de notre côté, nos deux binômes s'étaient liées d'amitié et nous avaient brutalement prises en grippe. Nous avions laissé tomber les deux pestes et commencé à traîner ensemble. Sans savoir qu'en deux ans, nous serions la base d'un véritable clan. A cette époque je m'étais dégagée de certaines peurs en milieu scolaire. J'étais libre. Je plaisantais. Je brillais. J'écrivais, je dessinais, je faisais le pitre. Et pendant ce temps, elle était l'incarnation de la douceur, de la gentillesse, de la tempérance, et à nous deux nous sommes devenues les pilliers d'une petite troupe de rigolottes en tous genres qui variaient en trois formations à géométrie plus ou moins fixe, et dont nous étions le point de ralliement pendant ces années de lycée... C'était une époque où on était, chacune à notre façon, les deux chefs de meute. J'en faisais des tonnes et quand les filles avaient besoin de calme, elles allaient à elle. Je faisais l'animation, en quelques sortes. J'aimais ça. J'aimais les avoir toutes les 10 autour de moi lorsque je leur lisais mes écrits, ou les voir éplucher mes derniers dessins. Je n'écrivais parfois que pour cela (mais qui se souvient encore des CorotGirls ?), juste pour les voir rire à mes singeries, les réunir autour d'un cérémonial que je passais parfois toute une nuit à mettre au point, juste pour que cex 10-là soient encore là la semaine suivante ; et à côté, toujours, toujours elle était là, en train de hocher la tête en riant, sur l'air de "c'est drôle mais t'en rates pas une, petit clown". Elle ignore que ça m'était si important.

C'était une drôle de relation et même si je ne considérais pas vraiment qu'elle était une meilleure amie comme on l'entend à cette période, je ne m'imaginais pas faire mes pitreries sans elle (l'avenir m'a détrompée, bien-sûr, et je l'ai laissé faire). Elle servait de point d'équilibre. Je me suis souvent demandée si ensuite j'aurais pu changer de rôle. Tout ce beau monde avait vite fait de prendre de la distance lorsque j'étais sérieuse. Je me souviens comment je leur ai dit ce qui se passait à la maison. Je me souviens le silence. J'ai encore dans un carton les dessins que j'ai faits ensuite pour les distraire. C'était aussi ça, ma vie avec ces filles. Et même si elle y prêtait un peu plus d'attention que les autres, il fallait toujours que j'essaye de tourner les choses avec humour. Ou comment, pour parler de mes teenageries, j'avais dû inventer un jeu sur "l'homme-concept idéal" par le biais duquel, en philo, je lui demandais son avis... C'était comme ça. Est-ce que j'ai jamais pleuré devant elle ? C'est possible. Sans doute pas très longtemps en tous cas. Elle ignore que j'ai encore tout gardé quelque part et que je trimballe nos conneries de lycée de déménagement en déménagement.

Et que ça en fait du papier, diable !

Tout ce qui m'attirait à elle à cette époque, la raison pour laquelle je la fréquentais et estimais qu'elle était un peu un sorte de contre-poids, c'est l'exacte raison pour laquelle je ne veux surtout pas la revoir aujourd'hui. Parce qu'elle me faisait mal rien que d'exister, dans le fond. Tout lui semblait toujours si simple. Mais à l'époque les choses étaient moins dures ; à l'époque je n'avais même qu'à moitié conscience de ce qui me faisais mal. Je n'ai compris qu'en cours de route combien mes parents m'étaient nocifs. Et quand les choses ont vraiment commencé à me faire mal explicitement, j'avais déjà le Bac en poche, j'avais fini le lycée, et toutes ces choses que vous savez si vous avez lu mes premiers posts. C'est à ce moment que j'ai voulu rompre le contact. D'abord parce que, j'en étais convaincue, on ne garde que certains types d'amis indéfiniment : ceux auxquels on a pas peur de s'ouvrir. Mais je m'étais bâtie auprès d'elle et des autres une telle image qu'au moment de ma dépression, j'ai senti qu'elles ne tiendraient pas. Et quand je leur ai donné des nouvelles, au début, j'ai bien vu que c'étaient des soucis d'un autre gabarit que celui qu'elles pouvaient supporter, elle y compris. Alors j'ai voulu couper net. Et ça faisait mal de la voir s'accrocher. Parce qu'elle ignorait pourquoi tout en l'adorant toujours autant, je la détestait...

Depuis des années, elle est l'incarnation pour moi de ce que je ne connaitrai jamais. J'ai encore en mémoire, comme si je l'avais visitée hier, le souvenir du jour où elle m'a invitée à déjeuner chez elle. Je vois la télé allumée devant la table du living, la petite cuisine blanche, le poupon joufflu dont elle aurait presque pu être la mère puisqu'ils avaient 16 ans de différence, la petite soeur au quenottes adorables, sa mère aux sourcils bien épilés, le beau-père qui la traitait plus en copine qu'en fille et le chat aux yeux lumineux. Une famille moderne : recomposée. Mais heureuse. Terriblement heureuse. Terriblement simple. Elle ne comprenait jamais mes questions, toutes mes questions, les questions que je me posais en permanence et qui avec le temps ne se sont qu'à peine calmées, et en voyant la nappe cirée aux couleurs chaleureuses et le canapé tout affaissé, j'ai compris pourquoi. Parce que sa vie était simple et sans question. Parce qu'on ne se pose pas tant de question quand ça va. Et ça allait. Plus que bien. Et tout semblait naturel. Elle devenait une jeune femme épanouie sans même avoir à en faire l'effort. Un beau matin de septembre, elle nous était revenue de vacances, nouvelle coupe, nouvelle couleur, lentilles de contact et maquillage délicat : elle avait grandi, juste comme ça. Et ça n'a plus arrêté. Et ça semblait naturel et normal et moi je ramais intensément pour m'améliorer. Je devais ruser pour m'accorder un peu de temps dans la salle de bains ; sa mère lui payait le coiffeur régulièrement. Je passais mes soirées à avoir peur ; elle planifiait des soirées cassette video ou pouponnage du frérot. Lorsque ce dernier est né, c'était un bonheur ; lorsque je devais passer un week end chez mes grands-parents, j'en étais malade à l'avance et patraque pour une semaine au retour. Elle passait ses vacances en famille en Bretagne chez ses grands-parents qui l'avaient élevée pendant une période difficile de sa mère ; c'était la pire des corvées que de devoir être passée au crible par ma propre famille et n'allais voir ma grand'mère que de plus en plus succintement. Avec le temps elle s'est trouvé un copain charmant, puis a rompu sans scandale, s'en est trouvé un autre, et ne l'a plus quitté. Aujourd'hui elle m'annonce au téléphone qu'elle part s'installer avec lui en Nouvelle-Calédonie, après des années d'études fructueuses et épanouies, après des années à me détailler par le menu ses joies, mais jamais de peine. Tout évoluant toujours dans le bon sens. C'est sûr que sur un message répondeur de 30s à 1mn, elle ne va pas me confier ses pires problèmes, mais globalement, elle avance dans la vie, c'est net. Elle ignore à quel point la jalousie du début s'est juste transformée en profond sentiment d'injustice impossible à renverser.

Chaque fois qu'elle appelle, je me dis qu'à la rigueur, je la recontacterai quand les choses iront mieux pour moi. C'est ce que je me suis dit la première fois "je suis en dépression, je viens de faire une tentative de suicide, qu'ai-je à lui dire ? Je la rappellerai une autre fois. A la prochaine bonne nouvelle". Mais il n'y a pas de bonne nouvelle suivante et quand je l'entends au téléphone cocher petit-à-petit sans le savoir chaque ligne de ma liste mentale des choses à réussir dans la vie, je compare et je me dis que je ne peux rien lui répondre. Et plus elle me semble heureuse, plus je vois combien je ne le suis pas, et n'ai envie ni d'attiser sa pitié, ni de l'attrister à mon sujet. Alors j'écoute ses bonnes nouvelles, me réjouit un quart de seconde pour elle, et reviens à la réalité : je n'ai rien à lui dire de probant. Elle se dit peut-être que je vais tellement bien que je l'ai oubliée. Elle se dit peut-être qu'elle a fait quelque chose de mal et que je ne vais pas la rappeler parce que je boude. Elle se dit peut-être que la tête de linotte que je suis a encore oublié de la recontacter. Mais elle ignore que je ne veux pas nous mettre l'une face à l'autre et lui donner à voir tout ce que je ne suis pas devenue, non plus que je ne tiens à voir combien elle s'épanouit...

Ca me fait mal. Ca me fait mal de l'entendre dire que tout va bien depuis près de 5 ans avec son copain tandis que le mien m'a foutue dehors (d'autant que nous les avons rencontrés presqu'en même temps, le parallèle n'en est que plus douloureux). Ca me fait mal d'entendre ses diplômes tandis que je n'arrive pas à survivre avec les miens. L'entendre parler de sa voiture, de leur appart, de leur déménagement, de sa famille, de sa famille à lui, de tout ce qui est normal à 23 ans et que je n'ai pas. Surtout, surtout qu'elle ignore que je n'ai pas tout ça.

Et qu'elle s'accroche comme ça, de loin en loin, c'est pire. Je voudrais qu'elle accepte. Mais son amitié et la mienne sont trop fortes pour qu'on s'oublie, visiblement. Elle ignore que je pense à elle très régulièrement, bien plus régulièrement encore qu'elle ne m'appelle. Qu'elle est mon échelle de mesure sur la réussite dans la vie, sur ce que sont une famille réussie, une scolarité réussie, une vie sociale réussie, une vie professionnelle réussie, une relation réussie. Elle ignore tout cela et c'est justement aussi cela que je lui envie. Sa faculté à ne pas comprendre tout ce qui me tord. Elle ignore que du temps de ma thérapie, il y a fort longtemps maintenant, je parlais d'elle et ma psy m'a rétorqué "mais ça n'existe pas, les gens comme ça, vous vous faites des idées -d'ailleurs, ça n'existe pas, les gens" Mais si ! Et c'est bien ce qui m'empêche de la rappeler ! C'est que loin de la vision idyllique des séries télé que j'affectionne tant, j'en ai vue une, en vrai, je pensais très méchamment, au lycée, qu'elle se ferait manger la laine sur le dos une fois sortie du lycée, mais non ! C'est elle, elle et tous les gens qui lui ressemblent, qui s'en sortent ! Si ça existe, les gens comme elle, et c'est ce qui me fait mal dans mon malheur, c'est que je pourrais penser que tout le monde est malheureux, mais depuis des années quand je la regarde, je vois que c'est faux, que tout ne va pas forcément mal, et que c'est moi qui m'enfonce. Et ça elle l'ignore et j'ai envie que ça continue.

Parce que, si ça me fait mal, c'est parce qu'avant tout c'est face à moi-même qu'elle me met...

Elle ignore tout cela, et plus encore. Et j'imagine qu'elle ignore l'existence de ce blog et, à vrai dire, c'est à la fois un profond soulagement... et une douleur.

27 août 2005

Recyclage

Ca fait bien longtemps que mes rêves ressemblent à des films. Ils bénéficient depuis environ une dizaine d'années de très jolis éclairages, d'histoires prenantes et de plans de camera extraordinaires. Je me fais souvent la réflexion que beaucoup de mes rêves feraient de formidables scenarios de films. Je suis sûre qu'on en a écrit des tas de bien moins consistants (et ce ne serait pas tellement plus éthéré que certains David Lynch...). J'ai même parfois la chance d'avoir une mini-série, sur plusieurs nuits. Et naturellement je me fais de temps à autres des rediffs, mais jamais sur les plus plaisants (comme les vraies rediffs, quoi). Mes rêves n'ont pas toujours été comme ça. Il y a eu une longue période pendant laquelle mes rêves étaient parfaitement fadasses et du plus haut linéaire. Et je ne parle même pas de mes cauchemars qui n'auraient même pas mérité l'appellation de série Z tant ils étaient convenus (effrayants, je ne le nie pas, mais parfaitement convenus). Bref mes rêves, c'est aujourd'hui de l'entertainment à 100%.

Je ne m'imagine pas ne pas rêver. Chaque matin je me souviens au moins de bribes de mes rêves, et parfois dans la journée d'autres éléments me reviennent. En tous cas la plupart du temps, je m'en souviens, ils sont devenus drôlement sympas et bien construits : normal, déformation de téléphage oblige.

Lorsque j'étais au collège, mon ex-meilleure amie et moi nous racontions nos rêves le matin en allant en cours. Nous essayions de les comprendre. Nous dénichions des ouvrages dans lesquels nous lisions des significations qui ne voulaient rien dire pour nous. Nous cherchions quelque chose dans nos rêves. Pendant toute cette époque et de temps à autres encore maintenant, je pensais que les miens avaient une certaine magie dans le sens où je les croyais prémonitoires : leur construction était si linéaire que ça semblait évident ; s'ils ne transcrivaient pas le passé, alors il ne restait que le futur. A l'heure actuelle je crois plutôt à une façon qu'a mon subconscient de me communiquer quelque chose de vital que je doive comprendre. En tous cas depuis cette époque et peut-être même un peu avant, je leur accorde une grande importance. Ca fait partie de ma vie intérieure que d'accorder quelques minutes en me levant ou en me couchant, à ces petits messages étranges.

Je n'ai jamais compris comment on peut ne pas rêver. Ou ne pas se souvenir, ce qui revient au même. Chose que mon ex m'avait apprise : on n'a visiblement pas tous les mêmes vies intérieures. Je l'ignorais il n'y a pas si longtemps. J'ai aussi appris que certains font des rêves particulièrement explicites, ce qui ne m'est jamais arrivé. Mes rêves, toujours très hollywoodiens, ne montrent jamais rien de trop sexuel, ils suggèrent, dans le meilleur des cas. Un peu comme lorsque deux personnages d'un film se retrouvent au lit, leurs lèvres prêtes à s'embras(s)er mais à quelques centimètres encore, et qu'on a immédiatement une ellipse temporelle qui nous conduit à l'irrémédiable allumage de cigarette post-coïtale. Bref, apparemment, mes rêves ne ressemblent à ceux d'aucun autre, quoi que jamais ça ne s'infirmera ni ne se confirmera, et pour cause.

Celui de la nuit dernière m'a beaucoup marquée. D'ordinaire je ne consacre qu'une minute ou deux au rêve de la veille, histoire de me rappeler de quoi ça cause, s'il se passait quelque chose qui mérite réflexion ou qui m'a particulièrement émue (comme ça m'est arrivé en janvier dernier) et point barre. Et puis une fois de temps en temps c'est vraiment marquant et je ne parviens pas à me détacher certaines images de la tête.

Nous étions une trentaine de filles. Une unité d'élite. Pourquoi que des filles ? Je l'ignore. Et encore moins pourquoi nos uniformes étaient rose fushia alors que ce n'est vraiment pas le type de couleurs dont je raffole. C'est un point de détail (quoique, dans les rêves, on ne sait jamais ce qui est détail...) Surentraînées. On attendait beaucoup de nous. Trente nanas prêtes à mourir. C'était ce dont j'étais consciente tout le long de ce rêve : la mort. Nous voilà en train d'embarquer dans notre navire spacial (un peu de SF, c'est bien connu, permet de merveilleuses métaphores, pas étonnant que les rêves soient friands de SF et de fantastique) avec des instructions claires : nous enfermer dans nos "capsules" (en réalité des sortes de placards, pas vraiment conçus pour l'hibernation, non plus qu'ils n'offraient de spéciale protection en fait, juste des caisons pour que nous nous rangions) et attendre d'arriver à un certain temps de vol avant d'en sortir et de nous battre. C'est une fois en phase de combat que les caissons se montraient réellement utiles : celles qui mourraient devaient aller s'y glisser et y finir leur vie. Et beaucoup d'entre nous mourraient, bien que je n'aie jamais vu l'ennemi, et que nous ne soyions jamais sorties de la navette (mais les rêves s'accomodent volontiers de l'absence d'explications).

Persistance du souvenir des caissons dans mon esprit depuis ce matin : tandis que mes camarades s'y glissaient afin d'y pousser leur dernier souffle, j'entends encore l'explication de notre supérieur nous expliquant que cet appareil récupère en fait nos restes biologiques pour les greffer éventuellement à celles d'entre nous qui seraient blessées. Recyclant ainsi notre sang, et surtout nos organes. Des viscères, des os, et du sang. Tout cela comme en train de fondre pour être redistribué, absorbé par le fond du coffre à taille humaine, ne laissant rien. Telle est la vision qui me hante depuis ce matin, dans l'écrin blanc et propre du caisson chirurgical.

Vision doublée d'une double sensation, qui était la mienne au moment du rêve et qui perdure encore lorsque l'image me revient : à la fois la peur (pas une impression de peur mais bien la peur elle-même, crispante et glaciale) et une sorte de sérénité assez difficile à décrire. Un soulagement à l'idée de mourir mais pas en vain. Que quelque chose survive : la cause. L'idée de faire le bien même en mourrant. C'est très déconcertant.

Chose plus étrange encore, la scène s'est reproduite trois fois. Comme en rembobinant le rêve pour mieux l'exécuter la fois suivante. Il ne s'est pas répété identiquement à chaque fois : je n'occupais pas forcément de capsule à la même place dans le navire, ou encore je ne me battais pas au même poste. Mais arrivée à un certain point de la bataille, l'histoire s'arrêtait et reprenait à son commencement : le moment exact de la fin de l'entraînement où on nous faisait monter dans le vaisseau impeccablement blanc en nous expliquant son fonctionnement. Puis nous montions, nous enfermions dans les capsules... etc.

Mais ce qui me déconcerte le plus, ce n'est pas tant d'avoir vu tout cela, non, beaucoup de mes rêves revêtent une certaine violence physique et/ou morale, et la répétitivité n'est pas si rare.

C'est surtout d'avoir eu cette image gravée dans mon cortex toute la journée, telle une expérience vivace et réelle : j'ai fini le rêve avec ce paisible sentiment mêlé d'horreur, les yeux rivés sur l'intérieur de mon caisson...

28 juin 2005

Il y a aussi des départs heureux

C'est enfin, c'est demain, le grand jour...

...bon enfin techniquement on est déjà demain mais en ce qui me concerne, J-7h00 avant de partir de chez Mirador.

Destination CA, en banlieue parisienne, pour environ deux mois le temps que l'achat de l'appartement définitif soit signé entre la mi et la fin août. Et là, enfin, ce que je n'ai pas eu depuis un an maintenant : de la stabilité. Ne plus avoir peur d'être délogée (disons, pas plus que lorsque j'habitais Paris).

J'ai hâte. Pas seulement de me libérer de l'emprise de Mirador, mais surtout de respirer. Ce à quoi j'aspire depuis des mois, et dans le fond, peut-être des années, va commencer lentement mais sûrement à se concrétiser. Enfin, de l'air. Enfin, de l'indépendance.

J'ai l'impression d'être taillée pour avoir de l'espace. J'aime contrôler quand on peut me joindre, et qui peut le faire. Je suis une grande fan de l'affichage du numéro par exemple.

J'aime décider où et quand. Lorsqu'on vit avec quelqu'un, qui que ce soit, on n'est jamais accompagné lorsqu'on le souhaite, ni, a contrario, laissée seule quand on en a besoin. Cela fait des mois que j'ai l'impression que mon corps entier réclame la solitude auto-gérée. Celle qui fait que lorsque j'ai besoin de calme (et plus le temps vient, plus j'en ai besoin), je peux me couper du monde et ainsi repartir plus sereinement à l'attaque. Celle, aussi, qui fait que lorsque j'ai envie de déconner ou me confier, je sais quel numéro composer, ou qui aller voir. C'est la solitude qui sera mienne quand dans quelques mois les choses seront enfin stables.

J'ai l'impression que demain je vais m'envoler un peu. Je vais sans doute encore grandir dans les mois à venir. Apprendre de nouvelles choses. Réapprendre la solitude aussi. La réapprivoiser lentement. Je pressens encore quelques mois, voire maximum un an de tatônnements. Mais ça y est. J'arrive au bout. Je peux sentir l'air frais. Encore quelques mois à suffoquer calamiteusement de temps à autres. Encore quelques mois de larmes et de doutes. Mais au bout...

Sur Morning Musume - Never Forget... je sais, ça fait cliché. Mais j'arrive pas à me l'ôter de la tête.

21 novembre 2004

Le dîner est servi

Et moi complètement asservie. Lord T ne rentre plus que pour manger. Il se fiche devant la TV ou son ordi, et attend que tout soit prêt. Comme ce n'est pas le genre de la maison de se taper tout le boulot, je lui demande en général de mettre la table, sortir quelque chose du frigo, etc... Il prend un air résigné, et après le repas, il a déjà filé.

C'est tellement humiliant, tellement blessant. Comment peut-on agir avec aussi peu d'égards ? Qu'est-ce que ça lui coûte de regarder une série avec moi, de me dire trois mots ? Même derester dans lamême pièce semble être au-delà de ses forces. Et chaque nuit, je "joue" qu'il a des remords, qu'il comprend tout le mal qu'il m'a fait, tout en sachant pertinemment que jamais il ne s'excusera, jamais il ne comprendra quoi que ce soit aux implications de son mépris sur moi. Merde, je pars d'ici peu de temps, on a tenu 3 mois il peut bien attendre encore une semaine ou deux ?!

Et vous savez, le pire ? Chez magrand'mère ce ne sera pas différent. Je me prépare des mois et des mois et des mois de dépression affective. Dans ma famille on ne sait pas être aimable, alors être affectueux ! Depuis le temps, aucun membre de ma famille ne m'a jamais pris dans ses bras pour me consoler, en fiat c'est même tout le contraire, quand je racontais ce que j'avais sur le coeur à quelqu'un (une erreur que j'ai longtemps faite), on me répondait que "je l'avais mérité", "c'est comme ça dans la vie autant s'y faire", ce genre de choses. La vie qui m'attend n'est en réalité pas meilleure à 350 km de Lord T, elle n'est meilleure pour moi nulle part. Des fois quand je le vois se trouver des excuses grosses comme une maison (amateur !) pour s'échapper de la maison, je me demande s'il réalise tout le temps qu'il me laisse à pouvoir me tuer. Je veux dire, je combats le geste mais je ne peux chasser la pensée. Il reviendrait au bout de 5 ou 6h d'absence, et me trouverait déjà morte. Et il sait que je vais mal. Est-ce que dans le fond ce n'est pas ce qu'il cherche en me regardant droit dans les yeux en me sortant un mensonge énorme ?

Et vous savez, s'il ne m'ignorait pas tant et de façon si évidente, je ne penserais même pas à lui. Mais on dirait qu'il insite.

PS : aucune chanson ne peut couvrir le son de ce genre de pensées...

11 juin 2005

J'ai intérêt à vivre vieille

...sinon tout cela serait un foutu gâchis.

Un peu de calcul. Si j'ai de la chance (et rien n'est moins sûr), à la fin de l'année scolaire prochaine, j'aurai un diplôme de plus, et 24 ans. Bon les 24 ans c'est à peu près sûr, le diplôme, on verra. Je compte large et je me dis : 6 mois pour retomber sur mes pieds et trouver un job. A ce moment-là, à ce moment-là seulement, je pourrai me délivrer de tout ce qui pèse actuellement et depuis toujours : l'ambiance de ma famille.

Waloooooou ! Vous vous rendez compte ? J'aurai passé 25 ans à pleurer et souffrir à cause de mes parents ! A être happée malgré moi dans leurs vies viciées !

Un quart de siècle !!!

Alors, c'est sûr, j'ai intérêt à vivre vieille... Parce que mourrir à 30 ans ou même seulement 60, ce serait plus que de la guigne : de l'acharnement. J'espère bien qu'il viendra un temps où je pourrai ne plus me sentir suffoquer.

En même temps j'ai bon espoir. On dit que pour vivre vieux, il faut manger sainement, ne pas fumer, ne pas boire... et je fais à peu près tout cela (bon, mon repas quotidien est plutôt équilibré en tous cas)... mince il paraît aussi que les dépressifs sont plus facilement victime d'accidents cardio-vasculaires (et encore, sans compter les posibilités de suicide).

Vous voyez un peu le cercle vicieux ? Pour vivre vieux, il faut n'être pas dépressif, mais j'ai besoin que le temps passe et que je vieillisse pour que les choses s'arrangent.

C'en est déprimant.

L'un dans l'autre, il vaut carrémement mieux que je meure sans trop tarder.

10 octobre 2005

TES mensonges

J'ai beau le savoir, je ne m'y fais simplement pas. Les années passent et j'espère soit me tromper, soit que tu vas changer.

Je me dis toujours que ce que tu vas faire la prochaine fois ne me fera pas de mal. Ne fera de mal à aucun de nous. Ne détruira rien.

D'une certaine façon toi et moi ne jouons pas dans la même équipe. Je veux que cette famille se comporte de façon saine et normale, que chacun accepte les défauts des autres et vive en Paix, tandis que tout ce que tu veux c'est avoir de l'emprise sur chacun d'entre nous, et que tout le monde tourne autour de toi. Tu aimes que nous dépendions de tes manigances, des vérités que tu balances précautionneusement et stratégiquement. Cette famille est un RISK grandeur nature pour toi.

Je ne sais pas d'où tu tires cette force qui, depuis tant d'années maintenant, te permet de nous détruire les uns après les autres. Tu nous ravages tous un peu. Le temps passe et on dirait que tu as une espèce de plan où chaque rouage s'est mis en place lentements ces dernières années par tes soins.

Rien de nouveau pour moi que tu mentes. Rien de nouveau pour moi que tu fasses des prétendues confidences au moment opportun. Ce n'est même pas nouveau que je te prenne en flagrant délit de double ou triple mensonge.

Ce qui est nouveau c'est que ça me rend malade à ce point. D'ordinaire je suis écoeurée, et dans les minutes qui suivent, les choses deviennent comme implicites. Elles ne ressortent plus. Ca ne fait plus mal. C'est juste un état de fait. Et au bout de quelques mois c'est oublié.

Mais cette fois-ci, peut-être bien que la limite a été atteinte. Peut-être que tu as tapé un trop grand coup. Cette fois-ci tu m'écoeures. Et même physiquement. J'ai envie de vomir quand je pense à toi. J'ai le coeur lourd de penser à ce que tu es et ce que tu fais. Depuis hier soir je n'ai presque pas cessé de pleurer et de te haïr tout à la fois.

J'espère que tout ça ne se tarira pas. Que je sècherai extérieurement mes larmes de dégoût et d'humiliation, mais que le souvenir ne se défraîchira pas. Que je te regarderai toujours avec mes lunettes spéciales pour se rappeler que tu mens, mes rayons X à moi.

Moi aussi je vais commencer à faire des plans. Des plans d'avenir où chacun joue son rôle.

Mon plan à moi c'est de ne jamais contraindre qui que ce soit par le mensonge. Mon plan à moi c'est de ne mentir que sur le goût d'un plat ou l'intérêt d'une série. Mon plan à moi c'est de trouver la force de n'avoir jamais peur de dire la vérité pourl es choses importantes, et de trouver un moyen de les dire au moment où ça ne fera pas mal. Mon plan à moi c'est de te regarder dans quelques années avec mépris et t'annoncer que ton plan à toi, t'aura permis de perdre ta fille, de la même façon que tu as fait perdre sa fille à mon père.

Et quand tout ça sera loin derrière, quand je n'aurai plus cette boule de haine en moi, quand j'aurai l'impression d'avoir accompli le contraire de ce que tu cherches à faire de moi, alors je deviendrai moi-même une mère et/ou une tante et je donnerai tout ce que tu m'as retiré ces dernières années. Et il ne me viendra même plus à l'idée d'avoir fait mieux que toi, ce sera si bon de ne même plus me rappeler que tu existes !

Tu veux détruire cette famille ? Ton oeuvre est prête d'être achevée et je ne peux rien faire contre. Mais je ne jouerai plus à ça.

Tu es ma némésis et je te hais plus cordialement que tu ne m'as fait haïr ton mari.

Tout le monde peut se tromper ! Je me suis trompée sur toi quand j'espérais que tu voulais le bien de quelqu'un d'autre que toi.

Tu n'es pas faible, tu es juste ignoble.

9 juin 2005

Demain

Demain je parlerai de ce qui me chamboule.
(ou peut-être pas)

Pour le moment, je suis juste quelque part à Copacabana, bercée par quelques voix plus ou moins heureuses, à me laisser bercer.

Et l'ironie, c'est que la personne qui devrait me bercer en ce moment est celle qui m'a blessée ce soir.

Sur Onna Kanashii Otona... en boucle...

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