ladytherapy

Tout savoir sur ladyteruki, y compris ce qu'elle même ignore...

04 juin 2009

Je ne m'appartiens pas

Mais quelle est cette obsession que les gens ont avec les enfants ?

J'aimerais qu'on m'explique pourquoi avoir mes organes reproducteurs à l'intérieur de mon corps me qualifie automatiquement pour procréer. Et alors, j'ai pas le choix ?
Eh bien contrairement à ce qu'on me répète depuis des années, non, désolée, je n'ai pas le choix.

La ligaturation des trompes est considérée par le corps médical comme une mutilation à mon âge. Donc si à 27 ans, j'ai résolu de ne pas avoir d'enfants, et que je ne veux pas me casser la tête à angoisser pour des retards de règles, des tests de grossesse et de la contraception toute ma vie, ça ne vaut rien. Les gynécologues n'acceptent de pratiquer cette intervention qu'après plusieurs enfants ou 45 ans. Au cas où je changerais d'avis, il parait. Parce que comme je suis une femme, je suis trop conne pour savoir ce que je veux, et comme je suis une femme, je vais forcément être incapable d'assumer ma décision le cas échéant.

A 45 ans, à l'approche de la ménopause, donc, ou après plusieurs enfants, je pourrai faire le choix de ne pas avoir d'enfant. Où est la logique là-dedans ?

Le corps médical m'oblige à supporter pendant des années la contraception, les règles, les contingences du quotidien... juste pour qu'il ait la conscience tranquille et que je ne dise pas plus tard "ah mais au fait, finalement fallait pas m'opérer". On me pense trop idiote pour ça, et ça me met proprement hors de moi.

Je ne veux pas d'enfant, pourquoi je me laisserais cette porte ouverte jusqu'à 45 ans comme si j'étais incapable de décider pour moi-même ? C'est pas nouveau, et maintenant que j'aurais enfin l'argent de me faire opérer, on me le refuse au prétexte que c'est considéré comme une mutilation à mon âge. Une mutilation c'est une mutilation, point. Soit c'est mal, soit c'est acceptable, mais ça ne varie pas selon l'âge.
Mais enfin mais c'est mon droit le plus strict de disposer de mon corps, non ? Si je ne veux pas avoir d'enfant, pourquoi je me laisserais réduire en exclavage par mes organes jusqu'à ce que mon corps ne me laisse plus choix. Là, le corps médical accepte de m'opérer. C'est absolument ridicule.

Non, en fait, vous savez ce qui me met réellement hors de moi ? C'est qu'on me dise "mais pourquoi vous voulez faire ça ?". Eh bien pour la même raison qu'on fait n'importe quel autre choix de vie : je ne veux pas d'enfant, c'est tout. Ca n'a rien d'extraordinaire. Il y a des tas de gens qui n'ont pas d'enfant par choix. Ce n'est pas une obligation. Je ne suis pas obligée de vouloir me reproduire, quand même !
Et tout le monde de me dire "mais si plus tard tu rencontres un homme qui t'aime et veut un enfant de toi ?". Eh bien s'il m'aime il saura que je veux pas d'enfant, et il ne cherchera pas à me faire changer d'avis. Un homme qui veut passer sa vie avec moi ne va pas m'imposer ça, j'espère ?!

Pourquoi personne ne comprend que je n'ai pas de raison de me sentir obligée ? Je ne veux pas pondre, c'est simple pourtant ! Il y a par exemple des gens qui veulent se marier, d'autres non, on a tous nos choix de vie et on n'est pas certains que ce soit le bon, et qu'on ne le regrette pas ensuite, et une fois qu'on est mariés eh bien c'est fait et même si on peut divorcer, là aussi on ne peut pas faire comme si ça n'était pas arrivé, il faut assumer, et faire ce qu'il faut, c'est exactement la même chose. Et personne dans les tribunaux ne vient vous dire : "tiens, je ne vais pas vous laisser vous marier/divorcer parce que vous pourriez le regretter plus tard". Mais là on se réserve le droit de vous dire que faire de votre corps. Ca me rend folle de rage.
On attend quoi ? Qu'il m'arrive une bricole et que je veuille avorter ? Mais quelle est la logique ?

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24 mai 2009

Alone in the dark

Est-ce que les choses seraient différentes si je n'étais pas seule ?

Je me pose la question mais je ne sais pas trop pourquoi au juste, vu que je sais pertinemment que je ne veux pas de quelqu'un dans ma vie à court ni même moyen terme (je sais qu'il n'y a aussi que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, tout le monde me le répète, mais voilà, en ce moment c'est comme ça).

Ce doit être l'image que les autres me renvoient via diverses conversations qui me font me questionner. Alors qu'en fait je sais bien ce que je veux pour le moment, c'est-à-dire personne, mais par contre tout le reste. Pas faute d'avoir éloigné tous ceux qui s'approchaient de près ou de loin (à croire que j'ai inconsciemment déclenché certains bugs informatiques pour m'en assurer, même, tellement ça tombait à point nommé !).

Mais quand une certaine personne a souligné que je vivais dans mon petit monde, j'ai cherché en moi les arguments pour m'en défendre, et il n'y en avait pas.
Elle a dramatiquement raison, et ça me fait mal de l'admettre. Seul compte mon nombril, et à la rigueur l'univers qui accepte de graviter autour. Je ne fais rien pour l'étendre. Je ne fais rien pour rencontrer des gens. Je ne fais même rien pour garder ceux qui ont essayé de s'approcher ne serait-ce qu'un peu. D'un côté je me dis "ah zut, J est vexé, il vient même plus parler séries sur mon blog téléphagique", et puis de l'autre, dans la seconde qui suit, comme par un haussement d'épaules intérieur, je me dis "il se vexerait pas s'il me comprenait : s'il s'éloigne, c'est qu'il n'a rien à faire dans mon entourage". Belle technique pour faire le vide, mais on serait en droit d'attendre un peu mieux de ma part, surtout maintenant que je fréquente moins les abysses.

Je vois mal, il est vrai, comment accorder ce qu'il faut d'attention à d'autres personnes alors que moi-même je suis en train de réapprendre à apprécier ma propre compagnie, et à aménager le temps passé avec moi-même de façon la plus agréable possible. Je suis encore en train de chercher mon équilibre, je serais incapable de regarder ailleurs que mes pieds sur le filin pour le moment, soyons sincère. Mais d'un autre côté je n'aime pas tellement plus la perspective de me fermer aux autres durablement. Je lis le blog de F et je me dis que, merde, elle aurait besoin d'une tape dans le dos, au moins pour les choses dont je peux parler avec elle facilement (séries, tenue de blog, etc...), pour ce que ça vaut ce serait déjà bon à prendre je pense, mais je peux pas être partout, et là c'est le sentiment dominant. Mais ça signifie aussi laisser passer des opportunités de me faire des connaissances moins superficielles, au moins un peu. Elle m'a tendu la perche, en plus. Mais j'ai les yeux braqués sur mes pieds et rien ne compte autour. C'est bien de se concentrer pour ne pas tomber, mais je ne suis pas non plus seule sur Terre, et quand je lèverai le regard, faudra pas s'étonner que le chapiteau est vide, j'aurai tout fait pour ça, contente ou pas.

Parfois je me demande si je prendrais plus de plaisir à certaines choses dans la vie si j'avais quelqu'un auprès de qui revenir pour dire "eh, ma journée s'est passée comme ci et comme ça", car c'est vrai qu'il n'existe plus, depuis bien longtemps, quelqu'un de ce genre dans ma vie. Et quand il y avait quelqu'un de ce genre dans ma vie, il n'y avait rien à lui raconter, puisque j'étais au chômage et donc toute la journée à la maison avec lui ! On va JAMAIS y arriver...
J'aime être seule, le soir, et je ne rentre pas avec un poids dans la poitrine en me disant "oh non, je vais encore être seule ce soir", je suis au contraire plutôt contente de ma façon de gérer les moments où je ne suis pas au boulot, on dirait que ça s'équilibre tout doucement même. Mais c'est vrai qu'en-dehors du travail, je ne parle avec personne, il faut bien l'admettre.

Parfois je tente ce genre de choses, plus ou moins consciemment ; j'essaye de nouer un contact avec des gens qui ne font pas partie de mon univers professionnel pour avoir un semblant de relation avec eux. Mais ce n'est pas concluant du tout parce que je manque vraisemblablement de technique, et que je ne choisis pas forcément les bonnes personnes pour ça.
J'appelle T une fois ou deux, comme si je ne m'étais pas tout-à-fait résolue à avoir perdu le T auquel je pouvais raconter ma vie, alors que je sais très bien que ce T-là n'existe plus. Je finis par m'ordonner de l'appeler moins souvent, je ne peux plus lui parler comme avant et dans le fond, c'est assez normal que j'aie ce blocage après tout ce qui s'est passé ; faut pas croire aux miracles, non plus, les plaies sont toujours là, pas pour rien qu'on finit toujours par en reparler même si c'est sur le ton de la plaisanterie... Non, T, ya pas moyen, il ne sera plus jamais l'ami avec qui je pouvais papoter des heures et ne pas avoir envie de raccrocher.
J'ouvre un Twitter en espérant que ça intéresse au moins une personne et qu'on noue ainsi un contact plus avancé, voir même, osons le tout pour le tout, une sorte de nouvelle amitié. Mais rien ne se passe et c'est normal : je ne veux pas vraiment m'investir.
En fait je voudrais qu'on vienne me chercher et qu'on me dise "toi, toi vraiment, j'ai envie que tu sois mon amie", comme à l'école primaire (hm, non, attendez, ça ne se passait pas du tout comme ça pour moi à l'école primaire... putain je suis contente d'avoir 27 ans maintenant que j'y pense, saloperies de mômes quand même). Mais puisque je fais le vide autour de moi depuis des mois, faut pas s'étonner que les gens gardent leurs distances.
Et ça c'est juste pour l'amitié, ne parlons même pas du reste qui est tout simplement hors de propos.

Mais les choses seraient-elles différentes si je faisais l'effort de faire de la place dans ma vie pour autre chose que mon travail et mes loisirs ? Si je faisais de la place pour des gens, histoire de voir ?

Je me sens bien, toute seule, en fait. C'est vrai que je vis dans mon petit monde et qu'à l'heure actuelle, même si parfois j'aimerais qu'il y ait des gens qui soient en demande de moi, je suis très satisfaite de mon sort dans ce domaine. Je suis si préoccupée par le reste que je ne ferais pas une amie convenable, probablement.
Mais je me pose, encore et encore, la question.

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23 mai 2009

Retour vers le futur II

L'avenir. Ça fait un bout de temps que je n'y ai pas sérieusement songé. D'une certaine façon je me suis toujours préoccupée de mon avenir, parce qu'il m'inquiétait (vais-je avoir un travail ? vais-je pouvoir me libérer de ce qui m'étouffe ?), mais je ne m'y projetais pas vraiment. Au mieux, je réfléchissais avec quelques mois d'échéance : dans quelques mois je commence mon nouveau boulot, dans quelques mois je commence à faire des économies, dans quelques mois j'entame une thérapie, dans quelques mois je me fais titulariser, dans quelques mois je déménage.
C'est comme si mes projets souffraient encore de l'époque où je n'avais pas du tout d'avenir, ou disons, une époque où il était totalement bouché par le manque d'argent et de travail.

Depuis quelques temps tout le monde me parle d'avenir. Et effectivement, maintenant, il ne me reste plus que ça à me préoccuper. Le présent est d'une certaine façon verrouillée : j'ai un travail. Je retournerai bientôt au boulot (enfin, dés que ma semaine de congés sera finie), et le lendemain même chose, et ainsi de suite. C'est vrai que je n'ai plus exactement à m'inquiéter pour ça. Une part de moi conserve quelques appréhensions à ce sujet, c'est exact aussi que tant de choses se sont déjà passées depuis le début de l'année que je n'ai aucun moyen de me rassurer totalement ; il restera encore longtemps l'appréhension d'avoir tout gâché et de me retrouver à la porte, donc à la rue, encore une fois. Mais il faut être aussi objectif : j'aime mon travail, j'aime les gens que j'y rencontre (presque tous évidemment), j'aime écouter de la musique et rédiger mes articles dans le train en y allant ainsi qu'au retour, je suis, d'une certaine façon, à l'abri, en sécurité, maintenant il faut penser à la suite.
Et, séquelle d'années à m'inquiéter déjà de ce que je pourrais bien faire d'ici quelques jours, je crois que je ne suis plus capable de regarder aussi loin que, disons, l'année prochaine, pour commencer.

Pourtant il me souvient d'une époque où je me projetais sans problème dix ans plus tard. Il est vrai aussi que cette époque était si pourrie que j'avais envie de croire que, d'une part, je pourrais vivre dix ans de plus, et que d'autre part, une compensation m'attendait au bout d'une décennie pour tout ça. Mais au moins j'arrivais à faire des projets et des plans sur la comète, c'était irréaliste parfois, ou en tous cas ça demandait une intervention divine pour y parvenir, mais enfin, j'arrivais à m'imaginer dans le futur, et ça, ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui.
Comble de l'ironie, de toute ma vie, je n'ai jamais été aussi proche d'avoir un futur, justement...

C'est sans doute aussi pour cela qu'il m'est difficile d'accepter que ma mère ait préparé depuis 15 années son divorce, dans le fond. Elle s'est tellement projetée dans son avenir, et moi pas du tout dans le mien, et peut-être que dans le fond, je lui en veux de ne m'avoir jamais appris à le faire... et de ne pas m'avoir prise en compte dans son propre avenir. A quoi a-t-elle servi toutes ces années ? Elle était entièrement vouée à sa cause et si peu à la mienne, et voilà qu'elle commence à envisager des dates pour ce divorce, et que son avenir est vraiment là, et moi je n'en ai pas, j'en suis encore à peine à essayer de me bâtir un présent qui tienne la route, tout ça parce qu'elle ne m'a jamais aidée à construire quoi que ce soit. C'était pourtant bien à elle de m'apprendre, à l'époque, et à elle de protéger mon avenir. Elle l'a laissé me briser et aujourd'hui je rame pour essayer de me trouver des objectifs à long terme. J'ai encore trop l'oeil dans le rétroviseur pour être capable de voir si loin en avant.

"La question n'est plus vraiment ce que vous pourriez ou devriez faire, mais ce que vous voulez faire". J'entends très souvent des variations autour de cette phrase ces derniers temps.
Ce que je veux faire ? D'instinct, je le sais : je veux écrire.
Ce qui ne veut rien dire puisque d'une façon, je le fais déjà, et quasiment à chaque minute qui passe dans mes bronches.
Ce que je veux ? Je veux ne plus avoir peur, surtout. Être en sécurité, enfin, et profiter. Juste profiter. C'est ça, en fait, la seule chose qui m'attire. Je veux profiter que j'ai un travail et rester à papoter avec ma collègue tard le soir. Je veux profiter que j'ai de l'argent et m'acheter des choses qui me font plaisir. Je veux profiter des offres du ministère pour mettre mes affaires dans des cartons et emménager dans un appartement qui me plaise. Je veux profiter qu'il y a un resto chinois sur le chemin du retour et m'acheter des rouleaux de printemps. Je veux dévorer toutes les séries qui se présentent, écouter des musiques pour rythmer mes pas, lire des choses drôles, intéressantes ou terribles, je veux...
Bordel, je veux vivre. C'est tout. Je ne veux pas plus. Je veux profiter, voilà tout !
Pour le reste, il sera toujours temps de voir lorsque j'aurai fait le tour du sujet. Cela dit je vais mettre du temps à épuiser toute la sérénité que cela signifie. Mais j'ai manqué de 27 ans de sérénité, alors croyez-moi, une fois trouvée, je n'en demanderai guère plus. Ou bien si, évidemment, mais à ce moment-là tout le monde me regardera en me disant "mais lady, enfin, tu ne t'y mets que maintenant ? Il fallait y penser avant !". Mais c'est ça que je veux, ne pas chercher à me ruer dans le sens où on me poussait de toutes parts. Juste un ou deux ans, peut-être trois je sais pas, être enfin moi dans le présent. Je ne veux rien d'autre.

J'ai pas besoin de me bâtir un plan de carrière ou de m'imaginer des objectifs de vie pour être heureuse. J'ai juste besoin que la vie m'oublie un peu et me laisse tranquillement faire mes petites affaires dans mon coin, avec ma musique, mon écriture, mes séries, mes quelques contacts, mon travail et ma paie chaque mois.
Mais quelque chose me dit que je n'appartiens pas, plus, ou n'ai jamais appartenu, à la catégorie de ceux qui savaient vivre de cette façon.

Le futur m'appelle, il va falloir que j'y retourne, que je commence à penser à lui, en évitant de me rappeler toutes les fois où lui n'a pas pensé à moi, et il va falloir que je prenne des décisions.
C'était bien d'avoir une vie de merde. Je savais toujours quoi faire. Les seules décisions qui étaient à prendre étaient celles qui s'imposaient (trouver un travail, un toit...). Maintenant, pire que tout, l'horizon se dégage et... j'ai le choix.

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11 mai 2009

Le problème avec le sexe - Tome 2

Mais bien-sûr que si, j'ai un problème avec le sexe. J'ai beau prétendre le contraire, c'est quand même le cas. Par périodes, je fais comme si de rien n'était, mais le fait est que j'ai un problème avec le sexe.

J'ai un problème parce qu'en-dehors de mes blagues salaces, je ne pense jamais au sexe. J'ai un problème parce que quand je n'ai personne dans ma vie, le sexe ne me manque quasiment pas. J'ai un problème parce que quand j'ai quelqu'un dans ma vie, le sexe reste au second voire troisième plan. J'ai un problème parce que je n'aime pas le sexe seule (je m'y suis mise à l'âge canonique de 23 ans et n'y suis revenue que très très rarement ensuite). J'ai un problème parce que je juge systématiquement les gens qui se font des plans d'une nuit. J'ai un problème parce que je ne conçois pas le sexe sans amour, ou au moins quelque chose d'approchant.

A 18 ans, je voulais rester vierge jusqu'au mariage, y compris de moi-même. Ce n'était pas religieux, c'était une simple question de peur de ne pas pouvoir assumer la conséquence de mes actes. Et puis effectivement, les conséquences de mes actes n'ont pas été faciles à assumer, d'ailleurs. Mais à 19 ans, mes bonnes résolutions étaient tombées. Mais je pense que j'en ai toujours gardé quelque chose...

Quand j'ai eu mon premier petit ami, le soir au téléphone, nous discutions des heures, et de fil en aiguille, nous finissions par nous dire ce que nous ferions si nous étions ensemble. Pour moi, ça ne prêtait pas à conséquence. C'était comme de "jouer", mais avec un second joueur dans la partie. J'ai su bien plus tard que s'il raccrochait juste après, ces soirs-là, c'est parce qu'il s'était tripoté au téléphone pendant qu'on parlait. S'il ne me l'avait pas dit, je ne l'aurais jamais deviné. Et j'ai été choquée un long moment avant de me dire que, pour un jeune garçon de 17 ans, ce n'était pas très étonnant.

Quand plusieurs années plus tard, nous avons emménagé ensemble, ça me rendait folle qu'il se masturbe dans la douche, sans moi. La vie sexuelle, je ne la concevais pas autrement qu'à deux. Quitte à parfois ne pas la concevoir du tout quand le coeur n'y était pas. J'avais l'impression de trop souvent me refuser à lui, et quand il finissait par me faire savoir que, hein, ça faisait X semaines, je sacrifiais au "devoir conjugal" de peur qu'il ne se réfugie sous la douche. L'un n'empêchait hélas pas l'autre. Je n'ai jamais compris cette façon de faire.

Quand G et moi faisions connaissance, il me disait parfois qu'il avait rêvé de moi, des rêves érotiques (une chose qui m'est quasiment inconnue d'ailleurs), et j'étais ennuyée parce que, dans le fond, je n'avais pas demandé à y être, moi ! C'était comme si j'avais dans son esprit une vie sexuelle que je ne voulais pas avoir (pas alors). Je me sentais souillée. J'avais beau savoir qu'il n'y pouvait rien, et que, même s'il y avait pu quelque chose, je n'avais pas le droit d'interdir à son imagination de galoper, je ne trouvais pas ça très correct de m'embarquer dans pareilles aventures sans mon consentement.

Combien de fois m'a-t-on demandé quels étaient mes fantasmes... et je n'en avais pas ! Je me creusais, je me creusais... je tentais de trouver quelque chose, mais ce n'était pas sexuel, c'était, en fait, plus souvent émotionnel qu'autre chose.

Mon éducation sexuelle, ironiquement, c'est G qui me l'a donnée, alors que lui n'en avait aucune, simplement parce qu'avec lui j'ai repris les choses à zéro, et appris pas à pas les bases. Et sur la fin, si je n'avais pas eu l'esprit encombré par tout un tas d'autres soucis, je pense qu'on s'en serait donnés à coeur joie. Il m'avait ouvert des horizons, m'avait révélé des choses pourtant simples, m'avait permis, aussi, de fermer la porte sur certaines choses qu'il ne me forçait jamais à faire, même si cela devait lui donner des regrets. Avec lui, les choses étaient finalement plus saines. Le weekend final a été sans doute l'une de mes plus grandes révélations.
Mais quand il est parti, qu'ai-je fait de ces horizons ouverts ? Rien. Je n'ai jamais cherché à le remplacer. Pas même "pour l'hygiène", comme dit ma copine. M'en fous. J'ai refermé tout ce qui était ouvert, et puis c'est tout. Même quand ça allait mieux, même quand ça va mieux, finalement, les quelques révélations qu'il m'a apportées n'auront pas servi à grand'chose.

Encore aujourd'hui, même après m'être décoincée sur pas mal de choses, m'être affirmée sur d'autres, et connaître plus précisément mes envies et mes limites, je reste quand même assez distante vis-à-vis de cette part de ma vie. Ce n'est sans doute pas très "normal" au sens strict, mais tout de même relativement compréhensible quand on voit que je me laisse submerger par d'autres aspects de mon existence. Les loisirs, le travail, la dépression : ils sont sur mon podium des préoccupations. Le sexe finit toujours en fin de peloton...
Sans doute aussi que mon éveil tardif à la question n'y est pas étranger. Je n'ai pas eu l'impression d'être élevée dans un milieu où le sujet était tabou (ma mère ne me racontait-elle pas cet aspect de sa vie quand j'étais plus jeune ?), il n'y avait aucun motif religieux là-dessous, mais les choses se sont faites très lentement, voilà tout. Et sont toujours en cours de développement, finalement.

Ce matin... ce matin je me suis réveillée dans un état qui m'est quasiment inconnu. Ca a dû m'arriver, quoi, deux ou peut-être trois fois dans toute ma vie. Je pense que d'en avoir parlé avec T il y a quelques jours avait dû un peu me travailler, si j'ose dire. A travers le rideau, le ciel s'éclaircissait à peine, un peu comme mon esprit encore embrumé.
Alors ce matin, je me suis autorisée. Juste cette fois. D'habitude je ne me permets pas d'aller si loin, et surtout pas en pensant à quelqu'un de précis.

Et quand le ciel a été vraiment clair et moi aussi, j'ai pensé : "je suis désolée".
Cet homme-là n'a jamais voulu que je pense à lui de cette façon. Il est entré dans ma vie avec un tout autre objectif et n'a fait que s'y tenir, sans rien demander d'autre. Alors ce n'est pas juste de l'embarquer là-dedans. Ce n'est tellement pas juste de le traiter en objet, même une fois tous les cent ans. Ce n'est pas juste ce que je fais, quand je ne ressens rien pour personne, de combler artificiellement mon vide avec des hommes que je choisis volontairement parce qu'inacessibles. Et ce ne serait pas tellement mieux de les piocher dans mon entourage, de toutes façons. C'est comme si je leur enlevais un peu de leur dignité juste parce qu'une fois de temps en temps, je suis faible.

Je suis tellement désolée d'être humaine à ce point-là. Si tu savais (et tu ne sauras jamais), je suis tellement désolée de t'utiliser comme ça.
Ces matins-là, juste ceux-là, je voudrais avoir encore 18 ans dans ma tête, et avoir conservé un semblant de pureté quelque part en moi, qui me permette de ne pas toucher à la dignité d'un autre simplement parce que je n'ai pas su contrôler une impulsion.

Eh oui lady, parfois, être humaine, c'est devoir l'être avec les inconvénients. Tu ne pourras jamais être un pur esprit, résigne-toi.

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02 mai 2009

Time Has Come!!

Si je devais faire un classement des choses les plus glauques qui se sont dites dans ma famille, je crois que malgré tout ce que mon père et moi nous sommes lancés à la figure l'un de l'autre, la palme reviendrait à ma mère.

Ma mère, c'est la femme qui planifie son divorce depuis 15 ans. Et tout le monde le sait. Sauf mon père.
Depuis 15 ans, elle avance à petits pas quasi-invisibles sur la route du divorce ; un peu comme quand je vivais encore chez eux et que le soir je me relevais pour lire, et que pour atteindre ma biblio ou mon bureau sans réveiller mes parents dont la chambre était juste en-dessous de la mienne, je ne faisais qu'un pas par minute, en me chronométrant, comme ça les craquements du planchers passeraient pour le bois qui travaille naturellement et pas comme le bruit de quelqu'un qui se déplace alors qu'il devrait être au lit depuis une bonne heure. Ma mère prépare son divorce comme ça, et de temps en temps, elle m'en parle, et c'est là qu'elle décroche la palme du glauquissime, ce qui dans ma famille relève, je trouve, d'un sacré exploit. Mais les lecteurs réguliers de ce blog, jouissant d'un regard extérieur, sauront le dire mieux que moi.

Après avoir ouvert un compte à son nom (mon père pense que mari et femme devraient n'avoir qu'un compte-joint et que toute procédure divergente de cette position est forcément blasphématoire vis-à-vis du mariage, donc lui, il faut savoir qu'il n'a rien du tout de son côté...), où elle dépose régulièrement de l'argent, et je n'ose imaginer comment elle parvient à détourner de l'argent du fonds commun sans que mon père ne s'en rende compte (probablement en mentant sa fiche de paie à elle, j'imagine)... après avoir fait déménager mon père dans la chambre d'amis (en mêm temps c'est vrai qu'ils n'ont pas d'ami...) pour pouvoir faire lit à part depuis des années... après s'être arrangée pour planifier leurs prêts bancaires de façon à n'avoir plus aucun remboursement à faire à partir de 2010... après avoir déjà pensé à la façon dont elle revendra les biens immobiliers de la famille (soit la maison, le studio de ma soeur et le mien) de façon à ne pas avoir à se partager les locaux au moment du divorce (ou, plan B, elle s'installe dans le studio de ma soeur pendant la procédure de divorce)... après avoir finement réfléchi (et infléchi) le plan de carrière de mon père de façon à ce que celui-ci soit occupé au moment du divorce (elle aimerait que quand il prendra sa retraite l'an prochain, il accepte un autre job qu'on lui a proposé et qui est bien plus chronophage)... maintenant elle commence à penser dates.

Donc ce matin, pendant que nous faisions des courses ensemble, elle me dit gentillement que ma soeur lui a demandé "d'attendre après Noël", rapport au fait que ma soeur devrait être fixée sur son avenir professionnel à ce moment-là.

Parce que, si ça fait 15 ans qu'elle attend, ma mère, c'est uniquement pour des questions financières, pour que mon père participe au financement des études de ma soeur, au remboursement des prêts pour les studios, etc. Elle n'attend que pour ça. Ellle ne reste que pour des motifs strictement financiers. Si moi je trouve ça glauque, c'est quand même bien que c'est tordu, non ?

Pourtant, quand elle a commencé à en parler il y a une dizaine d'années, on ne peut pas dire que je l'aie retenue. Ma soeur était un peu petite encore, mais moi, j'étais pour, à fond pour. Elle ne se rend sans doute pas compte à quel point elle aurait sauvé ma vie si elle l'avait fait dés qu'elle a su qu'elle le voulait.
Elle ne s'imagine vraisemblablement pas ce que ça a été pour moi de rester pendant tout ce temps dans cet Enfer parce que, je cite "il faudrait qu'on aille habiter dans un petit appartement au lieu de vivre à la maison", et qu'elle ne voulait pas renier ce confort que mon père parvenait à lui assurer avec son salaire de fonctionnaire catégorie C. Toutes les douleurs de mon adolescence n'ont tenu qu'à ces 10 000 Francs par mois qu'il ramenait. J'ai beau compter et multiplier dans ma tête, je n'arrive pas à me dire que le laisser me rendre la vie cauchemardesque valait de telles sommes. J'ai souffert parce qu'elle voulait attendre que financièrement, ce soit plus simple, qu'il n'y ait plus nos études à payer, ce genre de choses. Elle a pu partir en vacances avec lui. Trois semaines aux Etats-Unis, il y a presque trois ans. Bien contente d'aller voir ses Indiens et de faire "le voyage de sa vie" avec un homme qu'elle n'aime plus depuis longtemps, pour lequel elle ne semble même plus avoir de tendresse, qu'elle refuse de toucher, et qu'elle ne fréquente que parce qu'il la met à l'abri.
Et moi je lui disais qu'on se débrouillerait, on aurait trouvé un moyen de quand même faire nos études, on aurait peut-être eu droit à des bourses auxquelles on a pas eu droit en les ayant tous les deux à la maison, ou on aurait travaillé à côté, ou elle aurait fait un peu plus d'heures, ou on aurait emménagé avec Mémé et elle aurait participé financièrement, enfin je sais pas, on aurait trouvé, mais elle refusait. Elle tenait trop au confort. Elle avait peur que ce soit trop dur sans lui pour aider à payer.

Mais est-ce que, comme on dit quand on compare des billes dans la cour, est-ce que "ça valait", maman ? Quinze ans après pour toi, c'est bientôt l'indépendance, pour moi c'est un éternel boulet. Je fais encore des cauchemars. Je pleure encore. Je suis en thérapie. Maman, est-ce que les vacances en famille une fois tous les 4/5 ans, la maison et l'abonnement au satellite, ça valait de vendre mon enfance à cet homme qui savait ramener de l'argent à la maison mais qui m'a blessée à jamais ? Ca valait, maman ? Tu aurais pu me sauver de là, mais tu m'y as laissée, tu as refusé, pour le confort, pas seulement le nôtre, le tien aussi. Et je paie encore, finalement, moi aussi je suis encore facturée pour tout ça.

Tu te regardes dans un miroir, des fois, en te rappelant toutes les larmes que jla petite fille que j'étais a versées, en te demandant que ça s'arrête, et où tu pensais "non, plus tard, quand le prêt sera remboursé", et que tu me disais de tenir bon, de ne pas tenir compte de toutes ces scènes atroces ? Est-ce que tu te rappelles toutes fois où tu me disais de serrer les dents, et tu te dis que ces fois-là j'ai payé les vacances à Vannes, à ma façon ? Est-ce que ce jour-là, dans la voiture, quand je t'ai demandé si tu avais déjà imaginé qu'il ait pu me toucher d'une autre façon, et que tu m'as répondu "oui, je me suis posé la question", est-ce que tu t'es dit que ce jour-là, au lieu de juste te demander, tu aurais dû réaliser que le simple fait de se poser sincèrement la question montrait que j'étais déjà en danger, et que ce confort-là était plus important que le salon en cuir verdâtre ? Est-ce que quand tu es venue me voir il y a deux mois, et que je t'ai supplié en pleurant de m'expliquer pourquoi, juste pourquoi il m'avait fait ça pendant toutes ces années, quand tu as vu que ta fille de 27 ans payait encore les pots cassés, et ne comprenait pas en quoi elle avait mérité d'être traitée de merde pendant les années formatrices de sa vie, est-ce qu'il y a deux mois tu as hésité à me dire "c'est ma faute, lady, j'ai pas eu le courage de l'arrêter et te sortir de là, j'aurais pu mais j'ai pas voulu" ? Est-ce que tu ne ressens pas un tout petit peu de honte en toi-même d'avoir trahi à la fois ton mari et ta fille pendant ces 15 années de plaification méticuleuse ?
Et quand tu me dis que, quand je déménagerai, après ma titularisation, dans un appartement dont vous ne serez pas propriétaires, et que je ne serai pas obligée de garder contact avec mon père, est-ce que tu réalises que je me pose la question pour toi aussi, après t'avoir vu laisser tout ça se faire, sans rien dire, jamais ?

La première fois que tu l'as arrêté, tes mots ont été : "arrête, tu vas casser quelque chose", pas "arrête, tu vas casser notre fille". Est-ce que pendant ces 15 ans tu as pensé à ça un peu aussi ?

Alors voilà, le moment est venu où, dans ma famille, on va commencer "enfin" à en arriver à l'instant crucial où ça va se faire. Mais aujourd'hui ça ne compte plus que pour elle. Aujourd'hui c'est son indépendance, sa liberté, sa vie qui compte. Comme si moi, moi c'était juste un dommage collatéral. Quand ça aurait pu faire une différence, elle n'a rien fait. Maintenant, moi j'ai fait mon deuil de ce divorce. Il aurait pu me sauver, ce divorce, mais s'il intervient maintenant, c'est juste entre eux. Et ma soeur et moi, on sera même bloquées dans une situation encore plus inconfortable.

Pendant toutes ces années j'ai travaillé sur moi pour pardonner à mon père. Parfois, juste parfois, je l'aime bien, ce pauvre type qui n'a aucune idée de ce qui se passe, et qui tuera quelqu'un ou se suicidera quand ça lui tombera dessus comme un piano dans un cartoon. C'était facile d'imaginer de partir quand j'avais encore la haine, mais j'ai appris à abandonner la haine. Ca m'a pris tant de temps de ne plus le haïr. De laisser partir la colère. Et maintenant j'ai tellement pitié. Je ne peux rien pour lui. Si je lui dis, quelle différence ça fera, elle partira quand même. Et moi je serai là, je devrai être là pour mon bourreau, parce que j'ai eu 15 ans pour réaliser qu'il était aussi mon père et que c'est la raison pour laquelle j'ai tant souffert : il n'était pas un bourreau comme les autres, il ne m'aurait pas fait autant de mal s'il n'avait pas été mon père, s'il n'avait pas été celui que j'aime aussi dans le fond. Et il faudra que je le soutienne, lui aussi. Une fois de plus, c'est son confort à elle en échange de mes questions et mes douleurs à moi.

Tu n'as donc aimé que toi pendant ces 15 ans ?
Décidément, entre toi et papa, je ne saurai jamais lequel est le plus vénéneux pour moi.

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28 avril 2009

Rebond

La vie est... un trampoline. Pour moi, en tous cas.

Il y a un mois de ça, j'avais l'impression qu'une noire tumeur obstruait mes bronches et m'empêchait de respirer. Je me sentais profondément malade. Et le diagnostic était exact (et confirmé), d'ailleurs.
Mais un mois plus tard, les choses sont très différentes.

Les occupations que j'ai en journée sont très différentes.
Les gens que je cotoie sont très différents.
Les choses qu'on me dit sont très différentes.
Le rythme de mes journées est très différent.
La musique que j'écoute est très différente.
La façon dont je passe mes soirées est très différente.
Les nuits sont très différentes, aussi...

J'ai l'air d'aller mieux. Je me sens mieux, d'ailleurs. Sincèrement.
Mais il ne faut pas que je perde de vue qu'il y a à peine un moins, je me tenais assise au bord du gouffre, les pieds se balaçant dans le vide, et que je ne donnais pas cher de ma peau...

C'est vrai que je m'éclate dans mon boulot, que je m'éclate avec mes nouvelles connaissances, que je m'éclate avec mes nouvelles musiques. Quand on y réfléchit, en un mois, j'ai complètement corrigé mon quotidien. Je suis allée vers quelque chose de plus sain, que je sentais comme nécessaire depuis pas mal de temps d'ailleurs, j'ai transformé ma vie et mes habitudes de moi-même, selon mes propres règles, comme sans doute il était inévitable que je le fasse un jour. Mais il y a eu le déclic, celui de se dire "je dois changer ma vie maintenant, induire un nouveau processus". Et ça semble marcher.

Me voilà donc, en ce moment, contente de me lever, contente d'aller travailler, contente de la musique dans les oreilles qui rythme chacun de mes pas, contente des conversations avec des collègues charmantes (bien que pas toutes les unes autant que les autres, mais la moyenne est très honorable), contente de me préparer mon déjeuner le matin, contente de rentrer le soir, contente de faire une heure supplémentaire de temps à autres, contente d'avoir un patron qui me fait déjà des compliments (se disant sans doute qu'il a eu le nez creux de m'avoir réclamée après seulement 10 jours passés dans mon précédent service)... contente, quoi.

Tout n'est évidemment pas parfait. C'est cela que je tâche de garder à l'esprit. Il faut que je trouve le courage de reprendre contact avec certaines personnes à qui j'avais un peu mené la vie dure ces dernières semaines. Il faut que je trouve encore un peu de temps pour m'occuper de mon site, qui implique que je me réorganise encore un peu car actuellement c'est plus facile de préparer des posts pour mon blog, au boulot, que de faire des MAJ sur le site. Tout n'est pas parfait. Mais j'ai l'impression d'avoir donné le coup de talon dont j'avais besoin pour que les choses s'arrangent.

En dépit de ma bonne humeur en ce moment, je me sais encore très fragile.
Je plaisante avec mes parents de mon travail, enfin, après de nombreux mois où le sujet était devenu tabou, mais je sais que je suis encore sous surveillance et qu'à la moindre faute, il n'y aura pas de titularisation pour moi.
Je sais que je dois être plus prudente sur mon traitement que je ne le suis, et m'astreindre à plus de rigueur parce que ce n'est pas parce qu'un jour j'oublie et que je suis tout de même euphorique que tout est arrangé.

Je reprends progressivement contact avec certaines personnes (toutes proportions gardées, et une par une le temps de les réapprivoiser dans mon environnement), mais je sais que j'ai causé des dommages avec certaines qui ne seront jamais réparées. Je sais que L sera à nouveau là, quelques mois plus tard, parce ça fait des années qu'on communique comme ça, par vagues, parce que chacun gère ses préoccupations en priorité, et qu'il me comprendra. Je sais que T est là, étrangement, si j'ai envie de me marrer, et j'avoue que j'aime l'idée de m'en être refait un pote avec qui déconner, même si c'est à petites doses homéopathiques genre une fois le mois. Par contre il ne fait aucun doute sur le fait que j'ai perdu J dans la bataille, et qu'il fait partie de ceux qui n'auront pas eu le courage d'attendre que je sois de nouveau sur pied pour m'accueillir à nouveau et recommencer à discuter comme avant ou à peu près. Et puis peut-être que je vais enfin avoir une disponibilité d'esprit pour consacrer le temps qu'elle mérite à F dont je sens que je pourrais me faire une bonne copine si ses premières tentatives n'étaient pas tombées au mauvais moment.

Je me sens suffisamment enjouée et forte pour entreprendre ces autres changements, et poursuivre le travail nécessaire à améliorer durablement ma vie. Et ça reste l'essentiel. J'ai le sourire, je me sens bien dans mon travail (pourquoi j'ai l'air de le redécouvrir à chaque fois ? OUI, mille fois OUI, j'aime travailler... quand c'est dans de bonnes conditions, c'est l'éclate totale de rentrer fatiguée, d'avoir été serviable, souriante et efficace, d'avoir non pas gagné mais mérité son argent, d'avoir assuré toute la journée, avec un compliment ou pas, souvent avec en plus, OUI, j'aime travailler, et ô combien cela compte !), je me sens bien d'avoir trouvé un équilibre alimentaire, d'avoir entièrement revu et corrigé mon équilibre au niveau du sommeil, des horaires. J'adore ce que j'ai fait de ma vie en un mois. Laissez-moi en quelques uns de plus et on pourra vraiment dire que cette fois je suis sauvée.

Mais surtout, en dépit de tous ces changements de surface, j'essaye de garder à l'esprit que c'est juste un rebond sur le trampoline.
A un moment, je vais forcément déchanter. Je dois construire mon équilibre pour réussir à attérir sur mes pieds ce jour-là.

Ce grand saut dans le connu, que pour l'instant j'ai l'air de maîtriser, il faut que je me prépare à ce qu'il induira plus tard. L'euphorie retombera, un soucis se présentera, et ce jour-là, il faudra que je sois forte et prête à tenir bon, et ne plus m'approcher dangereusement de la corniche.
Et peut-être qu'à un moment, l'amplitude de mes bonds diminuera-t-elle enfin ?

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24 mars 2009

Would all this be true ?

J'ai passé les derniers mois à mentir. A beaucoup de monde.

J'ai d'abord commencé par me mentir à moi-même, c'était il y a environ six mois, alors que c'était quelque chose que je me targuais de ne jamais faire. Un peu moins de vantardise, un peu plus d'honnêteté : depuis septembre, je me suis laissée suffoquer. Ça n'allait pas, et c'était de pire en pire. Et j'ai refusé de m'en parler.
Je devrais pouvoir reconnaître les symptômes, je sais les reconnaître d'ailleurs, en fait ce n'est pas le problème. Le problème c'est que je refusais de croire que la maladie se déclarait à nouveau. J'avais fait tant d'efforts pour m'en sortir les deux premières fois. La lutte avait été si acharnée, pour tout dire, et puisque si j'écris ici c'est bien pour arrêter de mentir, que je pensais que jamais la maladie ne frapperait plus à nouveau, parce que j'étais guérie. J'étais forcément guérie.
Je devais être guérie parce que, voyez-vous, on a beau avoir un peu roulé sa bosse et s'en être fait plein un peu partout, on continue de croire qu'après la pluie le beau temps, et toutes ces conneries qu'on ne veut surtout pas entendre quand ça va mal, mais auxquelles on se raccroche que les choses s'améliorent, parce qu'on veut vraiment, vraiment, vraiment, voir le bout du tunnel.

Je sais pourtant que la maladie sera toujours là. Depuis des années je sais qu'elle est semblable à l'alcoolisme : tapie dans l'ombre, elle attend un moment où, par inadvertance, vous relâchez votre attention, vous baissez votre garde, vous vous croyez arrivé, et c'est là qu'elle vous happe, vous plante ses crocs dans la gorge, et vous recommencez à agoniser comme avant, avec cette douleur supplémentaire de savoir que, nom d'un chien, j'ai failli en réchapper, j'aurais vraiment pu, je n'étais pas si loin du but. Mais ce n'est pas une maladie dont on réchappe. C'est une maladie qu'on passe sa vie à combattre.

J'ai longtemps pensé que c'était similaire à l'alcoolisme, mais si c'est le cas, c'est à deux différences près.
La première, c'est que le verre de vin, la bouteille de bière, le toast  de champagne, c'est matériel. On le voit. On sent le verre froid (ou glacé, c'est selon) dans la main. On sait à quel moment il faut résister... et à partir de quel moment on va flancher. Ce sera en entrant dans le bar, ou pas avant d'avoir senti l'alcool dans le verre des autres, mais c'est matériel, on le sait, on le sent, on le voit. Ma maladie à moi est insidieuse et ce n'est qu'une fois qu'elle est déjà à un stade avancé que je m'aperçois de la récidive. J'essaye de prévenir mais je n'arrive qu'au moment où il faut guérir.
La seconde, et je la déteste plus farouchement encore, c'est que si j'ai toujours eu la conviction que l'alcoolisme était une maladie, j'ai mis longtemps, très longtemps, à admettre que, moi, oui moi ladyteruki la fière la forte la courageuse qui a survécu à tout ce qui lui est tombé sur le coin du nez, j'étais malade. Malade. Tu entends ça, ma grande ? Tu es malade. Dis-le encore. Malade. Accepte que ce n'est pas juste un état, ni une période de ta vie. C'est une maladie. Que tu dois soigner. Que tu dois combattre. C'est à la vie à la mort, yen a une des deux qui gagnera, arrange-toi pour que ce soit toi, ce n'est pas une question de faiblesse, ce n'est pas une question de lâcheté, c'est une maladie et au contraire, à toi de te montrer forte et faire comme dans les films où l'actrice a un cancer et perd tous ses cheveux, et te battre jusqu'au bout même si on a une petite idée du résultat.

J'ai lu les mots de Fran Drescher parlant de son cancer, j'ai lu tout le livre, parce qu'il parlait beaucoup plus de moi qu'elle ne le pensait en l'écrivant, évidemment. Ce qui m'a marqué, entre autres, c'est sa profonde conviction que ce n'était pas parce qu'elle allait mieux qu'elle était guérie. Il faudrait surveiller. Et qu'il faudrait attendre 5 ans avant de s'estimer tirée d'affaire. Cinq années sans la moindre rechute, sans la moindre crampe, sans la moindre petite boule, sans le moindre saignement. Depuis le livre, les 5 ans sont révolus, et je ne sais pas, j'espère juste qu'elle n'aura pas à écrire un autre livre, le troisième, celui qui vient quand on fatigue franchement. Mais bien que j'aie lu les mots, mais je n'ai pas assez retenu la leçon d'une des femmes que pourtant j'admire le plus au monde. Effectivement ça prouve que je n'ai rien compris à ma propre maladie.

Par contre, l'un des points communs, à ces deux maladies, la mienne et l'alcoolisme, c'est qu'on ment.

Je sais comment j'ai commencé à mentir, mais j'ignore encore pourquoi. Je sais que je devais mentir pour survivre, c'était il y a très longtemps et c'est pourtant encore si vivace que j'en pleure encore. Je sais aussi que je devais mentir pour avoir des petits luxes dans la vie : regarder la télé en attendant que mon père rentre du travail, jouer à la GameBoy le samedi après-midi, aller faire du vélo dans la rue et pas juste rester dans les quelques mètres de l'allée du jardin. On m'a appris très tôt que le mensonge, c'est la liberté. Mais j'ai simultanément appris que le mensonge est une prison.
Combien de fois ai-je passé les dernières heures du jour à faire le point sur les mensonges de la journée : ce que j'ai dit à qui, qui croit quoi, n'y a-t-il pas deux mensonges dits à deux personnes et qui se contredisent, comment untel peut apprendre telle vérité, et si c'est le cas, quel nouveau mensonge trouverai-je pour que ce soit moins pire que prévu, pour supporter la conséquence du mensonge, de toutes façons la vérité n'aurait pas plu, le mensonge non plus, mais le mensonge a permis que je sois libre, une, deux, peut-être trois heures aujourd'hui, le mensonge a ce prix, j'ai payé très tôt, j'avais le porte-monnaie large dans ce domaine mais le sommeil très court, un autre prix à payer sans doute.
Mentir, mentir, mentir. Se mettre à la place des autres, de ce qu'ils savent, pour que le mensonge soit parfait. Si j'étais untel et que j'avais entendu tel mensonge, qu'est-ce qui le rendrait plus plausible ? Qu'est-ce qui me mettrait le doute ?
Mentir. Mentir à Papa pour ne pas se faire engueuler plusieurs heures ce soir, juste pour avoir sorti le chien 45mn au lieu de 30. Mentir à Maman pour qu'elle n'ait pas à mentir à Papa, ou moins que moi. Mais Maman n'est pas dupe. Mais on fait semblant. On fait tous si bien semblant. Qu'est-ce qu'on est bons à ce jeu-là... J'adore le Monopoly, c'est mon jeu préféré, mais je suis bien meilleure au jeu du mensonge et du hasard. Qui découvrira la vérité, et quand ?
Mais quel pouvoir que de se dire qu'un jour on peut lâcher la vérité comme un faucon lors d'une partie de chasse, et regarder les ravages que fait un mensonge qu'on a mis à nu devant tous ceux qui s'étaient arrangés pour le croire.

Mentir, ça fait partie de mon fonctionnement.
Aussi quand je dis que je vais bien, celui qui me croit y trouve forcément son intérêt mais n'a aucune idée du mien.
Quand ma copine vient se faire un samedi soir entre filles, chez moi, qu'elle y entre pour la première fois, et de surcroît après presque trois mois d'arrêt de travail, trois mois où nous nous sommes à peine parlé, donc deux pendant lesquelles elle n'a pu papoter qu'avec mon répondeur, alors je sais qu'elle a aimé mon mensonge, et que je vais m'y tenir : oui, je vais mieux. Crois-le puisque tu le veux. Je ferai semblant encore un moment, jusqu'au jour où ça me fatiguera de te mentir, et je te mettrai au pied du mur : la vérité, ou l'exclusion.
C'est souvent l'exclusion. Il y a des vérités qui sont dures à entendre, et je ne suis pas certaine que le mensonge qui les précède aide tellement à avaler la pillule. Mais c'est qui je suis. Une menteuse invétérée qui a besoin de dire aux gens que tout va bien quand ça ne va pas. Et qui préfère ne rien dire que de devoir mentir tant la vérité fait honte.

Car la vérité, c'est donc que je suis malade. Et que ça me ronge. Et que je lutte contre la maladie, et bon, ça fait quelques semaines que, ça y est, je reprends pied, mais je mens encore, et je me tais envers ceux qui n'ont même pas droit au réconfort d'un mensonge, c'est comme ça.
C'est quoi l'autre alternative ? La vérité ? Dire aux gens que ce blog, qui a des années derrière lui, n'a en fait pas vraiment progressé ? Qu'au fond de moi je suis toujours profondément blessée et que je suis la seule responsable d'avoir laissé la maladie gagner à nouveau ?

Je peux blâmer les causes directes, je peux dire que c'est le premier homme que j'ai aimé qui m'a brisé le coeur et m'a poussée à vouloir mourir, je peux dire que c'est l'homme avec lequel j'ai eu une relation si longue et intense qui m'a détruite lorsqu'il m'a retiré toute son affection, je peux dire que c'est la mort de ma grand'mère qui m'a figé il y a trois ans en arrière émotionnellement, je peux dire que c'est le dernier homme en date à avoir filé comme un voleur qui m'a dégoûtée, je peux dire que c'est mon cher Monsieur Patron qui me manque comme une partie de ma chair, je peux dire que c'est Blondie qui m'a crevé le coeur avec ses faux ongles en plastique... ce ne seront jamais que des mensonges. A un moment donné, ce sont les causes directes qui font que je vais mal, c'est en partie vrai. Mais la vraie cause, celle qui provoque la maladie, quand est-ce que je la dis enfin ? Quand cette vérité sort-elle ?
J'ai l'impression de n'avoir fait que ça, de n'avoir dit que cette vérité-là, et de n'avoir pourtant rien dit. Et après je m'étonne de retomber malade au premier coup de grisou, je devrais avoir honte. C'est pire que se complaire dans le chagrin, si ce n'était que ça, ce ne serait que pathétique, mais en fait c'est pire de ne pas savoir le dire.

Il y a les traitements. Ils sont variés. J'en ai essayé plusieurs. Simultanément. Il y a les médicaments, mais les effets secondaires... ne sont pas de second ordre. Il y a le médecin, mais ça coûte, et après plusieurs expériences, je ne sais pas si j'ai raison de chercher chez eux la réponse qui est en moi.
Il y a la troisième voie, aussi.
La troisième voie, en fait, est celle qui, parce qu'elle est combinée aux autres, mais que j'y investis le plus d'énergie, elle est celle, donc, qui me guérit. De façon passagère, certes, mais quand même. En plus de la chimio et du toubib, la troisième voie est même essentielle.

Elle passe par le replis complet sur moi-même. Sur ce que j'aime. Pendant que je me bats contre cette maladie, il faut que j'élimine tout le reste. Le reste, c'est toi, toi, toi, vous, et vous là-bas. Quand je ne suis pas malade, je vous aime bien, je vous aime beaucoup, j'ai besoin de vous, ça dépend. Mais que la maladie se déclare et je n'ai à vous offrir que le choix entre le mensonge et le silence. Et je n'ai pas encore réussi à savoir ce qui pouvait vous insulter le plus ; il n'y a donc pas malice.
Expédiés les amis qui ne savent rien de moi et qui me jurent au téléphone que je suis leur grande copine, expédiés les parents qui de toutes façons pense que c'est moi qui suis une merde irrécupérable, expédiés les potes d'internet qui envoient encore des mails auxquels je n'ai pas envie de répondre en mentant et à qui j'offre donc un déconcertant silence, expédiés les collègues qui m'ont pourtant prise dans leurs bras quand ils ont remarqué quelque chose parce que quand Blondie hurle, je vous prie de croire que tout le monde le sait, mais voilà, ça n'a rien à voir avec aucun d'entre vous, c'est entre moi et moi, et d'ailleurs moi et moi, on a tant à se dire qu'on n'en finit plus de se parler, et je n'ai pas de mots pour vous, ou alors pas de vrais. Il faut un sens des priorités. Et ça, les maladies précédentes me l'ont quand même appris, mais la priorité, c'est et ce devra toujours être moi.
Vous êtes blessés ? Eloignés ? Irréparablement vexés ? Tant pis. Ce qu'il faut, c'est qu'il me reste moi, à peu près vivante, faut faire ce qu'il faut, et ce qu'il faut, c'est me séparer de vous, take it or leave it. Souvent c'est leave it, tant pis pour vous.
De toutes façons je ne me sens pas vraiment seule dans ces périodes-là, les perdants sont forcément dans le camps d'en face, c'est-à-dire lady contre le reste du monde, mais le reste du monde se remet toujours de l'absence de lady, alors l'un dans l'autre on s'y retrouve.

Une fois de plus, je fais le vide autour de moi pour pouvoir faire le plein en moi. C'est juste comme ça. C'est pas facile à encaisser pour ceux qui ont un minimum d'intérêt envers lady, mais c'est comme ça, parfois je sortirai de votre univers pour me plonger dans le mien, et je reviendrai, et vous aurez tourné la page, ou vous vous réjouirez de mon retour, et puis c'est comme ça que ça marche, un point c'est tout. Ya plein d'autres filles de par le monde moins compliquées, pas malades, allez voir par là si j'y suis, si vous ne pouvez pas tenir la distance. Et n'allez pas vous raconter que vous pouvez tenir la distance, parce que vous ne pouvez pas, et n'allez pas vous raconter que vous me guérirez, parce que vous ne pouvez pas, et n'allez pas vous raconter que vous allez me sauver, parce que des sauveurs, il y en a eu des hordes avant vous, et ils s'y sont tous cassé les dents, remballez votre petit tonnelet de gnôle et rangez votre panoplie de Saint-Bernard où vous l'avez trouvée, la solution c'est moi, la guérison c'est moi. Ou ce ne sera pas.

J'ai qu'à arrêter de mentir, et rester entre moi, jusqu'à ce que ça aille mieux, c'est tant pis pour vous.
Moi, moi et moi-même, on a pris grand soin de nous ces derniers jours, si ça peut vous consoler. On est sur la bonne voie. Mais je vous parlerai pas, parce que je veux essayer d'arrêter de mentir, et franchement, pour le moment, les seuls à qui je mens encore, comme à l'instant au téléphone, c'est à Papa et Maman qui pensent que je vais mieux.
Je ne vais pas mieux. Mais j'y travaille.

Le sommaire du jour, c'était une partie de Civilization IV (qu'en plus j'ai gagnée), aller retirer quelques sous, acheter une boule de pain chaud et du fromage, et retourner au cinéma pour voir un film qui fait chaud au coeur. Moi, seule dans une salle de 200 places, le projecteur qui ne tournait que pour moi, un paquet de fraises Tagada et un Yop à la fraise.

MissPettygrew

La troisième voie, c'est ça, en plus de la chimio et du doc.
Et le retour à la normale, c'est pour quand je n'aurai plus besoin de me faire un planning pour sourire une fois ou deux dans la journée.

C'était ma première vérité depuis des mois. Ca ne fait pas du bien, mais c'est quand même mieux que rien.

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22 janvier 2009

Losing grip

Depuis plusieurs semaines, j'avais les yeux braqués sur mes doigts. Rien que mes doigts. Je sentais que ç'allait se produire.

Blanchis par l'effort, ils s'agrippaient de toutes leurs forces. Ça, c'était le bon vieux temps, quand j'avais encore de la force dans les phalanges. Je savais que ça ne durerait pas.

Et comme je savais que ça n'allait pas durer, je me suis mise à transpirer. Et donc les doigts ont commencé à glisser. Et voyant ça j'ai encore plus transpiré.

J'avais les yeux écarquillés d'horreur, et précisément, j'étais tellement terrifiée que je me suis contentée de regarder les doigts ripper sur le bois, millimètre après millimètre.

Et c'est comme ça que j'ai lâché la rampe.

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13 janvier 2009

Lettre de rupture avec l'homme que je n'ai pas connu

Il y a ce film avec Alec Baldwin sur TF1... J'étais amoureuse d'Alec Baldwin quand il avait 15 ans et 15kg de moins. Je déteste ce film, vous savez... De toutes les comédies romantiques que j'ai vues, c'est le pire. Parce que, d'habitude, le mec est un bellâtre sans intérêt et la fille a de l'eau entre les oreilles, mais là, les deux personnages se stimulent intellectuellement, on les sent sur la même longueur d'ondes sur le fond et pas que la forme, ces deux personnages, on sait pourquoi ils sont ensemble, ce n'est pas simplement la faute du scénario qui espère coller les deux stars ensemble pour faire pleurer les adolescentes, non cette fois, les deux personnages sont vraiment compatibles.
Ca me rend donc doublement folle de rage.

Parce que ce n'est pas juste. Parce que moi aussi, évidemment, je suis une vieille adolescente sur le retour, et que du coup moi aussi j'ai envie d'avoir un mec avec qui je pourrais parler de tout ce que j'aime, me prendre la tête, me déchirer et me remettre. Ca fait d'autant plus chier que ce mec n'existe pas. Parce que ce mec, il n'existe que dans les films, je suis désolée.

Oui, je suis désolée.

Je suis désolée d'avoir arrêté de te chercher. Chaque fois que je l'ai fait j'en ai trouvé un autre que toi. Quand j'arrêtais de te chercher, je ne te trouvais pas pour autant. Tu ne venais pas de toi-même, non plus. Sans doute que nous ne devions jamais nous rencontrer. J'ai abandonné.
Je ne crois plus que tu existes. Tu n'as sans doute jamais été qu'une histoire que les mères racontent aux filles, que les filles racontent aux filles, et que les films racontent aux filles, comme le fait traitreusement Alec Baldwin quand il joue avec mes nerfs. J'ai arrêté de te chercher non pas en espérant que tu te pointes miraculeusement quand je m'y attendrais le moins, comme on me le répétait, mais parce que j'ai arrêté de penser que tu existais.
Je suis désolée de t'avoir pris pour un autre. Évidemment, en chacun d'entre eux, il y a toi. Un peu de toi. Mais ils ne sont jamais toi. Ce qui est plutôt normal puisque tu n'existes pas. Je n'avais aucune chance. Mais malheureusement, à cause de cette drôle d'idée que j'avais, je les ai pris pour toi, et toi pour eux. Du coup, je suis désolée pour toi autant que pour eux.
Je suis désolée de leur avoir fait peser le poids de mon espoir que tu existes. C'était trop grand pour eux. Ce le serait pour n'importe qui. Ils n'ont pas plus démérité que n'importe quel autre homme, ils ont fait de leur mieux, leur mieux était trop peu comparé au tien, alors forcément...

Je suis désolée d'avoir aimé tes yeux sans couleur, tes mains sans chaleur et ton corps sans mensurations. Je suis autant désolée pour toi que pour moi, d'ailleurs.

Je suis désolée d'avoir cru en toi avant de me rendre compte que ces choses-là n'arrivent pas, et plus désolée encore de ne plus réussir à y croire.
Ca fait vraiment chier de vouloir quelque chose en quoi on ne croit plus.

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14 décembre 2008

Ô Temps, accélère ton vol !

Je ne sais plus trop ce que je cherchais, mais j'ai glissé un oeil dans mon historique, cet après-midi.
Et là, Google m'a tout dit. Google m'a dit tout ce que je cherchais dans la vie.

Je n'avais pas pris conscience de tous les changements que je projetais ces derniers temps. Je me suis peut-être un peu convaincue que j'étais contente de ce que j'avais, même si je n'y croyais qu'à moitié. Depuis septembre, je n'ai de cesse de répéter à qui veut bien l'entendre que pour le moment, je profite. Je profite, mais en même temps, j'attends qu'on me change de poste et que je parte loin de cette collègue poison, donc en fait je ne profite pas tant que ça. Je suis dans une nouvelle période transitoire, dans une nouvelle salle d'attente. Elle est simplement plus agréable que la précédente parce que j'ai un travail, des revenus et plus de loisirs. Mais en réalité, Google me l'a bien dit : je cherche encore plein de choses dans la vie. J'en veux plus.
La vérité c'est que j'attends d'avoir eu ma titularisation (tout le monde me dit que ce n'est qu'une formalité mais j'ai si peur qu'en réalité je ne l'obtienne pas, surtout avec l'ambiance au bureau pour le moment) pour passer à la vitesse supérieure.
Et Google m'a bien dit où je voulais en venir. Google voit bien "logements interministériels", puis "adopter un chat". Et dans mon historique on peut d'ailleurs voir aussi les heures passées sur les sites IKEA ou Alinéa...
Mon ordinateur entier, en fait, crie ce que je ne veux pas m'avouer : partir, m'installer, enfin, chez moi, ailleurs. Les plans, les budgets, les fictions, même ; des dossiers entiers de mon PC disent combien je trépigne.

Tout dans mon attitude, si je prête un peu attention, dit en fait ma frustration.

J'ai étudié pendant plusieurs heures ma liste de Noël. Rien à faire, je ne demande que des choses qui ne me satisferont pas complètement. Je passe faire des achats sans arrêt, mais la frustration est trop grande parce que je n'achète pas ce que je voudrais vraiment. Je voudrais en fait m'acheter des meubles, du linge de maison, de la vaisselle, toutes ces choses qui n'ont pas de sens aujourd'hui parce que je déménage, normalement, si Dieu le veut, dans plusieurs mois. Alors j'achète ces livres, ces DVD, je meuble en fait le temps, j'attends. La titularisation est loin et je ne suis pas encore, pas vraiment, en sécurité. D'une certaine façon, et tout paradoxal que ce puisse être, dépenser mes sous dans une FNUC est le plus raisonnable que j'aie trouvé.

Je passe un temps fou sur Paris. J'ai toujours une bonne excuse pour humer l'air pollué des bords de Seine. Il y a toujours un bâtiment à regarder avec nostalgie. Je retiens mes larmes et je me dis que je suis idiote d'être émue. Je me surprends à me dire que je vais descendre à cet arrêt pour rentrer. Mais ce n'est plus chez moi. Je dois prendre le RER jusque tout là-bas. J'ai même failli demander une carte 1 zone, à la SNCF, il y a quinze jours. Juste par réflexe. Un réflexe vieux de 5 ans. Un réflexe dont je ne m'explique pas pourquoi il revient maintenant. Parfois je me promène et je me dis que si je remontais cette rue, juste celle-là, je serais à la maison, mais ce n'est plus ma maison, ou pas encore. Je m'absorbe dans la contemplation des plans du métro sans faire exprès, et je me dis que ce serait bien dans cet arrondissement, ou celui-là... en fait tous me plaisent, j'ai juste envie d'en être à ce stade. A ce stade où je peux rester après le resto, aller me faire un ciné, et rentrer chez moi sans craindre d'avoir loupé le dernier train. A ce stade où je ne suis plus en exil.

Le soir, je vais me coucher sur ce petit lit une place que je ne supporte plus. Les lattes ont lâché il y a bien longtemps. Je hais que le matelas soit posé à même le sol, mais je me refuse à tout investissement en ce sens. Bientôt, je vais déménager, et j'achèterai un lit plus grand, de toutes façons. Encore quelques mois. Je n'en suis plus à ça près, n'est-ce pas ? Quelques mois encore. Pas plus. A l'automne je prends mes clics et mes clacs. Je me barre. Peut-être même que je brûlerai le matelas.

Je ne supporte plus l'appartement de toutes façons, je le méprise. Je n'ai plus envie d'en prendre soin. Je me gronde pour ça, mais je n'arrive pas à m'en vouloir. Quand je casse quelque chose, je hausse les épaules : d'façons, je me tire. Oh ouais, je me tire bientôt. Plus que quelques mois.

Je ne devrais pas dépenser mon argent. En janvier, j'arrête les dépenses, je me le suis promis. Mais j'ai aussi besoin de me dire que je vis déjà un peu, quand même. Que je profite. Mais en janvier j'arrête, j'économise. Sauf que ce sera alors une nouvelle forme de salle d'attente et cette seule pensée m'exaspère. Je n'en peux plus. Je veux mon chez moi. Je veux me barrer d'ici. Je veux ne plus être réveillée par les trains en pleine nuit, je veux ne plus avoir à prendre ces mêmes trains pour aller travailler à plusieurs dizaines de kilomètres d'ici, je veux me casser, je ne supporte plus d'être si loin de chez moi.

Mais même l'aide de Google ne m'est en fait pas d'un grand secours. Il y a des annonces à lire, mais si je les imprime, à quoi bon ? Il y a tellement de temps, encore, avant de monter d'un barreau sur l'échelle de la satisfaction. Toutes ces annonces n'auront plus de sens à l'automne prochain de toutes façons. Rien ne peut tuer cette frustration.
Il y a tellement de démarches à faire, mais aucune que je ne puisse entamer maintenant.

Tout ce que je veux, c'est encore avancer.

Non, je ne suis pas heureuse. Réussir le concours, ça n'a pas suffit. Je veux plus. Et une fois encore, ce qui manque, c'est que le temps ne s'accélère pas.

Posté par ladyteruki à 18:58 - Commentaires [2] - Permalien [#]