ladytherapy

Tout savoir sur ladyteruki, y compris ce qu'elle même ignore...

29 novembre 2009

Nöel blanc

J'ai demandé la traditionnelle liste de Noël à mes parents. Ma mère m'a envoyé quelque chose de très bref, avec une échelle de prix assez basse. Bon, apparemment, ils ne veulent pas de beaux cadeaux. Ça les regarde, je suppose.
C'est dommage parce que quand j'ai de l'argent, je ne suis pas pingre. C'est d'autant plus dommage que même pour eux je suis prête à mettre de l'argent dans les cadeaux. J'aime faire de gros/nombreux cadeaux, je trouve que ça participe à la fête. Et pour moi, elle n'est jamais assez belle. Malgré tout, Noël reste ma fête préférée, et il faut qu'elle soit réussie, ça ne se discute pas.

Si j'organisais un jour Noël chez moi, ce serait une constante surenchère de cadeaux, de guirlandes lumineuses, et de mets fabuleux, et j'aurais envie que tout le monde passe la soirée à se dire "wow, bah dis donc, elle a fait les choses en grand, ça c'est un vrai Noël magique comme il faut". Pas un Noël où on compte ses efforts, où on se force un peu ici et un peu là, et où tout le monde vient parce qu'il le faut et non parce que ça va être superbe. J'en ai trop vu, des comme ça.

Alors d'un autre côté, ils savent aussi et justement très bien que depuis que j'en ai les moyens, chaque fois qu'on me donne une liste, j'offre en plus plein de trucs qui n'étaient pas dessus. L'an dernier, ma soeur avait dit "une paire de boucles d'oreilles fantaisie", et elle s'est retrouvée avec une dizaine (bah oui mais à moins de 10 euros la paire, je trouvais que c'était trop peu... et puis yavait vraiment plein de choses sympa pour une petite nana comme elle). Donc peut-être qu'ils s'attendent à ce que de toutes façons j'aille au-delà de la liste.

Mais enfin l'impression est têtue, et il me semble que Noël a pris un mauvais départ.

J'ai aussi constaté qu'à ce jour personne ne m'a demandé de liste, à moi. Ce qui me vexe à mort, mais d'un autre côté il faut bien avouer qu'après avoir passé 15 jours consécutifs au boulot et à l'Assemblée Nationale, à raison de 15 heures de travail par jour en moyenne, j'ai pas spécialement eu le temps d'en faire une. Le problème c'est que c'est l'intention qui compte et en l'occurrence, personne ne semble avoir l'intention de me demander ce que je veux. Notez bien la contradiction : je n'ai rien préparé. Mais ils ne peuvent pas le savoir avant de me l'avoir demandé, on est d'accord ?

C'est ça qui est merveilleux, finalement. C'est que, encore moins que l'année dernière, il n'y a pas grand'chose que je veuille pour Noël.
L'an dernier, il y avait une chose, et une seule. J'ai fini par l'obtenir en février. Noël raté de ce point de vue. C'était encore partie remise.
Cette année c'est pire : tout ce que je veux du fond du cœur ne s'obtient pas sous un sapin. Je veux que les choses se passent bien au boulot (et notamment que ces deux pétasses qui m'empoisonnent la vie professionnelle reçoivent un bon coup de pied au cul, histoire qu'elles bossent un peu ou que, au moins, elles ne m'empêchent pas de le faire), je veux recevoir mon arrêté de titularisation (je vais peut-être avoir le temps de m'en inquiéter cette semaine), je veux avoir tous les documents pour me lancer dans la rechercher d'appartement, je veux continuer à bien manger, je veux...

Comment ai-je réussi à éliminer de ma liste toutes les choses matérielles ?
J'aimerais dire que c'est grâce à une vie ascétique et une élévation morale, mais c'est uniquement parce que quand je veux quelque chose, je me l'offre moi-même. Ou je me promets de me l'offrir plus tard, et comme je sais que j'ai un salaire qui tombe tous les mois, ça ne me fait rien d'attendre. Ça viendra forcément. Ce qui est merveilleux c'est que moi au moins, je tiens les promesses que je me fais.

Et pourtant, je veux bien d'un cadeau de Noël, n'allez pas croire. C'est pas parce que je me suis déjà acheté le mien que je boude les traditions. Mais, après mûre réflexion, la liste serait en fait libellée ainsi : "Cette année, pour Noël, je voudrais que quelqu'un m'offre quelque chose qui me fasse plaisir sans me demander ce qui me ferait plaisir".
Parce que la seule chose que je ne peux pas m'offrir à moi-même, c'est une surprise.

Bon, avec tout ça, on dirait que mon contentieux avec Noël ne va pas encore se régler cette année.

Le problème, ce n'est pas qu'il existe des frustrations insolubles dans ma vie ; même si je râle, je sais bien qu'il y a eu un net mieux depuis quelques mois que j'ai intégré ce nouveau poste. Dans de nombreuses conversations, j'ai remarqué que mes phrases commençaient encore par "quand j'étais au chômage pendant 5 ans..." ; un indicateur assez clair que j'ai gardé en mémoire le sens des proportions. Cette blessure-là ne guérira jamais, et même quand je suis dans une colère noire comme mercredi soir, même quand je suis épuisée au-delà des mots comme vendredi après-midi, même quand je suis frustrée, déçue, inquiète, triste ou juste mélancolique, je sais que j'ai largement de la chance maintenant. Il y a toujours dans un coin de ma tête celle que j'étais il y a quelques temps, qui avait l'impression de manquer de tout.

Aujourd'hui je me gâte. Je trouve que je le mérite. Je mange bien, très bien même. Japonais deux à trois fois par semaine, par exemple. Avec la satisfaction de voir mon corps apprécier autant que mes papilles, en plus. J'ai besoin qu'on prenne soin de moi, je le fais beaucoup moi-même, je paie des gens pour le faire dans un restaurant ou un magasin où les gens seront obligés d'être tous sourires avec moi, je sais que j'ai un gros manque de 5 ans à combler, je l'ai gagné, j'y ai droit. Vendredi, pour la première fois depuis deux ou trois mois, j'ai été m'acheter des DVD, je ne me suis pas dit "ce n'est pas raisonnable", non, les seuls DVD que j'ai reposés en rayon, je les ai reposés parce que je n'avais qu'une envie modérée de les voir, pas parce que c'était trop cher. Je ne me refuse rien. J'ai pleinement conscience que je mène une vie solitaire, où les gens glissent sur moi mais n'accrochent jamais plus, et il n'y a que moi qui ai le pouvoir me faire tous ces plaisirs et ces faveurs. Alors je fonce. Parce qu'outre les 50 euros de Japonais par semaine, et les semaines de courses à 60 euros le caddie, et les sorties ici à Mogador, là à la FNUC, le plaisir ultime n'est pas de dépenser de l'argent mais de ne pas aller consulter mon compte bancaire trois jours plus tard, mais plutôt d'attendre la fin du mois, et alors voir qu'il restait un peu d'argent quand la paie suivante est tombée. Quand j'ai payé mes impôts en une seule fois, j'ai ressenti une fierté immense : non seulement c'étaient mes premiers impôts, ceux qui veulent dire que cette fois je suis sortie de tout ça, mais en plus, il restait encore plusieurs centaines d'euros pour finir le mois.

En fait c'est ça le truc. J'ai déjà la chose la plus importante au monde. Père Noël, j'ai déjà mon cadeau. C'est de n'avoir eu aucun jour de chômage depuis le 7 décembre 2007. Et c'est mieux qu'une lampe magique avec des souhaits à volonté.

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28 octobre 2009

Une grande fille

Arrivée à un certain point, tu te crois grande. Tu as quasiment 28 ans, tu as eu ton lot d'obstacles, et tu te dis qu'une fois surmontés, ils signifient que tu as grandi.

Tu te vois comme une grande personne parce que tes talons hauts claquent sur le trottoir, parce que tu as un travail, parce que tu as des sous à la banque, parce que tu te payes le resto, parce que tu vas aller voir une comédie musicale avec des amis, parce que tu livres plusieurs dizaines de textes par semaine. Les adultes font ça, ils font des tas de choses qui donnent l'impression qu'ils savent ce qu'ils font.
Tu penses que tu es indépendante, forte, que tu as une vie bien à toi, que tu gères c'est ce qu'on dit aujourd'hui : "alors, ton boulot ?"/"ça va, je gère", on dit qu'on gère comme si on disait qu'on jongle, on a l'impression d'être super doué pour mener une vie compliquée, c'est valorisant, de se dire qu'on gère et finalement, tu as acquis la conviction que tu te débrouilles très bien toute seule, et que tu es très bien comme ça.

Quand tu as une baisse de régime, tu vas voir l'Homme sans Visage et tu te prends à rêver une petite heure dans ses bras, il ne fait rien, il ne dit rien, il est juste là, et très franchement, tu sais de moins en moins quoi lui dire, à l'Homme sans Visage, la vie le jour est pleine d'occupations et de préoccupations, plus vraies, plus passionnantes, plus importantes à gérer. Alors l'Homme sans Visage commence à s'effacer et tu le convoques moins. Et puis, en fait, tu te dis que c'est normal, parce que l'Homme sans Visage, c'était un artifice d'adolescente fragile.

Alors, te voilà une grande fille. Tu y crois comme dur comme fer. Tu es tellement occupée... D'ailleurs ce soir-là après le boulot, tu dois aller nourrir les chats de ta voisine, rentrer nourrir les tiens et celui de ton patron, faire une fiche ou deux, peaufiner un article, préparer un post, et aller te coucher parce que mercredi, ton patron accompagne le ministre à son audition devant la Commission.

Et puis un soir, tu te retiens de pleurer sur ton petit bureau parce que tu te demandes qui s'occupe de toi, qui prend soin de toi. Tu voudrais rentrer à la maison et te rouler en boule dans une couverture chaude et qu'on vienne te caresser l'épaule en t'écoutant parler toute la nuit. Tu voudrais que quelqu'un te prenne en charge au moins jusqu'à demain matin et que tu n'aies à t'occuper de rien. Tu voudrais mettre des musiques douces et confortables et sucer ton pouce en pleurant un bon coup jusqu'au lever du jour, sans raison, juste pour que ça sorte.

Mais tu es une grande fille, alors après le boulot, tu vas nourrir les chats de ta voisine, tu rentres nourrir les tiens et celui de ton patron, tu fais une fiche ou deux, tu peaufines un article, tu prépares un post, et tu vas te coucher parce que mercredi, ton patron accompagne le ministre à son audition devant la Commission.

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27 octobre 2009

Ambitious!

"Moi, je ne suis pas comme toi tu comprends, j'ai de l'ambition".
C'est en entendant cette phrase deux fois, quasiment mot pour mot, la semaine dernière, de la bouche de deux personnes différentes et qui ne se connaissent pas, que j'ai appris que je n'avais pas d'ambition. Ah, bon. C'est nouveau. J'avais pas eu le mémo. Toujours la dernière au courant.

L'ambition... je n'ai pas l'impression d'en être dénuée. Évidemment, largement moins qu'à une époque, quand je voulais partir aux Etats-Unis et devenir super riche et fonder une gigantesque Cop's Corp. C'était il ya 10 ans, il y a deux trois trucs que j'ai appris depuis sur le rapport que l'ambition entretient avec la réalité, et celui qu'entretient l'ambition avec la vanité.
Le chômage est passé par là, et il en a maté des plus durs que moi.

C'est vrai, je ne suis qu'assistante. Je me rappelle combien ma grand'mère avait été vexée quand, pendant que je préparais mon BTS, j'avais dit : "je ne veux pas être qu'une simple secrétaire". Elle qui avait été secrétaire toute sa vie. Pendant 42 ans. Terrible. Pourtant je n'ai rien contre le métier d'assistante, ce n'est pas un métier méprisable. Simplement je ne l'ai jamais choisi. Ca n'a jamais été ma vocation. Je ne l'aime même pas vraiment. Mais j'ai un métier, et il s'avère que j'y suis bonne. Je me dis parfois qu'il n'y a pas trop de mal, c'est facile comme métier. J'ai toujours au fond de moi la croyance que j'aurais pu faire mieux. La vie ne m'a pas demandé mon avis. C'était ça ou rien. Pour être sincère, je crois aussi que j'aurais pu faire pire, et que je ne vais pas passer mon temps à me plaindre d'avoir un BAC+2 même si j'aurais voulu et certainement pu faire plus, ni d'avoir un métier peu valorisant, ni de gagner moins de 2000€ par mois etc...

Alors comme ça, je n'ai pas d'ambition.
La mienne n'est peut-être pas dévorante, c'est vrai. Et surtout, la mienne ne se chiffre pas, c'est peut-être ça la différence. Je n'ambitionne pas de devenir très riche. Je crois que mon ambition se résume plus à une ambition de style de vie. Je ne veux pas gagner des mille et des cent, même si être pauvre me terrifie je ne suis jamais dans la démarche de gagner plus. Il faut dire que j'estime que pour quelqu'un en début de carrière, je gagne bien ma vie à l'heure actuelle, à vrai dire je gagne aujourd'hui plus que mes parents quand j'étais au collège (puisque c'est la première et dernière fois où j'ai appris leur salaire), donc plus que mes parents il y a 10/12 ans. C'est énorme, surtout par les temps qui courent. J'ai de la chance. Et je suis contente de me dire que je mérite le moindre centime de ce salaire, aussi. Ça me satisfait beaucoup. C'est même une énorme part de ma rétribution que de me dire que je mérite cet argent. Je ne suis pas de ces gens qui font de la figuration au boulot, qui choisissent la politique du moindre effort, qui ne font que le strict minimum, et qui s'en vont à 17h00 pile.

Je pourrais me dire que ce serait bien de gagner plus, évidemment, et pour tout dire, quand mon patron Blue a fait en sorte que ma prime soit augmentée, j'étais bien contente et j'ai vite fait tout dépensé, parce que c'était de l'argent qu'il m'avait fait gagner parce que je le méritais bien ; il avait bien dit que ma prime était plus grosse que celle des autres secrétaires parce que ce n'était que justice, surtout qu'elles sont plus avancées en carrière et gagnent donc plus que moi sur la grille. Et ça m'a fait plaisir évidemment, mais je ne réfléchis pas en argent. C'est sans doute là que je manque d'ambition, à la rigueur.

Et puis il en a fallu quand même un peu, de l'ambition, quelque part, pour être à 27 ans la plus jeune secrétaire du cabinet ministériel où je travaille. Je ne suis même pas encore titulaire et j'ai déjà fait pas mal de chemin pour travailler aujourd'hui à Matignon. Je n'ai pas œuvré pour avancer, je n'ai pas cherché à faire de la lèche à la bonne personne, je n'ai même pas vraiment réfléchi quand on m'a proposé de suivre ce cabinet-là. Mais travailler dur et me démener pour être la meilleure possible dans mon job, quelque part, c'est la marque de mon ambition. Une ambition d'être la meilleure dans ce que je fais, pour qu'à terme on me donne l'opportunité de faire autre chose. Pour quelqu'un qui était au chômage il y a deux ans, c'est quand même la marque d'une certaine envie de s'élever, je pense.

Et puis, moins avouable, peut-être que mon ambition, elle n'est pas seulement professionnelle. L'ambition, c'est aussi quand je me démène pour un site, ou pour un autre, ou pour un blog. C'est écrire plusieurs dizaines de fiches, articles et/ou posts par semaine. Je ne veux pas exactement en faire mon métier, je veux juste avoir ma place dans des projets, les miens ou ceux des autres, et y faire ce dont j'ai envie, me lancer dans quelque chose qui me plaise et qu'on m'ouvre la porte sans difficulté. A terme, mon ambition, c'est peut-être là qu'elle se trouve.

Alors, c'est vrai, j'ai peut-être l'air de me contenter de ce que j'ai. Il y a des choses qu'on apprend de gré ou de force, j'ai envie de dire. Mais je suis vexée qu'on pense que je n'ai pas d'ambition, parce que rien ne me semble plus éloigné de la réalité.

Mais peut-être aussi que mon ambition n'est pas de brûler les étapes. Peut-être que je n'ambitionne pas d'être "arrivée" avant 30 ans. Peut-être que je ne rêve pas d'avoir un appartement hors de prix. Peut-être que mon ambition, c'est juste de devenir moi-même et d'être à l'aise, à l'aise financièrement, professionnellement et intellectuellement.

Est-ce que ça fait de moi une petite chose rampante qui se satisfait de la médiocrité ? Peut-être après tout. Ou peut-être que nous n'avons pas la même échelle de valeur pour juger d'une réussite. La mienne, chère L, ne se mesure pas au porte-feuille de mon copain, pour commencer, et la mienne ne se fait pas en essayant des combines, des arnaques, des raccourcis douteux (et d'après ce que j'observe, des raccourcis foireux). Et peut-être aussi que certaines personnes n'ont pas encore très bien intégré certains principes de réalité, aussi. Je n'aime pas trop ce que sous-entend ce "je ne suis pas comme toi tu comprends, j'ai de l'ambition", mais je suis certaine de ne pas l'apprécier du tout, même quand il est suivi d'un gentil "mais le prends pas mal, hein". J'attends de voir, franchement, où mène l'ambition que je n'ai pas.

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02 octobre 2009

Take a look at me now

Aujourd'hui, mon site, mon petit site à moi, Teruki Paradise... a 5 ans.

Après des mois, voire une bonne année, de souffrance, d'hésitations, de découragement, d'impatience... finalement Teruki Paradise a 5 ans et je mesure le chemin parcouru à l'aune de tout cela, en fin de compte.
Ce site, c'est ma chair. Je ne pourrais m'en défaire quand bien même je le voudrais. Et parfois, je l'ai voulu. Mais c'est dans l'ordre naturel des choses, quand on met autant de soi dans un projet, que parfois la route soit cahoteuse et que ça fasse autant de mal que de bien de réaliser qu'on s'est impliqué. Et tout ce que j'espère, c'est que les prochaines années continueront d'apporter le même lot d'inquiétudes et de satisfactions.

Avant quoi que ce soit d'autre, ce site me met face à moi-même, sans faux-semblant. Je ne peux rien me cacher quand il s'agit de ce site. La seule façon dont il est né, a grandi et vit désormais, c'est déjà tout dire de moi, quelque part.

Je venais de déménager à Nantes, pour y rejoindre mon copain de l'époque, T. Et je ne trouvais pas de travail. Et moins j'en trouvais moins j'étais motivée pour en chercher. Et finalement, cette passion pour la Jmusic qui venait de naître a eu toute la place pour s'épanouir quand, au bout d'un an, vidée de ma sève et d'un certain nombre de mes illusions, j'ai lancé ce petit site en html avec trois pages bricolées à partir d'une canevas créé par un ami. Ce n'était pas énorme. Mais une mise à jour quotidienne me permettait de me maintenir dans un certain climat d'excitation intellectuelle. C'était un nouveau challenge, mais en même temps c'était un refuge. Chaque jour, il y avait Teruki Paradise au bout de la route, et ça suffisait à me faire tenir le coup, la plupart du temps.
Il y a eu un nouveau défi : le passage à la v2, avec l'aide de G qui s'était impliqué comme je ne l'aurais jamais pensé. En six mois, le miracle était accompli, le site transformé. Ma vie pas tellement mais pendant cette période où les choses étaient dures par ailleurs, il y avait Teruki Paradise, une motivation, parfois la seule motivation, pour aller jusqu'au jour suivant. Pas de travail, pas d'argent, et à un moment pas de nourriture non plus, mais je me disais qu'une mise à jour de 6 ou 8 heures sur le site, ça ferait plaisir aux gens, et donc que ça me donnait une raison de ne pas baisser les bras.
La période suivante, disons, les deux dernières années, c'est devenu plus compliqué que ça. Parce que j'ai recommencé à travailler à un rythme correct. Fini les CDD, à moi mes bien-aimées heures supplémentaires (cf. post précédent), il fallait trouver du temps pour TP au lieu de trouver l'énergie de m'en déconnecter. L'ajustement a été long et n'est, pour tout dire, pas entièrement maîtrisé encore à l'heure actuelle.

Pourtant, si internet devait prendre feu, encore aujourd'hui, c'est Teruki Paradise que je sauverais en premier.
Parce que ce site représente tant d'investissement, de rencontres, d'opportunités personnelles (pas tellement professionnelles, mais comme ça n'a jamais été mon ambition), d'acharnement et de travail sur moi-même, que c'est, vraiment, une partie de ma chair. Parfois une jambe dont j'ai besoin pour marcher, parfois juste un appendice qui semble ne servir à rien, mais c'est une partie de moi, il n'y a simplement pas débat.

Tout ce que ce site m'a appris techniquement, et surtout personnellement, rien ni personne d'autre n'aurait pu me l'apprendre.

Du haut de ce site, ce sont 5 années de ma vie qui me contemplent, et pas juste des activités annexes. Être la créatrice de Teruki Paradise, ce n'est pas un statut social, c'est juste une caractéristique de qui je suis.

Au bout de 5 ans, me voilà avec un travail qui marche bien, un salaire dont je n'ai vraiment pas lieu de me plaindre, des projets personnels, professionnels... et comme toujours des projets pour TP, dont j'espère bien qu'ils aboutiront correctement. Mais qui peut savoir. Il s'est déjà passé tant de choses en 5 ans, et j'ai tant changé.

C'étaient 5 années incroyables. En dents de scie, certes. Mais incroyables. J'ai hâte de vivre les suivantes. Pour moi, et pour ce site qui représente tant à mes yeux.

Joyeux anniversaire, TP.

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30 septembre 2009

It's a work story, lady, just say yes

Lundi matin. Après un weekend d'abandon total à l'une de mes deux passions. De dépaysement complet. Mon patron m'appelle dans son bureau. Je sens qu'on va parler de la semaine dernière.

Que s'est-il passé la semaine dernière. Un peu tout et rien. Ce n'est pas encore bien digéré. Je manque de recul. J'ai encore mal.
C'est compliqué.

Il faudrait commencer par expliquer que j'ai plusieurs patrons. Il y a Mr Parano, qui m'a engagée en avril dernier après 10 jours, pas un de plus, passés dans un autre service. Apparemment ça lui avait suffi pour juger de mon travail et décider qu'il me voulait à son service. Quand en juin, suite au remaniement gouvernemental, rien ne l'y obligeait, il m'a demandé de le suivre et s'installer avec le cabinet à Matignon. Je l'ai fait. C'était compliqué, ça a créé des jalousies (pourquoi la petite qui vient d'arriver ?). Tout ça pour qu'au bout de quelques jours, pour apaiser les tensions, il réalise le souhait de ma collègue, et me mette au service de son nouvel adjoint, Blue. "Mais lady travaillera toujours pour moi", rappelait-il fermement à ma collègue qui se croyait débarrassée de la concurrence. Et puis début septembre, à mon retour de congés, on m'a apparis que j'avais une troisième patronne, Schtroumpf Grognon, qui a perdu toute sa joie de vivre depuis qu'elle fait l'objet d'une mise au placard particulièrement brutale. "Mais lady travaillera toujours pour moi", rappelait-il à mes deux autres patrons, histoire de se garder une prérogative sur certaines de mes compétences qu'il ne compte solliciter que très ponctuellement. Je n'avais pas compris que cette phrase que j'assimilais à des louanges était simplement une façon de me posséder ; il aurait aussi bien fait de me pisser sur le mollet pour marquer sa domination.

Pourtant Blue représente 99% de ma charge de travail réelle, au quotidien. Schtroumpf Grognon ne me demande rien, si ce n'est de passer à peu près un appel par semaine ; ma mission auprès d'elle consiste essentiellement à l'écouter se plaindre entre 30mn et 1h chaque jour avec un air désolé (et je suis vraiment désolée de la façon dont on la traite, mais passées les 10 premières minutes ma compassion s'effrite et il n'en reste plus qu'un mur de lassitude... je ne plains pas les gens qui le font déjà pour deux).
Une fois de temps en temps, Mr Parano glisse une tête dans mon bureau (puisque j'ai hérité de mon bureau à moi toute seule), principalement pour me demander ce que je fais, et pour lire ce qui traine sur mon bureau (le dossier sur lequel je bosse, le dernier mail que j'ai imprimé, mon tableau des numéros téléphoniques utiles... peu importe, il veut juste savoir). Puis il repart comme il était venu. Il y a les variantes : il fait semblant d'être drôle, et ouvre ma porte brusquement comme s'il espérait me surprendre en prosition compromettante ; il m'écoute passer mes coups de fil jusqu'à la fin même quand ce n'est pas captivant, comme si je revendais les codes nucléaires à prix d'or à l'Iran ; il fronce les sourcils exagérément en disant "qu'est-ce que c'eeeest ? lady, qu'est-ce que c'eeeest ?" et attend qu'on rie poliment (mais qu'on réponde). C'est toujours mon patron, alors je ris poliment. Plus rarement encore, il a une urgence, ma collègue n'a pas envie de s'en occupe (ou pas la compétence si c'est en anglais), et j'ai 5 minutes pour lui donner entière satisfaction, après quoi il se retourne de l'autre côté du bureau et s'endort... euh, non, il disparait et remarque à peine ma présence jusqu'à la prochaine urgence. Ou la prochaine crise de suspicion.

Cet été, il y a eu un grave mic-mac, et depuis Mr Parano pousse Schtroumpf Grognon à la démission (et d'après ce qu'elle me dit, il va obtenir ce qu'il veut dans quelques semaines). Blue voulait la retenir et m'avait demandé de la soigner un peu, mais vu l'ampleur du harcèlement, suivi de complaintes mélodramatiques proportionnellement volumineuses, il a abandonné. Il ne peut plus rien. Il n'est que l'adjoint de Mr Parano.

Pourtant, pour la première fois depuis longtemps, j'avais l'impression que j'avais atteint un certain seul de stabilité et d'équilibre. Rien de grave ne semble plus vraiment se produire depuis avril. J'ai un peu baissé ma garde. C'était la lune de miel.
Je me rends bien compte que j'ai une relation particulière au travail. Après 5 années de chômage, j'aime mon travail plus que de raison, c'est évident. Je sais que je fais bien plus que beaucoup de mes collègues, et je sais que je pèche par naïveté (plus ou moins volontaire d'ailleurs). Je sais que contrairement à ce que je veux bien croire, ça déséquilibre ma vie. Mais je me sens infiniment bien comme ça, parce que, depuis mon tout premier job en 2000, je suis comme ça dans la plupart de mes emplois, je donne tout et ça me fait plaisir. Je m'abandonne. C'est fusionnel. Rien, jamais, n'a été plus important que faire mon travail. De le faire bien. De le faire dans les temps. Voire avant.
Ce n'est pas l'envie d'être promue qui me motive, ce n'est pas le salaire, et pour tout dire ce n'est pas non plus la profession que je n'ai jamais vraiment choisie. Je veux juste donner le maximum. Je veux juste me donner. Ce pourrait presque être sexuel.
Une urgence, une mission compliquée, un dossier à soigner aux petits oignons, 12 réunions à monter en un temps record, des personnalités du gouvernement à booker en même temps pour un rendez-vous dans quelques jours... plus j'ai de travail, plus il va me demander d'effort, et plus ça m'excite. Je pourrais presqu'en jouir.

J'aime travailler. C'est physique. J'en ai besoin. Et à hautes doses.

Alors évidemment, comme j'aime travailler, j'aime mes patrons. Mais alors là, pour le coup, ça n'a jamais rien eu de sexuel. Ce serait plutôt le genre de reconnaissance animale qu'aurait un chien adorant n'importe qui lui lançant une balle. Ce qui implique que si on me donne du travail, on devient instantannément mon patron préféré de toute la Terre et de tout l'univers. Mais qu'un patron ait la moindre velléité d'indépendance, ou qu'il délègue ne serait-ce qu'une tâche à quelqu'un d'autre, et je me sens aussitôt blessée. Quoi, je ne suis pas assez bien pour ce travail ? Pourtant je peux le faire, regarde, allez, lance-moi la balle, donne-moi des trucs à faire en moins de temps que je n'en ai, regarde, je peux travailler ! Occupe-moi.
Je me rappelle de Monsieur Patron, me surprenant un jour absolument accablée par le manque de travail, et qui m'avait dit avec commisération qu'il allait voir s'il ne pouvait pas me trouver un petit quelque chose à faire. J'ai l'angoisse des jours creux.
Jouons encore, s'il-vous-plait. Lancez-moi la balle.

Evidemment, l'histoire d'amour avec le travail, l'effort, la fatigue, connait des hauts et des bas, comme toute chose. Mais étrangement, la plupart des mauvais souvenirs que j'ai d'un emploi donné, viennent non pas du travail mais de ce qu'il y a tout autour. Car ce qui me rend moins sûre de moi, c'est que le travail ne se contente j'amais d'être une to-do list. Et pour cet angle-là, il faut le dire, je suis nulle. J'ai beau être d'une bonne humeur constante, gentille, joviale et serviable, il reste quand même évident que j'ai souvent du mal avec mes collègues, principalement parce que je ne sais pas gérer les non-dits, les jalousies, les intrigues, bref cette nébuleuse d'interactions qui n'ont rien à voir avec le travail, mais constituent à mon grand désespoir une large partie de la vie de bureau. Il faut dire que j'ai beaucoup de mal à admettre que tout le monde n'envisage pas le travail comme je le fais ; entrent en jeu des intérêts personnels, des jalousies, des copinages, tout ce qui dépasse mon entendement. Je suis une extrêmiste du travail, je ne comprends pas de tels blasphèmes.

Oui, ma relation à mon travail est comme mes autres passions dans la vie : extrêmen, entière, absolue. Avec les inconvénients que ça ne manque pas d'entraîner, j'en suis consciente.

Alors la semaine dernière, que s'est-il passé ? Je devais organiser un déplacement pour Blue, Mr Parano, et dollie (une jolie conseillère). Je demande à Mr Parano si je peux mettre Blue et Dollie dans le même train, et il me répond sèchement "non", avec ce regard qui dit que ce qui se joue me dépasse largement, mais que ça ne souffre aucune discussion. Dont acte. Plus tard, Blue me demande où en sont les réservations de train, surtout que c'est simple, ça se fera dans le même train. "Euh... non, pas le même, Dollie et toi ne serez pas ensemble"/"Pourquoi ?"/"Mr Parano a dit non"/"Pourquoi...?"/"C'est Mr Parano, il n'a pas à argumenter".
Plus tard, alors que je viens le voir pour mon dossier de titularisation, Mr Parano me dit "Moi je veux bien ce que vous voulez pour votre titularisation, c'est pas un soucis, mais quelque chose que je veux vous dire, et je le dis une fois, pas deux, c'est que quand je vous dis quelque chose, vous n'allez pas le répéter à Blue. C'est mon adjoint, je suis son supérieur. Quand je veux je peux le virer. Demain il fait ses valises si je veux. Vous comprenez ? Et vous, vous travaillez pour moi. C'est plutôt vous qui devriez venir me rapporter ce qu'il fait". La dureté du ton comme du propos m'ont lacéré le coeur. Être mise dans une telle situation est inconcevable pour moi. D'abord, et c'est le plus important mais qui semble être totalement perdu de vu par Mr Parano (pourquoi croyez-vous que je lui ai choisi pareil pseudo ?), il n'y a rien à raconter, je n'ai que des instructions de travail et les implications sur les intrigues interpersonnelles et/ou politiques ne me sont pas dévoilées, et ça tombe bien, parce que rien ne m'intéresse moins au monde. Ensuite, être menacée indirectement (je parle de la titularisation et j'enchaîne sur un "une fois, pas deux") ne me met pas du tout dans de bonnes dispositions. Et enfin, ou plutôt et surtout, je ne devrais pas avoir à choisir entre mon supérieur hiérarchique, qui me garde sous le coude mais n'a que faire de moi au quotidien, et le patron qui me donne 99% de ma charge de travail, évolue au quotidien avec moi, collabore réellement, communique. Le soir de ce petit micro-évènement (c'est dire), j'étais si abattue que je me suis quelque peu enivrée. J'étais comme sous le coup d'une peine de coeur, d'un déchirement.

Blue a vue dans quel état ça m'a mise. Il en menait à peine plus large, d'ailleurs. Il m'a envoyé un texto le soir même, pour me reconforter, me disant que je faisais de l'excellent travail et que tout cela n'était pas ma faute, que je n'aurais pas dû me trouver dans une telle position. Mais le moral n'est pas revenu pour si peu. Car pour pouvoir me donner à mon travail, j'ai découvert qu'il faut un pré-requis : la confiance. Si je me méfie, je ne peux pas bien travailler. Et là je me disais que j'allais devoir espionner les uns et les autres, me méfier de ce que je dis et fait, bref dépenser une énergie que je ne suis pas habituée à dépenser dans de telles bêtises, quand faire mon travail devrait suffire. C'est ma conviction profonde : faire mon travail avec la motivation que je montre et l'implication que je fais, ça devrait suffire. On ne devrait jamais rien demander qui excède ce cadre.

Le lendemain, Blue est venu dans mon bureau ; il a refermé la porte, et il s'est passé quelque chose de très fort. Il était aussi déçu que moi que les choses se passent ainsi, déçu que Mr Parano ait ouvertement menacé mon avenir pour faire pression sur moi, déçu de comprendre que le fait de bien travailler, pour tous les deux, n'était pas une garantie d'être laissé en paix, bien au contraire. Nous voir tous les deux dans ce tout petit bureau, en train de s'ouvrir l'un à l'autre, de raconter notre déception et notre abattement, se réconforter comme deux animaux blessés, ça m'a touchée. C'était un peu "Blue et lady contre le monde entier" et je n'avais pas vu arriver une telle conséquence. Blue m'a dit "pendant quelques temps, on va faire profil bas toi et moi, on se fait oublier, et on verra bien". Cette simple hypothèse m'a fait rêver. Bien que, comme souvent, je l'aie trouvé naïf et exagérément positif sur les causes de ce petit imbroglio (qui a répété à Mr Parano que j'avais dit à Blue l'histoire des trains séparés ?), je me suis dit que j'avais trouvé là, sans le faire exprès, une relation professionnelle inédite, et même prometteuse. Je me suis surprise à fantasmer, tout le weekend, sur une collaboration qui s'étendrait au-delà du prochain remaniement. Peut-être qu'il pourrait m'emmener ? Le genre de choses dont je sais qu'il n'est pas bon d'y songer à l'avance ; si ça se fait c'est bien, sinon il faut éviter de rêver.

Après un dimanche passé à vider mon coeur de sa peine (si preuve devait être faite que j'investis exagérément mon travail), je suis remontée en selle lundi matin avec... à peu près de l'enthousiasme, disons. Mais Blue m'a rappelée dans son bureau, portes fermées. Alors que je me disais de mon côté que reparler de la semaine passée ne ferait rien de bon, et serait la preuve d'une sensibilité exacerbée de ma part au lieu d'aider à aller de l'avant, c'est lui qui a remis le sujet sur le tapis. Il y avait vraisemblablement beaucoup réfléchi. Et même si j'ai fait mon possible pour n'en rien montrer, j'ai été stupéfaite de ce qu'il m'a alors dit, le regard bleu le plus ferme, sincère, décidé et sérieux que je lui aie jamais vu :
"Ce qui s'est passé n'est pas correct, et ça en dit long sur l'ambiance ici. Pendant quelques jours, peut-être quelques semaines, on va se mettre en retrait toi et moi. Et puis on verra. Sache juste qu'il ne peut rien me faire, je suis le représentant de Y [quelqu'un d'influent bien au-delà des limites de notre cabinet ministériel] et il ne peut pas me faire sauter. Moi je suis protégé, et toi aussi. S'il touche un seul de tes cheveux... il n'a pas intérêt. Ne t'en fais pas ; pour toi l'horizon c'est la titularisation. C'est quand, ta titularisation ? Mi-novembre ? Bon, on attend mi-novembre. Tu sais pour moi ce ne sont pas les propositions qui manquent, et je reste au moins jusqu'au prochain remaniement. Si je dois partir plus tôt... on va attendre novembre. Une fois que tu seras titularisée... mais pour le moment, le plus important, c'est la titularisation".

A moins d'être l'acteur le plus brillant de sa génération, Blue venait, avec son regard d'acier bleu, de me faire une déclaration professionnelle, presque un pacte. A la suite de quoi il m'a dit que j'avais accès à tout : sa boîte mail, son agenda, ses documents, ses contacts, ses listings professionnels, tout quoi. Qu'il me faisait confiance même si on me posait des questions. J'ai compris qu'il me demandait de prendre partie, et je crois qu'en moi-même j'en avais décidé dés que Mr Parano m'avait menacée, mais avec un énoncé pareil, la décision était encore plus évidente. Il me faisait une proposition bien plus raisonnable que toutes celles que Mr Parano était en état de faire : loyauté contre loyauté.
Je me suis dit qu'on avait dépassé depuis longtemps les frontières du pays des relations professionnelles de base. Le territoire qui s'étend au-delà, dont nous avions commencé l'exploration depuis quelques temps déjà (et qui comprend les villes "je garde ton chat si ça t'arrange","on s'envoie des textos parfois le weekend" et "quand je suis en déplacement au loin, je t'appelle pour te dire que tout va bien") est complètement inconnu en ce qui me concerne, mais soudain l'aventure professionnelle se complète d'une aventure humaine. Je me dis que, peut-être, j'ai trouvé un patron avec qui je ne suis pas obligée de me dire que dans quelques mois, il faudra le quitter. Peut-être qu'un parcours insoupçonné est en train de se dessiner ici. Peut-être que, comme d'autres assistantes dans certaines légendes urbaines, j'ai trouvé un patron à suivre dans la course des années.

Mais pour le moment, du calme, ne nous emballons pas. Voyons déjà ce que donne cette titularisation, cette étape qui est le pivot annoncé de ma vie depuis bientôt 1 an et demi, depuis que j'ai passé mon concours. Ensuite, peut-être que je vais m'embarquer dans l'histoire professionnelle la plus surprenante que j'aurais pu imaginer, ou peut-être pas, il va encore se passer de longues semaines d'ici là.
Mais quoi qu'il arrive, la satisfaction d'avoir, un jour, entendu de pareilles choses, me conforte plutôt dans mon workaholisme et mes valeurs qu'autre chose. Quand on se laisse guider par le désir de faire droitement les choses, on en ressort avec une satisfaction dépasse le seul cadre du travail.

Blue, save me, they're trying to tell me how to feel
This work is difficult, but it's real
Don't be afraid, we'll make it out of this mess
It's a work story, lady, just say yes

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06 septembre 2009

Phasée

Tout change et rien ne change, comme toujours.
Cet été, certaines de mes habitudes ont changé, sans raison apparente. Des détails, des bêtises, rien d'important, en tous cas je ne pense pas. Ce n'est rien d'incroyable, comme par exemple me mettre à faire 10h de sport par jour. Mais force est de reconnaître qu'il y a du changement.
Est-ce que ces petites habitudes qui ont disparu, sont apparues, se sont transformées, ont un rapport les unes avec les autres ? Est-ce qu'elles ont une signification ? Est-ce qu'elles vont durer ?

Petite liste des choses que j'ai remarquées :
- je porte des décolletés plus plongeants ; il y a encore un an en arrière, j'aurais été assez embarrassée. Mais comme d'un autre côté, j'ai moins envie de montrer mes bras, je pense que ça s'est équilibré naturellement
- je mets mon portable dans mon soutien-gorge ; ça me laisse les mains libres, surtout que j'ai rarement des poches sur mes vêtements. Je mets la musique et je vaque à mes occupations, la musique m'accompagnant partout, jaillissant comme de ma poitrine. C'est très agréable cette musique qui émane de mes gestes...
- je vis au ras du sol ; j'ai complètement abandonné l'usage de mon bureau, déplacé l'écran, le clavier et la souris sur le lit. Désormais, écran de télé et d'ordinateur forment une parfaite colonne. Je pense que m'équiper en wireless n'y est pas étranger, mais je prends beaucoup de plaisir à rester accroupie, assise, à califourchon, à plat ventre, sur le côté ou allongée, plutôt que de m'asseoir sur une chaise.
- je me nourris quasiment uniquement de thé, de pâtes asiatiques et de poisson ; j'avais un paquet riz basmati mais il n'a pas du tout convenu à mon régime asian-like, pas assez collant. J'envisage de plus en plus sérieusement de ne plus me nourrir que comme ça. Les bento me font de l'oeil.
- je consomme beaucoup plus de fictions japonaises (mon blog téléphagique en est le reflet assez clair) ; je ne dédaigne pas les fictions occidentales mais rétrospectivement je trouve les choses rééquilibrées de la sorte.

Je n'ai pas fait exprès. Je n'ai pas tout commencé en même temps (la vie au sol ayant commencé avant la cure de fiction japonaise, par exemple). C'est juste comme ça.
Ça n'a probablement pas de sens. Ce n'est qu'une phase.

Je vis dans un monde de phases, de toutes façons. Je crois que pendant mes années de chômage, à cause des imprévus qui n'avaient de cesse d'arriver, je me suis créé des phases (la phase où j'arrive à manger, la phase où j'ai un paquet de pâtes par semaine, la phase où j'ai enfin des sous donc j'achète le truc sur lequel je fantasmais avant...) dans mon alimentation et par extension dans le reste, et que ça ressemble à une séquelle.
C'est vrai que je fonctionne comme ça depuis un bout de temps maintenant. Il y a deux ans, j'ai eu une phase laitue qui a duré presque deux mois (en janvier, pratique), suivie d'une phase poulet (froid), suivie d'une phase flan à la pistache (glacé), suivie d'une phase sauce tomate (froide), etc... c'est tout ou rien, tout d'un coup, tout de suite, et plus du tout lorsque le vent tourne et qu'arrive la phase suivante. Mais avec, au fond, une certaine continuité...

En fait, je suis assez confiante dans l'idée que ça ne durera pas. Que je vais pudiquement me couvrir, que je vais réinvestir la hauteur de mon appart, que je vais me baffrer de séries américaines, que je vais avoir une envie de, chais pas, mettons, carottes râpées (ah non ça c'était au printemps) (après la phase taboulé) (avant la phase riz au lait) (froid).

Mais si ça durait ? Et s'il en restait quelque chose ? Si par exemple je décidais que je continue de voir l'appart depuis le sol (ça donne une puissante impression d'espace, entre parenthèses) ? Si au déménagement je décidais que je n'ai pas besoin d'une table et de chaises, mais juste d'une table base, que je n'ai pas besoin du lit en fer forgé qui jusque là me faisait rêver mais qu'un futon pourrait suffire ?
Qui peut dire l'impact que ces phases ont sur moi ? Je me rappelle de la plupart d'entre elles ces dernières années, sur un plan alimentaire ou non. Ce sont même des indices assez précis pour dater un souvenir ou une information quelconque (je mangeais quoi ? des pâtes au beurre sans beurre ? ah, c'était en avril 2006 !). Certaines ne repartent jamais (la phase regarder les débats à la télé en boutiquant sur l'ordi, par exemple... je pensais que ça partirait, ça s'est juste atténué).
Qui peut dire les choses qui sont passagères et celles qui s'intègreront à mon mode de vie ? Ce ne sont sans doute que des tests. Des tests de mode de vie. Je regarde les effets, je sélectionne ceux qui me conviennent.

J'ai ce fantasme depuis des années, celui de me trouver une vie équilibrée. Et pour m'équilibrer, j'ai besoin de me calibrer. Je ne sais pas ce qui est bon pour moi, trop de monde semble le savoir à ma place, alors finalement, ces phases, c'est assez compréhensible. Je fais mes propres expériences de mode de vie. Je regarde comment font les autres. Parfois il y a des phases pendant lesquelles je les imite maladroitement, pour en retirer un détail que j'incorpore à mon mode de vie. Parfois j'en conclus qu'il n'y a rien à piocher dans le mode de vie de la personne que je regarde.
Je continue de chercher ce qui me convient. Je trouve ça finalement assez positif, vu sous cet angle.

De toutes façons je sais très bien que mon objectif, mon point sur l'horizon, c'est 30 ans, et qu'à ce moment-là il faudra que je sois prête pour aborder la plus importante, la plus incroyable, la plus difficile, la plus excitante phase de ma vie : la stabilité.

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04 août 2009

Madeleine cheap

J'y suis allée sans vraiment y penser. Je savais simplement que, le temps d'arriver à l'appartement, il serait déjà tard, et que je n'avais aucune envie de cuisiner. C'était une de ces journées où il fait faim. J'en ai fait rajouter un.
Mais plus tard, en plantant mes crocs dedans, j'ai dû réprimer une larme. La sauce bouillante m'avait soudain rajeunie de plus de 20 ans, transportée à des centaines de kilomètres.

Je nous revois, face à face, sur les banquettes chamarrées, un personnage en plastique violet devant moi, à côté de la large vitrine, et surtout je la revois elle, ma grand'mère, qui déguste son premier hamburger. Je peux presque la toucher, elle est là, ses deux yeux gris luisant, avec cette couperose sur les joues qui les mettait si bien en valeur, ses cheveux disciplinés sous les pinces discrètes, la bouche toute fine qui mastique posément. Et moi, j'ai mes doigts de petite fille plongés dans un paquet de frites incandescentes, et les autres agrippés autour d'un hamburger brûlant. Et nous sommes assistes toutes les deux à mâcher nos hamburgers chauds au-delà de toute raison, contentes, le monde gravitant autour de notre banquette en toc.
J'ai environ 5 ans, et ma grand'mère m'a juste emmenée à McDonald's.

Je ne m'en rends pas vraiment compte, mais à 5 ans, manger au McDo, c'était mieux encore que faire un doigt d'honneur aux interdictions de mes parents. A Metz, je suis une petite fille libre, qui se promène et qui voit des gens, ma grand'mère m'emmène à son travail, et tout le monde y est aimable, il y a des placards remplis de dossiers et une machine à écrire, une odeur de renfermé et parfois des cartons remplis de jouets au sous-sol, ma grand'mère sacrifie son indépendance pour me donner l'impression d'avoir la mienne, elle mange des cochonneries avec moi parce qu'elle sait que le reste du temps, je ne peux pas, elle me laisse parler et me raconte son histoire comme si les deux étaient indissociables, elle ne me force pas à aller dehors, alors je vais sur le balcon miniature pour regarder les montgolfières s'incruster dans le ciel, elle me laisse me coucher tard parce que comme ça on peut bavarder assises à la table de la cuisine toute la soirée, je peux prendre un bain dans la baignoire qui reste glacée même quand elle est remplie d'eau bouillante, je caresse inlassablement le poil ras de ses fauteuils de velours beige, je lis tout ce qui me tombe sous la main, je m'absorbe dans la contemplation du petit oiseau bleu figé à jamais dans la chambre, je chante de vieilles ritournelles, j'enfouis mon nez sous les couvertures qui sentent le musc lorsque j'ai peur du noir, et j'ai tout le temps peur du noir, je l'écoute ronfler dans le lit d'à côté. Je découvre comment exister.

Plus de 20 ans plus tard, j'entends toujours le lointain cliquetis de mes chaînes qui frappent le sol quand je marche, mais j'ai appris la liberté. Je me promène et je vois des gens, je vais au travail, tout le monde y est aimable, il y a des placards remplis de dossiers et un ordinateur, une odeur de renfermé, j'ai l'impression d'être grande, je mange des cochonneries de temps à autres quand j'en ai envie, je passe mon temps à m'exprimer, je sors quand personne ne m'y force, je me couche tard après avoir discuté sur internet toute la soirée, je prends une douche bouillante, je caresse inlassablement le poil court de mes chatons, je lis tout ce qui me tombe sous la main, je m'absorbe dans la contemplation de BLUE BIRD, je chante de nouvelles chansons, j'enfouis mon nez sous les couvertures qui sentent les agrumes quand j'ai peur du noir, et j'ai tout le temps peur du noir, j'écoute Trixie ronfler sur l'oreiller d'à côté. J'existe parce qu'elle a bien voulu ne pas me laisser étouffer.
Tout me semble avoir commencé dans un McDonald's de Metz. Si elle ne m'avait pas laissé voir, laissé respiré, laissé exister, je serais encore dans ma geôle.

Sous mon palais, la sauce a tiédi. La vision a disparu. Je suis orpheline à nouveau. Ca n'a duré qu'une fraction de secondes, mais McDo m'a rendu ma grand'mère. Et la joie des découvertes anodines, et l'illusion de la liberté. C'est ma madeleine cheap à 1€, ce hamburger, cette sauce à température indécente que d'ordinaire on trouve tiède, ce cornichon tout mou, ce pain quasiment gélatineux. Il n'est même pas bon. Mais portée à ébullition, sa sauce me ramène aux premières fois où j'ai vu le monde, le dehors, dans ce qu'il a de plus simple. Il me ramène mon guide d'alos.
Les dents plantées dans un hamburger tiède et soudain très salé, je ne sais plus si j'ai 5 ans ou bientôt 28. Mais je sais qu'elle n'est plus là.

  THC!! -Kimi wo, Suki ni Natta

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28 juillet 2009

On s'en fout, on n'y va pas...

J'étais là, à mon bureau. Journée fatigante, mais il y a eu pire. Un beau soleil, un peu de vent pour moi qui n'aime pas avoir chaud. Mon patron, des plus adorables, m'avait offert son dîner.
J'ai considéré ma fourchette et son taboulé au curry et à l'anis. J'ai soupiré.

Et si je ne rentrais pas chez moi ce soir ?

C'est vrai quoi, tu dois être à nouveau ici dans 12h, dont 3 consacrées aux transports, alors qu'en fait, bah, ce serait plus simple de dormir ici !
Le délire n'a duré qu'une demi-seconde. Ou bien ?

J'ai fini par prendre le chemin du bus. Il faisait beau, un ciel sans nuage ou si peu. Sur mon portable, une découverte musicale qui remonte seulement à dimanche et qui s'accorde si bien à la saison. Je marche lentement. Des bus passent au bout de la rue, mais je m'en fiche. Je ne suis pas pressée du tout. Je souris, un peu sans raison, un peu parce que je reviens de loin. En toute honnêteté, je souris surtout parce que je ne pense même plus au fait que je reviens de loin. J'ai mangé à ma faim et je n'ai plus peur de crever la dalle. Pas aujourd'hui en tous cas. Je souris parce que c'est mon miracle à moi : manger. Et bien, en plus.

Dans le bus pourtant, les larmes me viennent. Mes yeux dévorent l'autre côté de la vitre, la ville, ses rues, ses bâtiments, ses passants. Je suis au cœur de Paris et le mien bat plus fort. Et il saigne, aussi. Il commence à se déchirer de savoir où le bus me conduit.
Déjà, le terminus. Je ne veux pas descendre. Passées les portes, il y a la gare, le train, une heure avant de descendre.

Et si je ne sortais pas du bus ce soir ?

Allez tu restes là, tu circules dans tout Paris jusqu'à l'aube, transport pour transport, tu t'en fous, tu trouveras bien quelque chose, t'y retournes pas !
Le délire est donc finalement tenace.

J'ai envie de pleurer. Je ne veux pas y aller, je veux rester chez moi. J'en ai marre de retourner en exil tous les soirs.
J'ai des problèmes de riche, me dis-je dans le train.
Ça me consolera jusqu'à demain soir.

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16 juillet 2009

Exorcisée

Je pensais à mes conflits au boulot, ces derniers temps. Et soudain, ça m'a frappée : ma progression professionnelle s'est faite sans le moindre vice de ma part.
Je n'ai pas cherché à être promue. Je n'ai pas cherché à avoir plus de responsabilités. Je n'ai pas cherché à escalader les marches de l'escalier social quatre à quatre. Je n'ai pas cherché à évincer qui que ce soit. Je n'ai pas cherché à me faire bien voir des personnes influentes, et surtout pas en diminuant les collègues. Je n'ai rien manigancé, rien fait de spécial. J'ai juste travaillé, et suivi le mouvement.
Sans le moindre vice.
Ça m'a paru très étonnant. Alors j'ai essayé de penser à mes actes ces derniers mois, et j'ai cherché la dernière fois que j'avais fait quelque chose dont je n'avais pas lieu d'être fière, la dernière fois que j'avais manipulé quelqu'un ou simplement élaboré tout un tas de théories pour parvenir à ce que je voulais. Et je n'ai rien trouvé. Serait-il possible que je sois libérée de tout vice ?

Quand on m'accuse de chercher à me faire passer pour une assistante parfaite afin de prendre la place de mes aînées, je trouve l'attaque basse et infondée. Mais quand j'y réfléchis je m'aperçois à quel point il est vrai que j'ai mené ma vie, ces derniers mois, avec une conscience immaculée. Je ne cherche à prendre la place de personne si ce n'est la mienne. J'aime simplement travailler. Dans mon esprit, je me dois de mériter mon salaire. Alors je bosse dur et en toute sincérité, ce n'est même pas contraignant pour moi d'être sur le pont 10h par jour avec le sourire. Parce qu'à travers cette façon de travailler dur, je sens instinctivement que je vais m'améliorer. Je me dépasse et j'en finis par n'avoir plus besoin de rien d'autre. Et surtout pas de voler la place de qui que ce soit. Parfois, c'est juste que j'aimerais que tout le monde donne tant de valeur à son travail, mais je peux concevoir que d'autres aient des priorités différentes.

Mais l'addiction au travail ou, plutôt, l'addiction au fait de travailler dur, me permet surtout de me purifier. En cherchant à être une meilleure assistante (et non la meilleure) et bien que ce métier n'ait jamais été ma vocation, je finis par être meilleure tout court. En réalité, travailler dur me stimule et m'aide à me focaliser sur l'important. De fil en aiguille, un cercle vertueux s'installe : en allant et revenant du boulot, j'ai envie d'écrire et j'y passe environ deux heures par jour ; puis à la maison, je fais vivre mes différents sites et blogs.
Et en résumant ma vie à ces quelques domaines d'épanouissement, j'élimine progressivement le vice de mon âme. Seuls comptent le travail, l'écriture, la musique et les séries. Il n'y a pas de temps pour tout, chaque jour, mais le fait de n'avoir pas à faire de place pour autre chose m'aide à ne plus rien ressentir de vil. Et du coup, c'est l'esprit beaucoup plus serein que je sors, vais au restaurant ou autre, avec mes quelques proches, et étrangement, je ne suis jamais autant sortie que ces derniers mois, alors que j'ai réussi à cultiver un temps bien à moi pour tout et que je ne lésine pas sur les heures supplémentaires. M'adonner au travail 50h par semaine me libère du temps...

Évidemment, par moments, j'ai envie de plus. Mais ensuite je réalise que ce n'est qu'une façon de vouloir améliorer ces aspects de ma vie, et non l'ambition de la changer. Déménager à Paris, être titularisée, adopter un troisième chaton... tout ça n'est qu'une façon de persister dans mon style de vie, de donner du confort à mon ascétisme.

En évitant d'avoir des gens trop proches (ce qu'aujourd'hui je considèrerais comme un facteur d'étouffement), je me concentre sur l'essentiel au lieu de me créer des tentations, et voir ressortir les vieux démons néfastes, qui doivent forcément être cachés quelque part en moi. J'ai peut-être la conviction qu'en tenant les gens à distance, je me protège autant d'eux que je ne les protège de moi ? Je crains peut-être que laisser les gens entrer trop en avant dans ma vie ne me rende à nouveau excessive, possessive, terrifiée. Mais en tous cas, à l'heure actuel, le mal semble circonscrit, si on regarde ma vie de ces derniers mois.
En moi, il n'y a plus de vice.

Après tant d'années passées à craindre que l'héritage de mes 18 premières années de ma vie n'ait laissé à jamais une empreinte maudite sur mon âme, je constate, comme surprise, que je me suis débarrassée du mensonge, de la manipulation, et de toute forme de méchanceté. Toutes les habitudes de cachotteries, les alibis, les plans étranges pour parvenir à mes fins, tout ce que mes parents m'ont appris, en fait, est derrière moi. Finalement, cette existence où je m'implique peu humainement dans la société, mais beaucoup intellectuellement, m'a purifiée.
Exorcisée.

Dans mes actes comme mes pensées, aujourd'hui il n'y a plus de vice.
...J'espère.

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16 juin 2009

Une colonne et demie

Je serais évidemment bien incapable de dire à quand tout cela remonte. Je sais juste que c'est une question récurrente chez moi. Quelque chose qui n'a jamais été résolu. Qui plane et qui revient régulièrement. La meilleure preuve c'est que je reviens dans ces colonnes sur le sujet, ne cessant de le tordre en tous sens sans réussir à y voir plus clair. Pourtant on peut se demander quelle pièce du puzzle me manque...

Je pourrais dire que tout a commencé lorsque j'ai fait mon alternance au sein d'un service de communication interne, et que j'ai commencé, sous le regard bienveillant de ma tutrice, à rédiger une brève pour le journal interne ici, une news pour l'intranet là. Elle m'avait emmenée à une formation qu'elle donnait à des communicants de la boîte sur les différentes façons de faire passer une info en interne. J'ai toujours le livret. J'apprenais à être assistante de direction, elle m'avait offert la possibilité de voir que je voulais plus. Je n'ai jamais oublié.

Je pourrais dire que ça vient de toutes ces années où j'ai écrit, encore et encore. J'étais adolescente et j'en avais besoin. A l'époque je connaissais l'équilibre entre écrire sur moi et écrire des fictions, chose que je réapprends aujourd'hui, lentement. Le poids de mes maux était trop lourd depuis quelques temps pour que je puisse les libérer dans une fiction qui ne serait pas moi. Pourtant. Deux saisons d'une série (aujourd'hui pitoyable à la lecture, mais c'est pas la question) écrites à partir de 14 ans. Le 3 septembre. Des nouvelles. D'autres choses. Plein. Partout. Tout le temps. Je n'ai jamais oublié.

Je pourrais dire que ça vient de la 5e, quand on nous a donné une rédaction à faire et que j'ai écrit l'histoire d'un VRP en aspirateurs qui se pointe chez une vieille dame et qui à sa grande surprise s'en fait refouler sans rien comprendre. Parce que ma prof de français à l'époque m'avait mis un beau 18 et qu'elle avait souligné que j'avais fait des métaphores bibliques filées tout au long de la rédaction. Je n'ai jamais oublié.

Je pourrais dire que ça vient de l'école primaire, quand mon maître, cet homme qui avait la voix de Patrick McGoohan, me disait que j'étais une Victor Hugo. J'avais moins de 10 ans mais ça s'est toujours imprimé en moi : être Victor Hugo ou rien. C'était tellement splendide d'être comparée à celui qui à l'époque représentait ce qu'il y avait de meilleur en l'homme à mes yeux. La douleur, la poésie, l'engagement politique, le don. Je n'ai jamais oublié.

Je pourrais même dire que ça vient des premiers mots que j'ai lus. J'ai lu un peu plus tôt que prévu. J'ai sauté une classe. J'y ai été quasiment en tête (toujours seconde derrière Anne). L'empreinte bleue, indélébile. Je n'ai jamais oublié.

Et puis, en regardant vers le présent, je pourrais dire que sans SeriesLive, sans Teruki Paradise, sans ladytelephagy, ça ne serait pas revenu, tout simplement.

Mais ce serait mentir. Ce serait mentir parce qu'en réalité chacun de ces éléments a tracé les contours de ce qui s'est révélé progressivement. Aujourd'hui qu'on me demande ce que je voudrais faire, au lieu que je me demande ce que je devrais faire, mon âme s'exhale de mon corps en un souffle et avec une voix brisée par la douleur de l'éloignement, comme quand on prononce le nom d'un mort qu'on n'a pas réussi à laisser partir, je dis comme une évidence : "écrire".

Sauf que j'ai tellement peur d'écrire. Je le fais sans arrêt : à la maison, dans le train, au bureau, et même dans ma tête avant de dormir quand je m'appelle sur mon répondeur pour me dicter une phrase parfaite ; j'ai les mots, mais j'ai peur d'écrire pour de vrai. Ou pour de vrai à nouveau, peut-être. Qui suis-je pour écrire ?

Une fois de temps en temps... en fait pour être honnête, de plus en plus souvent... on me dit : "écris ! Tu le fais bien !" Je voudrais croire aux mots des autres, mais je n'y arrive pas. Je me dis que leur échelle de valeur est forcément faussée pour en arriver à dire pareilles choses. Comme quand au collège, ma copine Sam trouvait que je dessinais bien. Je ne dessinais pas bien, juste mieux qu'elle, ça ne voulait pas dire grand'chose et ce n'était pas la peine de persister. J'étais limitée en dessin. Il me manquait l'étincelle qu'ont d'autres.
Est-ce qu'il est possible que cela se reproduise aujourd'hui avec l'écriture ? Quelques personnes me lisent et me disent que j'écris bien. Qu'est-ce que ça veut dire ? Pas grand'chose en définitive. Sur internet, c'est toujours facile d'être bon quand on voit comment y écrivent la plupart des gens... orthographe déplorable, langage SMS, structures de phrases boiteuses, non seulement il y en a à foison mais moi-même j'y sacrifie de temps à autres. Pas de quoi se vanter.

Et pourtant il y a mon âme qui semble s'envoler par ma bouche lorsque je réponds "écrire". Et ça on ne peut pas le nier.

Souvent je me dis que je me berce d'illusions. Que mon métier actuel n'est tellement pas ce que je voudrais faire que je rêve à des talents que je n'ai pas. J'aurais voulu être une artiste.
Et parfois je me dis... je me dis qu'il y a des gens qui croient si fort en moi. Et que je me refuse à les croire. Pas parce qu'ils sont eux, ça n'a rien de personnel, juste parce qu'ils disent quelque chose que je ne parviens pas à entendre. Je le prends comme un compliment, ou parfois j'y détecte la marque de quelque chose de plus excessif, mais je n'y crois jamais vraiment.

Je voudrais être faite pour écrire, mais je ne m'en sens pas capable. Il faut juste se (re)lancer, pourtant. Comme dirait John Cage, il ne faut pas laisser le monde gagner.
Si seulement j'avais la force ! J'ai l'envie mais je manque terriblement de confiance en ma plume. J'ai un éclat de verre dans l'oeil et tout semble déformé. Ces derniers temps je me suis dit : prends-toi en main ! Une fois la titularisation passée, tu pourras t'abandonner à ton écriture. Et voir ce que tu as dans la cartouche. Peut-être que tu n'as pas ce qu'il faut. Peut-être que tu l'as perdu en route. Et peut-être, juste peut-être, peut-être que tu peux enfanter de la seule chose à laquelle tu as jamais voulu donner naissance. La seule chose que tu portes en toi, en gestation. Il est temps de pousser. La délivrance doit bien s'accomplir à un moment. Ce sera peut-être une horrible chose visqueuse et monstrueuse. Ce sera peut-être l'aventure de ta vie. Mais pousse, bon sang !

Le premier qui a cru en ma plume ? Je ne sais rien de lui. J'avais 20 ans. J'avais écrit à un magazine spécialisé. N'apparaissaient que mon prénom, la première lettre de mon nom de famille, et mon code postal d'alors. Il avait cherché mon adresse pour me dire que j'avais une bonne plume. Que je devrais être journaliste si ce n'était pas encore le cas. Que je devais cultiver ce don. J'ai longtemps gardé la lettre avec moi, jusqu'à ce que je perde mon sac à main.
Il avait signé M. MULLER, il n'a jamais été que M. MULLER pour moi. Mais je repense à lui souvent, je me promets de lui dédicacer toutes les feuilles du monde, de placarder son nom partout, M. MULLER, juste M. MULLER, l'inconnu qui le premier a lu en moi.
Il m'avait écrit une lettre, à moi, personne, une inconnue dans le courrier des lecteurs. Il m'avait encouragée. Je n'ai jamais oublié.

Pour une colonne et demie.

Posté par ladyteruki à 07:18 - Commentaires [3] - Permalien [#]