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Tout savoir sur ladyteruki, y compris ce qu'elle même ignore...

31 août 2010

I'm a survivor

La semaine dernière, il s'est passé quelque chose d'anodin et d'incroyable. J'ai reçu mon arrêté de nomination. Celui qui dit qu'enfin je peux souffler.

J'ai attendu de vivre ce moment depuis mon premier jour, quand le 1er septembre 2008, j'ai commencé ce travail que j'avais décroché grâce à ma réussite au concours de la fonction publique. Pour moi, c'était énorme. Je ne sais pas si vous vous souvenez de ça, du printemps 2008, de ma fringale de vivre, c'était une sacrée période...

C'était énorme parce qu'il y a encore 4 ans je crevais de faim. Si vous voulez faire le meilleur régime de votre vie, je recommande chaudement le chômage sans indemnité. Le jour où vous volez un paquet de bouillon en cubes juste parce que l'idée de manger vos 2kg de pâtes par semaine avec uniquement de l'eau vos retourne l'estomac au point de préférer vous affamer, vous savez que vous ne verrez plus jamais rien avec le même regard. C'était il y a 4 ans et certains jours, je porte une fourchette à ma bouche et j'ai encore les yeux humides.
Ce soir je suis rentrée chez moi et je savais que j'allais pouvoir regarder les Emmy Awards, et je me suis acheté des sushis, et ça n'était pas anodin. Ce ne l'est plus jamais. C'était il y a 4 ans et je n'ai jamais vraiment cicatrisé. Et voilà qu'un connard a retardé d'un an ma titularisation par pure mesquinerie, et je pense, au fond de moi, que si je n'avais pas eu l'un de mes patrons pour m'encourager à tenir bon et à me dépasser, j'aurais sincèrement pu faire du mal à cet enfoiré qui n'a sans doute jamais eu à voler un paquet de bouillon en cubes pour rendre la vie plus supportable.

Alors je pensais que cet arrêté allait, au bout du chemin, allait me renverser. Me rendre folle de bonheur.

Mais il n'y a eu de soulagement. Il n'y a pas eu d'ivresse. J'ai signé l'arrêté, je me le suis scanné pour garder une copie, et je me suis remise au travail. Juste comme ça. Je n'attendais plus cet arrêté, et il ne signifiait même plus rien pour moi. J'avais trop galéré pour y attacher encore la moindre importance.

L'anecdote pourrait s'arrêter là.
Mais ce soir, je me suis soudainement effondrée en larmes sans la moindre raison apparente. Pas pleuré de joie. Pleuré de désespoir.
J'ai pleuré parce qu'après tout ce temps, toutes ces complications, toutes ces histoires, toutes les fois où j'ai eu l'impression que ça irait mieux et que je devais avaler des comprimés pour faire semblant de sourire, toutes ces fois où j'ai eu l'impression que j'aurais le cœur brisé de façon irréparable et que quelqu'un me le brisait encore plus, toutes ces fois où j'ai eu le sentiment de ne plus me souvenir de ce qu'était le véritable désespoir et où je tentais de relativiser mes ténèbres par la comparaison...
...après tout ça, j'ai regardé autour de moi, et j'ai vu que j'étais la plus chanceuse.

J'ai survécu à tout ça. Je ne sais pas comment, certainement pas par force comme certaines personnes me le disent, plus probablement par un mélange de réflexe et d'espoir que "les choses finissent par aller mieux", je dois avoir ça en moi, cette sorte de foi qui dit que ça peut s'arranger, une foi que je n'avais pas il y a 9 ans quand j'ai voulu mourir, une fois dont je ne sais pas d'où elle me vient, une foi qui s'est vue contredite de très nombreuses fois, une foi qui très franchement, ressemble à s'y méprendre à de la naïveté certains jours, mais une foi qui m'a fait survivre à tout ça.

D'autres n'ont pas eu cette chance.

Comment je suis passée entre les mailles du filet ? Je l'ignore. J'aurais dû mourir il y a 9 ans. J'aurais certainement pu mourir depuis, de faim cette fois. J'aurais pu mourir ensuite, à nouveau, et je l'ai envisagé une fois ou deux pendant mes années de chômage, quand tout le monde me tournait le dos y compris celui qui à l'époque me semblait être le plus solide et le plus fiable de tous. Comment je suis arrivée au bout ? Je n'en sais rien. J'étais vouée à une vie totalement misérable intellectuellement, j'étais vouée au néant, je le crois vraiment. Je n'ai rien accompli de grand dans ma vie et ne l'accomplirai sans doute jamais, mais j'ai réussi à survivre et tout le monde n'a pas pu. Elle est partie cette année et elle avait tellement plus de cartes en main que moi pour réussir dans la vie, alors comment expliquer le fait que ce soit moi qui ai réussi à faire un bout de chemin en plus ? Je n'en sais rien.

J'ai le sentiment de vivre dans un monde tellement violent. Tout me semble infiniment brutal. Quand j'étais petite... qui est-ce que j'essaye de berner, non, jusqu'à mes 18 ou 19 ans ! je refusais de regarder les informations à la télé. Et puis je m'y suis mise et j'ai eu l'impression que c'était intéressant et enrichissant de sortir de mon nombril pour comprendre ce qui se passait dans le monde. Mais ces derniers temps, j'ai à nouveau ce sentiment que si je lis une seule information de plus, mon cœur va exploser sous la pression et la violence du monde. De tout le monde. Des gens qui font la guerre mais aussi de ceux qui nous gouvernent, de ceux qui votent pour eux... je me sens entourée de violence et je me dis que c'est un miracle que je sois arrivée si loin.

Je vais fêter mes 30 ans bientôt et je n'aurais jamais cru vivre si vieille.

Alors non, je ne me sens pas parvenue à quelque chose, je n'ai pas l'impression d'avoir franchi un cap avec ce petit arrêté. Il me protège de la faim et je devrais trouver cela miraculeux, mais j'ai l'impression qu'il reste encore tellement à affronter.

Parfois, quand je regarde de vieilles séries très connues, je vois l'un des acteurs qui aujourd'hui est en pleine déchéance ou au contraire en pleine gloire, et j'essaye d'imaginer ce que c'est que d'en être là, dans cet épisode d'une série que pour le moment personne ne connaît, d'être un acteur parmi tant d'autres qui espère que ça va marcher et changer sa vie, et de ne pas savoir ce que le futur réserve. J'ai ce sentiment-là, et souvent j'aimerais être dans 10 ou 15 ans pour regarder en arrière et être capable de me dire que je ne savais pas ce qui m'attendait, et que je m'envie. Ne pas savoir n'est qu'angoisse quand, ça se trouve, ce sera un sentiment que je regretterai dans quelques années.

J'ai peur parce que je crains de n'avoir pas passé le plus dur. J'ai peur parce que le futur reste incertain même avec ma garantie anti-crève la faim. J'ai peur parce que j'ai l'impression que je ne me déparerai plus jamais de la crainte de devoir voler un paquet de bouillon en cubes pour améliorer mon ordinaire.

Passer des obstacles, se sentir miraculé, et avoir l'impression que les plus gros défis sont devant.

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31 mai 2010

Les menteurs

Quand j'étais petite, j'étais très curieuse sur les choses du sexe. Je harcelais ma mère de questions, et les réponses ne suffisaient jamais. Ses réponses manquaient de détails. Je ne visualisais pas assez bien. Ça restait trop obscur. J'aurais certainement aimé une sorte de compte-rendu seconde par seconde, mais les propos de ma mère restaient vagues, généraux, elliptiques. Arrivée à l'âge de 11 ans, je n'avais qu'une seule hâte, avoir mes règles, être une femme. Je n'avais pas la moindre idée de ce que ça pourrait bien m'apporter de plus mais ça m'obsédait, je voulais que ça se produise. Je me jetais sur les livres de biologie, et en toute sincérité ils ne m'aidaient pas plus, mais voilà, je voulais percer le mystère, déchiffrer le code, découvrir le secret.

J'avais la conviction que les adultes mentaient. Un mensonge par omission. Mais un mensonge tout de même.

Je ne cherchais pas à faire mes propres expériences. Je ne cherchais même pas non plus à m'en faire une représentation visuelle (j'ai mis un temps fou avant de voir mon premier porno et on ne peut pas dire que je sois coutumière de la chose même maintenant). Au contraire, j'ai toujours pris plus que mon temps de ce point de vue.
Ce que je voulais, c'était le savoir théorique des émotions qu'on ressentait à ce moment-là. Sans avoir à le vivre. La technique ? Ce n'était pas la question, la technique ; j'avais compris le concept général de base. Je ne voulais pas spécialement qu'on me touche non plus. Je voulais juste savoir...

Et ça se bornait exactement à ça.
C'était l'impression que les adultes faisaient semblant de rien. Ils usaient d'euphémismes, ils essayaient d'éviter de trop expliquer quoi que ce soit, et pendant qu'ils me laissaient dans l'ignorance, ils continuaient de s'envoyer en l'air. C'était ça qui était horripilant.

Régulièrement, je regardais mes parents, mes profs, ou les inconnus dans la rue ; ils vaquaient à leurs occupations, ils mangeaient une tartine, ou bien ils écrivaient au tableau, ou ils s'apprêtaient à monter dans le bus, et je me disais : ils font semblant de rien. Alors qu'ils savent, pourtant, ils savent ! Ils savent quelque chose qu'ils ne veulent pas que je sache. Et le soir, tous ces gens sont dans leur lit, moites et tout, et là ils sont calmes et ils font semblant de rien.
Et je me demandais : "mais pourquoi ? Pourquoi ils font comme si je ne savais pas qu'ils ont une vie sexuelle ?"...

Parfois ça m'arrive encore. Moins souvent, mais d'une certaine façon, c'est aussi plus violent. Je regarde des gens qui font partie de mon quotidien et je me demande quelles sont leurs préférences personnelles. Plus quelqu'un a l'air sage et posé, plus je me dis qu'il doit être pervers et faire des choses particulièrement "dégueulasses", avoir des fétiches étranges ou des pratiques surprenantes.

Je ne suis pas très sûre, au juste, de ce que tout ça dit de moi, ni éventuellement de mon rapport au sexe. Jusque là, je n'avais pas trop essayé de réfléchir à cette pensée relativement obsédante qui est la mienne depuis près de 20 ans.
Et puis, un jour, comme ça m'arrive très souvent depuis que je suis partie de chez mes parents, je sens quelque chose se rompre dans ma tête et je me dis : "tiens mais au fait pourquoi je n'ai encore jamais remis cette chose précise en question ?". Depuis bientôt dix ans, il y en a eu beaucoup, des moments où j'ai eu le courage de remettre en question des évidences. Mais je n'en ai toujours pas fait le tour.
Aujourd'hui je regarde les adultes, dont pourtant je fais partie, à peu près comme je les regardais il y a 20 ans (sauf que maintenant je maîtrise plus que le savoir théorique, quand même), en me disant qu'ils ont une vie secrète et qu'ils ne sont pas assez honnêtes là-dessus. J'ai beau comprendre le concept de vie privée, apparemment je ne le possède pas aussi bien qu'eux. J'attends une certaine transparence des gens sur ce sujet. J'ai l'impression d'une vaste hypocrisie. Pourtant ma curiosité a été satisfaite il y a un bon bout de temps maintenant. Je suppose que c'est un peu immature de ma part...

Mais je persiste à dévisager les gens en me demandant pourquoi ils parlent à leurs enfants comme si la veille, ils n'avaient pas taillé une pipe à leur mari ou pris leur petite amie par derrière... ou autre.

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27 mai 2010

Juste quelqu'un de bien

Ça fait quelques années maintenant que je travaille sur moi, que j'essaye de devenir "une bonne personne". En fait, depuis la rupture avec T, c'est quasiment devenu une obsession. "Quelques années" n'est donc pas une expression en l'air.

Ça m'a semblé important parce qu'il me paraissait vital de ne pas "devenir comme mon père". Et le pire que T m'ait dit pendant cette rupture, c'est justement ça, que j'agissais comme lui ; l'heure n'est plus (depuis longtemps) à palabrer sur les tenants et aboutissants de la rupture en question, ni sur le contexte de ces paroles. Mais elles ont eu un effet énorme sur moi, pour dire le moins.
C'est un cauchemar que ceux de mon espèce font : devenir comme cet exemple perpétuel du Mal. Bien-sûr, personne ne veut devenir exactement comme ses parents. Au lycée, toutes mes copines disaient ça, qu'elles ne voulaient pas être comme leur mère, qu'elles voulaient une vie différentes (comprendre : meilleure). Et c'est normal. Mais ceux de mon espèce, ceux qui ont grandi avec une blessure jamais vraiment cicatrisée, ils donnent un autre sens à ce "jamais comme mon père/ma mère".

Mon exemple en la matière a toujours été ma grand'mère maternelle. Elle ne s'était jamais vraiment étendue sur le sujet, elle avait juste dit les choses avec une formulation simple et, quelque part, "tous publics", dans une tournure qui n'appelait pas vraiment de remise en question ni de curiosité, un très posé "ma mère, elle me donnait une bonne gifle", et quand on pensait à la génération dont il s'agissait, on ne le prenait pas pour une maltraitance outre mesure, ce n'était qu'une gifle. Mais ma grand'mère devait quand même un peu, avec le recul, avoir sa blessure à elle, parce qu'elle s'était juré que jamais elle ne lèverait la main sur ma mère. Et elle y a réussi. Elle n'a donné la fessée à ma mère qu'une fois, une fois de toute sa vie, ma mère avait 15 ans, et jamais plus ça ne s'est reproduit. Et peut-être qu'elle aurait mieux fait, ou peut-être pas, peut-être que ça aurait changé bien des choses si ma grand'mère n'avait pas craint de lever la main sur ma mère ; peut-être que c'était l'excès inverse, je ne sais pas. Mais toujours est-il que ma grand'mère le disait comme si c'était sa plus grande fierté et sa plus grande honte, elle n'a levé la main pour donner une fessée à ma mère qu'une seule fois de toute sa vie, parce qu'elle ne voulait pas faire comme sa propre mère.
Ma grand'mère, c'était le meilleur exemple que j'aie pu avoir sous les yeux ; c'était aussi le seul exemple que j'aie eu sous les yeux puisqu'on vivait en cercle fermé, mais bon.

Moi aussi, je voulais être différente de mon père. C'était la pire chose qu'on puisse me dire, que j'étais comme mon père, que je réagissais comme lui. Pire que tout le reste. Pire que de se souvenir comment j'ai obtenu cette cicatrice sous le nez.

Et depuis quelques années, donc, c'était mon obsession : être quelqu'un de bien. Être d'une moralité irréprochable. Surtout, pouvoir regarder au fond de moi et n'y voir rien de sombre, pas une ombre, rien. Me regarder en face dans les yeux et y voir la pureté de quelqu'un qui s'est débarrassé de tout ce qui était noir, visqueux, et laid.

Être quelqu'un de bien. Être quelqu'un de gentil, à mon échelle. Pas forcément s'engager dans l'action humanitaire, juste commencer par être quelqu'un de bien, pas un héros. Donner 5 centimes aux gens qui n'ont pas la monnaie à la boulangerie, laisser passer les gens qui n'ont que deux articles dans la file d'attente du supermarché, partager tous mes œufs de Pâques avec mes collègues, appeler les amis qui semblent aller mal, uploader des épisodes pour des gens qui n'ont pas pu les voir, mettre à disposition des milliers de videos de musique asiatique ; à chaque étape de ce que je faisais, chercher la chose la plus gentille, la plus serviable, la mieux intentionnée que je puisse trouver qui soit en adéquation avec mes propres envies. Chercher, dans ce que je veux faire, la façon la plus gentille et la plus irréprochable de le faire.

Aujourd'hui, je me demande. Je me demande ce que j'ai à gagner à être quelqu'un de bien.
Oh les gens disent des tas de choses gentilles de moi. A son enterrement, la maman, la tante, certains amis, étaient tellement contents de pouvoir dire que j'étais gentille avec elle. La voisine à qui j'ai rendu de nombreux services et que j'ai écoutée pendant des soirs et des soirs de plaindre de tout et de rien me dit que je suis gentille. Les collègues qui ont vu le harcèlement dont je fais l'objet me disent que moi, moi je suis gentille. Oh je suis gentille.

Mais pourquoi ? A quoi sert d'être gentille ?

Vous savez, ça m'a demandé des années d'efforts pour ne pas avoir comme première réponse à un coup qu'on me porte, l'envie d'en porter un moi-même. Quand quelqu'un me fait du mal, je serre les dents aujourd'hui, parce que rendre coup pour coup, ce n'est pas gentil, ce n'est pas noble. Un personne noble et gentille serre les dents et ne s'abaisse pas à se venger. Elle ne s'en remet pas à son instinct animal qui lui dicte de taper, de faire couler le sang. Parfois littéralement.

Se débarrasser du désir de tuer mon père, c'était un tel travail sur moi. Se débarrasser de ce besoin de faire mal quand j'avais mal, ça m'a demandé tellement. Il fallait être meilleure que ça. Il fallait être quelqu'un de bien.

Mais aujourd'hui je suis quelqu'un de bien et je ne suis pas sûre que ça ait été la bonne chose à faire.

Elle m'appelait et me disait qu'elle avait la gueule de bois. Je l'appelais et elle me disait qu'elle avait la gueule de bois. Je lui envoyais un mail avec des liens pour télécharger des extraits de film qu'elle voulait voir et elle me disait qu'elle avait la gueule de bois.
Il y a eu toutes ces fois où j'avais envie de dire quelque chose. Où j'avais envie de la secouer et de lui dire : arrête, tu dérailles complètement, tu es sur la mauvaise pente ! Elle avait l'alcool triste et je voyais bien que ça n'aidait pas. Je connaissais bien l'état dans lequel elle était, pour être passée par là et avoir la tête relativement hors de l'eau, et avoir le recul qui manque quand on étouffe sous la douleur et qu'on flirte plus ou moins intentionnellement avec le précipice. Je savais, pourtant, bordel, je le savais au fond de moi. Ce qui était choquant, et c'est terrible à dire, c'est que je pensais qu'elle abordait la phase ascendante, mais je savais où son âme avait été trainer, je savais à quel point elle s'était écorchée elle-même avec les questions, les doutes et les abandons, et qu'il était clair qu'il y avait un danger.

Mais voilà, j'étais gentille.
Et je me disais que ce n'était pas à moi de lui faire la morale sur sa consommation d'alcool ou sur le cercle dans lequel elle s'était enfermée. Si ce n'était pas à moi, c'était d'une part parce que je n'avais pas de légitimité : je ne faisais partie de sa vie que depuis récemment, "en vrai" ; et puis d'autre part, je ne voulais pas être la psycho-rigide qui comprend rien à rien et qui ne sait pas s'amuser ; je ne voulais pas être intolérante simplement parce que ce n'était pas mon mode de vie. Ce n'est pas gentil, de ne pas être ouvert sur d'autres modes de vie. Et c'est vrai, d'ailleurs : je n'ai jamais su m'amuser, je ne bois jamais plus de deux verres, et je ne bois jamais si quelqu'un ne me propose pas de sortir, et quand je sors, c'est toujours dans un joli bar à papoter entre amis, et jamais dans l'espoir que l'alcool ne me désinhibe pour me sortir de mes préoccupations. Je n'ai pas ce rapport à l'alcool. Je ne l'ai jamais eu. Je me souviens bien de la première fois où j'ai bu jusqu'à trois verres, et je n'étais même pas pétée, juste dangereusement sincère. Je ne sais pas m'arracher la gueule. Je suis trop fermée pour ça. Je n'ai jamais dépassé les traits, jamais marché hors des clous. Je suis si sage, même quand je ne me préoccupe pas d'être une bonne personne. Alors, depuis que je m'en préoccupe tant, pensez donc.

Si quelqu'un me disait, là, aujourd'hui, que j'ai eu raison de ne pas intervenir parce que je n'aurais pas été dans mon rôle, je me sentirais peut-être un peu mieux. Si quelqu'un me disait, là, aujourd'hui, être intervenu et avoir dit toutes ces choses avec plus de légitimité, je me sentirais sans aucun doute mieux.
Est-ce que j'étais la seule à pouvoir le dire ? Je l'ignore. Je connaissais si mal son entourage. Mais j'espère que quelqu'un l'a dit. Quelqu'un qui a compensé ma lâcheté et mon refus d'être "la méchante", "l'empêcheuse de se bourrer en rond", "la rabat-joie". J'espère que quelqu'un, n'importe qui, a au moins essayé de prévenir tout ça.

Alors oui, j'ai été gentille.
Si c'était à refaire, je serais la pire des pétasses.

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12 mai 2010

Comme un dimanche

Un dimanche de plus.
Je crois que si je devais trouver un synonyme au mot "famille", un mot qui symbolise les mêmes choses pour moi, un mot qui doive résumer la somme de tous mes sentiments envers elle, un mot qui garde la même signification... je choisirais le mot "dimanche".
Un dimanche, ça ne se passe pas forcément en famille. Mais une journée passée dans ma famille est forcément un dimanche, et même quand elle ne tombe pas un dimanche, cette journée ressemble, le plus possible, à tout ce dont un dimanche peut avoir l'air. Le dimanche, mon cauchemar ultime. Et pourtant mon plus grand fantasme.

Et ce dimanche-là n'était pas anodin, pas plus qu'un autre il est vrai car il n'existe plus de dimanche anodin, et quand je passe un dimanche chez mes parents, c'est toujours parce qu'ils ont trouvé une raison de me faire venir.

Ce dimanche, donc, on fêtait le départ à la retraite de mon père.
Départ à la retraite qui s'est en réalité fait début février, et qui, je dois le reconnaître, a remis pas mal de choses en question de mon côté, et qui semble être l'évènement majeur de ce premier semestre 2010 (oh, sauf si on prend en compte le fait que mon père m'a annoncé le soir de Pâques avoir un cancer de la gorge, évidemment, et qui est d'ailleurs un peu le non-évènement majeur de ce premier semestre 2010 puisque tout le monde fait comme s'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter et, d'ailleurs, ça semble avoir stoppé net les projets de divorce, ma mère préférant sans doute être veuve que divorcée, ce serait tout elle).

Flashback.
Pourquoi cela a remis quoi que ce soit en question pour moi ? Pendant des années, mon père avait une maîtresse, c'était "la rousse". C'était à cause d'elle que notre maison souffrait. C'était en tous cas elle la fautive désignée chaque fois qu'il venait s'excuser : "tu comprends, j'ai un travail difficile", "tu sais, c'est parce que j'ai des soucis au boulot", "tu vois, je ne m'entends pas bien avec mes collègues". Alors, il y avait d'un côté mon père qui travaillait (et il le faisait avec rigueur mais aussi avec toutes les peines du monde), et d'un côté moi qui subissait les conséquences d'un travail qui semblait être le pire des fardeaux. Mon père était indissociable de son travail. Il voyait tout par les yeux de son travail de policier, comme quand j'ai commencé à faire brûler de l'encens dans ma chambre, et il était sûr que je fumais ou que je me droguais ou pire (sic), alors que je me passionnais simplement pour la culture asiatique. Oh tous les sermons sur la drogue, l'alcool, les mauvaises fréquentations, la délinquance... quand je ne mettais de toute façon pas un orteil hors de la maison !
Sans compter, et c'est peut-être le plus important, l'obsession de mon père pour le travail bien fait, pour les vertus du travail (par opposition à la détente qui était dans notre maison synonyme de fainéantise)...
Mon père voyait la vie à travers son travail. Il a déformé sa vision de tout, il a changé mon père, il était responsable de mes maux.
Alors, une fois mon père à la retraite, qui blâmer ?
C'était la seule chose que je pensais avoir en commun avec lui : la valeur-travail. Aimer le travail bien fait (à défaut de pouvoir aimer le travail qu'on fait). Être honnête dans sa relation au travail. Mériter son salaire.
Peut-être qu'en fait j'ai imaginé avoir ça en commun avec mon père. Peut-être qu'il m'a inculqué quelque chose qui ne lui appartenait pas. Après tout ça ne serait pas la première fois.
Un soir qu'il me ramenait chez moi, peu de temps avant le départ à la retraite en février, je lui ai demandé ce qu'il ressentait, et je pensais qu'il allait me dire quelque chose du genre "ça me fait drôle", ou "ça me rend un peu triste" si vraiment j'étais en veine de confidences. Mais il m'a dit qu'il était content, parce que ses collègues, ça ne marchait vraiment pas avec eux, et qu'il n'avait pas hâte mais presque. Je dois avouer que ça m'a choquée parce que, ses collègues, il ne s'est jamais entendu avec eux, quels qu'aient été les collègues ; et je m'étais toujours imaginé que c'est parce qu'il était trop travailleur et droit et honnête (et c'était aussi à cette particularité que je m'identifiais), et que ça ne changerait jamais sa vision du travail. Et pourtant, c'était ce qui lui donnait envie de partir.
Mais en tous cas, c'était la première fois que nous avions une vraie conversation. Et peut-être que parler pour la première fois avec mon père avec sincérité et sans s'invectiver, sur un sujet autre que "nous", ça valait bien de mettre au panier mon image d'Épinal du papa qui a sacrifié sa famille sur l'autel du travail bien fait. Mais que voulez-vous, même quand on a eu un père comme le mien, on a envie de lui trouver un ou deux traits de caractère nobles. C'est difficile d'imaginer qu'il n'y avait même pas ça pour compenser la vie qu'il me menait à la maison.

Et donc, mon sujet de départ : dimanche. Un long dimanche de retraite. Avec plein de gens que je ne connaissais pas. Pas des amis à lui, au contraire : le voisin d'en face, le voisin d'en face à côté, le père de mon futur beau-frère, la mère et le beau-père de mon futur beau-frère, et au rayon "votre visage me dit quelque chose", ma sœur et mon futur beau-frère, une tante et une cousine, et ma mère. Pas d'ami. Juste des voisins qu'on invite parce que ça fait 10 ou 15 ans qu'ils sont là, et d'ailleurs mon père me dira, dans la voiture, au retour : "Oui, A on l'a invité parce que ça fait des années que c'est le voisin". Le voisin d'en face à côté... mais comme les autres on s'est fâchés avec eux ou bien on ne leur a jamais parlé, forcément. My dad in a nutshell.

Flashback.
Je ne sais pas pourquoi, mais ce dimanche m'a stressée tout le samedi. J'ai passé en revue fringues, maquillage, soins corporels... je me suis fait les ongles au moins 5 fois ce samedi-là avec trois vernis différents (pour finalement trouver la combinaison parfaite le dimanche une heure avant de partir), j'ai racheté du fond de teint, j'ai... je ne sais pas ce qui s'est passé, pourquoi ce dimanche m'angoissait. Peut-être que c'est parce que ma cousine qui est née la même année que moi (mais elle en décembre et moi en janvier) a annoncé qu'elle allait se marier cet été, et que j'ai toujours l'impression d'être en mode lapin blanc quand j'entends ce genre de choses. Ou peut-être que c'est parce que ma sœur et celui qui vraisemblablement sera mon beau-frère un jour vont emménager dans quelques jours dans leur propre appart, et que j'aurai toujours l'impression d'être en mode lapin blanc face à ma sœur désormais.
Toujours est-il que je voulais avoir l'air grande et adulte et soignée, et pas d'une ado attardée qui n'a toujours pas sa propre vie. En tous cas je devais ressentir ce dimanche en compagnie d'inconnus et de relatifs qui avancent "plus vite" que moi comme un grand jugement parce que je n'ai jamais autant passé de temps à me préoccuper d'améliorer ma propre apparence, ça m'a vraiment pris tout le samedi, et plusieurs fois en me faisant les sourcils au cordeau comme si je devais suivre des plans d'architecte, ou en me faisant des masques et des machins, les trucs que tout le monde semble trouve normal de faire tout le temps avec autant de précision, je me disais mais punaise, ce que ça peut bouffer comme temps, comment font les gonzesses pour faire ça toutes les semaines, que de temps que je pourrais passer à faire quelque chose de plus intéressant et constructif ! D'habitude j'en fais un peu, mais pas autant.
Mais je stressais trop devant ce dimanche. Alors que c'était un dimanche où il n'allait que très peu être question de moi. D'ailleurs je suis allée à ce truc dimanche alors que je me remettais à peine de mon intervention à l'oreille quelques jours plus tôt, c'est dire si même moi je ne faisais pas grand cas de moi.

Et donc, on y revient, mon sujet de départ : dimanche. Il s'est passé une bonne heure, voire deux, avant que je ne me sente à ma place à cet évènement. Nous avons levé nos verres une fois, deux fois, trois fois, à la santé de mon père, et j'étais assise exactement en face de lui, et je me disais... je suis en train de lever mon verre en l'honneur de mon tortionnaire.

Flashback.
Je sais bien que chaque année qui passe, on grignote un peu sur ces souvenirs-là, et qu'il est très arrangeant de faire comme si c'était de l'histoire ancienne. J'aimerais bien, moi aussi, faire comme si c'était de l'histoire ancienne, une anecdote drôle à raconter, un vague mythe fondateur à raconter à ceux qui me rencontrent et à qui je dis, en riant, parce que je le dis de façon un peu drôle, que mon père m'a dit une veille de Noël que mon copain était trop bien pour moi, ou qu'une fois, il a failli me jeter un dessous de plat dans la tête mais que ma mère l'a arrêté parce que sinon il allait "casser quelque chose". Et j'aime être cette fille qui, bravache, rigole de choses atroces.
Mais d'un autre côté... il y a la tête que fait ma psy quand elle me voit aborder le sujet puis faire une embardée pour passer à autre chose "de plus urgent". Et il y a le fait qu'elle finisse toutes nos dernières séances par un "la prochaine fois on parlera de votre père, quand même", avec l'air de dire que quoi que j'aborde c'est toujours de ça qu'il faudrait qu'on parle. Et d'ailleurs il y a le fait que même quand je décris l'enterrement auquel j'ai assisté il y a peu, je finis par dresser des parallèles entre son père et le mien. Il y a tout ça et je me rends bien compte qu'il faudra crever l'abcès à un moment. Ne plus chercher à faire comme si le dossier était classé, et toutes les plaies cicatrisées.
Oui, tout le monde, y compris moi, a peut-être l'impression qu'on a fait le tour du sujet dix fois, et qu'il est acquis pour moi que ci, et pour eux que ça, mais dans le fond ça fait toujours mal. Je suis toujours la petite fille terrifiée par ce qu'il pourrait me dire. Et même si je voudrais croire que les choses changent, que je grandis et que je n'ai plus peur comme avant de tout ce qu'il pourrait démolir en quelques mots, je reste en suspens en sa présence, et ça ne peut pas être anodin. Comme quand, par manque d'inspiration et mise au pied du mur, j'inscris sur sa carte à propos de la retraite que "c'est le moment d'apprendre à se détendre" et qu'il souffle en lisant ce message "ah, c'est la connaisseuse..." en riant, et que je ne parviens pas à me dire qu'il n'y a pas malice, et ainsi de suite, je décortique chaque mot dit avec minutie et terreur).

Et donc, je disais, mon sujet de départ : dimanche.
Cette impression de n'avoir rien à faire là. Mais surtout, l'impression qu'on a passé un nouveau seuil dans l'acceptation collective des évènements passés. Pas dans le sens que je voudrais. Dans un sens bien trop arrangeant.
Au moment de porter un énième toast, mon père dit de la retraite qu'elle va "lui permettre de passer du temps avec sa famille et de, peut-être pas rattraper le temps perdu, mais au moins un peu, quoi". Et moi je l'ai entendu comme à la fois un aveu et un désaveu. Mon père m'a jeté un bref regard et j'ai pensé : mais non, ce n'est pas une question de temps.

Flashback.
Ce n'est pas le temps qui a manqué. Je ne sais pas précisément ce qui a manqué, mais ce n'était pas le temps. Et je ne veux pas que tu passes plus du temps. Je ne veux pas que tu penses que le temps passé avec moi dorénavant est proportionnel au pardon que tu peux t'octroyer sur tout ce que tu m'as fait. Et jamais, jamais, jamais tu ne pourras compenser les 20 années pendant lesquelles tu m'as brisée, au point que je suis en thérapie à presque 30 ans, et que je ne comprends que progressivement tout ce que tu m'as volé pendant tout ce temps. Du temps ? Tu n'as même pas de temps. Tu as un putain de cancer de la gorge. Personne ne veut le dire mais c'est quand même vrai. De temps point. De guérison jamais. De pardon, tout juste.
J'ai plus ou moins décidé, un beau jour, que je t'avais pardonné. Un jour, j'ai dit à T (à l'époque j'étais avec T) que je t'avais pardonné, et c'était vrai mais ça m'a semblé assez soudain, j'ai réalisé tout d'un coup que la haine avait disparu. J'étais à la fois surprise et apaisée. Peut-être que ce n'était que temporaire parce que mes souffrances d'alors étaient ailleurs, mais j'avais aussi besoin de penser cela, j'avais besoin d'extirper la bête visqueuse, la nappe de noirceur qui me dévorait et qui recouvrait tout le reste. A partir de là j'ai avancé, et décidé que tu étais pardonné, pour toujours, quoi qu'il arrive, que la haine ne me possèderait plus jamais, j'avais trop à gagner à éloigner cette haine si puissante de moi. Finalement, je t'ai pardonné pour moi, mais pas pour toi. Et de toutes façons, je ne te l'ai jamais dit. Je ne t'ai jamais dit que je t'avais pardonné. Parce que je ne suis même pas sûre que tu comprendrais la portée de cet acte pour moi. Te pardonner quoi ? Pendant si longtemps tu as nié faire quoi que ce soit de mal. Pendant si longtemps toi et maman m'avez soutenu mordicus que j'exagérais tout, vous arriviez à me nier mes souvenirs, et c'était encore pire que de ne pas avoir conscience de tout le mal qui avait déjà été fait. Et ensuite, ensuite j'ai fini par revenir vous voir, un dimanche après l'autre, et il a semblé acquis qu'on fonctionnerait différemment. Les choses semblaient aller mieux, c'était oublié. En apparence. Alors si je te disais, aujourd'hui, que je t'ai pardonné il y a quelques années à peine, est-ce que tu comprendrais l'effort que ça m'a demandé ? Pas sûr.

Et donc, nos moutons, mon sujet de départ : dimanche.
Ce sentiment lapin blanc, cette terreur d'être la petite fille déguisée en grande, cette impression que tout le monde fait semblant pour le bien commun.
Mais je me suis amusée. Et j'ai même apprécié passer du temps avec l'un de nos voisins.

Flashback.
Je ne me souviens pas précisément de l'âge que j'avais. Je me souviens juste que la petite vieille en face de chez nous est morte, et que le voisin a acheté sa maison. Est-ce qu'il vivait avec son père à trois maisons de là, ou bien est-ce qu'il lui rendait seulement visite ? Je ne me souviens plus. Mais ce n'était pas un inconnu. On le saluait avant qu'il emménage. Mais là il est arrivé et je me revois regarder à travers les rideaux odieux de la cuisine, le voir rentrer chez lui, et me dire... ne rien me dire, juste ce sourire intérieur dont j'ai appris plus tard qu'il traduit une attirance physique qu'on ne concrétisera pas. Je ne me donne pas plus de 15 ans à l'époque. Et ça n'a rien changé dans ma vie. C'était juste, une fois de temps en temps, depuis la fenêtre de la cuisine, un petit eye candy pour une ado qui n'avait encore même pas vraiment idée de ce que c'était que l'attraction physique et qui confondait tout et rien. Je me disais juste, ah, tiens, voilà le voisin que j'aime bien voir. Je ne rougissais pas, je ne rêvais pas de lui, je ne m'imaginais rien. Il n'a jamais figuré au palmarès des Hommes-Sans-Visage. C'était juste pour le plaisir de l'œil. Il a juste participé à la construction de mes références masculines, si bien qu'en le voyant dimanche, j'ai connecté les points et je me suis dit qu'il ressemblait vachement à "mon type d'hommes", qui n'est pas un type à proprement parler vu la variété d'hommes qu'on y trouve, mais qui est ce grand sac dans lequel on trouve essentiellement des hommes entre 35 et 50 ans qui me plaisent, et me plaisent depuis souvent 10 ans quand il s'agit d'acteurs. Il a participé sans que personne le sache, pas même moi, à l'élaboration de mes critères masculins, et je l'ai vu dimanche en me disant, oh dis donc, ah oui, ça me revient et je vois pourquoi.
Ma mère me dira plus tard que c'est un vieux garçon qui a l'âge de papa et qui a pris une retraite anticipée, et qu'il vit avec une retraite de commandant (je m'en fous de ses sous, c'était pas ma question maman, ça c'était la tienne). Mon père me dira dans la voiture qu'il n'a aucun soucis d'argent et que c'est un type bien qui aide notre autre voisin à l'occasion. "Oui, ça a l'air d'être un type sur qui on peut compter", tente de glisser innocemment sa fille. "Oh c'est un vieux garçon tu sais", fait mon père comme si ça le rendait dangereux. "Non mais je veux dire, en amitié, ça a l'air d'un type solide", insiste la fille qui aime bien le côté taciturne et calme du voisin qui a décidément bien vieilli.
Mais qui a l'âge de papa, faut arrêter les conneries. Même si, il m'a regardée deux ou trois fois, non ? Non. Si ? A mon âge, je crois que je sais quand même reconnaître quand un homme regarde d'un air intrigué, quand même. Mais comme à 15 ans, ça s'arrêtera là. Il y avait de toutes façons trop d'émotions pour ce jour-là sans ajouter cette petite intrigue hors du temps. lady décrète que c'était agréable mais que les regards bleu acier disparaitront avec l'eau de la douche. Que ça commencera comme ça finira, complètement innocemment, juste pour le plaisir des yeux et avec quelques images en tête.
Tout cela participait de la même plongée 15 ans en arrière, finalement.

Parce qu'au-delà de la douche bouillante que j'ai prise en rentrant, il y a encore, indélébiles, toutes les autres préoccupations amenées par ce dimanche et qu'il y a déjà trop de questions à régler sans chercher à penser à cet aspect-là de ma vie en ce moment. Il n'y a pas de place pour ça au milieu de ma thérapie pour guérir de mon enfance, du cancer de mon père, de la mort de mon grand-père, de la mort de mon amie, de ma surdité temporaire... toutes ces choses qui m'ont fait passer les 4 dernières semaines les plus atroces depuis longtemps.

Un dimanche plein d'inquiétude, de rancœur, de tristesse, de fatigue et de questions. Un dimanche qui a duré une vie, finalement. Un long dimanche éprouvant qu'il m'a fallu plusieurs jours pour emprisonner dans des mots, et enfin le coucher sur ce blog... et même après plusieurs jours de relecture, je ne suis pas encore certaine que toutes les phrases aient du sens. C'était un trop long dimanche pour lady.
Et peut-être, juste peut-être, un dimanche de trop.

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23 avril 2010

Music: a complete guide to autism

La grande révélation que m'a faite ma psy il y a quelques temps, c'est que je ne suis pas dépressive. Je vous avoue que ce jour-là, elle a bien mérité ses 41€, parce que franchement, celle-là, on ne me l'avait jamais faite. Et près de trois mois plus tard, j'avoue n'avoir pas encore complètement intégré cette donnée.

C'est une nouvelle rassurante, d'une certaine façon. Du moins, ce devrait l'être. Mais au contraire, je suis complètement retournée.
Je ne serais pas dépressive ? Je n'aurais connu que des épisodes dépressifs, mais je n'aurais pas une personnalité cliniquement dépressive ? Par défaut, ce n'est pas ma nature ? Mais alors, comment expliquer que je l'aie été pendant une bonne vingtaine d'années ? Il parait que je connais des épisodes dépressifs particulièrement longs à cause d'un facteur qui les provoque. J'ai une petite idée sur les personnes à blâmer pour ces "facteurs extérieurs", je vous le dis franchement. Mais ça reste quand même une révélation foudroyante. Parce que ça fait quand même la bagatelle de 10 ans que j'avais acquis la conviction d'avoir été dépressive toute ma vie. Ça expliquait tout. Ça expliquait mon rapport à la mort, à ma mort, à tout. J'étais convaincue d'être dépressive depuis toujours.

Et donc, je ne le suis pas.
Bon.
Il va falloir faire avec cette nouvelle donnée.
Merde alors, quand même.
Toutes ces fois où...? Non ? Bon. Pas dépressive, alors. Juste des épisodes. Des épisodes longs, mais des épisodes. Bon. Merde quand même. Le choc, putain. Sérieusement. Pas dépressive. Bordel, si j'avais su.

Ou, en fait, peut-être que je savais. Du moins, peut-être que mon corps le savait. Chaque fois que ça allait si mal, que je me sentais meurtrie à l'intérieur, et que je ne luttais pas. Peut-être que c'était ça. Peut-être que c'est mon corps qui digérait l'épisode, parce qu'il savait qu'il allait rebondir. Parce qu'il n'était pas dans sa nature d'y rester, dans son épisode dépressif. Peut-être que par réflexe, je ressentais le besoin d'explorer l'épisode dépressif pour mieux repartir de l'avant.

C'est encore difficile pour moi à concevoir. Ça annule des tas de choses que je croyais être vraies sur moi-même. Quand j'ai vécu en 2003 cette espèce de résurrection intérieure, par exemple. C'est comme si maintenant ça perdait du sens, cette renaissance que j'ai ressentie alors. Je n'étais pas dépressive. La renaissance était normale. Ce n'était pas mon miracle à moi. Je n'ai jamais eu de miracle à moi. Juste des sorties de crise, qui étaient inéluctables, parce que, tenez-vous bien, il n'était pas dans ma nature profonde d'être dépressive. Et je plains sincèrement ceux qui le sont parce que, bordel, j'ai eu l'impression que mes épisodes, c'était déjà une sacrée épreuve.
Mais en fait, non, je n'ai jamais été qu'un imposteur. Et je ne le savais même pas.
Je suis encore ébranlée par cette révélation. Elle invalide plein de choses et il y a des tonnes d'ajustements à faire dans la façon dont je me voyais.

Cela dit, depuis qu'elle est partie, je crois que cette conviction m'a aussi un peu aidée. Je vais rebondir. Ça va être dur, mais ce n'est qu'un épisode. Je peux faire confiance à mon instinct pour vivre la douleur à fond, puis en ressortir. Savoir que je n'ai jamais été dépressive, c'est un peu une trahison envers elle, mais beaucoup un soulagement en ce qui concerne le futur. Je vais rebondir. J'ai trahi tous ceux avec qui je compatissais, mais en tous cas, je ne suis pas dépressive. C'est pas dans ma nature. J'ai dépassé l'épisode où je voulais mourir, depuis bientôt 9 ans maintenant, c'est bien, c'était un épisode, on n'y reviendra pas. Là je passe par un autre épisode (et je peux clairement voir que, bien qu'il soit atrocement difficile, il n'a rien de commun avec d'autres qui l'ont précédé) mais ce n'est que ça, un épisode, et je m'en sortirai. Avec de nouvelles cicatrices à l'intérieur, mais je m'en sortirai.
Cette nouvelle que ma psy m'a apportée, c'est comme une sorte d'espoir, de foi. Depuis combien de temps je n'avais plus ressenti ce genre de choses aussi infiniment positives sur l'avenir ? Je ne suis même pas certaine que ça me soit déjà arrivé.
Et dans mon cercle malsain de médicaments, et de pensées morbides, et de questionnements sur ma nature, je conserve la foi nouvellement acquise que, là, je ne le vois pas, mais l'épisode aura une fin. Ce n'est pas qui je suis, ce n'est pas mon diagnostic, il y a une issue qui n'est pas la dépression. Je vais en chier quelques temps, continuer de sortir du boulot et voir le ciel sans nuages et m'effondrer dans la rue, continuer de pleurer dans le train avec la respiration qui s'arrête comme si mes poumons n'allaient plus jamais accepter de passer le moindre gramme d'air, continuer de hurler de douleur le soir quand je n'ai pas encore pris mes médicaments...
...mais vous savez quoi ? C'est pas moi. Ce n'est pas qui je suis. C'est juste ce que je vis. Ça finira à un moment. Il faut que je me fasse confiance. Parce que mon corps, il n'est pas malade. Il ne l'est pas. Et il va extirper tout ce mal de lui-même à un moment ou à un autre. Il faut juste serrer les dents, et se laisser faire, et ça reviendra, comme c'est toujours revenu, après tout, même si la première fois ça a pris 21 ans.
La renaissance de 2003, celle de 2008, et maintenant, celle de 2010 peut-être ? Ce n'est pas sans fin. C'est juste terrible à vivre.

Alors je m'en remets à mon corps, je passe la crise comme j'ai passé toutes les autres, je laisse les choses se faire et j'attends de remonter de moi-même.
Et en attendant, eh bien, je laisse l'instinct me guider.

En ce moment, mon instinct me dicte plusieurs choses. D'une part, l'autisme total, celui-là je le connais bien, c'est quand le monde n'existe qu'unilatéralement, je ne prends plus d'appel, je ne vois plus personne. Ça fait deux ou trois jours que ça a commencé et je pense que ça y est, le mécanisme est enclenché, j'ai tous les symptômes du "le monde doit impérativement comprendre qu'il doit me foutre la paix et attendre que j'aie envie de venir à lui".
Et d'autre part, la musique. Deux jours après qu'elle soit partie, je suis allée à la FNUC et je me suis racheté ces écouteurs bluetooth que j'avais achetés en novembre et qui, au bout d'une semaine, ont été grignotés par le chat de mon patron (j'attends toujours les 50€ de dédommagement, enfoiré), et que j'avais hésité à me repayer vu la somme, eh bien là ça y est, et tout le monde peut voir que j'en ai, des écouteurs, parce que dés que je suis dehors, je les ai vissés dans les oreilles, celle qui entend et celle qui n'entend plus vraiment, et celle qui entend, sérieusement, elle en est douloureuse à force d'avoir l'écouteur vissé comme ça deux à trois heures par jour, c'est pas le son, c'est juste le corps étranger vissé dans l'oreille pour me plonger dans la musique et pour effacer le reste du monde, et la musique efface le monde et je sais que ce n'est qu'une phase, mais là j'en ai besoin, de ma musique, je l'ai senti monter depuis quelques jours, et là on y est, c'est la musique, tout le temps.

Et de savoir qu'après, je vais sortir de mon autisme musical, parce que c'est juste un épisode... ça m'autorise à me laisser encore plus aller.

Dontlookback

Même au plus sombre, il semble désormais que j'ai, par cette révélation, déverrouillé l'accès à une certaine confiance en l'avenir.
Don't look back.

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19 avril 2010

Dangereux mimétisme

Depuis qu'elle est partie, vraiment, c'est dur. Et très franchement, pour quelqu'un que j'ai rencontré "en vrai" il y a seulement 9 mois, ça m'étonne un peu de réagir comme ça, mais, comme le dit ma psy (en ce moment je fais partie de ces gens qui commencent leurs phrases par "comme le dit ma psy"), ça faisait très longtemps que je m'étais fermée aux autres, et pour la première fois depuis des années que je laissais quelqu'un entrer dans mon cœur, ça rend les choses encore plus difficiles. Elle avait de l'importance par elle-même, parce que c'était une personne absolument magique, et puis elle avait de l'importance à cause de ça aussi, parce que plus personne n'avait eu le droit d'avoir un tel accès à moi-même.

Je ne suis pas une personne secrète, pourtant. Loin de là. Posez-moi la question la plus intime qui vous vienne à l'esprit, et j'y répondrai, parfois avec une formulation un peu humoristique si je suis embarrassée, mais en tous cas toujours. C'est d'ailleurs en cela que l'expérience formspring s'est avérée décevante, les gens se sont souvent bornés à des questions simplistes et n'ont pas cherché à me pousser dans mes retranchements, je n'ai pas pu tester mes limites en la matière. Il doit bien y avoir pourtant une limite à ce que j'accepte de dire à tout le monde et n'importe qui, mais je ne connais pas encore cette limite. J'avoue être assez contente de ce trait de caractère que j'ai, qui fait de moi quelqu'un de fondamentalement honnête, d'une certaine façon. Je me vois comme Gally mettant tirant son coeur de sa poitrine et le posant sur la table, là où tout le monde peut voir qu'il est en jeu.
Mais étrangement, plus je suis prête à parler d'absolument tout avec tout le monde, moins il y a d'intimes dans ma vie. Je ne manque pas d'intime, mais je manque d'intimes, clairement. Je ne m'attache plus à personne.

Ou plutôt, je ne m'attachais plus à personne. Et puis il y a ce soir, dans ce bar, deux petits cocktails et beaucoup, beaucoup de souvenirs évoqués, et ce n'était que la seconde fois que nous nous rencontrions "en vrai", mais c'était comme si nous avions vécu côte à côte. Nous étions deux personnes fondamentalement différentes, au vécu différent, au présent différent, aux aspirations différentes, mais au ressenti absolument similaire.

C'était souvent une chose douloureuse. Elle me renvoyait le miroir de ma propre douleur. Parfois on parlait au téléphone une, ou deux heures, au beau milieu de la nuit, c'est principalement arrivé cet hiver suite au décès de son grand-père, et pendant plusieurs jours ensuite, je me sentais terriblement mal, comme une sorte de nausée émotionnelle, parce que tout ce qu'elle avait dit, je l'avais ressenti à un moment ou à un autre de ma vie, et ça faisait terriblement mal d'être mise face à tout cela.
Je suis habituée à parler de ma douleur, et aujourd'hui, je sais en parler sans sombrer systématiquement dans le pathos, ce qui est une immense victoire sur moi-même.
Mais entendre quelqu'un d'autre dire toutes ces choses-là, c'était une expérience terrible. Terrible.

Pour autant que ç'ait été infiniment douloureux de partager tous ces sentiments avec elle, c'était aussi profondément réconfortant d'avoir cette autre personne, qui savait. Qui savait ce que chaque chose pouvait représenter.

J'ai repensé aux mois que nous avons passé, depuis notre "vraie" rencontre, à la façon dont s'était déroulée notre amitié. Pas une fois, pas une seule, nous n'avons eu de dispute, de désaccord profond sur quoi que ce soit. Nos goûts variaient, nos expériences variaient, nos envies variaient... mais sur le fond, jamais le moindre désaccord.
Et je trouvais incroyablement confortable de sentir en elle cet accord constant avec tout ce qui me semblait être le pilier de mon être.

Mais en même temps, je ne nous prenais pas pour des jumelles ou quelque chose de ce genre. Ce n'était pas fusionnel. Je respectais le fait qu'elle mène une vie dont je désapprouvais beaucoup d'éléments.
Aujourd'hui je me dis que peut-être j'aurais dû quand même ouvrir ma gueule.

Quand ce soir-là, elle m'a appelée, et qu'elle m'a dit toutes ces choses gentilles, et que je lui en ai dit d'autres gentilles aussi... je n'aurais pas dû. J'aurais dû lui dire "écoute, ma chérie, c'est n'importe quoi, il faut que tu arrêtes tes conneries, tu te rends pas compte, t'es complètement pétée ma grande, explosée, c'est pas raisonnable, personne ne devrait boire comme ça à s'en rendre malade, il faut que tu fasses quelque chose". Au lieu de ça j'ai été gentille et tendre et compréhensive, et quand j'ai raccroché, la première chose que j'ai dite à Tomcat, c'est "that cannot be healthy". Et non, c'était pas sain, en effet, et ça s'est vérifié par la suite. J'aurais dû dire quelque chose. Me fâcher. Les amis font ça. Ils vous disent quand vous avez merdé. Ils vous disent que vous avez un problème. Quitte à se fâcher et se prendre la tête quelques jours ou une semaine, ou deux à la limite. J'étais en position de le faire. Mais je respectais trop le fait qu'elle soit différente de moi et qu'elle ait le droit de mener sa vie comme elle l'entendait. Oui, on peut respecter trop quelqu'un, au point de la laisser se perdre.

Ca fait 12 jours que tout le monde me répète combien elle m'appréciait et combien j'ai compté. A quel point j'avais été gentille avec elle. Et je suppose que c'est une consolation pour plein de monde de se dire que, pendant ces derniers mois où elle allait si mal, il y a eu des personnes dans sa vie (pas que moi évidemment) pour être là et être gentille et toujours avoir une attention. Et c'est parfait si ces personnes trouvent une sorte de consolation dans cette idée.
Mais moi. Moi j'ai été gentille. C'était la chose la plus importante au monde pour moi depuis quelques temps, une véritable obsession : être quelqu'un de bien. J'ai été bien. Gentille. Compréhensive. Tolérante.
Et finalement j'aurais dû être une chieuse. Ca ne l'aurait peut-être pas sauvée.
Ou peut-être que si, je ne saurai jamais.

Depuis 12 jours me voilà dans un étrange cercle où j'essaye de me distancier de notre ressenti commun mais où, en même temps, je suis attirée par lui. Je voudrais comprendre ce qui était tellement bien dans le fait d'être bourrée. Dieu merci j'ai comme règle depuis plusieurs années de ne jamais garder d'alcool à la maison, je n'ai aucune idée de ce qui se passerait si ce n'était pas le cas. Par contre des médicaments, j'en ai. Et pour la première fois de ma vie, je ne les dédaigne pas. D'ordinaire, on me les prescrit, je les prends pendant quelques jours, trois, quatre, cinq si je suis motivée, et puis j'oublie. Et le lendemain je me dis "oh, c'était pas si terrible de faire sans, pourquoi reprendre ?". Et ça s'arrête là. Jusqu'à l'ordonnance suivante.
Mais là non. Là je prends mes médicaments, avec une sorte d'anticipation, même, ah, il est 22h, la bonne heure pour prendre les deux médicaments, celui pour se calmer et celui pour dormir. Et puis j'apprécie tellement la sensation d'avoir la tête qui tourne et de me prendre les pieds partout et de ne pas tenir debout que j'en rajoute un troisième. Et je sais que ce n'est pas la chose à faire. Et que le lendemain, les effets vont se poursuivre jusque tard dans la matinée, oh je vais me lever (enfin, pour le moment j'ai réussi à me lever sans problème, on ne sait pas ce que l'avenir réserve), mais jusqu'à 10, ou 11 heures, je vais être complètement shootée, et j'aime cette sensation. Et ça me fait peur parce que jusque là je l'ai détestée et méprisée, cette sensation.

Et tout est comme ça. Je pense au suicide, sans arrêt. Pas le mien, pas le sien, le suicide en général. A des façons de mourir, pas pour moi, pas celle qu'elle a choisie (même si elle me révolte), mais en général, comment mourir ? Je pense à la mort alors que je sais que j'ai dépassé ce stade il y a quelques années maintenant. C'est comme la sobriété, je compte le temps passé avec des petits jetons imaginaires, je sais que je tiens bon, je sais aussi que je peux glisser.

Elle a basculé et j'ai envie de faire le mouvement aussi. Je n'ai pas envie de binge drinking et je n'ai pas envie de mourir, mais c'est quand même une sorte de tentation permanente parce que, même si ma psy me le dit : "vous n'êtes pas elle", et même si je le sais et l'ai toujours su comme une évidence, je ne sais pas.
Il y a une sorte de besoin de mimétisme.

Je crois qu'elle me manque aussi comme ça. Ca me manque d'avoir perdu cette partie de moi qui était en communion avec quelqu'un, et je voudrais retrouver ça.
Et pour mon propre bien, je ne dois pas, il ne faut pas, et je ne le veux en fait qu'à moitié.

Mais ce soir, je sais que je vais regarder ma plaquette de médicaments comme je l'ai regardée hier soir. Avec soulagement.

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Tic tac tic tac

Le temps passé : ça fait 3 jours que l'enterrement a eu lieu. Ça fait 12 jours qu'elle est partie. Ça fait 14 jours que je ne lui ai pas parlé.
Mais surtout, j'ai l'impression que ma vie est centrée autour de la gestion du temps qu'il reste. Je m'en suis aperçue hier soir.

Hier j'ai pourtant passé une plutôt bonne journée, vu les circonstances. En fait, si on essaye de faire comme si vendredi ne s'était pas produit, ce que, soyons honnêtes, je me suis efforcée de faire ces deux derniers jours, c'était un plutôt bon weekend dans l'ensemble.

Samedi, je me suis levée tôt, je suis allée voir ma psy, j'ai fait mes courses, et j'ai cagoulé des videos de Jmusic une bonne partie de l'après-midi. Vient le début de soirée et sur le coup de 19h30, je me dis soudainement en levant le nez : tu peux pas laisser ce bureau comme ça. Pas si dans un avenir proche, il doit y avoir cet ordinateur dessus. C'est quand même son ordinateur, merde. Alors comme ça, juste comme ça, je commence une désinfection de tout le secteur du bureau, j'ai tout vidé, j'ai tout déplacé, j'ai tout nettoyé, j'ai tout décapé, j'ai tout briqué, j'ai tout trié, j'ai tout rerangé, et aux alentours de minuit, le dos rompu, enfin, j'avais fini. Même pas vraiment satisfaite de moi d'ailleurs. Mais bon, c'est un peu mieux comme ça. C'est pas Byzance mais je rangerai un autre coin de l'appart la prochaine fois, pour stocker des trucs qui actuellement sont sur le bureau, et ça fera de la place pour son ordinateur et ce sera mieux. Voilà, ça sera le programme du prochain weekend, tiens, faire la même chose dans l'armoire pour faire encore plus de place sur le bureau.
Finalement, tout va bien, je n'ai jamais passé que plus de 5h sur le nettoyage d'un bureau. Faut dire que j'ai passé des lingettes désinfectantes jusque sur les câbles de l'ordi, de la télé et du téléphone. Mais non je n'ai pas atteint un stade psychotique de mon deuil, mais non quelle idée.

Donc une fois que j'ai eu descendu les poubelles (descendre les poubelles à minuit et demi un samedi, rien de plus normal) avec tous les papiers que je garde pas (moi ! moi qui jette des trucs ! des papiers en plus !), j'ai même pas su m'arrêter, j'ai passé la serpillère par terre (et par serpillère je veux dire que je nettoie le sol à l'éponge comme dans un Dickens, Dieu merci je ne le fais plus à la brosse à dents depuis plusieurs années), j'ai changé les draps du lit, j'ai mis de l'encens à brûler, bon, ça sentait le propre, ça avait une gueule propre (du moment qu'on regardait pas dans l'évier parce que la vaisselle n'a pas eu l'honneur de tant d'attentions), mais rien à faire je n'étais pas satisfaite de moi. J'ai pris une douche avec un shampoing, et le temps que les cheveux sèchent, je me suis regardé deux épisodes de sitcom mais ça collait toujours pas. J'ai pas pris mes somnifères en me disant qui si mon dos éclaté ne me faisait pas m'évanouir, l'heure avancée (2h45 du mat, tout va bien) devrait quand même pouvoir s'en charger... J'ai dû fermer l'oeil vers 3h30, par là.

Le réveil était programmé pour 10h30 le dimanche ; à 10h15 je bondissais hors de mon lit, partais faire un complément de courses because rupture de stock de jus d'orange, revenais à la maison, et me recalais à nouveau devant des videos de Jmusic. Sur le coup de 18h00, tout d'un coup je me dis que je me lancerais bien dans une salve de lessives. Je descends à la laverie, une machine se libère dans les 10 minutes, je mets mon chargement en route, manque de bol l'autre machine est occupée, pas grave en attendant je nettoie la salle de bains, je fais un peu de vaisselle (juste un peu faut pas exagérer, je suis pas à ce point désespérée), je redescends pile pour la fin de ma machine, hop, lancement du séchage, je remonte, je prends une douche type décrassage intense de l'enfant sauvage (parce que non contente de prendre deux douches par jour en moyenne, il faut aussi que je me décrasse avec trois savons différents et un shampoing une fois de temps en temps, comme si j'étais la plus dégueulasse des créatures rampantes de la planète ; faudra que j'en discute avec ma psy à l'occasion, je suppose), le temps que les cheveux sèchent pouf le linge était sec aussi, résultat des courses il était 21h00 et yavait plus rien à faire (j'omets volontairement la vaisselle qui, bon, bah, c'est pas à ce point non plus hein). J'ai allumé un bâton d'encens et je me suis remise devant un écran, j'ai vaguement joué à deux ou trois conneries online, j'ai regardé des videos de Jmusic, ce genre de choses. Je suis allée me coucher vers 23h00, le cocktail de pilules censées être magiques et me faire dormir n'a fini par faire son effet que vers 1h30 du matin où j'ai eu la tête qui a vaguement tourné (c'est bien, 4 heures après la prise, quand même, belle performance), je me suis forcée à dormir et comme par miracle ça a marché, et ensuite, réveil le lendemain matin pour aller au boulot.

Si je raconte tout ça, alors que d'ordinaire j'exècre écrire des posts qui racontent de façon chronologique un évènement donné, c'est parce que tout d'un coup, hier, en remontant mon linge tout sec de la laverie, je me suis dit : t'as passé ton temps à calculer tout ce que tu faisais.  T'as plein d'équations toutes prêtes dans ta tête pour savoir ce que tu vas pouvoir faire en même temps qu'autre chose.
Un cycle du sèche-linge = douche + shampoing + temps de séchage. Le téléchargement d'une video de Jmusic = préparation du dîner. Plus fou, quand tu joues à des putains de jeu en ligne, tu calcules que dans 7 minutes tu pourras récolter tes patates, ou que dans 30 minutes ton personnage sera sorti de la salle de gym. Même dans les trucs censés être divertissants, tu es une machine à calculer le temps qu'il reste !

Le temps qu'il reste.
La formulation ne peut pas être innocente dans les circonstances actuelles, évidemment.

Avant, je n'étais pas comme ça. Pas avant, "il y a 12 jours", mais avant, "avant". Avant que je me prenne ce crochet dans la mâchoire il y a quelques années. Avant, je m'en foutais, du temps. Ma mère me disait "va prendre ton bain parce qu'à 19h00 on dîne" ou "termine tes révisions parce qu'il ne te reste plus que 10 jours avans le bac" et je m'en battais royalement l'oeil parce que très franchement, ça viendra quand ça viendra. Bien-sûr que l'heure du dîner approche et faut pas s'inquiéter, mais je serai propre pour le dîner faut pas se mettre dans cet état-là, et oui, évidemment que le bac est dans quelques jours mais je serai prête ou je ne le serai pas, c'est pas maintenant que ça se joue mais ces trois dernières années.
Et c'était reposant de penser de la sorte. J'aimais cette forme de je-m'en-foutisme que j'avais vis-à-vis du temps. J'ai longtemps refusé d'apprendre à lire l'heure, je devais être sur la fin de l'école primaire, peut-être même le début du collège quand j'ai accepté d'apprendre. Regarder une montre, ça ne m'intéressait pas. D'ailleurs quand mes parents ont arrêté de me forcer à en porter une, je n'en ai plus jamais porté de ma vie.
Parce que mes parents semblaient passer leur vie à surveiller l'heure ; et je me disais, mais ma parole, ils ont un don pour se stresser pour des conneries. Le temps passe et on n'y peut rien, l'heure avance et c'est comme ça. Au pire je serai un peu en retard. Quel mal à ça ? Je ne vais pas me mettre la rate au court-bouillon pour une histoire de temps qui passe. Et du coup j'ai passé beaucoup de temps dans ma vie à être en retard à des rendez-vous ou en cours ou au travail, par refus de regarder l'heure. Finalement c'était une autre façon de regarder l'heure (ah tiens, il est 8h20 sur la pendule de la pharmacie et je suis encore dans le bus, je vais être à la bourre), mais quand même, je ne voulais pas que tout ça ait de l'importance, et ça en avait le moins possible.

Il y a quand même des choses plus graves dans la vie que cette angoisse permanente de ne pas être à l'heure pour le futur.

Mais voilà, aujourd'hui, j'ai changé, et maintenant moi aussi j'apprends à regarder l'heure, pas pour savoir l'heure qu'il est maintenant mais pour savoir le temps qu'il me reste avant que telle action soit finie, ou que tel évènement minuscile de ma vie se produise, comme la fin d'un cycle du sèche-linge.

Calculer le temps qu'il reste. Il faut que je m'ôte cette idée de la tête.

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23 mars 2010

Rites de passage

Depuis toujours, j'ai cette sensation d'avoir raté quelque chose de vital. Et ce quelque chose de vital, c'était en fait plein de petites choses. Fêter mon bac ; plusieurs copines l'ont fait, pas moi. Fêter mes 18 ans ; ma sœur l'a fait, pas moi (c'était une méga-teuf que mes parents ont très largement contribué à voir aboutir). Fêter mes 20 ans ; au moins l'un de mes cousins l'a fait, pas moi. Des choses comme ça. Des manifestations marquant un passage à l'âge adulte. Je n'aimais pas les fêtes, et y suis toujours assez rétive, mais enfin, je ne marquais jamais le coup, quoi.
Quand j'ai eu mon bac, je travaillais. Mon père a été voir les résultats pour moi, il m'a appelé, m'a dit "tu as le bac avec mention". J'ai dit que c'était cool, j'ai raccroché, je suis retournée travailler. Le soir, je suis rentrée et on a mangé une tarte au citron au dessert. C'est comme ça que j'ai fêté ma mention au bac. Six mois après n'avoir pas fêté mon anniversaire avec des amis, mais uniquement les parents et la grand'mère un dimanche. Et je sentais bien que j'aurais dû faire mieux que ça. Que j'aurais dû me rendre ces instants mémorables (et peut-être, mais juste peut-être, mémorables pour mon entourage aussi ; comme dans "tu te rappelles quand on a fêté les 20 ans de lady ?"). Je le sentais plus confusément à l'époque, et j'en nourrissais simplement une grande jalousie dirigée contre un peu tout le monde et n'importe qui. Aujourd'hui je sais que j'ai raté mes rites de passage. Ça me manque encore, parfois. Ils sont sans doute nécessaires pour officialiser un certain nombre de choses. Ils ont une raison d'être après tout.

Alors voilà, mes rites de passage, au mieux ils se sont faits en toute discrétion comme la petite tarte au citron, au pire ils n'ont pas eu lieu du tout...

Comme pour mon premier déménagement dans un appart à moi toute seule où je n'ai jamais pendu la crémaillère. Ce matin-là, je suis partie au boulot, mes parents ont amené mes affaires dans l'appart, je suis rentrée du boulot dans l'appart au lieu de rentrer chez eux, j'ai écouté les infos à la radio (la télé n'avait pas été tout de suite déménagée), j'ai mangé de la semoule et deux saucisses que ma mère avait laissées au frigo, assise près de la fenêtre, et je suis allée me coucher dans l'heure qui a suivi.

Je repense à tous les instants qui semblaient importants à marquer d'une croix dans le calendrier de ma vie... je ne les ai pas soulignés. Parfois j'y pensais sans pouvoir le faire, parfois ça ne me venait à l'idée que plus tard, trop tard.

Mais enfin, la bonne nouvelle, c'est qu'a priori, arrivée à 28 ans, les rites de passages manqués sont tous derrière moi et non devant. A l'approche de la trentaine, on peut considérer aujourd'hui que je suis une adulte et qu'il n'y a plus besoin de signaler quand je fais quelque chose dans ce genre. Aujourd'hui, je ne deviens pas adulte, je le suis. Du moins peut-on l'espérer. Et ce que je fais n'est jamais symbolique de mon passage à l'âge adulte, il marque (au mieux) une évolution vers une "situation". Et je dois dire qu'après avoir eu, pendant environ deux décennies, et plus particulièrement sur la fin de la seconde, l'impression de passer à côté de tous ces rites, ça me rassure de me dire que quoi que je fasse maintenant, j'ai passé cette période transitoire et que j'aborde une phase de stabilisation. C'est vraiment une idée plaisante et réconfortante dont je ne me lasse pas.
D'un autre côté j'ai toujours su que j'aimerais vieillir.

Mais enfin, ça fait quelques semaines que j'entends parler d'un truc, là, comme ça, que plein de gens de mon âge ou un peu moins font, et que je ne fais pas, et je suis en train de me dire : dis-donc, lady, tu serais pas en train de louper le coche encore une fois ?
Les évènements à l'origine de ce questionnement ?
- Mon beau-frère a contracté un prêt pour acheter un appartement.
- Ma sœur va contracter un prêt pour acheter une voiture.
- Ma sœur calcule ce premier prêt en fonction de celui qu'elle contractera pour ouvrir son cabinet dans quelques années.
- L'une de mes amies va contracter un prêt pour racheter un appartement.
Vous me le dites, si vous voyez une tendance générale qui se dessine, hein... Et encore, je mets de côté les personnes qui ont emprunté de l'argent pour payer leurs études, c'est encore autre chose.

Mettons de côté le débat autour de la question "contracter un prêt à un jeune âge est-il une bonne chose ?", car bien que le principe du prêt en lui-même me gène (j'ai grandi dans une famille qui avait en permanence des prêts à rembourser, et ça me dépasse que des gens puissent avoir l'idée de demander un prêt pour la maison, un prêt pour la voiture, un prêt pour le canapé...), ce n'est pas la question ici.
Ce qui me turlupine, c'est que ces personnes s'installent dans la vie et pour cela, contractent un prêt. Et que moi, non.

Ce qui implique que mon beau-frère va être propriétaire, mon amie aussi, ma sœur aura une voiture et dans quelques années un cabinet. Et là, tout de suite, en ce moment, je regarde autour de moi, je vois la télévision, l'ordinateur, les quelques meubles, les CD et DVD... bon, et puis ? J'ai quoi, moi ?

Le plus étonnant dans cette interrogation qui me saisit à la gorge depuis que j'ai relié les points entre eux, c'est que je suis pleinement consciente de ne pas vouloir être propriétaire d'un appart (je veux pouvoir changer facilement si je viens à ressentir la plus minime sensation d'étouffement, et j'ai aussi toujours dans un coin de ma tête l'idée de l'expatriation potentielle que j'accepterais sur le champs si on me la proposait sous une forme ou une autre pour une vingtaine de pays), je ne veux pas acheter de voiture (ce qui est logique puisque je n'ai même pas le permis), et je n'ai aucune envie d'ouvrir mon propre cabinet, ma profession ne s'y prêtant pas et, d'ailleurs, la profession de mes rêves non plus. Concrètement, je ne veux pas ce qu'ils obtiennent via ces prêts. Ce n'est pas ce que j'ai l'impression de vaguement envier à nouveau.

Mais je me dis que, voilà, ces histoires de prêts sur 5, 10, 115, 20 ans... ce sont des engagements d'adulte. Et moi je n'ai aucun engagement de ce genre.
Et tout d'un coup, je me sens comme... vous savez, dans les séries qui se déroulent dans une famille ? Il y a toujours un des enfants (souvent un garçon) qui est totalement irresponsable, bien qu'ayant la trentaine bien sonnée. Il est génial avec les enfants des autres mais il ne sait pas garder un job, il considère la maison parentale comme un point de chute chaque fois que ça foire (et ça foire souvent), il est incapable d'entretenir une relation stable et, lors des repas de famille, la grand'mère le regarde en secouant la tête avec inquiétude et lui glisse une enveloppe discrètement sous la table, parce que ce galopin c'est son préféré même si on ne sait pas trop ce qu'on va en faire et qu'il donne bien du soucis.

Soudain, je suis ce personnage-là et je m'imagine aux repas de famille dans un an ou deux, en train de raconter comment ma titularisation est encore reportée alors que ma sœur se plaint de ne pas avoir pu partir en vacances à cause du papier peint qui doit être fait dans l'appartement ou de la voiture qui a été percutée le mois dernier.

Je dramatise. Je dramatise forcément. Je suis une grande fille, après tout, non ?
Est-ce que j'ai besoin d'acheter un appartement et m'enchaîner pour 15 ou 20 ans à mon banquier (minimum) pour être une adulte ? Non. Non, évidemment. Être adulte c'est autre chose. Enfin, je crois.

En vérité je ne suis plus très sûre, tout d'un coup, d'être une adulte.

Peut-être que si je vivais une relation sérieuse, ou si tout se passait bien au boulot, ou... peut-être si un autre élément de ma vie me semblait plus stable, je ne serais pas aussi inquiète de voir tous ces gens souscrire à des prêts alors qu'ils ont mon âge ou moins (ou moins ! au nom du ciel, ma sœur a 5 ans de moins, mais combien de fois encore va-t-elle me rappeler qu'elle va plus vite que moi pour tout ?), mais là non, je n'ai rien pour démentir cette impression cruelle d'être le vilain petit canard.

En soi, franchement, contracter un prêt, ça n'a rien d'enviable. Ma sœur me racontait que le prêt de l'appartement, il engage mon beau-frère (et donc ma sœur par ricochet) sur 25 ans ! 25 ans !!! Ils en sont déjà à calculer dans combien de temps ils auront remboursé une somme suffisante pour... revendre l'appart et contracter un prêt pour acheter plus grand ! Et comment le prêt pour ouvrir son cabinet dans quelques années s'intercale là-dedans ! Mon Dieu, mon beau-frère et ma sœur vont devenir comme mes parents, chaque année sera le signe d'une nouvelle échéance d'un de leurs prêts, l'angoisse ! Je ne suis pas envieuse de ça, c'est horrible ! Pendant 25 ans, tu vis à crédit et tu passes ta vie à faire des calculs ? Mais c'est inhumain !
Je ne veux pas de ça. Vraiment, objectivement, je ne veux pas vivre cette vie-là. Je veux continuer à faire comme je fais : quand je veux quelque chose, j'économise et je me l'achète rubis sur l'ongle quand j'ai la somme intégrale sur le compte en banque. Évidemment c'est facile pour moi de dire ça parce que je ne veux rien qui coûte plusieurs milliers d'euros, mais enfin, franchement, ça me correspond beaucoup plus.

Mais j'ai quand même le sentiment de passer, encore une fois, à côté de la normalité, à côté d'un rite de passage qui dis que je suis grande et responsable.
Je devrais peut-être contracter un prêt quand même. Un truc débile, peut-être même au pif. Juste histoire de me calmer les nerfs. Parce que vraiment, là, si quelqu'un m'annonce encore qu'il a contracté un prêt pour s'acheter une vie d'adulte, je pense que je vais certainement être bonne à enfermer.

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16 janvier 2010

Keep the best of you, do the rest of you

Depuis quelques jours, plus précisément : depuis 15 jours, je crois que le mot qui qualifie le mieux ma vie est "changement".

On ne peut pas dire que ma vie ait changé, pourtant. Elle a gardé toutes les apparences de la routine qui était la sienne ces derniers mois. Et pourtant, le changement me semble présent à chaque minute. Je n'ai d'ailleurs même pas vraiment décidé de tout changer, j'en suis juste à opérer des changements.

Le 2 janvier, je suis allée chez le coiffeur et j'ai coupé mes cheveux ; c'est un excellent exemple parce que cette coupe n'est pas radicalement différente, mais elle a résolument imprimé, à son échelle, un mouvement nouveau dans ma façon d'être. Je me lâche plus souvent les cheveux, je les coiffe de façons plus variées, je les touche, j'en joue un peu, et surtout je n'en fais plus de tresse comme avant (ils sont coupés de telle façon que ce n'est plus possible de toutes façons). Et juste à cause de ça, quelque chose a changé au quotidien. Personne n'a semblé remarqué que je les avais coupés, mais tout le monde a remarqué que quelque chose a changé dans ma façon de les porter. Et c'est finalement l'essentiel.

Parmi les nombreuses et pourtant insignifiantes démarches de détail effectuées ces quinze derniers jours, aucune ne provoque un bouleversement. Ma vie est, au fond, la même. Mais plus tout-à-fait. C'est comme si depuis le début de l'année, j'avais résolu de commencer à opérer de minuscules changements de direction, me tournant degré par degré. Le plus important, c'est certainement de ne pas avoir décidé de changements, et plus encore, de changements radicaux.
Rien à voir avec cette nuit de novembre 2007 où je me suis assise dans mon lit, rallumant la lumière et balayant la pièce du regard, en murmurant : "il faut que ça change". Ça ne se passe pas du tout comme ça. D'ailleurs ça n'a même pas été aussi conscient que ça. Mais à travers ce qui ressemble, en définitive, à un changement de mentalité, je commence à imprimer un mouvement vers le changement. Un changement qui ne se réalisera sans doute pas avant des semaines ou des mois...

Ainsi, je remets en question à la fois mon mode de vie et celui des autres. Je ne veux pas me changer. Je ne veux pas vivre la vie des autres. Ce qui est merveilleux, c'est que chaque petit changement résulte à la fois d'une longue réflexion et d'un coup de tête, et que cela garantit, étrangement, que le changement se fasse sans que j'y fasse réellement attention. Peut-être que c'est comme ça qu'il perdurera. Je ne regrette pour l'instant rien, je ne me dis pas que ce n'est pas moi. Cette nouvelle coupe, ce nouveau manteau, cette nouvelle façon de s'habiller, étrangement, c'est déjà moi. Mais un moi amélioré, un moi différent. Un moi déjà hybride.

J'ai rédigé ce post dan un MacDonald's vide. Je m'étais levée pour aller chez ma psy et, au lieu de rentrer chez moi comme d'habitude, j'ai pris le train pour le centre commercial le plus accessible que je connaisse, et arrivée là je me suis dit : "il est 9h, pourquoi ne pas prendre un petit déjà au McDo ?". Et je l'ai fait. J'ai choisi le seul siège violet du restaurant, face à une immense baie vitrée, j'ai regardé passer les voitures en mangeant un sandwich bouillant, en pensant un peu à ma grand'mère et ce qu'on venait d'en dire chez la psy, mais sans y penser vraiment. Et puis, pendant que mon chocolat refroidissait, j'ai sorti mon calepin et j'ai tranquillement commencé à écrire. Tout-à-l'heure, j'irai m'acheter des chaussures, un vêtement, du fond de teint, on verra. Je rentrerai tranquillement. Je taperai ce post sur mon blog et je passerai certainement le weekend devant un écran ou un autre, comme souvent. Mais quelque chose sera fondamentalement différent ce weekend.

Comme quand je vais au travail mais que je ne me sens presque plus touchée par ce qu'il s'y passe, et que je hausse les épaules quand ma collègue me dit qu'elle veut se tirer de là au plus vite parce qu'elle n'en peut plus de cette violence rentrée qui exsude à chaque minute. Je hausse les épaules parce que je suis déjà ailleurs. Je fais mes heures, je fais mon travail, je souris, je discute avec Blue, mais, résolument, quelque chose a changé.

Et le pire, c'est que je ne l'ai même pas fait exprès. Je me contente de faire bouger, degré par degré, ces petits éléments de détail de ma vie qui, il me semble en tous cas, ne changent rien, et changent tout.
Je crois qu'à ce rythme, 2010 s'annonce comme une sacrée aventure.

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23 décembre 2009

It goes on and on and on...

Sans regarder l'heure je sais qu'il est bien trop tard. J'ai eu du mal à aller me coucher -non que je ne sois pas fatiguée mais les nerfs sont encore trop vrillés. J'ai utilisé tout ce que je connaissais pour me calmer, l'Homme sans Visage lui-même a été convoqué... j'ai tout essayé, tout sauf la seule chose qui marche. Mais à présent je tends la main vers la lumière, plisse les yeux, et lis nettement un 0 et 1 devant, et il est clairement trop tard pour se droguer. Ou je risque de ne pas me lever du tout demain. Pourquoi je rechigne tant à prendre les somnifères ? Je prends bien les autres sans sourciller !

Comment a commencé l'insomnie ? Comment elle n'a pas fini, surtout. J'ai tenté de m'apaiser. Les vieux trucs ont semblé faire l'affaire jusqu'au moment où la colère est remontée. Car l'angoisse se mêle à la colère, en ce moment. Depuis deux jours que je suis revenue au boulot, je partage mon temps entre l'accablement et la colère. Je ne comprends simplement comment des gens soit-disant éduqués peuvent tolérer travailler comme ça. Ils sont censés être plus évolués que des Néanderthals pourtant, mais leur degré de réflexion est plus de l'ordre du néant que du derthal. Alors je boulotte mes petits cachets et je me dis que je ne vais pas tout plaquer et me tirer juste parce que les gens sont bêtes et méchants, sinon je n'ai pas fini. Et puis franchement, j'ai survécu à pire, il faudrait ne pas l'oublier. Ça apparait souvent comme une piètre consolation mais j'ai décidé de m'y accrocher. J'ai quelque part la conviction que si cette fois, je ne me laisse pas distancer, si cette fois je ne romps pas comme un barrage, cette fois j'aurai gagné, je serai plus grande. Pas plus grande qu'eux. Plus grande que moi. Alors je serre les dents.
Et le soir, alors que je devrais dormir, ou qu'au pire je devrais me détendre en galante compagnie avec l'Homme sans Nom, je déverse ma bile et je lance à la figure imaginaire de Mr Parano tout ce que j'aimerais lui cracher à la gueule.

J'ai les dialogues en tête. Plusieurs versions des dialogues, en fait. Et je les répète encore et encore parce que ça fait du bien que ça sorte quand même d'une façon ou d'une autre. Parfois il est juste scié. Parfois il est furieux. Il ne s'excuse jamais, j'ai besoin d'un minimum de réalisme. Mais parfois j'arrive à le moucher. Parfois je sors de son grand bureau en disant que je suis consciente que ça ne changera rien (peut-être que c'est trop réaliste ?) mais que puisqu'il voulait savoir...

C'est ça qui m'énerve. Cette petite phrase qu'il a lancée sur un ton pseudo-innocent hier. J'attends la suite. Le second round. Vas-y, demande-le moi maintenant, demande-moi pourquoi j'ai été arrêtée deux semaines. Viens ! Ose ! Me regarder dans les yeux et me demander ce qui a bien pu m'arriver, comme s'il était évident que j'allais te le dire, et comme s'il était évident que ça te laisse la moindre emprise sur moi. La réponse à ta question tu la connais déjà. Tu la connais et tu veux me poser la suivante, j'en suis sûre. Tu ne veux pas me demander "ce que j'ai eu", mais pourquoi, si je ne suis pas contente, je ne pars pas. Et c'est là que j'ai tout préparé. Je ne sais pas si j'aurai un jour le cran de te le dire, mais je ne pars pas parce que je suis plus grande que ça, parce que j'ai passé l'âge de tout laisser tomber parce que c'est trop difficile. Si encore c'était le boulot qui était trop difficile, j'admettrais que je ne suis pas assez douée pour ça, que je n'ai pas la compétence ou l'envergure. Mais il s'avère que je suis bonne dans mon travail, ce qui est un fichu miracle si on considère à quel point je n'ai jamais voulu être secrétaire. Fort heureusement, quel que soit le métier, j'aime travailler. Et j'ai choisi de travailler en cabinet parce que je pensais travailler avec une élite, des gens suprêmement intelligents qui auraient investi leur travail autant que Monsieur Patron, qui lui-même avait été membre de cabinet, avant de devenir mon patron, justement. Je pensais qu'ils étaient tous comme Monsieur Patron. Et je tombe sur toi, Mr Parano, noyé sous les intrigues, incapable de voir au-delà des intérêts personnels. Je n'ai pas signé pour ça. Mais j'ai signé. Et il en va de ma fierté d'aller au bout, de ma conscience aussi. Je me regarde les yeux dans les yeux, dans le miroir, le matin. Et quand il fait noir, je me regarde aussi les yeux dans les yeux, et je n'ai pas honte de ce que je vois au fond de moi, je n'ai pas à m'arranger avec moi-même. Je suis contente d'être une bosseuse, et j'ai l'orgueil de penser qu'il en faut des comme moi pour que tes secrétaires préférées, Mr Parano, puisse continuer à manigancer, il faut qu'il y ait un équilibre, on ne peut pas constituer un cabinet avec uniquement des secrétaires qui passent leur temps à manipuler les uns et les autres pour leur intérêt personnel ou pour le tien, il faut qu'il y en ait qui bossent. Je suis de celles-là, alors laissez-moi en-dehors de vos conneries. Je ne veux pas être mêlée à vos enfantillages. De toutes façons je ne t'ai jamais donné satisfaction dans ce domaine, Mr Parano. Alors dis à tes sbires de me fiche la paix, et laisse-moi bosser, et passer ce projet de loi, et partir. Car bien-sûr, je veux partir. Mais pas tant que je n'ai pas fini, parce que sinon, je ne vaux pas grand'chose, si je me laisse écraser par la bêtise des autres une fois de plus.

Alors, oui, pour ça je prends des médicaments. Il faudrait que je prenne les somnifères aussi, d'ailleurs, mais il va être 2h du matin à présent et il est trop tard, je me lève dans environ 4h.

Les mots tournent et s'accumulent et je ne dors toujours pas. Parfois j'ouvre les yeux, et je réalise au bruit des trains, dehors, que je ne suis pas dans le bureau de Mr Parano mais dans ma chambre, qu'il fait noir et que je suis toute seule. Je ne suis pas en train de régler mes comptes avec Mr Parano. Et je ne le ferai probablement jamais. Il continuera à jouer les pseudo-Gepetto de bas étage encore longtemps, j'imagine. Il m'aura oubliée le lendemain du jour où j'aurai disparu de sa vue et ne s'inquiètera jamais de tout ça.

Mais moi, face à mon mur de crépi, je sais que Mr Parano, il sera toujours dans un coin de ma tête. Et même pas vraiment parce qu'il aura eu ce pouvoir sur moi pendant quelques mois, un an tout au plus, mais bien parce qu'il n'est pas le premier bonhomme à me faire du mal par plaisir égoïste. Au travail comme dans la vie, c'est rare de tomber sur des gens qui se préoccupent des conséquences de leurs actes sur quelqu'un d'autre qu'eux. Et Mr Parano, par l'imprévisibilité de ses humeurs, par son inquisition, par la violence rentrée de certains de ses actes ou ses mots, m'évoque évidemment un autre avant lui. Quelqu'un qui a eu bien plus d'un an pour étendre son pouvoir sur moi.

Ce qui me rend malade, Mr Parano, dans le fond, ce n'est même pas toi -désolée pour ton insatiable ego. Non, ce qui me rend malade, c'est que des types comme toi, il en existe des tas, et que j'ai grandi avec l'un d'entre eux. Et ton comportement inconséquent me rappelle à quel point je voulais changer de vie. Je pensais que quelqu'un comme toi, avec une éducation, aurait peut-être plus de chances de réfléchir que mon père qui n'est pas forcément l'astre le plus brillant de la constellation.

Il est largement plus de 2 heures et je sais bien que je vais aller m'évanouir dans mon lit d'ici environ une heure. Je vais tirer la couverture sous le menton. Pas forcément pleurer, mais froncer les sourcils en me demandant comment je vais faire demain.

Comme tous les autres jours, lady. Tu vas prendre tes médicaments, faire des sourires chimiques à tout le monde, faire semblant de te réjouir pour Noël, et passer une journée de plus dans l'antichambre de l'Enfer. Et tu te diras que c'est pas si grave, tant que tu as des sous, de la bonne nourriture, de la musique et des séries, tu peux tenir le coup encore un peu. Comment tu as tenu jusque là ? Eh bah voilà. Tu vas continuer.

C'est même pas comme si la question se posait vraiment, dans le fond.
D'ailleurs c'est finalement une bonne nouvelle de ne pas se la poser.

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