ladytherapy

Tout savoir sur ladyteruki, y compris ce qu'elle même ignore...

23 février 2011

The Times They Are a-Changin'

Cycliquement, j'ai envie de changement. Mais, et je pense que ce blog l'a relativement bien chroniqué pendant ses heures de "gloire", en général, le changement auquel j'aspire... c'est le mien. Je veux penser différemment, agir différemment... comme si je pensais initier un cercle vertueux, j'imagine. A tort, probablement.
L'impression de changer un tout petit peu, je l'ai finalement assez souvent. Et des changements, en fait, il s'en passe tout le temps, si on observe bien. Soudain on a une impulsion, un geste, une démarche, une action qui change de l'ordinaire, et qui nous fait légèrement dévier de notre route. La routine, ça n'existe pas vraiment... On ne s'en rend pas vraiment compte mais c'est pourtant vrai ; un peu comme modifier la trajectoire d'une sonde spatiale de quelques millimètres au décollage, pour qu'à plusieurs années-lumière de là, la différence se calcule en kilomètres.
Ce qu'il y a de bien avec ces changements, c'est qu'ils sont bien vécus. On les voit à peine, après tout, comment pourraient-ils être violents ?

Mais il y a aussi d'autres périodes de changement. Elles sont plus rares. Dieu merci ! Elles sont aussi beaucoup plus violentes. Il se passe quelque chose, et on n'a pas d'autre choix que de changer. Cependant, ce changement n'est pas subi pour autant ; il ne tient qu'à nous de décider de ce qu'on en fait. Les décisions ne sont pas faciles à prendre, et guère plus à assumer pendant la période transitoire, par définition inconfortable. A défaut de pouvoir revenir au confortable "avant", on aimerait simplement se couler, sans heurt, au moule de la situation nouvelle, on aimerait que tout aille de soi, mais ça ne va pas de soi alors il faut prendre les décisions, même difficiles, et aller de l'avant.
Je crois que je suis à l'orée d'un changement comme celui-là. Il ne me fait pas plaisir. Mais je puise mon énergie dans l'idée qu'il saura être bénéfique sur le long terme.

En réalité, je n'ai pas pris de grande décision.
Je considère que ce n'est pas unilatéral, pour commencer ; que j'ai fait ma part de maladresses mais aussi ma part d'efforts pour tenter d'arranger les choses, et que maintenant j'attends le geste dans l'autre sens. S'il vient, tant mieux. Je me connais et je sais que, avec de la bonne volonté des deux côtés, je finirai par pardonner. Je suis comme ça, j'ai pardonné à mon père, j'ai pardonné à l'ex qui m'a laissé une cicatrice dont je ne me déparerai plus, j'ai pardonné à plein de monde... alors ça, franchement, je peux le pardonner, c'est rien. En plus, de vous à moi, en amitié, je suis d'une fidélité à toute épreuve, vraiment. Mais il ne s'agit pas de pardonner sans raison, et j'attends simplement qu'on m'en donne une, parce que les efforts ne peuvent pas venir que d'une seule personne pour sauver une relation qui en implique, par essence, plus d'une. Donc en fait, il n'y a pas réellement de décision ferme et définitive.
Mais je m'y prépare. Et c'est peut-être ça le plus important.

Pendant deux semaines, je n'ai rien dit. J'étais dans une situation inédite : je ne savais pas que mon blog était lu par certaines personnes, et je crois que je n'imaginais même pas que vu ce qui s'était passé, la démarche de ces personnes serait de venir m'y lire. Il semblait absolument évident que le blog ne délivrerait qu'une partielle explication de ce que je pouvais penser et ressentir, et surtout, de ce que je pouvais dire à, potentiellement, tout le monde ; il semblait évident, ça tombait sous le sens, que le meilleur moyen pour mes amis de savoir ce que je ressentais et pensais, c'était de me le demander. Surtout qu'on ne peut pas dire que mon grand défaut soit de refuser de parler, ou de ne pas être d'un tempérament sincère...
A ma grande surprise, ça n'a pas été le cas. Et dans un premier temps, je me suis dit... je me suis dit quelque chose comme "merde, si ça se passe comme ça, avec des petites phrases et des commentaires et des mails, on ne va jamais réussir à percer l'abcès correctement, et en plus on va plus se donner en spectacle qu'autre chose". Preuve que finalement, même moi j'ai mes limites, au bout du compte ; c'est une découverte que j'aurais aimé faire en d'autres circonstances. Mais en tous cas, il me semblait évident que des amis ne viendraient pas régler nos problèmes ici. C'est un espace où je livre quelques textes, ponctuellement, sous le coup d'une émotion et/ou d'un souvenir (et dans le cas présent, sous le coup d'un verre de plus que ma limite, aussi), où je parle sur un thème, et dont je sors libérée d'un sujet que j'ai pu mettre à plat. Libre à chacun, bien-sûr, de venir partager des expériences sur le thème abordé, j'ai toujours regretté que ça ne se produise pas plus d'ailleurs, mais en tous cas ça n'a jamais été une tribune ni pour m'adresser aux gens, ni pour que eux s'adressent à moi.

Mes amis ont mon numéro de téléphone, après tout. Si vous ne l'avez pas, désolée de vous le dire, mais vous n'en êtes pas.
Notez bien que l'avoir ne fait pas de vous un ami de facto, mais enfin, voilà : mes amis savent comment me joindre. Ils savent comment me parler, comment avoir la réponse aux questions qu'ils se posent à mon sujet. Et quand ils ont envie de savoir comment je vais, ils n'ont pas besoin de venir voir chaque jour, plusieurs fois par jour, si j'ai posté. Il leur suffit de me le demander.
Ça semblait donc évident... mais ça ne l'était que pour moi.

Pendant deux semaines, j'ai vu les stats de ce blog atteindre des records à cause d'une IP. Principalement une, disons.
Chaque jour. Plusieurs fois par jour.
Et je me disais : pourquoi ne pas m'appeler ? Pourquoi ne pas me laisser dire les choses qui pourraient débloquer la situation ? Mais non, c'était le silence radio. Est-ce que j'étais punie pour avoir exprimer ma souffrance ? J'avais été rejetée une première fois, et, en exprimant ma souffrance, j'avais réussi à être rejetée une seconde. Et la première n'a soudain plus eu d'importance du tout. Parce que même avec de beaux yeux sombres, un garçon envoûtant n'est jamais qu'un garçon envoûtant, quand un(e) ami(e) est certainement la chose la plus importante au monde. Je voyais ces stats progresser quotidiennement, et je me demandais : est-ce un test ? Attend-on que je prouve que je n'ai plus mal pour m'autoriser de nouveau parmi eux ? Et je vous assure que je me sentais coupable d'avoir de la peine et de l'avoir exprimée. Et dans le même temps, je sentais bien que je n'avais pas à me sentir coupable d'avoir eu mal en étant rejetée, et je me disais que ce n'était pas totalement exubérant d'attendre que mes amis ne me rejettent pas juste parce que j'avais de la peine et que je ne savais pas la gérer.

Mais enfin, j'en étais là. A me dire que j'aurais certainement dû réagir autrement, et que, vous savez quoi ? Si on m'en laissait l'occasion, je saurais expliquer ce par quoi j'étais passée, pour le mettre derrière nous. Comment j'avais ressenti le rejet de façon violente (peut-être, certainement même, que ce rejet n'avait pas été voulu aussi violent, mais je l'avais ressenti comme ça parce que personne n'a pris le temps de me rassurer avec des mots gentils pendant un moment aussi long que celui que j'ai passé, moi, à être rassurante), comment j'avais eu l'impression que ma pire peur s'était concrétisée quand l'amie à qui j'avais explicitement dit que j'avais peur de la perdre avait arrêté de m'adresser la parole, comment j'avais attendu un signal pour dire que je pouvais être dans leur vie à nouveau, et que je n'avais obtenu qu'un blessant silence. En disant tout cela, je suis absolument certaine que nous aurions pu aller de l'avant.

Voilà comment je voyais les choses : une discussion, pas forcément agréable parce que nécessairement sensible, mais pas du tout sur un ton hostile, où chacun déballait ce qu'il avait sur le cœur. "Tu m'as fait peur parce que ci", "tu m'as semblé excessive parce que ça", et moi, avec l'opportunité de dire que, plus que tout, c'est à mon manque d'estime de moi que j'ai été renvoyée et que j'ai réagi de cette façon parce que ça a rouvert des blessures vieilles de plusieurs décennies. Et qu'aussi, penser que mes amis sont meilleurs que moi ne devrait pas être interprété comme de l'hostilité.
Et puis ensuite, rien. Vraiment, rien, sincèrement. Juste savoir qu'on était en paix les uns avec les autres, s'assurer qu'il n'y avait pas d'animosité. Continuer nos vies déjà bien chargées par ailleurs, de toute évidence. Plusieurs semaines à simplement se borner à quelques tweets, ou un mail pour signaler un truc sympa ou pouvant être utile. Se dire un mot sympa quand l'un se fait du soucis pour un parent, ou pour dire "eh, je sais que ça fait un an, je suis là si tu veux en parler" (des choses dont j'ai eu l'impression qu'on m'a implicitement interdit de les faire, dans le cas présent). Et puis, lentement, après plusieurs semaines, peut-être un mois... se faire un resto. Pas aller les uns chez les autres, juste un resto, en terrain neutre. Voir si on rit toujours. S'apercevoir que oui. Faire un autre resto, un peu plus tard. Voir que les choses sont presque revenues à la normale... presque. Mais que c'est bon signe...

Mais même quand je me fais des films en me disant qu'ils sont raisonnables, je m'aperçois que ça ne tourne pas comme je l'avais imaginé. Que mes intentions ont été mal interprétées (peut-être exprimées de façon brute, aussi, c'est tout-à-fait possible, mais au moins, elles avaient le mérite de la franchise ; j'ai énormément de défauts mais c'est quand même là l'une de mes plus grandes qualités...), mais qu'on décide de s'en borner là et de jouer à colin-maillard pendant deux semaines, quitte à savoir pertinemment que ça fait mal à certains. Peut-être même à tous, qui sait, puisqu'on m'a dit il n'y a pas si longtemps qu'on aurait de la peine à me voir sortir du paysage.

Alors, là, je dois dire, après une ultime tentative pour régler les choses par la discussion, je me dis... si la discussion ne marche pas, je me prépare au pire, et même si ça fait mal, d'accord, j'accepte de gérer ça.
Ok, ça signifie une bonne dose de solitude, je peux faire face. Ok, ça signifie faire une croix sur plein de bons moments qu'on aurait pu passer dans quelques temps, quand tout ça aurait été moins frais.
Vous savez quoi ? C'est hyper triste que je m'en sente capable. Mais la vérité, c'est que très seule, je l'ai déjà été, bien plus que je ne le suis maintenant. J'ai connu des déchirures autrement plus graves, et des disputes autrement plus tragiques ; j'ai vécu dans la solitude absolue pendant ma période maudite de chômage. J'ai fait face une fois, alors je sais que je suis de taille. Si une page doit se tourner alors allons-y. Ça fera mal un moment, oui, et puis ? Ça ne peut pas être pire que ça l'a déjà été il y a des années. Il y a d'autres personnes dans ma vie, pour commencer, pas aussi importantes, c'est sûr, mais elles sont là. J'ai aussi un travail, des loisirs, des projets, tout un tas de choses que je n'avais pas la dernière fois, et pourtant la dernière fois j'ai survécu. Je survivrai aussi. Je m'adapterai aussi. Je vais même pousser le vice jusqu'à décider de la direction à prendre à partir de là.
Oui, ce sera dur, mais je finirai par recalculer ma trajectoire, ce n'est qu'un changement de plus.

A tout grand changement correspondent de multiples petites réorientations.
Tenez, un exemple tout bête : les commentaires de ce blog. Ils sont, pour la première fois de leur histoire (et on parle d'un blog ouvert à l'automne 2004) soumis à modération a priori. C'est-à-dire que tout commentaire posté va d'abord arriver dans ma boîte aux lettres avant de s'afficher ici. Ça me fait mal au cœur car jamais je n'ai instauré une telle politique (à l'époque d'u-blog, certains commentaires m'ont traitée de misérable merde quand j'ai exprimé ma vision du sexe, et je les avais laissés, pensant qu'ils apportaient un angle radicalement différent du mien et donc nécessaire, par exemple), mais, bon, comme ça, les gens qui veulent me joindre n'ont pas à passer par des moyens détournés, ils n'ont qu'à me joindre en direct. Pour les autres, il leur suffira d'un peu de patience avant que leur commentaire soit en ligne, voilà tout... Bon, j'espère que ça marche, j'ai jamais fait ça, moi.
Tenez, un autre exemple : me ronger les sangs en espérant ne pas froisser ceux que j'aime, c'est fini. Si mes "amis" peuvent me faire du mal en connaissance de cause (et a priori, quelqu'un de sensible qui est passé par des expériences de rejet qui l'ont atteint devrait comprendre) et s'en tirer à bon compte avec un "désolé", a priori rien ne m'interdit d'en faire autant. Ceux qui sont fâchés n'ont qu'à m'appeler pour m'en toucher un mot, ou m'envoyer un SMS si vraiment ils n'ont pas le courage de parler. Toute sincère que je sois, je peux aussi comprendre que tout le monde ne le soit pas, et ait tendance à ne pas savoir comment exprimer certaines choses sensibles. Un SMS, c'est un bon début ; va pour un SMS.

Voilà, c'est ainsi que ça commence.
Et puis selon la tournure des choses, il y en aura d'autres, des changements. En fait, à l'heure où nous parlons j'ai déjà des sacs poubelle béants dans lesquels je commence à jeter des affaires qui appartiennent au passé. Quitte à me faire mettre à la porte de la vie de certains amis, quitte à me faire mettre à la porte de mon logement par mes propres parents, bah j'ai envie de dire, autant en profiter pour faire du nettoyage par le vide.
Pour une fois, ce n'est pas moi qui vais changer. C'est le monde qui va devoir choisir entre s'adapter ou... Ou ? Que va choisir le monde ?

Je crois que je me suis assez excusée, maintenant, d'avoir mal et de ne pas savoir comment le gérer. Je vais donc ne plus avoir mal, et je vais apprendre à le gérer. Ceux qui pensent que je suis quelqu'un de bien, voire même quelqu'un de "rare", suivront. Les autres...? Ça ne m'appartient plus, maintenant. Je suis parée quoi qu'il arrive à accuser le choc comme à ouvrir les bras.

C'est certainement le plus gros changement que j'aie jamais effectué sur moi-même : ne plus craindre de me prendre un uppercut au cœur. Je suis pas mécontente de moi. Un jour, à ce rythme, je finirai par être quelqu'un de fort.

Posté par ladyteruki à 01:14 - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 février 2011

Dommage

La douleur ? Encore vivace, mais atténuée. La colère ? Au fil des heures, elle a fini par ne plus se tourner que vers moi-même.
La bête blessée commence à lécher ses blessures et à reprendre le contrôle d'elle-même. Ça faisait bien longtemps que je ne m'étais plus noyée dans mes émotions comme ça. Une chance qu'entretemps, j'ai fait ce travail sur moi qui consiste à ne plus autant exprimer ma douleur avec violence. Ma colère s'est exprimée uniquement : sur ce blog, en parlant avec une amie, en dépassant un peu ma limite habituelle en alcool, et en m'offrant des mcnuggets. Ah, et en ressassant quelques vieux souvenirs désagréables, généralement morbides parce que, bon, par association d'idées, quoi.
On peut dire que franchement, le choc aurait pu être plus rude. Il l'a d'ailleurs déjà été. Et je me surprends moi-même à finalement garder un certain contrôle. Dans une certaine mesure, disons. Réaction un peu irrationnelle, certes (je suis rouillée !), mais pas tellement excessive. Je n'ai pas hurlé, je n'ai pas menacé, je n'ai débarqué nulle part, j'ai respecté mon engagement de ne pas me montrer avant d'en avoir le feu vert (et le respecte toujours), en gros, je gère relativement "normalement" ma peine de cœur.

Alors qu'est-ce qu'il en reste, de tout ça ? De cette souffrance vive (que j'avais oubliée) et de cette colère sourde ?
Bah, je crois que je commence à arrêter de me laisser aveugler par la douleur qui m'a prise par surprise, et que je reprends mes esprits pour trouver juste ça... dommage. Et là je ne sais pas comment le tourner sinon en une sorte de lettre ouverte, alors allons-y, prenons le risque de lancer quelques "tu" imprudents.

Oui, c'est dommage. Parce que je pensais avoir été claire et pourtant tu n'as pas compris. J'ai dit, textuellement, que ça faisait plusieurs semaines que je me demandais comment t'inviter à sortir. Et toi, tu l'as tout de suite pris pour quelque chose de tellement plus entravant, c'est à n'y rien comprendre. Je ne veux pas me marier avec toi, ni porter tes enfants (je ne le veux ni maintenant ni jamais, pour commencer), je veux juste passer un peu de temps seule avec toi, pour voir. Parce que chaque fois qu'on se voit, il y a toujours une tierce personne, minimum, et que j'aurais voulu voir si on s'entendait bien tous les deux, juste nous. Alors évidemment, pas sur un plan strictement amical, parce que la réponse à cette question je crois qu'on la connaît déjà, quand même, avec le temps, mais en tous cas, voir si ça collerait, si on aurait des affinités.
Je comprends bien la problématique de ton côté, qui est, en gros, que tu ne veux pas perdre ton indépendance. Mais je tiens aussi à la mienne !
Pourrait-on juste faire l'effort d'éviter les généralités un instant et essayer de prendre les choses pour ce qu'elles sont : pas un absolu, pas un cliché, juste quelque chose entre toi et moi, ce qui fait que tu es toi, ce qui fait que je suis moi. Je suis quelqu'un d'au moins aussi casanier que toi. Si ce n'est plus parce que sincèrement, le nombre d'heures que tu passes chaque semaine avec ta voisine de chambre, pardon, mais je n'en passe pas la moitié avec quelqu'un, moi. Je crois sincèrement être bien plus casanière et indépendante que toi, et j'y tiens. Ô combien. Mes blogs en sont remplis de preuves. Alors du coup, il ne s'agit pas de devenir siamois, par pour moi en tous cas. Il s'agit simplement que, quand nous sommes ensemble, eh bien...
D'ailleurs combien de fois avons-nous été ensemble ces derniers temps ? Qui m'invitait encore quelques heures avant à venir passer une nuit chez vous, le weekend ? Pour la, combien... quatrième semaine consécutive ? Crois-moi, pour y avoir veillé, je ne me suis pas incrustée (bon, le dernier weekend, j'avais pas fondamentalement besoin de la sieste de l'après-midi, non plus, c'est vrai), mais au contraire, qui proposait quelque chose à faire pour retarder le moment où je rentrerais chez moi ? Pas vraiment moi. Les Starbucks et les balades et les gyouza, pardon, pas mon idée. Alors finalement, tu vois, tu aimes bien passer du temps avec moi, en fait, vu que, un nombre incroyable de fois, c'est toi qui as fait la démarche de prolonger le temps passé avec moi. Je le sais parce que j'en ai été surprise de nombreuses fois, et que j'ai voulu te donner une chance à chaque fois de me mettre dehors (j'ai bien compris que c'était pas ton style de le dire franchement, alors à chaque stade je posais la question), et tu ne l'as jamais fait.
Je ne voulais donc pas passer tellement plus de temps avec toi. Je voulais juste le passer légèrement différemment.
Je veux dire : c'est de moi qu'on parle. Il n'y a vraiment pas besoin de me supplier pour passer du temps devant un écran ! Mais ce temps-là, tout ce que je voulais, c'était le passer dans tes bras, ou toi dans les miens, ce genre de choses. Quoi qu'on regarde (et même si je t'en remercie, ça n'a pas à être toujours quelque chose qui me plait comme l'enfilade SNL+Pushing Daisies+Showgirls de l'autre soir), juste pouvoir en profiter pour se témoigner un peu de tendresse... C'est idiot, mais tu vois, simplement quand je vous regardais jouer tous les deux à GTA, j'avais simplement envie, quand c'est elle qui avait la manette, de mettre ma tête sur ton épaule et, attention ça va être très osé, te prendre la main. Pas plus. Et rentrer chez moi tout pareil au bout de quelques heures.
Bon alors, je ne te mens pas, il ne m'aurait pas été déplaisant qu'on s'échange un ou deux textos par semaine, si les choses étaient venues à se faire. Mais comme d'un autre côté tu le fais avec ta voisine de chambre à longueur de journée, ça ne me semblerait pas abusif de s'échanger un ou deux textos, dans la mesure où j'habite dans un autre département (d'ailleurs rien que pour ça, niveau indépendance, t'es plutôt peinard pour le moment).
Je ne sais pas ce que tu t'imagines, si le fait que j'ai un peu plus d'expérience que toi signifie que j'attends forcément beaucoup. Je dirais que c'est même l'inverse. Quand j'avais quelques années de moins, oui, la relation fusionnelle c'était mon truc. Et puis, eh bien, on en revient, je dirais. Parce que quand c'est fusionnel, ça ressemble peut-être à une romance de grand film de Victor Flemming, les premiers mois, mais après justement, c'est tout ce que tu déplores, ça te pourrit la vie. Une relation, aussi terriblement décevant que ça puisse paraître sur le papier, ça marche mieux quand on prend son temps, quand on respire chacun de son côté, et quand on se laisse aussi respirer quand on est ensemble.
Et pourtant, on pourrait penser que je suis blasée, mais ce que ces dernières années m'ont appris, depuis que je me suis séparée d'avec G., c'est qu'en réalité, je ne suis pas moins fleur bleue que... toi. Peut-être au contraire. Les appréhensions qui sont tiennes et dont nous avons parlé... je ne pense même pas au sexe d'abord pour me laisser effrayer par lui. Le sexe vient au contraire ensuite, s'il vient, ce n'est pas la donnée de départ, je te l'ai dit, ce n'est pas ce sur quoi c'est fondé. Dans ce domaine, j'ai gardé mon côté Bisounours, en réalité, j'espère toujours quelque chose de pur et de doux, je ne pense qu'aux mains enlacées et aux baisers, à la façon dont je vais caresser tes cheveux ou embrasser tes pommettes ou ton arcade sourcilière, vraiment, je ne suis pas aussi usée par les expériences que tu pourrais le penser, je n'ai même pas envie de t'entrainer sur ce terrain-là dans l'immédiat. C'est ridicule, ou ça ne l'est pas, je n'en sais rien, mais la vérité c'est que si je ne suis pas amoureuse, je ne laisse personne aller si loin, ça fait des années que c'est comme ça, et même toi avec ton regard sombre tu n'y changerais rien.
Et toi tu te barricades derrière la peur d'une chose à laquelle je ne pense même pas ! Ni à passer plus de temps ensemble, ni à forcément aller très loin... au nom du ciel on ne se connaît que depuis six mois !

Alors, je sais, ça ne se négocie pas. Et je sais aussi, un petit oiseau me l'a dit (suivez mon regard), que tu crois avant tout au coup de foudre comme pré-requis. Et je sais que je suis plutôt le genre de fille qui s'apprécie sur le long terme, disons-le franchement. Je sais tout ça. Je sais que je ne te forcerai jamais à rien même si je voulais essayer, parce que ce serait vain.
Mais quand même, accorde-moi une faveur. Reconnais que je ne suis pas celle qui piétinerait ton indépendance, qui forcerait l'entrée de ta bulle, qui mettrait par terre tes beaux projets. Parce que tu commences à me connaître et qu'au fond de toi tu sais que je ne serais pas comme ça, pas moi. D'accord, ne le reconnais pas devant moi, reconnais-le juste entre toi et toi. Ça me suffit si tu es simplement honnête avec toi-même.

Tout ce que je demandais, ce n'était pas de te sauter dessus ; juste de sortir, toi, moi, et c'est tout, et voir ce qui se passe. Un resto (chez Clément ?). Un ciné. Un verre. Une balade. Ce que tu veux.
A date that we both know is a date. Contrairement à Noël qui en avait toutes les apparences mais c'est tout.
Je ne demandais pas grand'chose sinon tester l'eau, un orteil à la fois, et voir où ça mène. Si ça mène quelque part, d'ailleurs. Et je crois que, une fois que je digère un peu tout ça, ta réaction excessive et la mienne posée, puis ma réaction excessive et la tienne posée, je crois donc que, ce qui reste, au fond, comme problème pour moi, c'est de trouver infiniment dommage qu'au nom d'un principe très général et par peur un peu aveugle, tu refuses même de tenter le coup.
Soit ça, soit quand tu m'as répondu, tu m'as menti. Mais c'est une éventualité que je n'ose envisager.

Posté par ladyteruki à 00:58 - Commentaires [1] - Permalien [#]

06 février 2011

Ce qui ne nous tue pas

Il y a des petites phrases que d'autres lancent et dont on se souvient toujours.
Pourtant les mots n'avaient pas d'importance. La plupart du temps, ils ont été prononcés sans y penser. Très franchement, ce sont rarement des phrases conçues pour faire mouche, celles des explications passionnées ou des confessions à cœur ouvert. Celles qui marquent le plus, ce sont les petites phrases d'une banalité à faire peur, lâchées dans le feu de l'action.

On se dispute avec sa mère et on entend soudain : "ton père et moi, on pense que tu es folle". Et l'engueulade continue, avec des échanges mille fois plus argumentés et/ou élaborés, mais c'est cette phrase-là qui reste. Pour toujours. Ce sont des mots très simples, dans une formulation très simple, et la phrase n'a même pas été prononcée sur un ton particulièrement emphatique, c'est plus une sorte de soupir, le préambule d'une longue liste de reproches... qu'on aura vite oubliés. Mais ces mots-là marquent à jamais, ne s'oublient pas. Pas pour qui les a entendus.
L'ironie suprême c'est que la personne qui les a prononcés y a mis tellement peu d'intention qu'au final, elle ne s'en souvient pas, elle. Pas tant que d'autres choses qu'elle tenait plus à dire, qu'elle tenait à mieux formuler, qu'elle a assénés avec un ton plus maîtrisé et plus convaincu, espérant atteindre son interlocuteur. Et pourtant, ces mots-là ne sont pas restés.

Il y en a des tonnes, des comme ça. Des petites phrases sans grande envergure qu'on n'oserait même pas mettre dans des dialogues de film de série B, des petites phrases débordant de banalité dans leur forme, leur ton, même parfois leur message. "Vous avez de la chance, vous avez une maison. Une vraie maison je veux dire", "tu me dégoûtes, je sais pas pourquoi je t'ai eue", "je me suis demandée s'il t'avait touchée", et plein d'autres. Oh ces phrases banales que je n'oublierai jamais ! Ni comment elles ont été prononcées, ni dans quel lieu, ni quoi que ce soit.

Depuis quelques jours, la phrase de ce genre à laquelle je pense, je peux presque la situer aussi précisément. Presque, parce que ce jour-là, j'étais quand même pleine comme une outre de médicaments. Mais je m'en souviens quand même, parce qu'on n'y peut rien, ces petites phrases vous scarifient, même dans un moment où vous auriez tellement plus important à retenir, comme, je ne sais pas moi, la vie par exemple.
"Tu verras, dans 10 ans, tu en riras". C'est d'une banalité sans nom. C'est un cliché atroce. C'est même dit sans conviction par la jeune femme rousse à mes côtés, assise dans l'ambulance, et qui me laisse reposer ma tête sur ses genoux à lui, alors que j'ignore pour le moment que c'est une faveur qu'ils me font tous les deux parce que ce n'est pas vraiment le moment idéal pour m'annoncer qu'ils sont ensemble.

On est presque 10 ans plus tard. Soudain cette phrase me revient. Et vous savez quoi ? Je n'en ris toujours pas.

Posté par ladyteruki à 16:13 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Saine colère

C'est vrai que je suis furieuse. Je ne décolère pas, à vrai dire.

Première cible de ma colère, mon amie. Je ne sais pas ce que j'attends d'elle, sans doute beaucoup trop, mais je lui en veux énormément. Ce n'est pourtant pas sa faute, pas du tout. Mais voilà c'est elle qui prend. Peut-être que j'attendais d'elle quelque chose de plus inconditionnel. Peut-être que j'attendais d'elle qu'elle me soutienne beaucoup plus. Peut-être que je n'ai jamais résolu cette espèce de jalousie larvée que je ressens envers elle depuis plusieurs mois, pour ce qu'elle est, ce à quoi elle ressemble et le temps qu'elle passe avec lui. Peut-être tout simplement que c'est cette jalousie qui explose aujourd'hui.

Deuxième cible de ma colère, lui. Parce que la vérité c'est que je lui en veux énormément. Alors que ce n'est pas sa faute. Il n'a rien demandé, après tout. Mais voilà, il a mal géré. Et en même temps il a tenu un discours assez clair, plutôt honnête, et relativement touchant. Et pourtant ça ne me suffit pas. Il a peut-être été trop gentil. Sans doute que j'ai du mal à concevoir qu'on me dise des choses si gentilles et qu'on me rejette en même temps, je le vois comme une sorte d'hypocrisie. Je sais que j'ai tort et que ça n'a sans doute pas été l'intention, qu'il était certainement trop déboussolé pour faire mieux, mais voilà, soit je suis quelqu'un de bien et dans ce cas tu admets qu'avec tout ce qu'on a en commun et le fait que tu tiens un peu à moi, il y aurait une chance qu'on s'entende bien, surtout si a priori tu penses ces choses-là de moi, soit l'inverse et dans ce cas-là tu assumes et tu me rejettes vraiment. Ou alors, tu aurais pris deux minutes pour moi aussi, si j'étais quelqu'un qui compte ne serait-ce qu'un peu, au lieu de te noyer dans ton ego abasourdi par la perspective de ne pas laisser quelqu'un d'autre indifférent.

Mais c'est le 3, mon chiffre fétiche. Et c'est dans la troisième cible que tout prend vraiment du sens. La troisième cible de ma colère, c'est moi.

Pas de faux-semblant : je me déteste sans la moindre trace de cordialité. Je me déteste déjà parce que c'est la première fois en trois ans que je suis sincèrement attirée par quelqu'un. Pas juste par ennui, pas juste par solitude, non, simplement parce que cette personne "blew my mind". Et pour ça je m'en veux énormément. Quand j'étais réduite à l'état d'un cœur apathique, tout était plus simple. N'apprécier personne, ne faire de place à personne... d'accord, ce n'est peut-être pas ça, la "vraie vie", mais n'empêche que c'était beaucoup plus supportable. Je n'avais rien d'autre à faire que de me préoccuper de moi, mon nombril, ma bulle. Les histoires de cœur et les histoires de cul, c'était pour les autres. Et ça ne me tirait pas la moindre émotion. Si les autres voulaient perdre leur temps à ces conneries, ça les regardait, moi j'avais tellement mieux à faire, entre mon nouveau boulot, mes loisirs, mes objectifs intellectuels, mes espoirs, mes tentatives, mes découvertes, ah, qu'ils sont cons ces gens qui veulent juste combler leur solitude par quelques expédients médiocres quand moi j'ai tant pour me contenter.
Je regrette de n'en être plus là, dans cette impression de supériorité par rapport aux autres. J'étais une connasse, certes, et j'étais seule, certes. Mais vous savez quoi ? Ça ne me dérangeait pas. Pour les soirs où ma volonté défaillait vaguement, il y avait l'Homme-sans-Visage et ça faisait plus qu'illusion : ça suffisait. Aux yeux d'autres personnes, ça pouvait sembler pathétique, mais comme il n'y avait quasiment personne dans ma vie, ça n'avait pas d'importance. J'étais seule, j'étais bien.
Alors je m'en veux d'être retombée dans tout ça. C'est la source initiale de ma colère envers moi-même, ce qui me rend absolument folle de rage. Comment tu as pu te laisser aller à de telles conneries, lady ? Comment tu as osé te laisser tomber pour des choses aussi triviales ?

Et surtout, plus encore, et ce n'est pas peu dire vu la colère qui me consume déjà, je suis furieuse parce que j'ai été, sans déconner, parfaitement raisonnable dans toute cette histoire.
Pour la première fois depuis des semaines, des mois, j'ai su poser les mots parfaits pour exprimer ce que je ressentais. Ce que je n'avais pas pu faire quand j'en parlais à mes amis, ce que je n'avais pas réussi à faire lorsque je tentais d'en écrire un post ici, soudain s'est formulé magiquement exactement comme je le ressentais. A la suite de quoi, c'est moi qui ai tenté de le rassurer, le consoler, afin qu'il ne soit pas dépassé par cette situation nouvelle. Deux secondes d'immodestie : j'ai été impeccable sur ce coup ; calme, sereine, pédagogue, parfaitement raisonnable et franchement classe. Sans déconner, je ne m'étais pas vue comme ça depuis des mois, après avoir passé des semaines à ne pas réussir à y mettre de mots (je ne sais toujours pas y mettre de définition, mais des mots, pour la première fois j'ai su), soudain j'étais parfaitement en possession de mes moyens pour expliquer calmement que tout allait bien se passer. Je ne sais pas ce qu'il en a pensé mais très sincèrement, je me suis épatée moi-même sur le moment. Parce que la vérité c'est que, alors même que je me prenais une claque en plein visage, je réalisais une fois encore qu'il était la seule personne avec qui je pouvais être moi-même sans chercher la complication. Comme tout avec lui, les choses allaient d'elles-mêmes ; ça ne me le fait avec personne d'autre. Comme ces 24h à Noël, quand aussi bien les discussions que les silences étaient parfaits, quand 4h de conversation nocturne se sont déroulées dans la plus grand fluidité et que quelques heures plus tard, le silence n'avait rien de pesant ni gênant. Avec lui tout est simple.
Et c'est ça qui m'agace. C'est que j'étais si sereine.

Alors que c'était moi la plus blessée des deux. C'était à moi d'être rassurée, consolée, afin de ne pas être dépassée par la situation. C'était moi qui avais le cœur sur la table et qui venais de me prendre un coup de maillet.
J'aurais dû être celle qu'on enveloppe dans d'infinies précautions pour atténuer la souffrance. Non, je ne suis pas en sucre, mais merde je ne suis pas en marbre non plus, je venais de m'ouvrir à un homme pour la première fois depuis des années, et, quoi ? Rien. lady, tu es grande, démerde-toi.

Vous savez quoi ? Non.
Non, je ne me démerderai pas. Je ne serai pas forte. Je ne serai pas courageuse. Je ne serai pas raisonnable.
Surtout pas raisonnable.

Ce n'est pas la pire chose qui me soit arrivée. Ce n'est même pas la pire peine de cœur que j'aie eue. Evidemment que j'y survivrai. Mais j'étais en droit d'attendre un peu plus, quand même, juste parce que je ne suis pas moins vulnérable qu'un autre.

J'en ai marre d'être celle qui est raisonnable, qui est posée, qui est forte, qui a les mots justes et qui tente de prendre soin des autres. Bordel de merde, j'ai le droit d'être celle qui est déraisonnable, perdue, vulnérable, désemparée et prise en charge. Juste une fois de temps en temps, je revendique le droit à être prise dans des bras chaleureux qui me consolent.

Depuis que ça s'est passé, je n'ai pas pleuré. C'est bloqué, c'est bloqué juste là vous voyez, ça ne sort pas. Le mieux que j'ai réussi à sortir, c'était une rachitique goutte qui n'a pas dépassé l'ourlet de ma paupière.
Vous savez pourquoi c'est pas sorti ? Parce que qui va me consoler ? Qui va prendre soin de moi ? Qui va me donner une petit quart d'heure de pause pour arrêter d'être celle qui est raisonnable, posée, forte et tout le bordel ? Personne. Tout le monde s'attend à ce que je sois continuellement la nana parfaitement maîtresse de la situation. C'est ce qu'attend l'un de mes (ex-)amis quand il croit que je ne vais pas me mettre en colère contre lui pour se comporter comme le dernier des connards. C'est ce qu'attend mon amie lorsqu'elle ne me soutient pas dés que ça se produit. C'est ce qu'il attend, lui, quand il me laisse le rasséréner alors que JE suis celle qui vient de se prendre un coup. L'univers entiers attend de moi que je me tienne droite, et dans ces conditions je ne vois pas comment je pourrais me laisser aller.
Alors au lieu que ça sorte, c'est un bloc de colère qui me tombe dessus, aussi dur et froid qu'un bloc de glace. Ce n'est pas la façon saine de vivre et éliminer tout ça. Mais c'est la seule qui semble socialement acceptable de la part de quelqu'un comme moi, qui jusque là avait toujours, sans sourciller, été celle sur qui on peut compter. C'est ça qui est tragique. C'est que je suis parfaitement dans mon rôle. Le rôle de la nana dont personne n'a pensé qu'il pourrait lui arriver autre chose qu'un coup dans le ventre, et dont tout le monde était convaincu depuis le début que quand elle le prendrait, elle ne broncherait pas, parce qu'elle en a vu d'autres et qu'elle a la peau dure, depuis le temps.

Et le voilà, le vrai, l'intime motif de ma colère contre moi-même.
C'est que moi non plus je n'en ai jamais vraiment douté, dans le fond. Oh, j'espérais un peu, vaguement, entre autres parce qu'une amie au boulot et ma psy m'avaient assuré que j'étais trop négative et que parfois, les choses se passent mieux qu'on ne l'espère. Mais je n'y ai jamais réellement cru.
Je suis furieuse contre moi-même parce que même moi, je n'ai jamais douté qu'on ne m'aimerait pas. J'ai cette conviction profonde que je mérite bien ce qui m'arrive. Que je suis déçue, et triste, et tout ce qu'on veut, et que je n'ai bien que ce que je mérite, que je suis à ma place. Que je ne suis qu'une merde et que ça faisait trois ans que je n'avais pas tendu la joue pour qu'on me le prouve. Et que j'ai voulu une autre place, que j'ai voulu prendre soin de moi, et me remettre à écrire, et me remettre à dessiner, et me remettre à ressentir, en un mot, me remettre à vivre, et que je n'y ai pas le droit. Je ne mérite rien d'autre que ce que j'ai déjà, c'est-à-dire rien.

Je suis furieuse parce que je ne sais plus comment tout éteindre et revenir à la normale. Tout ce que je veux, c'est être, réellement, au fond de moi, suffisamment raisonnable pour admettre que je suis seule et resterai seule, et que nom d'un chien lady, tires-en ton parti et passe à autre chose, comme tu as su le faire avant. Tu avais mis ton cœur en pause ? Abats-le comme un chien malade une bonne fois pour toute. Parce que tu n'auras jamais d'autre réponse que celle-là. Si ce mec-là n'a pas voulu de toi, un mec avec la tête et le cœur au bon endroit, je vois pas qui le fera.
C'est pour ça que je suis furieuse. Parce que je me suis endurcie, que j'ai roulé ma bosse, encaissé des coups, mais que je n'ai jamais appris la plus importante des leçons : lady, si tu es raisonnable, posée, forte et tout le bordel, c'est parce que tu n'as pas le choix, parce qu'il faut garder la tête froide pour te rappeler ce qui est, définitivement, hors de ta portée. Tiens-toi à ta place. T'as pas le droit d'être vulnérable parce que les gens comme toi, on ne les veut pas vulnérables, et t'as pas le droit de craquer pour un mec, tout simplement parce qu'aucun mec ne voudra de toi. Tous les efforts que tu as fait, toutes les qualités que tu as entretenues ou développées, ne compenseront jamais cet état de fait. Tu es cassée. Personne ne veut d'un jouet cassé.

Posté par ladyteruki à 01:49 - Commentaires [0] - Permalien [#]

09 janvier 2011

Showgirl

Quand j'étais adolescente, je ne me rappelle plus trop, au juste, pourquoi, j'ai eu pendant quelques années des cours de théâtre. Pour quelqu'un qui a toujours voulu écrire et qui n'a jamais voulu être sur le devant de la scène, ça peut paraitre étonnant d'avoir passé tant de temps sur les planches. Je n'arrive sincèrement plus à me rappeler comment c'est venu. Peut-être aussi que mes parents m'y ont encouragée parce qu'ils se désespéraient de me voir rester des heures entières devant des feuilles de papier. A l'époque j'y ai connu des dilemmes insolubles parce que soudain j'étais confrontée à des gens et que j'essayais de comprendre, en quelques heures par semaine, comment fonctionnaient les gens qui ne vivaient pas comme moi. J'y ai aussi connu un modeste mais difficilement évitable lot de peines de cœur et d'amitiés fugaces ; je le répète, j'étais adolescente. Je n'avais pas l'impression d'en avoir tiré grand'chose. Je manquais toujours d'assurance, je ne savais pas me mettre en avant et je ne suis même pas certaine d'avoir bien joué, bien que mes souvenirs des répétitions comme des représentations soient très flous à présent. La dernière année, au conservatoire, aurait dû tirer quelque chose de moi mais, au lieu de ça, je crois que j'étais terrifiée à l'idée d'être entourée d'adultes qui, eux, semblaient savoir quoi faire de leur corps, leurs émotions et leur voix, et qui, même quand la pièce sonnait faux, parvenaient à exsuder quelque chose. Et puis j'ai passé le bac et mis tout ça derrière moi sans vraiment y repenser.
Ce n'est qu'assez récemment que j'ai réalisé tout le bien que ça m'avait fait. Et un peu de mal aussi, car l'un ne vient pas sans l'autre.

Après ces années passées sur les planches, j'ai pris conscience en premier lieu de la façon d'utiliser ma voix. On me dit depuis quelques années maintenant que j'ai une belle voix, et je sais à présent, après avoir longtemps cru à une blague, que ses modulations et ses inflexions, ses changements de ton soudains et ses oscillations subtiles, font partie, indubitablement, de ce qui plait chez moi. J'en ai douté, et puis je l'ai vérifié et je sais aujourd'hui que je peux compter sur ma voix (à condition qu'elle puisse compter sur moi, et d'ailleurs j'ai compris assez tard, après des années d'angines, qu'il fallait en prendre soin).
Mais c'est aussi et surtout une arme immense en termes de pouvoir. C'est fou à quel point ma capacité de persuasion augmente sitôt que je joue avec ma voix. Aujourd'hui, ma manipulation passe essentiellement par là.
Et le plus miraculeux c'est que, comme les filles avec des énormes seins qui ne se rendent même pas compte qu'elles ont passé la soirée à les balader sous le nez des mecs, je le fais sans même y prendre garde. Au pire, parfois, dans une conversation, je m'entends penser "je vais dire la phrase doucement pour ne pas donner l'impression de l'agresser", mais c'est plus en témoin qu'en acteur. Je maîtrise sans chercher à maîtriser. Ça me sert énormément. Auprès de mes patrons, la voix douce et docile, auprès d'un ami contre qui je suis encore en colère, un ton sec et sans réplique, et à l'amie à qui je confie ce qui est le premier embryon de sentiment amoureux depuis des années, une tonalité girly que je ne me connaissais même pas. Le message passe simplement mieux que si je le disais sur le ton qui est celui de mon cœur, plus monocorde.
Ma voix m'aide à devenir une caricature de moi-même. Mais c'est tellement pratique. Une inflexion de voix peut économiser plusieurs phrases d'une conversation ; pour quelqu'un de bavard, c'est un atout utile !

Pourtant, si le théâtre a porté ses fruits, c'est assez triste de voir que j'ai assez peu profité de l'expérience sur le moment. Peut-être qu'aujourd'hui je pourrais faire mieux. Parce que j'ai gagné énormément d'assurance, paradoxalement, en dépit de mes problèmes d'estime, et parce que depuis quelques années, je suis en représentation constante. Et le théâtre n'a pas vraiment aidé ce phénomène, même si je le dois aussi énormément aux mensonges constants et aux attitudes de façade permanentes qu'on avait en famille, où il fallait un alibi dés qu'on avait regardé la télévision pendant une heure ou qu'on avait voulu faire un tour en vélo après les cours.

Je suis devenue une épatante showgirl. Sérieusement, je m'impressionne moi-même certaines fois.

Là encore c'est devenu une seconde nature. Dés que je suis en présence de quelqu'un, je me mets à sourire et plaisanter, raconter des anecdotes et parler de séries et des films, et je sens bien que ça y est, j'ai enfilé mon costume, je suis sur scène et c'est trop tard pour voir la personne sous le personnage, je monte un show. Je soupire intérieurement et je continue... difficile de faire marche arrière, et trop angoissant de prendre le risque de gâcher la soirée.
Il n'y a bien que par téléphone ou surtout par écrit que j'arrive à peu près à ne pas chercher à donner le change systématiquement.

C'est ce que j'essaye de changer depuis quelques semaines, en tentant de m'ouvrir, en toute franchise, à certains de mes amis. Je vois ceux qui préféraient la version superficielle, et ceux qui arrivent à accepter la version originale. Je ne vais pas mentir : je les jauge à l'aune de ce qu'ils arrivent à encaisser. Si je dois changer des choses cette année, et c'est un peu la décision que je suis en train de prendre, alors ceux qui ont besoin que je me mette en scène vont rapidement se faire dégager. De toute façon, ce ne serait pas juste de les garder alors que j'ai décidé de baisser le rideau et qu'ils ne sont pas là pour ça.

Et puis, je commence à avoir des conversations en face à face au cours desquelles je n'ai plus peur de tomber le masque et montrer ce qui est vraiment sombre et angoissé chez moi, et j'apprécie d'autant plus les gens avec qui je peux le faire. Je dirais même que ces gens-là gagnent automatiquement mon estime pour me laisser me dénuder ainsi sans me repousser. C'est impressionnant que quelqu'un les ait suffisamment accrochées pour qu'on en arrive là. Il y a entre autres cette collègue qui a 40 ans révolus et avec qui les conversations ont pris un cours surprenant, à l'occasion. Il y a les moments où je voudrais m'enfoncer le nez dans mon pull et arrêter de plaisanter, et avec elle, une fois de temps en temps, j'arrive à le faire. Pas tout le temps, il reste beaucoup de déconne dans nos relations, mais de plus en plus. Ça m'ennuie uniquement parce que j'aime cloisonner le privé et le professionnel, mais en-dehors de ça c'est incroyablement libérateur, d'autant que la conversation se déroule d'égale à égale et qu'elle me donne l'impression d'en faire autant en face. J'ai envie de plus de relations comme ça dans ma vie.
Je ne me satisfais plus d'être simplement celle qui raconte des blagues, se distingue pour sa répartie et écoute paisiblement les autres avec quelques conseils dans sa besace.

Quand j'ai ouvert un compte formspring, j'espérais qu'il y aurait du défi. Qu'on me demanderait justement de me désaper pour tester les limites, je m'attendais même à une certaine brutalité. Qu'on me permettrait de mettre fin au show. Certaines questions m'ont un peu chatouillée, mais guère plus.

J'attends avec impatience de rencontrer, sur internet ou dans la vraie vie, quelqu'un qui aura ce qu'il faut dans le pantalon pour me pousser à arrêter la comédie, et, au lieu de chercher à donner le change, au moins une fois de temps en temps, qui saura me pousser à m'interpréter moi-même.

Posté par ladyteruki à 01:41 - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 janvier 2011

Damaged goods

Tout le monde me dit que c'est stupide de me vieillir. Dans quelques jours j'aurai 29 ans, mais si on me demande j'arrondis déjà à 30. Ça ne me dérange pas. Ça fait 15 ans que j'attends ce moment.
Seulement, je suis bien obligée de reconnaître que ce ne sont pas les 30 ans que j'avais imaginés, non plus.

C'est peut-être une bonne chose sur pas mal d'angles : il y a 15 ans, je croyais qu'à 30 ans, en parfaite poule pondeuse que je pensais devoir être, j'en serais à mon deuxième enfant (sur cinq, d'après mes prévisions de l'époque). Que ma carrière, ma vie de femme, ma vie d'épouse, ma vie de mère seraient bien installées. L'idée c'était que cette décennie soit uniquement dédiée à profiter de la vie, et non à la paramétrer. Dans ma tête, j'étais certaine que j'aurais trouvé "quelqu'un", que j'aurais une maison, que j'aurais un travail stable...

C'est en ça qu'approcher des 30 ans devient, avec les mois qui passent, un peu stressant. J'ai dit "un peu" ? Je voulais dire que ça m'obsède.
Je vois approcher la date limite et je ne veux pas gaspiller ma belle décennie, qui commencera en janvier 2012, en ayant encore tant de choses à stabiliser. Je veux déménager, vite, trouver un appartement où passer cette décennie de rêve dans les meilleures conditions possibles. Je veux arrêter de m'en faire pour mon boulot, mais je réalise que choisir la vie en cabinet ministériel n'est pas nécessairement le choix de la stabilité (non mais là, ça va, c'est un poste de 18 mois, je devrais ne plus bouger avant les présidentielles, sauf si mon ministre se met à son tour à fumer le cigare évidemment...). Je veux commencer à profiter de la vie au lieu d'avoir cette sensation tenace de vouloir "compenser" ce qui m'a manqué pendant les années de chômage.

Ce sont 5 années de ma vie que j'ai perdues à jamais, et ça entre en ligne de compte dans mon angoisse de l'échéance des 30 ans. Les 30 ans ressembleraient un peu plus, déjà, à mes 30 ans de rêve, si je n'avais pas crevé la faim, déchiqueté mon cœur et passé mon temps à explorer tout un tas de situations noires, voire glauques. Si je n'avais pas perdu ces 5 années à me martyriser le corps et l'esprit, les 30 ans pourraient être abordés plus sereinement. Ce n'est la faute de personne, et ce n'est pas bon de pleurer sur ces 5 années perdues, mais enfin voilà, j'ai pleinement conscience des conséquences de ces 5 années.
Je ne veux plus avoir d'enfant, parce que depuis j'ai arrêté de penser que c'était obligatoire notamment, mais il s'avère quand même qu'à un an de mes fameux 30 ans, j'ai quand même pas mal de retard sur le planning que j'avais, adolescente. Je n'aurai jamais les 30 ans dont je rêve, parce que ces 5 années m'ont abimée. C'est une évidence, il faut faire une croix dessus.

Les dommages sont énormes et plus je veux avancer dans la vie plus je m'aperçois du boulet que ça représente. C'était finalement assez facile, quand j'allais mal, de ne pas constater l'étendue des dégâts. Quand tu es prête à accepter le premier boulot venu, la vie professionnelle n'a pas le même rôle dans la vie que quand tu commences à penser en termes de "carrière" et d' "évolution". Quand tu n'as pas envie de t'impliquer dans des amitiés, tu te préoccupes assez peu de savoir ce que certains amis peuvent valoir dans des situations critiques. Quand tu ne veux personne dans ta vie, tu n'as cure de manger très mal et/ou très peu, et de toute façon je n'avais pas le choix, notamment pendant la période sans la moindre allocation.
Seulement voilà, je ne suis plus aussi désespérée que je l'étais quand j'étais au chômage et que j'acceptais de me contenter de moins, voire de rien. Maintenant je veux plus. Parce que j'ai un peu plus. Mais le problème c'est que ces 5 années m'ont transformée à tous les égards et que désormais, je suis cassée.
Je me vois comme un jouet cassé.

La question qui commence à se poser depuis quelques mois est celle de la solitude. A ma grande surprise. Je ne pensais d'ailleurs pas que ça me préoccuperait avant quelques temps. La solitude ne m'a pas vraiment dérangée pendant longtemps, et puis, j'avais des outils bien à moi pour ne pas m'en soucier, entre les centres d'intérêt chronophages, les engagements pris ici ou là pour collaborer à des projets, et puis bien-sûr, l'Homme-Sans-Visage, imperturbable camarade qui m'a permis de ne pas m'attacher à n'importe qui même dans les petites crises de solitude. Mais depuis quelques mois, et notamment depuis une rencontre en particulier (la première à avoir déclenché quoi que ce soit depuis longtemps, bien longtemps), ce n'est plus la même chanson. Les outils ne fonctionnent plus, ils parviennent tout juste à divertir mon esprit, et encore, jamais durablement. Je commence à vraiment avoir envie à nouveau de quelqu'un dans ma vie, à la fois de quelqu'un en général et, progressivement, de quelqu'un de précis, plus ou moins.

Mais les 5 années sont passées par là tout de même, et les 30 ans se profilent. Et en toute sincérité, la question que je me pose, c'est : qui voudrait dans sa vie et dans son lit une trentenaire qui est passée à côté de 5 ans de sa vie, n'a jamais appris à s'amuser quand elle avait la vingtaine, passe son temps à angoisser à l'idée de se priver à nouveau, a des passions extrêmement chronophages qui ont progressivement pris toute la place, avait largement autre chose à faire que s'enquérir de son sex appeal et ne s'y est (re)mise que sur le tard, et qui commence à penser subitement sur le long terme, parce que de toute façon elle n'a jamais été encline au court terme. C'est trop de paradoxes d'un coup.
Se regarder dans un miroir est devenu une torture parce que je fais quelque chose que je n'avais jamais vraiment fait jusque là, pas à un tel degré en tous cas : je me compare. S'il n'y avait que les cicatrices morales de ces 5 ans, ce serait gérable. Mais il y a les autres. Les vraies cicatrices. Celle sous le nez, mais aussi les autres. Ce qui ne partira plus. Ce qui ne reviendra plus. L'air de rien j'ai un peu vieilli en accéléré quand je n'ai pas pu manger à ma faim. Sur le marché des relations personnelles, pour utiliser un euphémisme à la place du marché de la baise, je ne vaux pas, comme les billes et les calots, l'effet de comparaison est désastreux.
Et même si je n'ai jamais été un canon, je me défendais quand même un peu, à une époque. Le regard de certains, dans la rue, me disent que je me défends parfois encore un peu, mais je sens bien que ce n'est plus pareil. Vieillir n'est pas bien grave quand il s'agit de le faire seule, mais quand il s'agit d'être mise en balance avec des jolies nanas de 20 ans qui, elles, ne se sont pas pris ces 5 années dévastatrices dans les dents, je ne fais pas le poids, c'est net.
Alors oui, j'ai plein de bons côtés, sans doute, et ma psy a probablement raison quand elle me dit qu'un couple ne se forme pas sur la seule base de l'apparence. Oui, certainement, même quand j'avais 18 ans, je n'ai jamais charmé les hommes avec mon corps, ce n'était pas l'atout que j'utilisais (je ne savais même pas comment d'ailleurs), mes armes étaient autres et de celles-là, je savais me servir, d'ailleurs. Il suffirait de ressortir tout ça et de tenter le coup, avec ce que je sais aujourd'hui, l'assurance que j'ai maintenant que je n'avais pas alors, les certitudes de maintenant que je n'avais pas alors, et tout ce qui s'est passé pendant, entre autres, ces 5 années, pendant lesquelles j'ai gagné sur d'autres plans, finalement. Mais je ne peux pas faire autrement que penser à tout le gâchis que ça représente.

J'ai l'impression de pleurer sur le lait versé, et c'est sans doute un peu vrai. Mais c'est un deuil douloureux à faire. J'avais tant de choses à gérer, tant de difficultés à surmonter, que je ne pouvais pas me battre sur tous les fronts et désormais le mal est fait. Quoi que je fasse maintenant, oui, le mal est fait. J'ai perdu la guerre, quelles que soient les batailles que je remporte maintenant que ça va mieux.

Alors, maintenant, je voudrais remettre le pied à l'étrier mais je ne me vois pas imposer ça à quelqu'un : "hey, je voudrais bien revenir dans la danse, mais je suis rouillée, je n'ai plus été amoureuse depuis 2004 et je n'ai pas eu d'orgasme depuis 2008, je suis donc potentiellement très mauvaise dans les affaires de cœur et franchement rouillée au pieu, mais euh, je suis sûre que ça vaut le coup de faire l'effort parce que, tu vois, je suis vraiment une fille bien".

Et le temps va continuer de passer et ça va devenir encore plus difficile d'avoir perdu ces 5 années. En somme, ça ne me dérangerait pas de vieillir si je n'avais pas l'impression d'avoir hiberné hors du cours de la vie pendant tout ce temps. Et avoir passé la phase suivante à compenser, voire surcompenser, parce que j'avais l'impression d'avoir tellement étouffé avant... Plus de travail, plus de dépenses, plus de loisirs... j'ai vraiment vécu depuis que je suis revenue dans le monde du travail, comme si j'avais besoin de tout faire en trop grand, comme si j'avais besoin de caser le maximum de tout ça dans ma vie de maintenant. Mais ce n'est pas possible. Ce qui est perdu est perdu à jamais. Entre les 5 années de chômage et les années qui avaient précédé, en dépression, en fait, depuis que je suis partie de chez mes parents et que j'ai commencé à découvrir le monde du "dehors",  finalement c'est toute une décennie que je n'ai pas su exploiter. Je n'en avais pas les outils, alors.
Mais vous pensez que la vie m'aurait attendue, elle ? Qu'elle se serait dit : "ok, elle commence vachement tard, elle ne découvre le dehors qu'après tout le monde, on va lui donner un petit délai" ? La vie a continué et me voilà, à l'approche de mes 30 ans, à réaliser que je ne suis simplement pas équipée pour mes 30 ans. La voilà la vérité. Sur une courbe de croissance mentale, je découvre à peine ce que c'est de sortir et m'amuser, j'ai à peine 20 ans. Sur une courbe de croissance physique, à l'aise, je fais 35 ans minimum. Qui veut de ça ? Des volontaires ? C'est bien ce qui me semblait.

Ma psy a raison, encore une fois, quand elle me confirme que tous les couples ne se fondent pas sur une base unique. Que chacun a son histoire, sa trajectoire, et que ça n'empêche pas de trouver quelqu'un.
Mais je ne veux pas qu'on veuille de moi par défaut, faute de mieux, ou malgré tout. Surtout pas malgré tout !

Alors me voilà à faire des plans et des projets pour l'année de mes 29 ans pour que tout soit en ordre, du moins le plus possible, pour mes 30 ans.
Je n'aurai jamais les 30 ans dont je rêve, et je ne serai jamais la trentenaire de mes rêves. Mais même avoir moins ça va me demander tellement plus...

Posté par ladyteruki à 23:29 - Commentaires [1] - Permalien [#]

27 décembre 2010

With a little help from my friends

Comment dit-on à un ami qu'on manque d'amis ? Ça fait plusieurs semaines que je me pose la question. Si c'est un ami, je devrais tout pouvoir lui dire et pourtant, idéalement, on essaye de ne pas blesser ses amis, et ici ne rien dire semble plutôt indiqué. Alors j'ai essayé de lancer le sujet, avec mes amis, de façon détournée, chacun à part, chacun d'une façon différente. Je ne sais pas combien ont percuté. Je ne sais pas comment ceux qui ont compris l'ont pris. Mais c'est là.

Je me sens seule. Je voudrais de nouveaux amis.
Je n'ai rien contre ceux que j'ai mais ils semblent, disons, trop peu nombreux. Si c'étaient des amants je dirais que je suis dans une période de nymphomanie où j'ai besoin de plus pour être satisfaite. Mais ce sont des amis et on va simplement dire que c'est une question de nombre. Ils ont leurs vies, ils ont leurs passions, ils ont leurs préoccupations... j'ai juste l'impression de les avoir un peu souvent fait passer devant moi et que maintenant, c'est trop tard, ils ne seront pas mes amis même pour ce qui est difficile. Que n'importe qui peut aller se faire une virée au restaurant mais qu'il faut les avoir bien accrochées pour aussi m'écouter pour parler de ce qui est sombre. Peut-être que j'ai l'impression d'être leur amie mais qu'ils sont mes copains. Peut-être que c'est injuste de dire cela. Peut-être que j'en demande trop d'un coup alors que pendant longtemps je n'ai rien demandé à personne.

Pendant des mois, des années, j'ai fait cavalier seul. J'ai fait semblant de me contenter des sorties détendues au resto. La vérité c'est que j'adore aller au resto. J'aime les soirées resto entre amis. Mais on dirait depuis quelques mois que je ne sais plus m'en contenter.
J'aime être avec eux. Je prends un sincère plaisir à m'en occuper, comme j'ai pu le faire pour Noël où j'en ai légèrement beaucoup fait pour rendre les choses confortables, notamment, à l'un d'entre eux. Mais peut-être, juste peut-être, que depuis quelques mois, j'attends que ce ne soit plus gratuit. Que j'attends qu'on me renvoie l'ascenseur.

Sans doute que j'ai trop donné l'image d'une nana qui se contentait des restos et gérait le reste toute seule. Peut-être que je leur ai trop renvoyé l'image d'une nana indépendante qui n'a besoin que de copains. A tous les coups, ils ont pensé que depuis qu'elle était partie, je voulais prendre de la distance. Et pendant quelques temps ça a été vrai. C'est sans doute là que les habitudes se sont prises...

Dans le fond je ne peux pas le lui reprocher quand il me dit qu'ils ne peuvent pas faire leurs agendas en fonction de moi. C'est évidemment vrai, et je ne saurais le leur demander. Mais lorsque je m'ouvre, lorsque je sais qu'ils auraient le temps, je leur reproche quand même de ne pas prendre le temps de s'occuper de moi pour de vrai. La vérité, c'est qu'un peu trop souvent, c'est la disponibilité intellectuelle qui semble leur manquer. Peut-être que j'en ai marre d'être celle qui est forte et indépendante. Des fois moi aussi je voudrais pouvoir harceler les autres de questions sur tout ce que je fais et attendre qu'ils valident ce que je dis, comme lui le fait quand il n'entend que quand je vais dans son sens. Moi aussi je devrais avoir droit à ça, non ? Ou bien sommes-nous tous bloqués dans des rôles immuables ? Je suis, serai, éternellement, la vieille du groupe, celle à qui on s'adresse mais dont il semble incongru qu'elle ressente aussi le besoin d'être, de temps en temps, délestée de la responsabilité d'être toujours sûre de ce qu'il faut dire et faire...

Ce qui m'amène à l'autre partie de ce qui me trotte dans la tête : il me faut peut-être de nouveaux amis, certes, mais s'il m'en faut, il me les faut plus âgés. Passer quelques heures l'autre jour chez cette collègue plus âgée m'a fait un bien fou. Mais c'est une collègue et j'aime trop cloisonner. Et puis, dans un monde comme celui dans lequel je travaille, gommer les limites, ce n'est pas très bon... on ne sait jamais. Les collègues bien intentionnées ne sont pas nombreuses, et il faut se méfier des apparences. Cloisonner c'est se protéger.
N'empêche que c'est tellement agréable de se lier avec quelqu'un de plus de 40 ans. C'est tellement libérateur. Horriblement prétentieux à dire mais j'ai l'impression d'être sur la même longueur d'ondes, de parler le même langage. On fait l'économie de tout un tas de choses. Pour autant, les conversations ne sont pas systématiquement sérieuses. On plaisante juste différemment. C'est libérateur. Je plaisante avec cette collègue et me reviennent à l'esprit toutes les fois où je me suis entendue avec des gens du double de mon âge ou plus, depuis toujours. A la maternelle déjà, ce qui m'intéressait, c'était de discuter avec la gardienne, pas de passer la récré avec les autres. Tout ça refait surface et je me sens tellement plus libre. Je n'ai pas besoin de faire semblant d'être forte et personne ne le tient pour acquis, et pourtant je ne suis pas la "petite jeune". A pied d'égalité, je suis une adulte avec une autre adulte. Ça me manque tellement de ne pas vivre ça plus souvent.

Ces derniers temps la vie semble truffée d'instants de grâce voués à ne jamais se reproduire. C'est aussi ça que j'ai envie d'exprimer quand je ressens le besoin de "plus d'amis, plus vieux". C'est accéder à une certaine stabilité dans mes relations, plutôt que ces petits instants qui sitôt après, et pour plusieurs semaines, me font retourner à ma solitude.

Pas de méprise : j'aime ma solitude. Sans elle, impossible d'accéder aux friandises intellectuelles, culturelles et personnelles dont ma vie est jalonnée, dont elle semble se remplir chaque jour un peu plus. Sans ma solitude, comment renouer avec l'écriture, comment me gorger des fictions que j'aime, comment lire autant, comment élargir toujours plus mes horizons ! Ça semble incompatible avec une vie sociale soutenue. Mais le problème c'est de trouver l'équilibre. Ça a toujours été de trouver l'équilibre.
Peut-être que je me suis entourée d'amis dont je savais, à la base, qu'ils n'offriraient pas plus. Peut-être que je n'ai laissé entrer dans ma vie, à un moment, que ceux qui n'exigeraient pas de moi qui je sacrifie de ma précieuse solitude, que ceux qui ne m'empêcheraient pas de me goinfrer de mes friandises. Je l'ai sans doute un peu cherché, aussi, finalement. Je ne peux pas le leur reprocher, je dois juste admettre qu'il ne faut pas le leur demander, aller chercher tout cela ailleurs.

La solitude me pèse parce que je réalise que quand je lève le nez, et je commence à lever le nez alors que tant de choses se stabilisent, notamment au boulot où 2010 a été une année compliquée, je ne peux pas demander à mes amis plus de présence.

Et que soyons honnêtes deux secondes, je commence à penser aussi à d'autres choses que les amis. Ça fait assez longtemps maintenant. Ça a assez duré. Mon désir de stabilité, celui qui me taraude depuis des années et dont je cherche la formule magique à tâtons depuis si longtemps, me souffle aussi qu'à un moment il faudra se remettre à y penser. J'ai toujours rêvé de stabilité sans vraiment me lancer dans l'entreprise difficile qui consiste à trouver l'équilibre. Maintenant je commence à y penser à nouveau. J'aime ma solitude, mais j'aimerais qu'il y ait des moments où il y ait autre choses. Ça se réveille depuis des mois, lentement, comme une jambe engourdie, là ça commence un peu à fourmiller, quand même. Et je m'aperçois que la solitude est la seule chose stable dans ma vie.

Alors quand il y a des instants comme celui-là, qui semblent s'étirer pendant des heures dans le calme et la sérénité, quand il y a des instants où tout concorde, la discussion parfaite, la discussion passionnée, la discussion adulte, et le silence, quand je trouve de tout dans la relation nouvelle que j'ai avec quelqu'un que je connais peu, forcément, j'ai des frissons. Aucune idée, dans le fond, de ce que ces frissons signifient, et certainement trop tôt pour le déterminer. Mais des frissons, quelle qu'en soit la raison, c'est nouveau, ou en tous cas, nouveau depuis longtemps, et ça tombe à point nommé.
Mais voilà, je suis seule depuis trop longtemps, je suis déçue depuis trop longtemps, je suis frustrée depuis trop longtemps par l'amitié, l'amour et les relations de travail, et tout le reste, et dans le fond il n'y a pas vraiment de réponse.

C'est ma faute. Je veux plus que ce que je n'ai. Plus que me satisfaire d'une soirée de détente au resto. Après tout, avant, j'y arrivais.

Posté par ladyteruki à 02:37 - Commentaires [1] - Permalien [#]

26 décembre 2010

Simples paradoxes

C'est difficile d'écrire sur ladytherapy depuis quelques temps. Pour plein de raisons.

C'est difficile parce que beaucoup de choses qui se passent ne méritent pas d'être racontées. C'est juste la vie, des choses sans intérêt que je raconte parce que j'aime bien raconter des anecdotes à mon entourage, mais rien de passionnant dans le fond, un nouveau boulot depuis fin novembre par exemple (dont d'ailleurs la place est plus sur ladymnistration mais j'ai pas encore vraiment réussi à juger si je peux parler de ce job-là), ou bien des projets de déménagement, des angoisses, des joies, des achats, des rêveries, des tentatives, des espoirs, des changements, des choses qui restent impassibles pour le meilleur ou pour le pire ; tout et rien. Je n'en parle pas parce que j'ai l'impression persistante que, si j'en parle ici, c'est que ça a de l'importance. Or ce sont bien souvent des choses sans grande importance. Ce blog a toujours eu pour but de chroniquer ce qui me tourmente au fond, et pas de commenter mon actualité.
Ce qui m'amène à la deuxième difficulté.

C'est difficile parce que beaucoup de choses qui se passent ne me troublent plus vraiment profondément. Je me vantais, à une époque, d'être quelqu'un qui se posait des questions, avait le courage et la capacité de réfléchir à ce qui arrive, à remuer encore et encore les sujets pour toujours savoir ce que j'en pensais. J'étais toujours à jour avec moi-même, parfaitement synchronisée comme un de ces smartphones que je me suis acheté il y a quelques semaines, parfaitement au courant, en temps quasi-réel, de là où je suis. Une sorte de foursquare intérieur, ce blog.
Mais aujourd'hui je ne sais pas si j'en suis encore capable. C'est comme si j'avais un peu perdu l'habitude d'aller dans le fond des choses. Il parait que c'est bien, d'arrêter de sans cesse tout remettre en question. Il parait que les certitudes ont du bon. Je trouve quand même un peu inquiétant de ne plus toujours me harceler moi-même de questions pour prendre ma latitude et ma longitude personnelles.

C'est difficile parce que les quelques petites choses qui me troublent un peu semblent souvent passagères. Inquiète à propos d'une collègue ? Si je ne me rue pas sur mon blog, quinze jours plus tard ça ne sert à rien de venir enfin y poser quelques mots : les choses ont changé, se sont résolues d'une façon ou d'une autre, ou tout simplement je ne baigne plus assez dans le jus de mon angoisse pour pouvoir correctement exprimer ce qui me tracassait alors. Ça s'est déjà produit de nombreuses fois... tout ça pour qu'un beau matin, je reçoive un SMS m'indiquant que la collègue s'est faite virer et que le soleil irradie à nouveau ma modeste vie professionnelle. J'aurais dû en parler, maintenant ça n'a plus de raison d'être. C'est une question de timing, un blog perso, parce que quand ça ne veut plus rien dire, écrire les mots bêtement sur le blog juste pour donner des nouvelles, juste pour chroniquer un passage de ma vie, juste pour approvisionner le blog, ça n'a pas de sens.
Peut-être que j'ai donné la priorité à ladytelephagy et que c'est une conséquence, aussi.

C'est difficile, enfin, et aujourd'hui en particulier, peut-être surtout, parce que je me sais lue par certaines personnes. Et que parfois je voudrais juste pouvoir leur dire : ok, ça, tu lis pas, c'est ma cuisine interne et si tu le lis tu vas avoir mal, ou avoir peur, ou être en colère, ou, dans le pire des cas, un peu de tout ça à la fois.
C'est l'inconvénient d'avoir développé des relations avec des gens rencontrés sur internet, c'est l'inconvénient d'avoir un semblant de vie sur internet d'ailleurs. Parfois j'ai envie d'aller tout recommencer sous un autre alias, ailleurs, là où on ne me connait pas, ou, du moins, où l'on ne fait pas de rapport entre moi et mon nom. Je n'ai jamais employé le pseudo de "ladyteruki" pour me cacher, juste parce que d'une part je voulais me protéger (j'ai quand même déjà été cambriolée pour avoir eu l'idée de dévoiler mon prénom [rare] et ma ville sur internet), et d'autre part parce que mon vrai prénom et mon vrai nom, je ne les ai pas choisis, ils ne sont pas moi, tandis que "ladyteruki" c'est absolument, forcément, entièrement moi. Ce n'était pas une façon de me cacher, c'était une façon de me dévoiler sans me risquer, ce qui est différent. Pourtant, là tout de suite par exemple, je voudrais qu'on ne sache pas que c'est moi et que je puisse juste dire ce que j'ai sur le cœur sans que qui que ce soit ne fasse le rapport avec moi... et donc avec ceux qui m'entourent. D'autant qu'ils ne sont pas si nombreux que ça.
Oui, c'est surtout ça. Tant qu'il ne s'agit que de moi, je peux tout dire. Quand ce que je pense, ce que je ressens, ce que je crains, quand tout ça touche aux autres autour de moi, ça devient gênant de parler. Peut-être tout simplement que je manque de courage pour admettre certaines choses à mes proches. Peut-être aussi que je rêve d'un espace où je pourrais tout dire sans craindre les conséquences.

Et pourtant, là, aujourd'hui, les conditions seraient plutôt réunies. Il s'est produit quelque chose (plus ou moins). J'ai essayé de prendre le temps d'y penser, d'avoir un semblant de recul. J'ai aussi le temps d'en faire un post, et de trouver les mots justes tant que l'émotion est là.
Mais la dernière difficulté est la plus grande et la plus insurmontable, parce que je ne peux pas cacher ce post au regard de certaines personnes. Même sans avoir la garantie qu'elle le liront, c'est trop risqué.

C'était pas plus mal la solitude totale. Mais d'un autre côté, je ne ressentirais pas ma petite tempête dans un verre d'eau actuelle si j'étais vraiment, complètement, absolument seule comme je l'ai été.
Sinon ce serait trop simple, vous comprenez.

Posté par ladyteruki à 20:04 - Commentaires [0] - Permalien [#]

19 décembre 2010

Faites des fins d'année

A l'approche de Noël, les blessures ressortent. On pourrait penser que c'est la solitude qui me pèse, mais pas du tout. Ce qui fait vraiment mal, c'est de retourner cinq années en arrière avec une seule chanson.
Et pourtant difficile de ne pas l'écouter, comme il est difficile de ne pas penser à cette période de ma vie. Cela fait cinq ans et pourtant c'est comme si c'était hier.

Je recommence à y penser le 7 décembre, quand je fête mon anniversaire le plus douloureux et le plus joyeux à la fois : cette année, ça fait trois années consécutives que je n'avais pas connu un seul jour de chômage. Des arrêts de travail, oui, du chômage, non, pas un seul jour. Et c'est certainement la commémoration la plus importante de ma vie. Je peux me passer de Noël, du Jour de l'An, de tout. J'ai appris. Mais célébrer une nouvelle année sans un seul jour de chômage, c'est sacré. Je n'ai pas encore défini vraiment la forme de cette célébration, il n'y a pas vraiment de rituel même si, ce qui se dessine, c'est justement de ne pas prendre un jour de congès et d'aller travailler, et puis de dépenser quelques sous juste pour le plaisir de dire que je le peux. Cette année c'était un petit resto chinois. Dans le fond ça n'a pas d'importance. Tout ce qui compte c'est que je travaille et que j'ai de l'argent. Un peu. Mais suffisamment pour fêter ça.
Maintenant que je suis titulaire, depuis la fin août, on pourrait penser que ça prend moins d'importance, que je m'habitue, que je me sens en sécurité. Mais il n'en est rien.

Alors dés le 7 décembre, je commence à sentir remonter mes angoisses de fin d'année. Celles que j'ai connues il y a cinq ans et que l'anniversaire du 7 décembre devrait apaiser, mais qu'au lieu de ça, il ravive. Je devrais certainement me sentir mieux mais Noël, c'est devenu une putain de blessure sans que je m'en rende compte. Je pense que je n'ai pas fini d'avoir un contentieux avec Noël. Avant c'était une histoire de blessure familiale, la métaphore de tout ce qui me manque dans ma famille, et aujourd'hui c'est devenu un résumé global de tout ce qui me blesse dans la vie.
Il y a des chances pour que je ne puisse plus jamais être réconciliée avec Noël.

Alors voilà, pendant tout le mois de décembre, instinctivement, je reviens vers cette chanson.

Il y a deux chansons, en fait, en décembre. Une que j'écoute tous les ans depuis trois ans, qu'on pourrait presque lier au 7 décembre parce qu'elle évoque le bon côté de la période de Noël, de tout ce mois qu'au fond j'adore, entre marché de Noël, neige, et rues plongées dans le froid. J'écoute Baby don't cry de Namie Amuro en remontant le boulevard Saint Germain depuis le ministère jusqu'à Saint Michel, à pieds, avec la chanson dans les oreilles en boucle, et c'est devenu mon petit rituel qui dit que ça y est, c'est Noël. Je crois des cabanes où ça sent bon le vin chaud, les gens sont emmitouflés jusqu'aux yeux, il y a des décorations, des paquets et des machins partout, et moi j'ai les mains dans les poches, ma petite chanson, et le rythme cadencé de mes pas. C'est certainement ce qu'il y a de plus proche de l'esprit de Noël pour moi. Je ne le fais qu'une fois, ça suffit, en général je m'achète pour 50€ de pain d'épices que je vais offrir et/ou manger avant la fin du mois, et j'arrive à Saint Michel où je prends le RER pour rentrer. C'est le moment magique des fêtes de fin d'année. Ça semble peu pourtant.

Sans doute parce qu'il y a l'autre chanson. Celle qui est bien plus entêtante, parce qu'elle me ramène à quelque chose de tellement sordide. Et ça fait donc cinq ans. Cinq ans que je crevais la faim dans mon appartement glacé.
La chanson n'a rien de spécialement lié à Noël. C'est une ballade, une ballade pluvieuse sans aucun doute, plutôt quelque chose d'automnal, et qui n'a rien à voir avec ce que j'ai expérimenté à cette époque.

Mais je n'avais plus internet, je n'avais plus à manger, je n'avais plus rien. Et surtout, je n'avais plus ma musique. Sans internet, la Jmusic, c'est mission impossible... Pour Noël, je suis allée chez mes parents, comme chaque année inexorablement. Et en attendant de passer à table, je me suis dépêchée de télécharger les derniers PV d'Ayumi Hamasaki, sortis quelques jours en avance afin de promouvoir son nouvel album. C'est tout ce que j'ai eu le temps de télécharger et, une fois rentrée chez moi, je les ai écoutés. Et celle-ci a retenu mon attention. Elle m'a aidée à évacuer les larmes qui ne sortaient pas, ou trop difficilement. J'en ai pleuré pendant des soirées -je n'avais guère mieux à faire.
Cette année-là, mon menu de Noël, c'était un saladier de pâtes avec une boîte de sardines à l'huile que je n'ai même pas eu le courage de finir. Je n'en pouvais plus, des pâtes. Au moins cette fois il y avait un assaisonnement.

Alors, pour Noël, oui, depuis que j'ai les moyens, j'ai tendance à dépenser des sous, et à les dépenser dans la bouffe.
Cette année, ce ne sont pas mes cadeaux pour ma famille qui vont me ruiner de toute façon, puisque chaque année ils s'arrangent pour que Noël soit encore plus dépecé de ses rituels que l'année précédente. D'ailleurs j'ai même refusé d'avoir un cadeau de leur part si c'était pour me creuser et inventer un truc qu'ils puissent m'acheter sans avoir l'impression de cultiver mon vice, puisqu'ils pensent que mes passions ne sont que ça. Alors ce ne sont vraiment pas les cadeaux qui vont les étouffer, ils ont un truc pour deux pour la valeur exorbitante de 11€ chacun, et puis merde. Qu'ils aillent se faire foutre. Je suis déjà bien gentille d'avoir consenti à y aller alors que rien ne me fait moins envie au monde que d'aller les voir, et attendre que mesquinement ils entament le sujet du déménagement, parce qu'ils auront peur de l'aborder frontalement mais qu'ils ne seront pas capables de mettre cette question de côté pendant UNE soirée. Ils l'aborderont l'air innocent, sur le ton de "ah tiens et alors, au fait, où ça en est ?", et je sais très bien que tout ce qu'ils pensent, c'est que je n'y ai pas encore vraiment réfléchi ni vraiment commencé. Qu'ils croient ce qu'ils veulent, rien ne les empêchera jamais d'être convaincus que je suis une nulle qui ne fait jamais rien comme il faut.
Je sais que dans le fond, le seul cadeau qu'ils veulent vraiment, c'est que je sois quelqu'un d'autre. Et ça je ne le leur offrirai jamais. Jamais.

Mon argent, je vais le garder pour les gens qui importent un peu plus dans ma vie que ces deux-là qui pensent qu'on peut fêter Noël avec quelqu'un en la culpabilisant et en sous-entendant des menaces sourdes. J'ai entendu "oui mais si tu ne viens ni à Noël, ni au jour de l'an...", et j'ai aussi entendu ce qui n'a pas été dit derrière. Les gens qui comptent dans ma vie n'agissent pas comme ça avec moi. Ils ne me forcent pas à fêter Noël enchaînée à la table de la salle à manger en ayant le culot de soutenir que la famille c'est le plus important. Les gens qui comptent un peu dans ma vie savent très exactement qui je suis et ne me demandent pas de le changer.

C'est la dernière année. L'an prochain je vais le finaliser, ce déménagement. Les angoisses de décembre resteront peut-être dans l'ancien appartement, avec un peu de chance. Et si ce n'est pas le cas, c'est pas grave. J'emmènerai mes angoisses, mes souvenirs et mes blessures, je dépenserai mes 50€ de pain d'épices le 7 décembre 2011 en remontant le boulevard Saint Germain, je dépenserai beaucoup d'argent pour me nourrir pour Noël, et je fêterai les fêtes de fin d'année avec ceux qui apprécieront ma présence pour ce qu'elle est, et non pour ce à quoi elle est censée ressembler.
Ils veulent que je déménage. Oh oui je vais déménager. Careful what you wish for.

Peut-être que c'est la dernière année que j'écoute cette chanson en souffrant. Peut-être que l'an prochain, au lieu de rester bloquée dans cette chanson triste et grise et pluvieuse, peut-être que je ferai enfin attention au dernier plan de la video. Peut-être que je me serai enfin échappée par là.

AyumiHamasaki_rainyday

Posté par ladyteruki à 11:02 - En boucle - Commentaires [0] - Permalien [#]

15 septembre 2010

Solfège intime

Je ne suis pas quelqu'un de secret. Ce blog, entre autres (tout irrégulièrement qu'il soit tenu), en est la preuve assez parlante, il me semble. Et avec mon entourage, je fais rarement plus de mystère. Quand je suis de bonne humeur tout le monde le sait, et dans le cas contraire aussi. Je ne joue jamais à des jeux où il faut deviner dans quel état d'esprit je suis ou ce que je pense. Je n'étais pas très douée pour le faire il y a quelques années quand je le faisais encore avec mes petits amis, j'ai dorénavant totalement arrêté, et certains pourraient vous dire à quel point ça rend la vie à la fois facile (je suis, finalement, livrée avec mon propre tutorial, et je délivre les indications d'emploi en temps réel) et difficile (car il faut savoir gérer une relation avec quelqu'un qui est honnête en permanence sur ce qu'elle ressent et ce qu'elle veut...). Je sais y mettre les formes mais je ne sais plus camoufler. Et l'envie m'est passée depuis un bon bout de temps de vouloir faire bonne figure quand ça ne va pas, d'ailleurs.

Les seules fois où me fréquenter demande un petit effort de compréhension, c'est dans ces phases où je me referme sur moi-même. C'est le côté pile qui ne pouvait qu'accompagner le côté face, irrémédiablement : parfois, ce n'est pas que je ne veux pas vous dire, c'est que je ne veux communiquer avec personne. Disons simplement que je suis fermée pour travaux et que quand j'aurais fini, vous retrouverez tout comme avant, idéalement, en mieux.

Ces fois-là, je me dis souvent qu'il suffirait d'écouter la musique que je me passe pour être complètement au fait de ce qui se passe dans ma tête.

A une époque, j'écoutais beaucoup de musique parce que c'était l'un de mes hobbies que de publier des critiques, et que comme d'habitude quand je commence quelque chose, je cherchais l'exhaustivité. Je ne critiquais pas que ce que j'aimais, je cherchais des choses nouvelles à tester. J'ai fait de merveilleuses découvertes en me poussant de la sorte, et au final, si je testais tout ce qui me tombait entre les mains (et que je passais un temps non-négligeable à dégoter des trucs sur lesquels je ne serais jamais tombée par hasard), seules quelques chansons finissaient chaque mois par retenir mon attention.
Ce sont ces chansons-là qui ont fini par être intégrées à mon univers et qui parlent pour moi lorsque je fais le vide pour me retrouver. J'écoute toujours la chanson qui correspond parfaitement à mon état d'esprit.

Jamais je n'ai été partisane du "j'ai un coup de blues, je vais écouter un truc qui va me redonner la pèche". Je veux être à 200% dans ce que je ressens, le faire sortir, et une fois que c'est dehors, je n'ai plus à mariner dedans au moins, c'est sorti pour de bon. Ça prend le temps que ça prend, mais une fois que c'est fait, c'est vraiment réglé.

Alors, chanson gaie ou chanson triste, ça peut durer plusieurs jours, voire plusieurs semaines (mon record c'est deux mois et demi), mais à la fin, j'ai digéré le truc et j'avance. C'est en boucle jusqu'à ce que ça devienne inutile. Ça fait partie de mon arsenal, celui que j'ai instinctivement développé ces dernières années avant de m'apercevoir combien le schéma fonctionnait bien ; j'ai alors commencé à l'entretenir. Il y a donc les phases de silence radio, les phases de musique en boucle, les phases d'écriture (et elles ne s'excluent d'ailleurs pas), ça fait partie du fonctionnement de la machine pour pouvoir ensuite reprendre une activité normale.
C'est sans doute extrême. Moins que de boire déraisonnablement ou coucher à droite et à gauche. Chacun son schéma. Je ne trouve pas plus raisonnable les réactions de certaines autres personnes quand elles ressentent le besoin de gérer leurs humeurs d'une autre façon, que vous ne trouvez probablement ce système raisonnable, mais c'est ainsi et nous ne nous changerons pas mutuellement, pas vrai ?

Ainsi donc, il suffit de tendre l'oreille pour savoir ce qui en ce moment me tracasse. Et par tracasse, je veux dire que ça me hante. Je n'en dors pas (je me suis couchée à 6h ce matin, comme au bon vieux temps), je n'en mange pas (un repas par jour parce que je me force), je suis étonnée d'être encore capable de la moindre réflexion à ce stade, après dix jours de ce régime.

C'est cet après-midi que j'ai trouvé la clé. J'avais pensé à couper le contact avec tout le monde, mais j'avais oublié de la mettre la musique. C'était tout bête : depuis le 8 mars dernier, j'avais perdu le disque dur sur lequel la chanson se trouvait. J'ai dû la retélécharger pour retrouver ma sérénité.

J'avais juste besoin de pleurer en me tordant de douleur pendant une ou deux heures. J'avais besoin d'exorciser pleinement. D'aller au fond et de racler la douleur.

Le 15 Septembre n'est jamais une date au hasard. C'est chaque année une date un peu plus facile, c'est vrai, mais c'est quand même l'une des pires dates de l'année, dans un calendrier qui n'a pas encore beaucoup de dates à fêter dans l'allégresse.
Le 15 Septembre est une journée pendant laquelle je pleure, parce que dés le 15 août je commence à me dire que la date de l'anniversaire de ma grand'mère approche, et qu'il n'est plus à fêter. Et puis le 8 Mars je remets ça avec l'anniversaire de sa mort. Et puis le 15 Septembre. Et ainsi de suite...

Ces deux jours-là, il y a une chanson. Une seule. En boucle. Et le problème c'est que mon disque dur a lâché en avril et que je n'ai pas réalisé tout de suite que j'aurais besoin de cette chanson.

C'est tout l'objet de cette nouvelle rubrique (la première sur ce blog, en fait) : une chanson en boucle / une idée en boucle.

THC_KimiwoSukiniNatta

Posté par ladyteruki à 23:25 - En boucle - Commentaires [0] - Permalien [#]