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Tout savoir sur ladyteruki, y compris ce qu'elle même ignore...

29 avril 2012

Italian for "peace"

Tout a commencé le mois dernier. Pour ma défense, j'étais malade. Et en plein multi-marathon. Et par-dessus le marché en pleine crise d'autobiographiphagie.

Mais l'histoire ne commence pas là, en réalité ; elle commence voilà presque quatre ans. J'étais alors devant mon écran, à regarder l'un des premiers épisodes de la deuxième saison d'une série que j'adorais. Et je ne saurais pas dire à quel moment précis, mais soudain, j'ai fait ce truc que je fais quand j'ai repéré un truc : je cligne de l'oeil. Un seul oeil. Le gauche. Comme ça le droit continue d'observer même pendant que j'enregistre ce qui vient de se passer. Je sais pas pourquoi je fais ça, une sorte de tic si l'on veut, mais quand je le fais c'est que quelque chose vient de m'interpeler. Et je me rapelle avec une précision cinglante d'avoir soudain penser : "j'ai vu un truc, là".
Ce truc, c'était un détail dans le jeu de Lee Pace. C'était un épisode de Pushing Daisies parmi tant d'autres, j'avais déjà vu Lee Pace avant dans cette série, évidemment, et, d'ailleurs, j'avais déjà vu Wonderfalls auparavant, et pourtant cette fois-là, j'ai vu quelque chose qui m'a fait cligner d'un oeil. Le signe qui ne trompe pas. Ce jour d'automne 2008, je n'ai aucune idée de pourquoi, cet acteur-là m'a donc interpelée. Je n'aurais pas su dire ce qui avait attiré mon attention mais j'ai voulu fouiller. Et c'est comme ça que je me suis mise à cagouler plusieurs de ses films, dont Soldier's Girl, The Fall et Miss Pettygrew Lives for a Day. Ca ne s'est pas regardé en un jour (Dieu sait que mon rapport avec les longs métrages a longtemps été compliqué), mais quand j'ai vu ces trois films (et quelques autres dont notamment The Good Shepherd et Infamous), j'ai compris que j'avais trouvé un acteur qui arrivait à incarner tout ce que j'aime chez les acteurs. Et jusque là je n'aimais pas grand'chose chez les acteurs (ou alors pour de mauvaises raisons).

Dans un premier temps, j'ai pensé que je venais de comprendre quelque chose sur le métier d'acteur qui jusque là m'avait totalement échappé, vu que je considérais les acteurs comme des outils (au mieux), des choses interchangeables dont j'avais besoin qu'on me fournisse la preuve de l'individualité. J'ai essayé de me faire également une intégrale des films d'autres acteurs qui me semblaient pouvoir être intéressants, ça n'a jamais vraiment pris. C'était cependant une tentative intéressante en cela que pour la première fois, je regardais ce que faisaient les acteurs au lieu de considérer que tout le mérite revient toujours, exclusivement, au scénario. Mais rien à faire.
C'était vraiment seulement lui. Et c'était d'autant plus intrigant que ça n'avait rien à voir avec les piètres raisons pour apprécier un acteur que nous connaissons tous, étant donné qu'il n'est pas mon genre, physiquement parlant (trop jeune, trop maigre, trop... too much). Alors pourquoi ? Si ce n'était pas le plaisir des yeux qui entrait en jeu, quoi ?

Il s'est passé des semaines pendant lesquelles j'ai lu, lu et lu, comme je fais toujours quand quelque chose pique ma curiosité : des interviews, des articles, n'importe quoi, en essayant de comprendre pourquoi je le trouvais si bon alors que je ne m'étais jamais fait cette réflexion pour nul autre acteur avant lui. Sans compter qu'il n'est pas le MEILLEUR, objectivement parlant. Evidemment il m'a clouée sur mon fauteuil avec Soldier's Girl et The Fall mais, soyons honnêtes, il y a d'autres très bonnes performances de par le monde, au ciné comme à la télévision, qui ne me font pas vibrer l'ombre de la paupière gauche. Alors quoi ?
J'ai trouvé ma réponse dans un article, non pas écrit sur lui, mais par lui, sur l'une des pièces dans lesquelles il a joué. Je crois que ce jour-là, j'ai lu cet article et simplement admis que, ok, Lee Pace, c'est juste l'acteur qu'il me faut. Il a des défauts et des faiblesses (et il en a corrigé, pourtant !), mais il parvient à parler mon genre de langage, à exprimer ce que j'ai besoin de voir exprimer. Et si je devais écrire quelque chose, nul doute qu'il serait le plus à même de l'exprimer. On dirait qu'il parle mon langage, en somme.

Les mois et années passent, et désormais c'est un fait : Lee Pace, c'est mon acteur. Le seul au monde dont j'ai envie de voir les prestations, les comparer, les décortiquer. Bonnes ou mauvaises, elles sont toujours à part. A force de lire et regarder des interviews et making of, d'éplucher les articles, ou de chasser la moindre sortie, il est certain que cela entraine un cercle vertueux qui fait que j'ai l'impression de connaitre son jeu mieux encore, les tics, les habitudes, les progrès, les préférences peut-être même. Même si je suis de plus en plus consciente que je n'aurai pas fait le tour de son travail tant que je ne l'aurai pas vu sur scène, j'ai l'impression de commencer à connaitre sa façon de concevoir son boulot. Et pour moi c'est une donnée à la fois nouvelle et inestimable.

C'est que, j'ai aussi ce goût pour les autobiographies. C'est cylique (et ça varie avec mes finances), mais j'aime énormément lire les autobiographies d'acteurs et comédiens. Surtout pas les biographies : je trouve le procédé trop proche de la fiction ; un biographe transfère forcément un peu, surtout les biographes qui ne rencontrent pas leur "victime" ou leur "cible" et qui commencent à fantasmer un peu et proposent au final un travail de révisionnisme sans grand intérêt. Certes, les autobiographies ont leur part de fiction personnelle, le moment où on se glorifie un peu ou, plus simplement, on se met en scène. Quand on veut éviter un sujet ou l'aborder sous un angle excessivement humoristique, par exemple. Mais cela fait partie du jeu et, au final, les choses qui ne sont pas dites, ou dites sous couvert de l'humour, sont aussi parlantes que celles qui sont explicitées.

Les autobiographies sont une façon comme une autre de rentrer dans la tête des gens, moi qui aime par-dessus tout cette forme de tourisme psychologique qui consiste à marcher dans les chaussures de quelqu'un sur une certaine distance, puis réintégrer les miennes et sentir que les limites de mon univers ont été repoussées, même de quelques milimètres. N'est-ce pas ce vers quoi la plupart de mes centres d'interêt me poussent, dans le fond ?

Aussi n'était-il pas étonnant que, à un moment où je n'étais pas en état d'être raisonnable, le mois dernier, je me retrouve à allier ma passion pour les autobiographies et mon intérêt pour Lee Pace.

D'abord, ma motivation première était de comprendre ce qui pouvait bien se passer dans sa tête pour jouer telle chose de telle façon. On a tous des théories plus ou moins associées à de la psychologie de comptoir sur la raison qui pousse un acteur à choisir certains rôles, ou à les interpréter d'une certaine façon. C'était mon moteur à ce moment-là : qu'est-ce qui expliquait l'existence de Lee Pace en tant qu'acteur ? En toute logique, la même raison qui expliquait son existence tout court. C'est là que j'ai dérapé.
Quand j'ai commencé, sans même m'en rendre compte, à mémoriser les prenoms des parents, de la soeur, du frère. J'étais pas du tout dans mon assiette et je n'ai pas eu le réflexe à un seul moment de me dire que ça devenait étrangement malsain d'être capable de retracer l'arbre généalogique des Pace sur quatre générations. Mais on en était là, en à peine deux heures sur Google.
La troisième m'a conduite à me demander si tout ce beau monde était sur des réseaux sociaux. Je confirme, ils le sont.

La fièvre, les crampes et même le nez bouché ont depuis disparu, j'ai refermé tous les onglets que pendant quelques jours j'avais intégralement épluchés, et même rafraichis régulièrement, mais force est de constater que la famille Pace m'a suivie ailleurs.
A présent je ne les consulte qu'une à deux fois par semaine, maximum, vite fait, en cinq secondes, pour "prendre des nouvelles".

Comme dit précédement, ce qui m'intrigue, c'est Lee Pace l'acteur, je ne fantasme pas sur Lee Pace, l'échalas aux sourcils broussailleux.
Mais depuis un mois environ, je fantasme à mort sur sa famille. Comment son père au nom de grand méchant de Dallas, qui en plus travaillait dans le pétrole, est aujourd'hui un petit pépère qui a l'air bon vivant. Comment sa soeur a une grande famille (plus grande encore depuis cette semaine), et comment son frère est un authentique redneck. En une heure sur les réseaux sociaux le mois dernier, j'étais même capable de retracer l'arbre généalogique du mari de la frangine, pour tout vous dire, alors vous pensez. Le plus agaçant étant probablement l'extrême invisibilité de sa mère, mentionnée souvent, mais présente nulle part.
Et c'est là que j'ai compris que depuis un mois, ça n'a plus rien à avoir avec Lee Pace.

Vous savez ce que j'ai fait à plusieurs reprises, le soir, avant de dormir ? J'ai essayé de me représenter les réveillons de Thanksgiving ou Noël de la famille Pace. Avec, vous pouvez me croire, un luxe de détails, et pas forcément tous forcément brillants (ces gens-là ont forcément des défauts, juste aucun qui soit insurmontable), l'imagination aidant, et dans ce domaine la mienne est galopante. Eh oui.
NOM D'UN CHIEN JE L'AI REFAIT !
J'ai passé les dernières années de mon adolescence à rêver à des familles denses, complexes, chaleureuses. Je les regardais à la télévision. J'imaginais ce que serait la mienne plus tard (c'était avant de réaliser que si je devais avoir plus tard une famille idéale, je n'en serais jamais la fille mais forcément la mère, et cette épiphanie a tourné court quand j'ai compris que je n'avais aucune envie d'être mère). J'ai passé des heures et des heures à rêver à tout ça. Tout n'y était pas parfait, mais en comparaison avec ce que je commençais à comprendre de ma famille, c'était forcément épatant.

Mais depuis, je pensais en être guérie. Je pensais avoir fait du chemin. Je pensais qu'en coupant les ponts définitivement avec mes parents en octobre dernier, j'avais laissé toutes ces histoires de famille de rêve derrière moi ; toutes les histoire de famille, tout court.
Et non, pas du tout.
La vérité, c'est qu'à cause d'un acteur qui sait m'inspirer comme personne d'autre au monde, j'ai eu l'opportunité de transférer tous mes fantasmes de famille sur la sienne.

Et la sordide vérité dans tout ça, c'est que même si les parents que j'ai eus ne me font plus souffrir, que je ne pense presque plus à eux (ou alors comme sous le choc : "tiens, qu'est-ce que cette pensée vient faire là, ça fait des siècles que je n'ai pas pensé à eux"), même si je raconte aujourd'hui mes souvenirs de guerre à mes amis sans plus ressentir le moindre pincement au coeur (et qu'ils me disent "ça se voit que tu vas mieux depuis qu'ils ne sont plus dans ta vie")...
...Eh bien, ne pas avoir eu une "vraie" famille, ça me manque toujours.

Ma fringale pour les autobiographies ne s'est pas apaisée depuis. J'aime toujours autant mes guides du routard intérieurs, qui me permettent d'avoir l'illusion de me balader dans la tête de quelqu'un, puis d'avoir l'impression que mon regard sur cette personne va se modifier la prochaine fois que je le verrai à l'écran. Je n'y recherche pas nécessairement ce que j'avais tant aimé trouver chez la famille Pace, et mon intérêt pour les autobiographies ne se cantonne pas, loin de là, à l'enfance ou l'entourage familial. Mais quand même.
Il n'empêche, depuis un mois, je suis un peu fâchée avec moi-même de ne pas réussir à m'en foutre complètement, de ces histoires de famille, et de ressurgir, encore et encore, les mêmes problématiques sous des angles différents.

Quel que soit le progrès accompli, il manquera toujours quelque chose, pas vrai ? Il faut croire qu'il n'y a simplement pas de paix possible.

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25 février 2012

Do I look different ?

Les anniversaires sont toujours plus symboliques qu'autre chose. Je le sais, vous le savez, tout le monde le sait, et pourtant, les dates ont toujours une grande importance à mes yeux. L'anniversaire de ci, l'anniversaire de ça. Et évidemment le mien.
Tout ne change pas du jour au lendemain parce que j'ai eu 30 ans. Mais après avoir tant attendu cet anniversaire si symbolique, que je n'ai pas toujours pensé atteindre, il était évident que j'y accorderais une attention soutenue.

Alors voilà, j'ai 30 ans depuis un mois, et qu'est-ce qui a changé ? Eh bien, rien, en vérité. Et tout.
Difficile de dire où est l'oeuf et où est la poule dans ces changements, puisque cela fait 6 mois que je m'efforce de faire le plus grand ménage de ma vie. Dégager mes parents ? La décision la plus difficile à mettre en oeuvre et pourtant, la meilleure que j'aie jamais prise. Un grand changement en tous cas. L'ai-je fait parce qu'il était temps, parce qu'enfin j'en avais la possibilité matérielle, ou parce que je savais que j'allais avoir 30 ans et que je voulais aborder mes 30 ans avec l'impression d'avoir mis les choses à plat ? C'est plus compliqué à déterminer. Sans doute un peu de tout ça.

Ce qui est certain c'est que ces 30 ans tenaient une immense place dans mon imaginaire. C'était l'objet de beaucoup de fantasmes, qui eux-mêmes ont énormément changé en 15 ans.
A l'époque où ça a commencé, je pensais que je voulais une famille, un gentil mari, c'était très important qu'il soit gentil voire même exagérément conciliant, une grande maison, 5 enfants (oui, 5), des chiens dans le jardin, un boulot d'enseignante ; que j'aurais tout ça à 30 ans. C'était l'époque où je n'avais pas encore fait la différence entre ce que je voulais pour le présent et ce que je voulais pour le futur. J'avais même commencé à écrire du point de vue de ces enfants ce que ce serait de vivre cette vie où papa est gentil, où la maison vibre de l'énergie d'enfants qui grandissent sainement et où tout va bien ; c'était bien un signe. Ce n'est pas avant quelques années que j'ai réalisé que je ne voulais pas avoir ces enfants, mais que je voulais être ces enfants. Et qu'aucun gentil mari ne remplacerait jamais le fait que je n'ai pas eu un gentil papa. Même si j'avais 5 enfants, je serais alors la maman, et je ne profiterais pas de la même façon de ce bonheur idéalisé. Avoir une jolie enfance parfaite, ce serait toujours pour les autres. On ne revient pas là-dessus.
Quand j'ai voulu mourir, il semblait clair que je n'atteindrais jamais cet âge canonique, que cette période incroyablement faste ne serait jamais pour moi. Et puis j'ai survécu à la tentative de suicide, sans savoir qu'il viendrait plus difficile encore, et lentement je me suis remise en branle, sans vraiment avoir l'objectif d'atteindre 30 ans mais déjà en essayant d'arriver à 20.
Une fois que je suis passée par ces deux stades (comprendre qu'avoir 30 ans ne me donnerait jamais l'enfance idéale que je n'avais pas eue, et passer à deux doigts de mourir), le rêve de mes 30 ans est devenu plus flou. Il n'y aurait pas d'enfants, parce qu'en réalité j'ai réalisé avec quelques années supplémentaires que je ne voulais pas en avoir, il n'y aurait probablement pas de gentil mari parce que le mariage m'attirait de moins en moins, et quant à la maison, eh bien, à Paris, c'est rare, les maisons, et j'étais depuis tombée amoureuse de Paris. Qu'y aurait-il à la place ? C'était compliqué à déterminer.
Mais ce qui était sûr, c'est que ce serait une époque faste. De luxe.
Le luxe de ne plus s'inquiéter.

30 ans ou le rêve de la stabilité. La décennie précédente aurait été celle des transitions, des privations, des efforts, des douleurs. Je ne sais pas au juste quand je l'ai décidé mais 30 ans, ce devait être le point d'arrêt de tout ça. Il faudrait avoir un travail, un logement, ne plus avoir faim, ne plus avoir peur, ne plus avoir mal. Quand je suis passée par cette période atroce où je ne mangeais plus, pendant le chômage, je voyais le temps passer et la situation ne pas beaucoup s'améliorer, un CDD par ci, une période de disette par là, et je me disais qu'il faudrait que ce soit réglé pour mes 30 ans. Les heures de thérapie pour se sortir les souvenirs insupportables de la tête, les mettre sur la table et les écraser d'un coup de maillet, ça aussi, je crois que j'avais décidé que ce serait fini à 30 ans. Pas de façon claire, nette et consciente, mais c'était là, quelque part : les errances se finiraient à 30 ans.
Ce devait forcément être dans un coin de ma tête toute l'année dernière, quand j'ai procédé à tant de changements. Il y avait des facteurs extérieurs mais pas seulement. J'avais décidé que je serais prête pour mes 30 ans.

Alors oui j'ai 30 ans et plein de choses ont changé. Elles n'ont pas changé d'un coup de baguette magique le jour de mes 30 ans, mais elles ont changé en prévision de ce jour et c'est un peu la même chose.

Pour la première fois de ma vie, j'ai passé Noël et le réveillon de la nouvelle année seule, et c'était voulu, et ça m'a fait le plus grand bien. Pour la première fois de ma vie, mes résolutions (si on peut les appeler ainsi) n'étaient pas des prières du genre "allez, cette année il faut que ça cesse", c'étaient des défis créatifs.
Comme anticipé, parce qu'il y a une part évidente de wishful thinking, mes 30 ans sont le début de quelque chose.
J'ai toujours pensé que ce serait la meilleure décennie de ma vie, même quand je n'étais pas sûre de la forme qu'elle prendrait. Je crois avoir plutôt bien préparé le terrain pour modeler cette décennie au mieux. Il y a du boulot encore avant que je n'aie la vie rêvée ; je me suis trompée, sans doute, sur ça : la transition est permanente, elle ne s'arrête pas avec les 30 ans. Mais j'ai toute une décennie pour m'y mettre et j'ai réussi à faire en sorte de n'être liée par rien ni personne qui m'en empêche. Et au moins, contrairement aux précédente, cette transition-là n'est pas subie ; j'en suis maîtresse.

Pour une fan de symboles comme moi, difficile de ne pas remarquer que le mois de février a été difficile, pourtant, et que cela prouve que je ne suis pas à l'abri des coups durs, même arrivée à ces fameux 30 ans. Le rappel tombait mal, d'une certaine façon : la lune de miel avec ma nouvelle décennie a ainsi tourné court. Mais en même temps, c'était le bon moment pour se rappeler qu'il n'y a rien de magique à atteindre 30 ans.
Mais peut-être qu'avoir 30 ans, avec ce que cela suppose à la fois d'expérience, d'assurance et surtout de foi à présent, m'a permis de mieux le gérer, de ne pas sombrer dans l'impression que tout allait mal et que la situation était insurmontable. Et puis maintenant, j'ai un travail, et ça aide beaucoup à ne plus avoir l'impression d'avoir la tête plongée dans une cuve de pétrole, aussi : la fonction publique ne m'offre sans doute pas grand'chose intellectuellement, mais j'ai l'assurance de revenir le mois prochain et c'est ce qui me sauve.
Après tout, c'est ce que j'attendais pour cette décennie, la stabilité ; pas parce que je voulais qu'il ne m'arrive plus rien et que ma vie reste la même à jamais, mais parce que je voulais une protection contre les changements les plus difficiles et/ou imprévisibles, et une garantie pour pouvoir me lancer dans des projets positifis. C'est pour ça, je crois, que j'associais aussi une certaine forme de routine à cette décennie : à l'intérieur de la routine, on est plus libre que quand il faut se soucier de toutes les contingences du lendemain. J'avais la vue si courte quand j'avais faim ; je réapprends à regarder à moyen terme, et peut-être que, bientôt, je réapprendrai à penser sur le long terme comme il faut ; je commence déjà pour certaines choses.

Je pense aussi à toutes les choses qui n'ont pas changé pour mes 30 ans, qui n'étaient pas prêtes.
Je l'ai senti quand j'ai compris la façon dont se déroulerait la célébration elle-même : il me manque du monde. J'ai des gens bien dans ma vie, mais j'en ai trop peu. J'ai l'impression d'avoir finalement assez peu de choix quand il s'agit de pratiquer telle activité ou telle autre. Peut-être que j'ai trop cloisonné pendant la décennie précédente ; à l'époque ça semblait important. Aujourd'hui, si je ne veux pas changer la proporition de temps que je passe seule et la proportion de temps que je passe avec de la compagnie, je crois que je voudrais pouvoir faire appel à des personnes différentes quand j'ai un projet ou une envie. Probablement que ça les soulagerait un peu aussi, je ne leur ai pas demandé mais je le soupçonne. Après avoir passé la décennie précédente à faire régulièrement du nettoyage dans mes amis pour ne pas garder ceux qui n'étaient pas capables de tenir le coup en cas de coup dur, privilégiant la qualité par rapport à la quantité, je devrais peut-être changer mes critères ; il n'y en aura plus vraiment, des gros coups durs pendant lesquels on demandera aux amis de se comporter en amis solidaires. J'en ai eu, des comme ça, j'en ai un qui a tenu 12 années de ma vie, et lui et moi savons combien ces années n'ont pas été faciles, mais les critères d'hier n'ont plus de raison d'être. Je ne compte plus sur mes amis comme avant, et je n'ai plus de raison d'avoir besoin de leur soutien comme certains me l'ont apporté à des moments critiques. Il serait logique que je sois moins sélective dans leur capacité à rester dans mon entourage même quand les choses vont mal, non ?
C'est compliqué parce que le pli est non seulement pris de longue date, mais en plus je n'ai pas envie de gens qui me traineront dans des activités qui ne m'attirent pas. Je ne veux pas tout changer, je veux juste changer ce qui ne me semble pas me correspondre assez. Il ne s'agit pas de devenir une autre, il s'agit de devenir plus "moi" ; aussi je ne veux pas soudainement me mettre à avoir plein d'amis qui vont absolument vouloir faire la fête, je veux plus d'amis qui aient les mêmes envies que moi, au moins de temps en temps (quand les actuels veulent faire la fête, ils savent que ce n'est pas à moi qu'il faut faire appel, après tout, et tout va très bien ainsi). C'est le gros défi de cette nouvelle décennie, celui dont je n'ai pas encore bien pu déchiffrer le mode d'emploi : m'entourer plus, mais pas m'entourer moins bien ou de personnes qui vont chercher à me faire faire des choses qui ne me plaisent pas. J'ai bien l'intention de continuer de refuser les invitations de certaines personnes à écumer les bars, par exemple. Je n'ai rien contre ce mode de vie, simplement il ne me plait pas et je n'ai pas envie de me forcer. C'est bien, déjà, d'avoir su le déterminer : je ne l'ai pas toujours su, et j'ai souvent, quand j'étais plus jeune, été celle qui suit et fait des trucs qui ne l'amusent pas parce que ça semblait être obligé ; depuis je sais que ce n'est pas la seule alternative contre la solitude. L'énigme sur ce que je veux et ce que je ne veux pas faire, ce qui me divertit et ce qui ne m'amuse pas voire même au contraire me lasse en moins de 5mn, est résolue de longue date, c'est déjà ça de pris.
Mais comment le concilier avec une plus grande quantité de personnes dans ma vie, ça reste un peu l'énigme de l'oracle sudérien.

Et puis à un moment, il faudra que je me repose la question de la vie amoureuse. J'ai beau être célibataire et généralement contente de l'être, il faudra bien, en même temps que je regarde sur le long terme, se demander comment je veux vivre la décennie d'après. Célibataire à 30 ans c'est fun, c'est la liberté, une liberté que je ne goûte vraiment que maintenant en plus. Mais célibataire à 40 ans... je ne sais pas encore.
J'ai réussi à vieillir jusqu'à atteindre 30 ans mais le processus ne va pas s'arrêter et il faut bien que je prépare la décennie d'après aussi. Et elle, je ne l'ai quasiment pas envisagée tant il a semblé incertain de parvenir à ces fameux 30 ans. Alors, cette décennie future, comment je veux la passer : seule ? Et sinon, quel genre de couple ? Et quelles promesses d'avenir faire à quelqu'un quand on n'a pas envie de se marier ni d'avoir des enfants ? Pour l'instant le célibat est confortable parce qu'il m'évite d'avoir à passer par certaines choses que je ne veux pas faire (les coups d'un soir, notamment, qui sont un truc qui vraiment ne m'attirent pas et qui semble être de nos jours le passage obligé pour rencontrer des mecs, c'est insupportable d'inintérêt, donc je zappe, mais à un moment faudra bien se poser les bonnes questions). Comment on rencontre quelqu'un quand on a 30 ans, qu'on veut une relation stable, ni trop envahissante, ni trop superficielle, mais qu'on ne veut pas une vie de famille "normale" ? C'est toute la question.
Actuellement le célibat est une solution simple à un problème complexe, et il va bien falloir que je me repenche sur la problématique à un moment.

Quand je n'avais pas encore 30 ans, j'avais espéré que beaucoup de choses ne poseraient plus question. Aujourd'hui, j'ai plein de réponses. C'est toujours bon à prendre. Mais il y a encore des questions sans réponse. Une part de moi est déçue, une autre est convaincue que l'impression de "work in progress" n'est pas une si mauvaise chose une fois que les difficultés les plus pragmatiques ont trouvé une résolution.
J'ai au moins le luxe de ne plus avoir à m'inquiéter, sur le long terme, de ce qu'il va advenir de moi. Mission accomplie, finalement, donc : j'ai les 30 ans que je voulais, en quelque sorte.

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13 décembre 2011

Haute trahison

Etrangement, on peut être trahi même quand on n'avait aucune confiance. On se méfie et on surveille du coin de l'oeil, mais voilà, on peut être trahi. Par soi-même. Par son corps.

Voilà plusieurs semaines que je me heurte à ce post, vingt fois esquissé, jamais publié. C'est difficile de décrire la trahison que j'affronte, parce que le rapport que j'ai à mon corps n'a jamais été celui de la franche camaraderie. Et ça l'est aussi parce que j'ai conscience que la trahison que je vis n'est pas si grave que ça, tout bien pesé.

Une partie de cette envie de nuancer et atténuer le poids des mauvaises nouvelles vient du fait que je n'ai justement jamais été en bons termes avec mon corps et que, d'une certaine façon, je ne m'attends pas à grand'chose de lui.
Je me suis promis de ne plus dire ce genre de choses, de ne plus les penser même, et en général je me tiens plutôt bien à cette saine résolution ; mais il faut bien le dire : cela vient en grande partie de mes parents, qui m'ont appris à haïr ce à quoi je ressemblais, et je ne suis pas sûre qu'ils aient réalisé, en disant certaines choses, combien elles pouvaient être marquantes sur la jeune fille que j'étais. Me comparer à une pute pour un simple reflet auburn dans les cheveux, ou me traiter comme une obèse (je faisais pourtant un simple 38 quand j'ai quitté la maison à 18 ans), constituaient l'essentiel des rares occasions que j'avais de prendre la mesure de ce à quoi je ressemblais, et le bilan n'était pas brillant. La réconciliation avec mon corps n'a jamais eu lieu pendant les 15 années qui ont suivi, ce qui n'a naturellement pas aidé mon tempérament déjà assez peu coquet. Aujourd'hui, dans mon nouvel appartement, j'ai un miroir un peu plus grand que les précédents, dans lequel je me regarde, et dans lequel, pour tout dire, je me découvre, parce que je suis suffisamment en paix avec moi-même, pour la première fois, pour accepter de m'étudier au lieu de me fuir. Je me découvre également des envies que je n'avais jamais ressenties, des achats totalement nouveaux, je profite de ma toute première baignoire pour prendre le temps, enfin, de m'offrir quelques heures de détente et de soin. C'est ridicule de penser que j'ai mis autant de temps à m'acheter mon premier masque pour le visage, mais on en est là. Et dans le conflit qui m'opposait à mon corps, je pense que pour la première fois, on peut dire que je réplique au lieu de simplement subir ses attaques. Mais globalement, j'ai toujours été à couteaux tirés avec mon enveloppe corporelle ; je ne l'ai jamais considérée "moi", c'est juste un moyen, un outil, un hôte, une coquille. Presqu'une entité à part échappant à ma volonté. Alors forcément, je n'ai pas le droit de m'en plaindre, les choses sont, à quelques naissantes nuances près, toujours ce qu'elles ont été.

Et puis bien-sûr, ce n'est pas comme si je m'étais découvert, disons, un cancer. Je suis à peu près sûre que c'est un cancer qui aura, littéralement, ma peau, c'est ma conviction depuis que je sais que ce n'est pas de ma main que je mourrai, mais pas avant quelques années, un minimum d'une décennie. Concrètement, ce n'est pas "grave", ce qui m'arrive.

C'est juste une souffrance quotidienne. C'est juste une déformation défigurante. C'est juste une blessure honteuse.

Je suis née avec une malformation invisible, en quelque sorte, située dans le dos, sous la peau, à l'abri des regards indiscrets, mais qui, quand elle s'infecte dans sa cachette, devient soudainement très réelle. On a fini par me la diagnostiquer précisément en juillet 2002, lorsque pour la première fois elle s'est enflammée.
A l'époque, j'avais mal en un point bien particulier du dos, qui était devenu rouge, enflammé, gonflé, insupportable ; la dermato d'alors m'a asséné son diagnostic, pratiqué une petite entaille pour soulager et vider l'infection, prescrit des produits à destination interne et externe, et quelques jours plus tard, je pouvais à nouveau mettre des vêtements sans grimacer de douleur simplement à cause du frottement. Il faudrait un jour opérer, oui, mais c'était loin : je préparais mon BTS et ce n'était pas avec mes 33% du SMIC que j'allais me permettre ça.

C'est devenu ma réponse principale : ce n'est pas le moment. Chaque fois que la malformation s'enflammait, je serrais les dents, appliquais mes produits et avalais mes antibiotiques, parfois allais réclamer une petite incision chez un médecin ; on me disait qu'il faudrait penser à l'opération, je hochais gravement la tête, et convenais avec moi-même que ce serait fait, promis. Plus tard.
Evidemment, avoir vu sur internet des photos de l'opération requise n'aidait pas le processus de décision ; se retrouver avec un cratère dans le dos (la plaie ne doit pas être rebouchée et doit cicatriser à l'air libre... ce qui implique d'ailleurs une immobilisation complète pendant des semaines, parfois des mois) n'est pas exactement le rêve de toute jeune femme (j'avais 20 ans en 2002). Sans parler du fait que la perspective d'être ensuite, définitivement, altérée, n'arrangeait pas mes insécurités.
Ce n'est pas le moment, docteur, je vais emménager avec mon petit ami. Ce n'est pas le moment, docteur, je suis au chômage sans indemnité. Ce n'est pas le moment, docteur, je viens de décrocher mon premier CDD depuis des mois. Ce n'est pas le moment, docteur, je viens de réussir mon concours d'entrée dans la fonction publique. Ce n'est pas le moment, docteur, j'attends d'être titularisée. Ce n'est pas le moment, docteur, je viens de changer de cabinet. Ce n'est pas le moment, docteur, je vais bientôt déménager...

Alors ça a continué comme ça pendant des années. Je souffrais, je parais au plus pressé, et je reportais. Toujours dans cet ordre. Et entre deux crises inflammatoires, le plus beau c'est que la malformation redevient quasiment invisible, quasiment impalpable, et quasiment indolore. Alors dans ces phases-là, pourquoi se tracasser ?

Seulement voilà, ça va faire 10 ans maintenant. Et il y a quelques semaines, le dermato d'urgence n'a pas tenu le même discours que les précédents. Cette fois, l'opération, je ne pourrai pas y couper.
Il n'y a pas vraiment matière à urgence, pas au sens propre.

Même les crises n'empirent pas ; je les soupçonne même d'être devenues si tolérables que je les gère par-dessus la jambe. Je me suis habituée à trouver, soudain, un matin, mon dos brûlant, la fameuse protubérance douloureuse et ultrasensible au contact, un peu de fièvre, les signes habituels, quoi ; à mettre certains vêtements plutôt que d'autres, à ressortir mes compresses et mes fioles, et, en dernier recours, à aller demander l'incision magique qui, sans grande surprise, saigne encore un peu pendant un jour ou deux, et dont je gère les conséquences avec une nonchalance effrayante ("cette tâche de sang, là ? Ah oui, c'est rien, c'est mon dos").
Et finalement, ce n'est pas si contraignant, on est d'accord. Je continue de mener ma vie sans rien changer sinon mes compresses. Pas une âme ne peut même se douter que j'ai mal. Je ne grimace même plus. C'en est devenu désolant de banalité, ce combat contre ma malformation.

Mais le dermato était, ce jour-là, moins complaisant, moins patient, tout simplement moins habitué à ce genre de cas aussi (il ne m'a pas auscultée parce que de toute façon, il ne connait ce genre de cas que sur le papier). Il m'a dit qu'il allait falloir sérieusement s'y mettre, parce que chaque infection, même si je la traite, est dangereuse pour moi, parce que chaque infection rend, surtout, la malformation plus difficilement opérable.

Par réflexe, parce que je gère l'inquiétude de ma malformation depuis presque 10 ans de cette façon, j'ai immédiatement répliqué : "Mais ça va pas être possible, docteur, je ne peux pas être arrêtée plusieurs semaines, il va y avoir les élections présidentielles, le gouvernement va a minima être remanié, comment je vais faire pour le boulot, si je suis immobilisée chez moi, allongée sur le ventre sans possibilité de m'habiller ?". Ce n'était pas le moment, docteur, vous comprenez. Ca ne l'est jamais.
Sauf quand ça deviendra trop grave. Sauf quand je serai plus vieille et que ma peau ne répondra peut-être plus de la même façon, je n'en sais rien. Sauf tout simplement quand je vais, blasée, traiter ça un peu moins sérieusement et risquer la septicémie.
J'y ai bien pensé, plusieurs fois ; au risque pour ma colonne vertébrale par exemple. Et si cette fois-là, une fois pas comme les autres, mes petits arrangements avec la réalité ne suffisaient pas à limiter les effets ? Et pourquoi ce dermato me parle, pour la première fois en presque 10 ans, de consulter un gastro-entérologue avant d'opérer, est-ce que mes organes risquent quelque chose aussi du fait des inflammations répétées ?

Et puis. Et puis l'infection repart, la douleur est soulagée. Alors je reviens à toutes les autres choses qui comptent, parfois un peu trop, et qui, elles, ne se mettent pas en pause, ne disparaissent pas, n'acceptent pas de se faire oublier. J'oublie presque mes angoisses et je redeviens, presque, un pur esprit, qui n'a pas besoin de se préoccuper de cette vulgaire coquille, ou pas comme ça. Qui apprend pour la première fois à se regarder, s'apprécier, se plaire. Plaire aux autres est déjà arrivé. Me plaire à moi, même si peu, est une première, que j'ai envie d'explorer, ainsi que les mille autres choses qui se profilent ou se produisent.
Je n'ai, objectivement, pas vraiment le droit de me plaindre d'un problème de santé que je peux me permettre, disons, 70% du temps, d'ignorer, pertinemment consciente que tout le monde n'a pas cette chance. C'est ce qui participe, aussi, au report constant de la mise en pratique des choses, avec tout le reste. C'est si ridicule, cette histoire de dos, même pas une maladie, juste une absurde malformation avec un nom ridicule, et sur l'origine de laquelle même les specialistes n'arrivent pas à tomber d'accord. Son traitement est lui aussi ridicule, puisqu'il n'existe pas d'examen pour déterminer sa taille avant d'avoir ouvert et qu'on peut donc, concrètement, me retirer aussi bien un oeuf de caille qu'un oeuf de poule dans le dos, et pour finir, cette idée de laisser le trou béant pendant un mois, deux mois, parfois plus, c'est d'un ridicule consommé (même si c'est évidemment nécessaire et médicalement logique). A se faire expliquer, c'est ubuesque. A s'expliquer soi-même, quand on angoisse ou qu'on rationnalise, c'est absurde. A expliquer à d'autres ? Mon Dieu, j'ai beau avoir formulé ce post plusieurs fois, j'ai l'impression de tout et rien dire à la fois.

Mais les faits sont là. Et l'épée de Damocles devient difficile à ignorer.
Dans le combat qui m'oppose à mon corps, même quand je viens en Paix, ce dernier semble résolu à s'imposer par la force. Le traitre.

Quelques jours après le passage chez ce dermato, une boule douloureuse est apparue à la naissance de l'un des doigts de ma main gauche. Une autre douleur ridicule : à la fois invisible à l'oeil nu, douloureuse au toucher notamment quand je ferme les portes et que la clenche appuie dessus, mais sans conséquence sur la façon dont je peux ouvrir ou fermer la main. Je passe 12h par jour sur un ordinateur, cependant : j'ai consulté. Le médecin m'a dit d'attendre de voir si ça grossit, auquel cas il faudrait opérer.
Une seconde opération en vue ?

Je vais être honnête avec vous, j'ai beaucoup de peine à retrouver le respect naissant que j'éprouvais pour mon corps depuis ce rendez-vous là. C'est la trahison de trop. Alors j'oscille en permanence entre les jours où j'en ai rien à foutre de ce corps de merde, et ceux où j'ai envie d'enterrer la hache de guerre et prendre soin de lui. Je veux le punir. Comme si je n'avais toujours pas intégré qu'il n'y a pas de "lui". Que moi.
Et elle est là, la trahison suprême.

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01 novembre 2011

Goodbye to yesterday

Cela fait un mois. Ou deux, selon le point de vue.
Mon autoproclamé "nouveau commencement" est donc bien entamé. Mais loin d'être achevé, par définition. Il y a encore de nombreux ajustements à faire, de décisions à prendre, d'objectifs à prendre à bras le corps.

Je crois bien que je suis heureuse. Je ne voudrais pas le jurer parce que plusieurs fois par le passé j'ai pensé que je l'étais ; jusqu'à réaliser que je vivais dans un monde trop limité, trop accommodant, trop aveugle. Les phases où j'ai pensé être heureuse par le passé ont en général été des périodes pendant lesquelles je pensais que je n'aurais jamais mieux. Je ne veux plus jamais me contenter de joies au rabais parce que je ne pense pas mériter mieux. Je veux la totale désormais. Fini les concessions. Alors quand je parle de bonheur, j'emploie des précautions. Et vu mes plans, même si c'est du bonheur, ça n'en est que le début, l'allumage, la mèche. Le vrai feu d'artifice sera plus tard.

Mais en tous cas je me sens bien ici. Nouveau département, nouvelle ville, nouvel environnement. J'ai envie d'être gentille avec tout le monde et, ce n'est peut-être qu'une vue de l'esprit, mais les gens semblent eux aussi plus gentils. Les commerçants sont sympas. Les passants sont aimables. Il n'y avait pas tout ça autour de l'ancien appartement, mais c'est vrai que les deux dernières années, je ne me baladais plus vraiment autour de l'immeuble, j'allais à l'essentiel (la gare, le supermarché, le resto japonais), le poil hérissé par l'ambiance qui me semblait toujours plus frigorifiante. Il y avait dans l'air quelque chose de glacial qui faisait que même sans avoir peur, je n'avais pas envie de me promener dans le coin. Ce n'est vraiment pas un problème avec mon quartier d'adoption.
J'aime bien cette tour de Babel qu'est ma nouvelle ville. On ne peut pas y prendre le bus sans y entendre au moins trois ou quatre langues différentes. Je n'en comprends aucune, alors je ferme les yeux en me laissant juste ennivrer par les sonorités. Parfois je voudrais connaître toutes les langues du monde et les télécharger dans mon cerveau, et parfois, comme dans le bus, j'ai juste envie de me repaître de leur exotisme.
D'un moment à l'autre de la journée, le public change. Mais il n'a jamais rien de commun avec celui de l'ancien quartier. Les gens se parlent presque toujours avec gentillesse. Beaucoup de familles, de poussettes, de cinquantenaires et plus (beaucoup plus). Les plus jeunes cèdent leur place aux plus vieux. Les jeunes hommes aident à sortir les poussettes du bus. Ce n'est pas idyllique, parfois les gens sont nerveux, parfois il y a des échanges vifs, mais je ne ressens pas l'hostilité perpétuelle de mon ancien lieu de résidence, juste la fatigue, la promiscuité dans le bus bondé, les différences inconciliables qu'on observe partout. Ca fait plaisir de vivre dans un endroit qui vit et qui respire aussi sainement.

Oh bien-sûr, il y a les inconvénients. Même dans mon paradis rien n'est parfait. Mais ils n'apportent pas d'ombre à mon sourire. La fois où le bus est passé devant des flics armés comme s'ils allaient stopper une émeute, postés en bas des immeubles. La documentation que j'ai potassée avant de venir et qui m'a informée qu'il y a aussi un lot de choses peu reluisantes qui se passent dans certains endroits de la ville. Mais j'en tire un étrange sentiment de sécurité. Les patrouilles de police sont régulières, les rues bien éclairées, et je me fie à mon instinct en matière de sécurité, il ne m'a jamais fait défaut quand il s'agissait d'éviter les situations à risque. Mon instinct est plutôt bien rôdé, d'ailleurs, depuis le temps.

L'appartement prend forme, un meuble à la fois. Progressivement il commence à ressembler à ce que je veux, et j'ai conscience que ça pourra prendre des mois et des mois, au final il y aura toujours qelque chose qui me semblera faisable pour m'y sentir encore mieux. Mais ce qui est frappant, c'est que dés les premières heures, je me suis sentie chez moi. C'est fou comme ce sentiment m'avait manqué, sans que je le sache, depuis... quasiment toujours. Je ne suis pas passée par cette période pendant laquelle j'ai l'impression d'arpenter les pièces de chez quelqu'un d'autre, un appartement d'emprunt. Il est, sans aucune forme de doute, le mien, depuis le moment où j'ai tourné la clé, ouvert la porte et aperçu la pièce vide, avec les rideaux carmin éclairés de lumière, et que j'ai senti une vague de larmes monter, émue comme jamais par la vue de ce qui est devenu dans la seconde "chez moi". Il ne se passe pas un jour sans que je voie se monter dans ma tête les futurs plans pour améliorer, personnaliser, m'approprier les lieux un peu plus. La couleur des murs, la forme d'une lampe, l'accessoire supplémentaire qui marquera encore plus mon territoire. Un puzzle jamais fini, probablement.

Ce qui me frappe dans ce nouvel environnement, c'est la lumière. Des stores, des rideaux, des fenêtres nues, pas de fenêtre du tout... chaque pièce a sa lumière propre à l'intérieur. Mais surtout, il y a la lumière de dehors. L'éclat de l'immeuble d'en face, quand le soleil lui confère un halo presque blanc qui contraste avec la couleur du ciel. L'immeuble de bureaux, juste derrière, dont les immenses facettes de verre renvoient à chaque instant de la journée une profusion de couleurs et de nuances. Je sors parfois sur le balcon juste pour regarder cette lumière que renvoient les immeubles. La vue dégagée sur un côté, les immeubles qui réchauffent la vue de l'autre. Un peu de verdure, un peu de verre, un peu de béton. Et de la lumière qui rebondit sur tout. Un bout de ville comme je les aime. La vallée s'allume dans la brume à la nuit tombée, les voitures et les bus ronronnent tranquillement, les gens passent en bas dans la rue avec quelques bruits de talon ; ma ville d'adoption bruisse d'une activité rassurante. Ce n'est pas une ville-dortoir, ce n'est pas une banlieue impersonnelle, c'est juste ce qu'il me faut.
Chaque moment de la journée apporte son lot de lumières différentes, de couleurs, de ce mélange parfait entre la ville et le calme.
Parfois un mariage, un évènement sportif viennent apporter de l'animation au samedi après-midi dans la rue. Depuis le balcon, je n'en rate rien mais reste invisible aux passants peu curieux, alors je m'installe et je me régale des lumières et des couleurs qui viennent d'en bas. Je pourrais écrire un poème sur ces instants que je passe là, ni vraiment dehors, ni vraiment dedans.
Plusieurs fois par jour j'ouvre la porte-fenêtre, fais quelques pas sur le balcon, m'accoude, pousse un soupir, et repars en moins d'une minute. Je crois que je veux juste m'assurer que tout est encore bien là. C'est très réel, mais en même temps encore difficile à accepter, mais cette vue m'appartient. Je veux m'assurer qu'à n'importe quel moment je peux venir la posséder. Parce que je suis bel et bien chez moi, pas dans un endroit où je dépends du bon vouloir des autres.

Les odeurs aussi sont différentes, dans une moindre mesure. Le linge qui embaume le living quand la machine tourne dans la cuisine, par exemple. L'encens s'y mêle, l'odeur des bougies, du riz ou des pommes de terre qui suent dans le cuiseur, l'odeur même de la cuisinière au gaz qui semble donner un goût différent à tout. Les produits d'entretien d'une nouvelle marque, parce que je n'ai pas trouvé l'ancienne dans mon nouveau supermarché. Le gel douche, aussi. Les vêtements, bien-sûr, qui embaument différemment. Le thé sur le bureau qui étrangement ne sent plus tout-à-fait la même chose.

Tout est nouveau. Parce que je le veux bien. Je recherche le dépaysement. Je veux que cet appartement ne ressemble à rien que j'aie connu avant.

Dans ce contexte, il n'est qu'à moitié surprenant que ce qui constituait le plus grand défi de ma nouvelle vie m'apparaisse plus facile à vivre que prévu.
C'était donc il y a un mois. Et j'ai y beaucoup moins repensé que je ne l'aurais cru. Ca ne m'a pas tant hantée que je le pensais. Et je ne ressens aucune forme de culpabilité. Je crois que j'ai réussi à tourner la page, contre toute attente. J'étais tellement sûre que ce serait douloureux et difficile.
Ca n'a pas été faute pour eux d'essayer de le rendre douloureux et difficile. Mon premier élan, ce samedi-là, a été de me dire que je consignerais chacun de leurs mots, chacun de leurs gestes, pour ne jamais oublier. Mais au retour j'étais tellement mal, tellement abimée, tellement épuisée, que je ne l'ai pas fait. Et je ne le regrette pas. Je n'ai pas envie de me rappeler. Ca ne m'intéresse plus de me repasser les détails dix, quinze, vingt, cent fois en me demandant s'il aurait pu être possible que les choses tournent autrement, ou ce qu'ils ont voulu dire à tel moment... j'ai donné pendant 30 ans à ce petit jeu-là. Ca ne m'intéresse plus. A ma grande surprise, ça ne me touche plus vraiment. Le lendemain, après une soirée avec une amie, un bon bain bouillant, et quelques épisodes, il n'y paraissait plus. J'étais passée à autre chose. Je n'ai plus pleuré. Je n'ai plus eu peur. J'ai juste abandonné tout ça. Comme libérée non seulement d'eux mais de tout ce qu'ils trimbalent d'ordinaire dans ma vie. Au bout d'une dizaine de jours à ne pas dormir, j'ai fini de les éliminer totalement de mon système. Au début j'étais étonnée que ce soit si facile. Ca n'a pas toujours été si simple de décréter que j'en avais fini avec eux. Mais là, c'est un peu comme quand on revoit un ex dont il a été difficile de se séparer, et qu'on voit tout ce qu'on n'aimait pas, et qu'on en sort avec le sentiment clair et simple que c'est fini même au fond de soi.
Quand il a menacé de me frapper parce que "même si tu as 30 ans, je suis toujours ton père", je crois que c'est là qu'on a atteint le point de non-retour, le dernier. A cet instant-là, pendant que je lui répliquais qu'il pouvait toujours y aller, j'irais porter plainte (n'est-ce pas la chose la plus absurde, menacer un flic d'aller porter plainte pour violences physiques envers sa fille ? quelle famille de tarés), j'ai réalisé l'absurdité de son raisonnement. Pour lui, si je protestais, ce serait parce que je m'estimerais trop grande pour être frappée ; pas parce qu'on ne frappe pas quelqu'un. En même temps que j'ai réalisé à quel point il pensait de travers, j'ai eu la vague réminiscence d'un moment pas si lointain où je pensais de la même façon. Et c'est comme si cette façon de penser était définitivement sortie de mon cerveau à cet instant-là. L'incroyable épiphanie. Ca fait des années que je le sais intellectuellement mais je l'ai senti dans ma chair pour la première fois : je n'appartenais plus à ce cirque macabre. J'allais les laisser avec leur mélasse et vivre une vie meilleure, une vie où frapper les gens ne tombe pas sous le sens pour les faire taire quand ils ne disent pas ce qu'on veut entendre.
Je n'ai pas dit tout ce que j'avais prévu de dire ce jour-là. Ca n'avait plus d'importance. Je n'avais plus de compte à régler. Ils n'étaient plus mes parents. Ils sont devenus étrangers à ce moment-là.
Mon seul regret de ce jour-là, c'est absurde, c'est ridicule, ce n'est rien, rien de ce à quoi je m'attendais. Le regret, c'est que dans ma précipitation j'ai oublié de récupérer un mug de ma grand'mère qui était encore dans le meuble de cuisine et que j'avais prévu de porter à la main parce que je n'avais plus de place dans les sacs. Pourquoi je n'arrive pas à m'en vouloir juste un peu pour la façon dont les choses se sont passées, je l'ignore, mais je n'arrive pas à regretter plus que ça. Je devrais culpabiliser, quelque part je le sens au fond de moi, je devrais, c'est ce que j'ai toujours fait jusque là, après tout, mais là non, c'est fini, ça ne vient plus. Je crois que l'autoflagellation a assez duré, non ? Les questions morales, légales, tout ça, je n'arrive plus à y engouffrer mon cerveau comme avant. Il faudrait probablement que je me pose plus de questions que je ne le fais, que ça ne me ronge plus que ça ne le fait, c'est toujours comme ça que ça s'est passé. Mais non, je ne sens plus cet éternel doute en moi, il a vraiment disparu. Progressivement je recommence à dormir ; je fais encore quelques cauchemars, mais comme des cauchemars qui se parodient eux-mêmes, comme si même eux sentaient que c'était la fin et qu'après ils ne pourront plus me gâcher une nuit. Le plus incroyable c'est qu'en deux mois, pas une fois je n'ai eu de cauchemar de vampires ; c'est sans aucun doute un record personnel. J'ai toujours eu la vague conscience que les vampires étaient leur avatar dans mon subconscient, voilà qui répond définitivement à la question. Ni sang ni sève, ils ne peuvent plus rien me pomper mainternant.

Alors dans mon monde de sons étrangers, de lumières magnifiques et d'odeurs nouvelles, je continue mes changements. Il y en a encore plein devant moi. C'était le but. Il faudra que je m'en souvienne les fois où je serai un peu fatiguée de tout ce qui reste à accomplir.
Mais vous n'avez pas idée de ce que c'est que d'avoir réussi à changer le plus important.

No matter if it's right or wrong this time
We gotta leave the past behind
There is nothing more to say
So goodbye to yesterday
Standing at the port of no return
As the tears run down my face
No turning back, I won't do that
So goodbye to yesterday
Goodbye to yesterday

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28 juillet 2011

Snap

Ce serait facile. Il m'arrive souvent d'être épatée par la facilité de la chose. C'est en fait assez obsédant de se dire qu'il serait d'une facilité déconcertante de basculer. N'importe qui pourrait être Anders Behring Breivik.
Combien d'entre nous, usés par les déceptions professionnelles, financières ou personnelles ? Combien d'entre nous à penser que le monde ne tourne pas rond ?

Ce serait si facile, avec mon grand sourire, mes lunettes et ma voix douce, et puisque j'ai pour coutume de dire qu'on me donnerait le Bon Dieu sans confession. A une époque, j'avais la flemme d'aller faire des photos pour ma carte de transport ; j'ai été contrôlée au moins trois fois pour ça, et sans même chercher à négocier, on m'a toujours laissé le bénéfice du doute au lieu de me verbaliser. Quand je n'ai pas la monnaie, pas la pièce d'identité pour mon chèque, pas de justificatif sur moi, je fais partie de ces gens à qui on sourit et on dit "bon, la prochaine fois alors". C'est rare pour ne pas dire inexistant que j'en profite... mais si un jour je décidais de le faire ? Si un jour je passais le pas, et devenais cynique au possible de décider que si les gens sont suffisamment cons pour me laisser passer entre les mailles du filet, je n'ai qu'à prendre tout ce qu'il y aura à prendre ?

Ce serait tellement facile de comploter ce que je veux dans mon coin sans que personne ne le sache. Ce serait facile d'utiliser cette apparence sage comme couverture. Ce serait facile d'utiliser ce que j'ai pour comploter je ne sais quoi.
En fait ce serait même facile d'avoir accès à mon ministre. Qui me contrôlerait, le matin, en arrivant au cabinet ? Le type de l'accueil qui me fait de grands sourires comme si on se connaissait depuis 10 ans et qui pas une fois, même pas au début, ne m'a demandé de justifier de mon identité pour entrer ? Qui vérifierait ce qu'il y a dans mon énorme sac à main ?

Ce serait incroyablement facile. Ce serait facile de décréter, un jour pas comme un autre, que dorénavant je me vengerai de ce qui ne va pas dans ma vie en déchargeant ma haine sur les autres. J'ai ces outils-là pour le faire, on a tous les nôtres. Il suffirait de les utiliser. N'importe qui peut rompre la digue intérieure et se laisser submerger par les possibilités qu'il a. On pourrait tous devenir maléfiques et causer vraiment, vraiment beaucoup de tort.

Ce serait impitoyablement facile. En plus j'ai plein d'excuses pour expliquer mon geste, un jour. La police irait poser des questions à ma psy qui parlerait traumatismes, violences, séquelles. On interrogerait mes amis, on lirait mon blog (oh hi !), on éplucherait mes correspondances, ça expliquerait tout, on blâmerait la prévention, ou les services sociaux, ou, allez, les séries, ça changerait des films ou des jeux video.

Où est-elle, exactement, la barrière qu'on ne franchit pas ? Je me sentirais mieux de savoir définir précisément ce qui me retient de ne pas péter un câble, et tout le reste avec. De savoir que s'il se passe un truc, j'ai ce filet de sécurité. Si je me retrouve à la rue dans un mois et demi, par exemple. Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ?
Est-ce que je suis une arme qui circule avec un cran de sécurité ?

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07 juillet 2011

In peace

Les portes du wagon à peine refermées, il commençait déjà à hurler. Ce qui fait que, forcément, je n'ai pas tout de suite remarqué les deux autres, ils n'étaient qu'un murmure dans l'escalier connectant les deux niveaux du train. L'hystérique continuait de hurler, par contre, et il était difficile à ignorer. Son comportement relevait plus (outre de la psychiatrie) de l'agression et de l'insulte que de la tentative de rédemption.
Pendant un peu moins de 45mn, il allait nous haranguer, nous, les passagers du RER, une masse craintive et silencieuse qui, en grande majorité, est restée tête baissée.

A mesure qu'il prêchait, le chanson s'est intensifiée. Les deux dans le fond, c'était ses choristes : la femme, assise son sac sur le genoux, chantonnait d'abord tout bas, tandis que  le jeune homme fredonnait vaguement certains passages, s'interrompant pour répondre à l'hystérique qui ne décolérait pas. Mais les paroles répétitives sont devenues plus fortes, martelées, encore et encore, sur un air unique. Le son est monté tandis que l'autre intensifiait son monologue, au milieu de l'allée.

Je suppose que dans le bon contexte, avec une assemblée réceptive, quelques jolis vitraux et peut-être un fond sonore d'orgue, ça peut prendre. Mais dans un RER à 17h30, dans la chaleur lourde du mois de juillet, pas trop, non.

Pourtant je ne suis pas obtuse : toute athée que je sois, je ne suis pas contre la religion. Je sais que la nuance ne se saisit plus aussi bien qu'avant, dans un pays où on commence à confondre laïcité et athéisme forcé, où on est très tolérant envers ta religion si on ne la voit pas et où toute démonstration aussi violente qu'un bout de tissu est prise comme un signe patent d'invasion. Pourtant, à vous dire vrai, je fais partie de ces athées qui trouvent la loi contre l'interdiction des signes religieux ostentatoires dans les lieux publics, puis celle contre la dissimulation du visage, franchement exagérées, voire inquiétantes.
Il n'y a rien entre Dieu et moi et pourtant, je comprends que, si on ressent quelque chose que je ne perçois pas, on n'ait pas envie de s'en priver et qu'on pratique selon sa conscience. De la même façon que je n'ai personne en ce moment et je n'empêche pourtant pas les couples de s'mbrasser à pleine bouche dans les lieux publics. Chez moi on appelle ça la tolérance. Je vais me faire traiter d'odieuse gauchiste, tant pis pour mon dernier bulletin de vote qui disait le contraire ; m'en fiche, c'est mon point de vue quand même.

Malgré tout, quand on s'en prend à mes oreilles (déjà bien malmenées et pas pleinement fonctionnelles) et qu'on me serine pendant tout un voyage en train (dont une bonne partie, assez longue et sans arrêt, relève presque de la séquestration) avec la religion, et je deviens moins ouverte, tout d'un coup. En fait je deviens un petit peu mauvaise dans ces cas-là. Parce que ce n'était pas la première fois. Par contre, le coup des deux choristes, c'était inédit, je dois l'admettre.
Mais je remarque que ce sont toujours des Chrétiens qui viennent me prendre d'assaut dans le train de cette façon. Jamais je n'ai vu quelqu'un venir me dire que Yahvé ou Allah allaient me tomber dessus et m'envoyer aux Enfers (ou équivalents, s'ils existent... je ne suis pas très versée en littérature religieuse), par contre des Chrétiens, oui. Je ne sais pas de quelle chapelle, mais sans nul doute possible, des Chrétiens. Ce sont toujours eux qui viennent m'insulter (oh, pas moi personnellement, juste tout le wagon, dont je suis) en me disait que parce que je me livre à la luxure, la masturbation et l'homosexualité (dude, wrong crowd), j'irai brûler en Enfer au moment du Jugement Dernier. Ce sont eux qui envahissent mon espace personnel.
Ce sont aussi eux qui sonnent à la porte pour me parler de Jésus. Ce sont également eux qui me cassent les oreilles (encore) avec leurs clochers.
Alors c'est gentil de m'offrir la rédemption (c'est juste dommage, aujourd'hui je suis sortie sans mon chéquier), mais sans empiéter sur mon espace personnel, ce serait quand même sympa. Et puis sans vouloir ensuite glisser des insinuations puantes sur les autres religions, aussi, ça serait bien. Parce que j'amais un Juif ou un Musulman n'est venu me casser les couilles comme ça.

J'étais juste à côté du prêcheur et de ses chanteurs, dans le wagon du RER, et je pensais à tout ça.

J'avais amené du boulot, mais impossible de me concentrer. Bien-sûr j'aurais pû changer de siège et aller à l'étage (une victoire qui aurait été de bien courte durée vu qu'ensuite ils sont montés), mais je n'ai pas cillé. J'ai sorti mon plus beau surligneur et j'ai stabiloté quelques impressions que j'avais dans mon sac. Je ne cèderai pas un pouce de terrain à ces gens-là.

Alors, emmerder une nana qui porte un bout de tissus dans une administration, ça on sait faire, alors que ça n'atteint en rien ma propre liberté ni celle de quiconque (et souvent même pas la sienne). Par contre, quel recours contre ce genre de pratiques ? Aucun. Go figure.

Au bout d'un moment, un passager excédé a pété un câble et la situation a dégénéré, l'allumé hurlait de plus belle, l'autre tentait désespérément de le faire taire en hurlant plus fort et en montrant du poing, et finalement tout ça s'est fini sur le quai à l'arrêt suivant.

Sincèrement, je me suis sentie plus en danger à ce moment-là que toutes les fois où j'ai croisé mon voisin barbu jusqu'au torse et sa femme voilée des pieds à la tête. D'accord, le voisin ne me dit pas bonjour (je suis une femme, c'est ma faute). Mais au moins, il respecte ma tranquilité.
C'est tout ce qu'on attend l'un de l'autre, je pense.

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30 mai 2011

Le soir où j'ai dépassé toutes mes espérances (de vie)

Ca fait des mois que j'en parle. Pour être sincère, je mentirais si je disais que je n'y ai pas pensé dés l'an dernier, quand dans la nuit du 30 au 31 mai, j'ai fêté les 9 ans, dans l'intimité, entre moi et moi. Même ici je n'en parle pas, alors, le célébrer avec d'autres...
Vous m'auriez demandé en janvier dernier, par contre, je vous aurais dit que la nuit du 30 au 31, ça allait être la fête du siècle. Et en moins de 6 mois, les choses ont bien changé.

C'est donc officiel. J'ai dépassé mon espérance de vie de 10 ans.

Cette soirée-là est enfouie dans un coin de ma tête, et en général c'est là que je la laisse. Mais un soir comme aujourd'hui je ne peux pas m'empêcher d'exhumer les souvenirs. Me rappeler des deux escalopes de dinde que j'avais achetées pour le dîner, mais que personne n'est venu partager avec moi. C'est là que ça a commencé, c'est ce qui a tout déclenché. C'est cet acte ultime de rejet. Je l'ai pris incroyablement à coeur comme tout ce qui avait précédé depuis un mois.
Je ne savais pas encore que ce n'était qu'une "simple" rupture. A l'époque, dans ma tête, ce qui se passait était infiniment plus douloureux.

J'apprenais à vivre "dehors", et rien ne m'avait préparée à ça. Ça faisait des mois que j'essayais de prendre la mesure de ma liberté... et pourtant c'était une liberté toute relative et dés que je m'éloignais, ma chaîne m'étranglait. C'est l'époque où je ne vivais plus avec mes parents, mais toujours chez eux, et toujours à revenir chaque weekend, et toujours à les appeler le mercredi soir ; des questions, des compte-rendus circonstanciés, des reproches, et pourtant, malgré cette sensation perpétuelle d'étouffement, la possibilité incroyable de faire des choses inimaginables quelques mois plus tôt, comme se coucher quand on a sommeil, regarder des séries sans éteindre la télévision précipitamment parce que la porte d'entrée s'ouvre, et parfois même, transgression suprême, sortir avec mon petit ami. Pourtant, je ne savais rien faire de tout ça correctement ; du moins, pas avec modération. Je me couchais à 2h du matin, je regardais des séries tout le temps, et le petit ami... mais on était fiancés, vous comprenez ? C'était forcément quelque chose d'important.
Et puis, il a fallu affronter le fait que celui qui, quelques mois plus tôt, me jurait un amour éternel, était passé à autre chose (il me faudra des années pour découvrir que cette autre chose était une copine, ah que j'étais naïve !), et que, même si je n'avais pas à rendre la bague, c'était fini. Avec une rapidité foudroyante.
Et alors que je découvrais ce que c'était que d'avoir une vie "sans" mes parents (c'était le plus "sans" mes parents que je pouvais concevoir à l'époque), sans leur omniprésence négative, sans leurs reproches incessants (seulement trois jours par semaine !), soudain la seule personne qui m'aimait... ne m'aimait plus.

Ce soir-là, il était à Paris, il m'avait dit "je viendrai peut-être dîner", mais il n'en avait jamais eu l'intention. Et quand je l'ai appelé pour vérifier à quelle heure il viendrait, et qu'en fait il se baladait aux Tuileries (...avec la copine, mais j'étais naïve !), je ne sais sincèrement plus ce que j'ai fait des escalopes, je ne sais plus si je les ai remises au frigo pour les y laisser pourrir ou si je les ai jetées, mais une chose est sûre, c'est que j'ai dérapé. J'ai passé la soirée à broyer du noir devant la télé. Rien ne me faisait rire, rien ne me faisait même ciller, je suis même incapable de dire ce que j'ai regardé ce soir-là, je ne regardais pas vraiment, j'ai juste allumé l'écran et espéré qu'il remplisse le silence. Et il ne l'a pas fait. Parce que le silence n'était pas dans l'appartement, il était en moi.
Pour être tout-à-fait sincère, je ne me souviens absolument pas de quand j'ai fait ça. Ni même comment ça m'est venu. Je me souviens juste qu'il a paru être une idée, disons, "soulageante", de prendre les médicaments et de les avaler d'un coup. C'était l'accomplissement de semaines et de semaines de désespoir à me demander à quoi tout cela rimait de rester là à souffrir (et il y en aurait bien d'autres ensuite, mais je ne le savais pas encore).
Et juste après... je ne dirais pas que j'étais prise de remords, ni que je voulais être sauvée. Je voulais simplement lui donner une chance de me dire quelque chose de gentil avant que je ne meure. Alors je l'ai appelé sur son portable, au beau milieu de la nuit, minuit, une heure, deux heures du matin peut-être, et quand il m'a dit qu'il dormait chez elle, je n'ai d'ailleurs toujours pas compris (naïve !), mais ils sont arrivés dans les 15 minutes parce qu'à l'époque ça prenait 15 minutes d'arriver chez moi, l'ambulance sur leurs talons. Qui a ouvert la porte ? Ont-ils eu du mal à me convaincre de monter dans l'ambulance ? Là ça devient trop brumeux pour que je puisse le dire. Mais ils ont agi vite et je me souviens avoir été encore à peu près consciente dans l'ambulance, lorsque j'ai posé la tête sur ses genoux en espérant qu'il allait le dire, dire ce quelque chose de gentil, pas nécessairement qu'il m'aimait parce que je crois que ça, j'en avais quand même un peu fait mon deuil, mais que je comptais quand même, que je n'étais pas retournée au néant juste parce qu'on ne se mariait plus. Que je comptais pour quelqu'un, quand même. Et que ce quelqu'un n'allait pas me le faire payer en m'ensevelissant sous les injures après. C'était tout ce qui comptait.
Assise à quelques centimètres de nous, elle était là, et je crois qu'elle me caressait les cheveux, et elle m'a dit quelque chose que je n'ai jamais oublié : "tu verras, dans 10 ans, tu en riras".

De l'hôpital je me souviens assez mal. Je me souviens avoir été beaucoup seule dans la chambre. Je me souviens qu'au petit matin, ils sont passés tous les deux. Je me rappelle que pas très longtemps après, on m'a laissée sortir à la condition que je sois suivie. A l'époque j'étais si docile que je n'ai même pas imaginé NE PAS prendre un rendez-vous quelque part une fois dehors. Mais ce n'était pas encore la question, d'ailleurs.
Parce que quand je suis sortie de là, on a traversé une cour de l'Hôtel Dieu, là où les véhicules déposent les urgences, on est arrivés sur ce boulevard qui n'a pas de nom parce qu'il n'existe que dans ce souvenir, et même quand j'y retourne il n'y ressemble plus du tout, et on est arrivés sur le trottoir, ils marchaient à côté de moi, et là, je me revois, regardant passer un camion de pompiers et avoir envie de sauter sous ses roues. Pas juste avoir envie, d'ailleurs. Juste me voir sauter dessous, d'une vision aussi nette que je vois mon clavier à l'heure où je tape ces mots. Comme assister à ma propre mort.
C'était une fraction de seconde de soulagement.

Mais je m'en souviens essentiellement parce que j'ai ressenti un désespoir comme jamais dans la seconde suivante. J'ai réalisé que j'étais sur le trottoir, que je n'avais pas sauté, et que cette sensation d'écrasement, de vide et de solitude en moi-même n'avait pas de remède. J'étais incroyablement seule au fond de ma tête à ce moment-là, et rien ni personne ne pouvait m'atteindre.
C'est à cette seconde-là qu'en réalité j'ai touché le fond. Pas quand j'ai avalé les médicaments. Quand j'ai compris que je n'allais pas le refaire, parce que j'avais promis au médecin, par lâcheté ou peu importe, en tous cas que je n'allais pas réessayer, mais que c'était la seule chose que je voulais, et que j'étais bloquée là, et que j'allais vivre avec ça alors que tout ce que j'avais voulu, c'était m'en débarrasser, quitter cette conviction que les choses n'iraient jamais mieux, et que désormais je la portais avec moi quoi qu'il arrive.

On a remonté le boulevard Saint Jacques et ils ont fini par rentrer chez elle (naïve !), me laissant revenir dans mon appartment minuscule. Et vide.
Mais c'était assorti.

Je mentirais en disant que les mois qui ont suivi ont été ceux de la guérison. Il s'est passé au moins un an avant que je ne commence à guérir. Tout simplement parce qu'il ne s'agissait pas de guérir que de cette nuit-là, ou que de cette "simple" rupture, mais de guérir de tout ce qui m'avait conduite à décider que l'amour d'un seul type me sauverait de ce qu'avait été mon existence jusque là, qu'il allait me sortir de ma misère affective et me rendre heureuse jusqu'à la fin de mes jours.
Vous voulez connaître un secret ? Aujourd'hui je sais qu'il ne m'aurait pas rendue heureuse. Même la moi diminuée que j'étais, prête à se contenter de bien moins, n'aurait pas été heureuse de ce qu'il avait à m'offrir.

Le plus incroyable, c'est que j'ai dépassé toutes mes espérances à mon sujet. Après une année morbide au possible, après une année à buter contre les parois de mon propre crâne comme dans un cul-de-sac parce que "c'est comme ça", j'ai commencé à avoir un petit rai de lumière. Les choses n'ont plus jamais été les mêmes quand j'ai compris que c'était ce dehors-là qui importait : le dehors de ma tête.

La triste vérité c'est que les travaux auront duré 10 ans et je n'en suis toujours pas sortie. Quoi que je fasse j'essaye d'aller toujours plus loin mais c'est comme si je m'attaquais à des couches et des couches de blindage et que je n'arrive pas à passer le plus petit auriculaire dehors, pas même par un petit trou juste pour sentir l'air de l'autre côté. Encore aujourd'hui je constate mes limites, alors que ça a été, pendant 10 ans presque sans interruption, une obsession que de les franchir.
Presque sans interruption, parce que je me suis perdue en route. Parce que je ne sais toujours pas gérer la douleur. Parce que passé un certain seuil, je pense encore parfois à la mort comme à une délivrance. Et parce que quand même mes propres parents ne m'ont pas aimée, cycliquement, j'ai un trop-plein de solitude et que quiconque arrive dans ma vie à ce moment-là devient la personne la plus importante au monde. J'appréhende fortement le moment où il y aura de nouveau quelqu'un réellement dans ma vie, d'ailleurs, mais remettons ce vaste sujet à un post futur.

Pourtant la vérité c'est que j'aime la vie. Un peu. Mais un peu, c'est tellement plus qu'il y a 10 ans ! L'horizon était noir. Il n'est pas clair aujourd'hui, mais en tous cas il est d'un noir un peu moins noir.
Aujourd'hui je n'irais pas jusqu'à dire que tout est parfait. C'est le contraire. Vous m'auriez demandé en janvier, j'avais encore certains de mes amis à mes côtés (je les pensais tels, disons), nous avions surmonté des choses difficiles ensemble, comme la mort de freescully, et je n'étais pas encore prise à la gorge par mon déménagement. Je nourrissais pour la première fois depuis des années un embryon de sentiment pour quelqu'un et je me sentais en vie. Je sortais. J'avais des projets.
Nous voici au mois de mai et cette histoire d'appartement n'avance pas, les amis ont fait machine arrière et je me suis refermée, un peu. Oh, pas de beaucoup : je suis encore sortie pas mal ces derniers temps. Mais ce n'est pas la même chose. C'est une vie "sociale", je vois du monde sans grande conviction. Et les projets... oui, j'ai encore les projets, je suppose.

Mais tout cela n'a pas de sens. Et 10 ans après, je ne ris pas du tout. Les choses étaient supposées aller mieux qu'elles ne vont.
Et je me fous, concrètement, de n'être pas la seule à qui ça arrive de se dire que j'avais espéré mieux ; quoi que je fasse je n'arrive pas à m'ôter de la tête que si d'autres gens se plaignent d'être logés à la même enseigne de l'amertume, je ne les empêche pas de sauter sous un camion de pompiers, en tous cas je refuse qu'ils m'assènent un "eh bah pour moi aussi la vie est pas facile, mais je continue". Parce que tant que ces gens ne sont pas capables de me dire "pourquoi", j'ai pas de leçon à recevoir.
J'ai l'impression d'avoir eu plus que ma part de saloperies. Oui, la vie, ça arrive à tout le monde, mais c'est comme l'égalité et les cochons : à certains plus qu'à d'autres. Je trouve que c'était franchement bien assez de vivre dans la misère affective et intellectuelle pendant 18 ans chez mes parents, puis de passer 10 ans (dont 5 au chômage, et 2 sans allocations) à trimer pour m'en sortir. Vient un moment où on devrait avoir les bons côtés aussi.

Je n'arrive pas à m'ôter cette amertume de la bouche qui dit que, même si dans la vie on n'a pas toujours ce qu'on voudrait, ou ce qu'on pense mériter (et concrètement je ne suis pas encore totalement convaincue de mériter tout ce que je voudrais ; j'y travaille, comme le reste), il devrait à un moment y avoir un semblant de justice, un moment où merde, ça suffit quoi, yen a assez de se battre en permanence, les choses devraient cesser de devenir sans cesse plus compliquées. Je ne sais pas, est-ce que vivre dans la terreur pendant toute mon enfance, embrasser des murs ou des coins de table, baisser la tête quand on pleure parce que même ça on n'a pas le droit de le faire, est-ce que ça n'était pas assez cher payé ? Et est-ce que ça valait le coup d'y survivre pour au final en arriver là où je suis maintenant ?
J'ai survécu 10 ans de plus et, on va être clairs, si ça n'avait pas été le cas, je n'aurais pas connu la faim, la vraie, celle qui fait qu'on pique un paquet de cubes parce que si on mange encore une fois des pâtes à l'eau on pense qu'on va exploser. Je n'aurais pas souffert de tellement de choses si j'avais accepté de sauter sous le camion de pompiers et arrêté tout, arrêté ces conneries une fois pour toutes, dans ma misère affective et intellectuelle, certes, mais en tous cas, un cran en-dessous dans la conscience que tout ça est cruel et absurde.

Au chapitre du sens, la bonne nouvelle c'est que je n'en cherchais pas quand il s'agissait de survivre. Je constatais que ça n'en avait pas (et certainement, ça m'a freinée pour trouver l'énergie de sortir de mes abimes), mais je ne cherchais pas du sens. Je cherchais une sortie.
Aujourd'hui c'est une obsession. Tout cela a-t-il du sens ? Non, ça n'en a pas. Et je ne comprends pas ce que je fous là.

Quelqu'un m'a répondu l'autre jour : "mais c'est à toi de trouver ce qui lui donne du sens, à toi de trouver ce qui te fait plaisir et ce qui te fait du bien". Sauf que je vis alors dans l'absurde situation où il y a un énorme fossé entre ce qui donne du plaisir, et ce qui a du sens. Ce qui me fait plaisir c'est d'écrire. Et d'écrire sur tout ce dont je me nourris, en particulier. Parce que j'ai ce besoin de sortir de moi-même et de venir ensuite en parler, et essayer d'interesser les gens à cet étrange concept de voyager sans bouger. Parce que le faire géographiquement me permet de le faire intérieurement, et que c'est ce qui me motive, depuis des années : les flux d'entrée et de sortie dans ma tête.
Mais la vérité c'est que ça n'a pas de sens. C'est absurde. In the grand scheme of things, et toute cette sorte de choses. La vérité c'est que c'est incroyablement vain que de vouloir faire ça, d'y consacrer tant de temps, tant d'énergie, tant de ressources. Quand je le fais rien ne m'anime tant, pourtant c'est comme si je me regardais faire avec la conscience que ça ne rime à rien. Que c'est juste une façon de me faire plaisir. Un peu.
Mais que je ne trompe personne et surtout pas moi.
La vérité c'est qu'il y a un trou dans mon coeur, parce que papa et maman ne m'aimaient pas, et que toutes les friandises intellectuelles et/ou audiovisuelles de la planète ne le rempliront pas. Elles me permettent juste de ne pas contempler la béance du trou. Et peut-être aussi de ne pas chercher à le combler avec n'importe qui.
Ca n'a pas de sens parce que même si je voudrais me l'interdire, au fond de moi je pense toujours que si personne au monde ne m'aime, mon existence ne rime à rien. Alors je me nourris de toutes ces choses et j'écris, pour ne pas trop y penser. Parce qu'il parait qu'on doit se suffire de s'aimer soi-même. Comme si quiconque était capable de s'en contenter, il suffit de voir tous ces gens qui se mettent à la colle avec le premier venu, qui couchent avec le premier venu, pour tromper la solitude. Je refuse de faire ça, alors je ressens ma solitude encore plus durement. Vous voyez ? Ca, ça n'a pas de sens pour moi. Ce paradoxe qui fait que personne ne m'aime, et que je suis supposée m'adorer malgré ça et rire au nez de la solitude comme si la solitude, c'était un sentiment réservé à ceux qui ne s'aiment pas.

Et pourtant je m'aime un peu. Ca paraitra toujours terriblement peu humble de le dire, mais il y a des choses que j'aime chez moi. Mais je ne comprends pas pourquoi mes parents ne l'ont jamais aimé, et pourquoi ceux qui l'ont aimé ne sont jamais restés.

Je l'ai dit plus haut, j'aime la vie. Ou en tous cas il y a des choses que j'aime dans la vie.
Je l'ai découvert un soir en rentrant du boulot, il y a 8 ou 9 ans de ça (je pourrais le dater au jour près si je n'avais pas perdu mon journal de guérison de l'époque), en m'arrêtant au jardin du Luxembourg et en prenant une glace à la rose. Quand la vendeuse, 10 ans après, me salue encore (alors qu'il y a eu trois ou quatre ans pendant lesquels je ne suis pas venue une seule fois et qu'elle voit défiler des touristes par milliers), sait-elle seulement ce qu'elle a fait pour moi ce soir-là ? Le goût du parfum de rose, le jardin à la fin de la journée, les bus qui passent et se croisent, la rue à remonter pour arriver chez moi, juste en regardant les passants me jeter des coups d'oeil intrigués parce que je souris comme une demeurée...
C'est ce soir-là que j'ai découvert que c'étaient les petits plaisirs de la vie qui faisaient tout. Je n'ai pas attendu qu'une collègue (pourtant bien intentionnée) me le hurle comme si j'avais besoin de l'apprendre.

Pourtant, même quand on sait qu'il suffit d'une glace à la rose devant les grilles du Luxembourg pour se sentir en vie ET AIMER CA, à un moment, ça ne suffit plus.

Il a fallu se battre pour avoir un boulot et, quelque part, dans le but de payer une glace comme ça, une fois de temps en temps. Ou n'importe quoi d'équivalent (et à mesure que le salaire augmente, pas forcément de temps en temps) en termes de bonheur fugace.

Mais je trouve qu'après tout ça, j'ai droit à ma "récompense", quand même. J'ai suivi les recommandations du médecin. Je me suis fait suivre, et je n'ai plus jamais réessayé même quand putain, je ne voyais pas pourquoi ne pas en finir ici et maintenant. J'ai progressivement fait du nettoyage dans ma tête. J'ai commencé à creuser les parois de ma prison à la petite cuiller pour sortir. J'ai été gentille, j'ai été aimante, j'ai été bosseuse, j'ai été entreprenante, j'ai été passionnée, j'ai été drôle... j'ai été même positive, ce qui était le plus qu'on aurait pu me demander.
Il me semble que j'ai fait ma part. J'ai tout "bien" fait, non ?

Et alors que ce soir je fête ces 10 ans, et que très sincèrement, si on met de côté le fait qu'il y a des gens avec qui j'aurais voulu le fêter ce soir, je suis contente de les fêter, je me demande quand même un peu où est la rançon de tout ça.

On m'avait promis que ça irait mieux.
C'est un peu vrai. Mais trop peu.

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28 avril 2011

Let's cut to the chase

Je reconnais ces instants. J'avais un peu oublié à quoi ils ressemblaient, je dois l'admettre.
Des instants qui n'existent qu'à l'intersection entre la curiosité, le doute et l'impatience. Si l'équilibre est rompu, l'instant ne se produit pas. Pas de curiosité ? On joue pour jouer. Pas de doute ? C'est qu'on n'y tient pas. Pas d'impatience ? Ca ne mène nulle part.

On a de la chance : on est tous les deux joueurs. On a trouvé un parfait partenaire à qui renvoyer sans se lasser la balle avec malice, et c'est du coup un festival. Chacun y va de son petit double-sens, de son petit compliment, de son petit regard en coin. La curiosité nous pousse à continuer. Le doute fait durer le préambule. L'impatience semble une ennemie, mais reste incontrôlable et alimente notre énergie. Nous nous encourageons mutuellement comme si ça n'avait pas d'importance, mais les échangent augmentent en vitesse et en puissance, parce que dans le fond nous voulons voir où tout cela va. Qui fera le premier pas ? Chacun est au ralenti et pousse l'autre à agir. On ne veut pas s'être trompés. C'est l'inconvénient des doubles-sens.
Si ce n'était pour une poignée d'observateurs extérieurs que de toute évidence nous consultons régulièrement chacun notre tour, aucun de nous deux ne serait vraiment sûr de ce qui se passe.

Il faut dire que j'ai tellement eu le regard ailleurs. Moi-même quand j'essaye de comprendre ce qui s'est passé les mois précédant le début de ce match taquin, je ne suis pas sûre d'avoir tout cerné. Je me rappelle pourtant de certaines choses qui ne datent pas d'hier, alors que pourtant je pensais à quelqu'un d'autre ; peut-être que j'ai donné la priorité à celui que je connaissais depuis un tout petit peu plus longtemps, peut-être que les circonstances de Noël m'ont poussée à ignorer ce qui se passait au boulot, sincèrement je n'en sais rien. Peut-être tout simplement qu'on avait besoin de temps pour que les choses se mettent en place ; dommage, il n'en reste plus beaucoup.

L'échange des premières balles a commencé juste avant que le compte à rebours ne soit lancé. Peut-être parce que dans le fond il savait avant moi où en était le chronomètre. Et puis, j'avais assez vivement expliqué que je n'aimais pas l'idée de rencontrer quelqu'un au travail. Je le revois dans l'embrasure de la porte en train de m'expliquer, avec cet air légèrement vexé qu'il a quand il est convaincu de quelque chose et qu'il se sent seul dans ce cas, peut-être parce que ce n'est pas qu'une opinion purement cérébrale, que c'est normal et mathématique que ça se produise souvent comme ça quand on passe tant de temps au travail, surtout dans notre milieu. Objectivement il n'avait pas tort, simplement l'idée me déplaisait depuis toujours. L'exprimer à haute et vive voix n'était pas encourageant pour lui, reconnaissons-le.
C'est peut-être aussi ça qui m'a longtemps refroidie, c'est que j'aime tant cloisonner que ça semblait normal de préférer quelqu'un avec qui je ne travaillais pas.
Pourtant il a commencé à lancer une ou deux balles, pour voir. Mais la première que j'aie remarquée, je l'ai laissée passer : j'étais malade comme un chien et pas franchement réactive ; elle m'a frappée des heures plus tard.

Mais progressivement on s'est échauffés. Un petit service ici ; un revers de raquette habile quelques jours plus tard...
Finalement, il y a deux semaines, on a atteint un point qu'il était devenu difficile d'ignorer. Les conversations étaient constamment ponctuées de montées au filet. Chacun a progressivement augmenté le niveau de son jeu : est-ce qu'on s'améliorait simplement, ou est-ce qu'on allait vers quelque chose ? A quel moment n'était-ce plus un jeu ? Quand j'ai commencé à en parler aux personnes à qui je fais confiance au travail (transgressant ma fameuse règle de la compartimentation, au passage), la réponse a, à ma grande surprise, été unanime : vas-y, ce sera tout bénef, il y a quelque chose. Tellement sûre qu'on me dise que je me faisais des idées ! Quelques semaines à peine après une méchante sortie de terrain, j'étais submergée par la négativité. Aucune chance, non, il n'a certainement pas compris où MOI je voulais en venir.
Alors j'ai mieux obervé, et pour avoir quelque chose à observer, j'ai aussi plus souvent lancé des balles. Et je me suis aperçue que j'avais trouvé un joueur de mon niveau, qui répondait. Toujours. On relève une petite phrase qui surprend, une fois. Puis une autre, et une autre. Et je crois que concrètement, si l'excitation du mystère est là, je voudrais quand même plus d'explicite, où je suis plus à l'aise. Je voudrais poser la question. Au lieu de ça je continue de servir parce que je veux tester la limite. Sauf que je ne la trouve pas...

Du coup, jamais je ne me suis vue aussi entreprenante. Et chaque fois que je monte d'un cran, je suis surprise de ne toujours pas me faire renvoyer aux vestaires. Il est vraiment de la partie ! Mais c'est là qu'intervient l'impatience : combien de temps l'échange de balles va-t-il durer jusqu'à ce qu'on... marque ?
Et si le jeu ne restait qu'un jeu justement parce qu'il s'en va pour un nouveau boulot demain ? Oui, à mes yeux c'est mieux qu'on ne travaille plus ensemble parce que je n'aurais pas aimé qu'on doive composer avec un certain nombre de données venues du travail, des collègues, et des considérations hiérarchiques. Mais sitôt qu'il travaillera à l'autre bout de Paris, nous serons incroyablement loin.
Il part dans cet autre cabinet avec mon numéro de téléphone perso (moi, donner mon numéro !) mais aura-t-il encore envie de s'en servir sans nos joutes quotidiennes ? C'est à double tranchant.

Chacun semble chaque jour aller plus loin dans l'audace et en même temps ne pas vouloir se lancer. Peut-être qu'on joue plus parce qu'on a l'impression qu'il n'y aura pas de conséquences passé le weekend ?
Même sans ça, il y a des raisons immédiates de ne pas le faire (le travail et ceux qu'on y trouve, dans un milieu qui ne pardonne rien), et les raisons profondes (dont le post précédent traite en filigrane, d'ailleurs).
C'est le problème : on a tellement joué qu'on n'a jamais vraiment pu vérifier le B.A.BA... et si, m'entendant faire des plaisanteries osées dans un bureau qui ne vit que de ça (mais dans une ambiance incroyable, il faut le dire), il avait pensé que c'était rédhibitoire ? S'il partait du principe que son choix est incompatible avec mon mode de vie ? Il en sait si peu sur moi... à cause de ma fameuse manie de cloisonner, je suis rarement entrée dans les détails qui pourraient nuancer cette impression. Les gens sont toujours plus complexes qu'on ne le croit, encore faut-il qu'ils aient une chance de le prouver...
Car oui, je parle de cul au boulot : dans le bureau on le fait sur tous les tons. Et si je l'ai vu rire de bon coeur et renchérir avec nous au moment des blagues, au moment des confidences j'ai aussi vu son visage se fermer. Et je commence à connaître ce visage quand il se ferme : ce n'est pas qu'il n'ait rien à dire, c'est juste qu'il ne veuille pas le dire ; quand moi je dis que je ne couche pas à gauche et à droite, et que je rencontre les réactions sidérées des collègues, je me doute bien qu'il ne se sent pas encouragé à dire quel est son choix, et je me doute qu'il peut aussi mal interpréter le mien.
Alors est-ce que ça sert à quelque chose de jouer, dans ce cas ?

J'ai beau prendre un plaisir immense à ce match, je ne voudrais pas qu'il n'aboutisse à rien. Je n'attends pas une grande histoire, juste de prendre le temps de sortir du bureau et de vérifier. Je me lasse de l'adrénaline. Mais les règles du jeu sont claires : on n'avance pas si frontalement. Et au final, bien malin celui qui peut arbitrer, à J-1, l'issue du jeu.

Demain dernier jour, balle de match. Peut-être que je vais dépasser mes limites et offrir un smash. Ce serait un beau geste sportif, mais j'ai rarement joué à ce niveau de compétition. Saurai-je mettre ma maladive peur du rejet de côté pour tenter le coup ? J'ai besoin d'aller au face à face.
Si tu trouves que j'ai bien joué pendant le set badin, tu vas voir, en mode sincérité, je suis encore meilleure. C'est un autre genre d'excitation.

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24 avril 2011

Jusqu'au mariage

En fait toute la question est de déterminer ce qu'on cherche dans une relation. Ce qu'on attend et ce qui est superflu.

Il y a plusieurs degrés, certainement, et il ne peut pas nuire de se poser les questions qui y correspondent.
De quoi ai-je besoin ? De quoi ai-je envie ? De quoi puis-je m'accomoder ? De quoi ne puis-je pas me passer ? Que m'est-il impossible d'accepter ?
Dans toute relation, il faut faire des concessions, la chose est entendue... mais pas forcément n'importe lesquelles. Alors j'essaye de chercher, en moi, ce qui définit les limites de l'acceptable et de ce qui ne l'est pas. Ce que je veux vraiment, et ce qui finalement n'est pas si vital. Trop peu de fois par le passé je me suis posé ces questions, j'ai l'impression.
Et parmi ces questions : pourrais-je me passer de sexe dans une relation ?

Ce n'est évidemment pas la même chose lorsqu'on est seule et lorsqu'on ne l'est pas. Prétendre qu'après une période de célibat, je n'en suis plus à ça près, serait évidemment mentir, et prétendre qu'être avec quelqu'un ne me semble pas aller de paire avec une certaine intimité serait plutôt la preuve d'un aveuglement.
Pour autant, si cette intimité me semble naturelle, je ne suis pas convaincue de la considérer comme obligatoire.

Je crois que je peux d'autant plus respecter ce choix qu'il a été le mien à une époque. Il n'a pas été motivé par quoi que ce soit de religieux (c'est peut-être la différence qui fait que je ne me suis pas tenue à ce choix). Je voulais être la femme d'un seul homme, nous nous sommes fiancés, j'ai eu confiance en ces fiançailles et je n'ai pas tellement plus attendu. Puis les fiançailles ont été rompues et j'ai simplement continué ma vie : je n'étais plus vierge, à quoi bon rester fidèle au premier homme, quand lui était parti ? Quelque chose dont je n'aime pas me souvenir, c'est que pendant de nombreuses années, je me suis sentie tellement mal de ne pas m'être tenue à ma décision première... Peut-être que le fait que je ne sois du tout intéressée par les histoires d'une nuit est le reliquat de cette époque où je pensais ne connaître qu'un homme pendant toute mon existence ; quelque chose qui subsiste, même maintenant que j'ai évolué de cette position initiale, et que je considère qu'il n'y a pas de raison d'en faire tant d'histoire. Ce n'est pas grave, mais voilà, il y a 10 ans de ça, j'aurais préféré, avouons-le ; aujourd'hui je vis ma vie de femme sans me sentir sale comme je l'ai ressenti après la rupture, mais peut-être que si c'était si important pour moi de m'envoyer en l'air, je n'attendrais pas de tomber amoureuse, non plus. Il y a des questions qu'on ne se pose pas parce qu'on n'est pas sûr d'aimer la réponse...
Quand je gratte un peu, je réalise que même si je ne trouve pas révoltant d'avoir connu plusieurs hommes, pour autant je n'ai pas tellement envie d'allonger la liste de beaucoup. A mes collègues qui s'écrient qu'il n'est pas normal ni sain de ne jamais avoir eu de coup d'un soir, je n'arrive pas à extirper d'autre explication que "parce qu'il faut vivre sa vie !" ; j'ai l'impression de vivre ma vie, mais je n'ai pas l'impression qu'il soit nécessaire pour cela de coucher avec des inconnus avec qui on ne vivra rien. C'est normal pour d'autres, et je ne les juge pas, c'est juste que je ne pourrais jamais en faire autant, ça ne me correspond pas ; mais ça me rappelle combien de degrés il existe en la matière ; qui suis-je pour trouver un peu extrême un tel choix quand le mien n'apparait pas plus évident à la majorité de la population ?

Alors, pourrais-je vivre une relation comme celle-là, simplement en me rappelant que ce choix n'est pas si incongru, et pas si éloigné du mien ? Au pire, je pourrais me dire, les jours un peu plus électriques que d'autres, que c'est une façon de reprendre le chemin où je l'ai laissé, que c'est le chemin que je voulais il y a 10 ans après tout.

Mais dans ce cas il me faudrait quand même définir cette relation.
Car une relation amoureuse chaste... comment l'empêche-t-on de ne devenir qu'une simple amitié ?

Je crois que je demanderais encore plus, étrangement, sur un plan affectif. Si on ne peut pas me toucher, il faut me prouver autrement ce pour quoi je n'aurais jamais demandé de preuve en d'autres circonstances. Ou bien l'envie qu'on me prouve son affection est-elle quelque chose qu'implicitement j'associe au sexe ? Sans doute aussi, mais ça fait partie des questions qu'on ne se pose pas, qu'on garde tues, et qui peut-être causent bien plus de malentendus et de ravages qu'on ne le croit. Tout serait à redéfinir, à repenser.
A la vérité, je crois que ça me ferait le plus grand bien d'être avec quelqu'un qui me permette de poser les choses à plat sans me laisser m'aveugler par les papillons dans le ventre. Bien-sûr la chasteté n'est pas obligatoire dans pareille relation, mais si elle faisait partie du package je pense sincèrement que je pourrais la tourner à mon avantage pour me rappeler de ce qui compte, et non de ce qui manque.

La vérité c'est que, bien que je ressente de plus en plus lourdement la solitude, je commence à me demander à quoi ressemblera la prochaine relation. Comment, après avoir tant souffert d'être seule, après avoir tant souffert des abandons et des trahisons, pourrai-je me lancer sainement dans une relation ? Avec quelqu'un qui a fait ce choix, j'ai l'impression que je serai obligée de prendre les choses avec plus de calme. C'est peut-être faux mais c'est comme ça que je l'imagine. J'ai peur de me perdre encore plus dans la prochaine relation, simplement à cause de l'écart entre elle et la précédente, à cause de tout ce qui ne s'est pas passé, et tout ce qui s'est passé, entre les deux. Je ne sais pas comment je serai à ce moment-là.
C'est peut-être aussi pour ça que je ne précipite rien et que je ne tombe plus amoureuse, que je me contente de simple béguins, ces derniers temps. C'est bien plus que je ne ressentais à une époque, au plus fort de ma solitude, mais c'est quand même tellement peu, comme si je ne m'accrochais plus vraiment. S'il n'y avait pas le sexe, j'ai l'impression que je pourrais tirer les choses au clair. Peut-être que c'est une idée confortable parce que j'ai peur, aussi, de ce que l'avenir me réserve en la matière.

Alors, bon, peut-être que la question n'a pas de raison d'être dans les circonstances actuelles. Mais j'apprécie les multiples interrogations, dont celle-ci, que ce choix réveille en moi. C'est aussi cela, faire des rencontres : se poser des questions qu'entre soi, on ne se poserait pas. Et tant pis si elles restent pure théorie.

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08 mars 2011

Personne à contacter en cas d'urgence

Il y a quelques jours, au travail, on nous a demandé de remplir une petite fiche. Ca s'appelait "Personnes à contacter en cas d'urgence", et c'était en apparence inoffensif.
Le problème, c'est qu'après avoir connu un certain nombre de galères, dans la vie, et certaines qu'un professionnel n'a pas honte de qualifier de traumatismes (même moi j'ai du mal à employer ce qualificatif, tout comme je me suis toujours refusée à employer des termes comme "enfant maltraité"), on développe des réflexes assez inattendus dans des situations qui, pour tant d'autres, sont parfaitement quelconques. Les gens trouvent que vous réagissez de façon exagérée, ou que vous êtes hypersensible... et dans un sens ce n'est pas faux, simplement voilà, certaines blessures ont vite fait de se rouvrir, béantes, lorsque certains souvenirs sont convoqués. Et le formulaire des "personnes à contacter en cas d'urgence" me ramène plusieurs années en arrière, justement.

Lorsqu'il y a quelques années, la rupture avec T. m'a mise devant la dure réalité, qui était que je n'avais nulle part où aller maintenant qu'il me mettait dehors, s'était posé le même problème. Et le jour où vous réalisez que vous, vous n'avez personne à contacter en cas d'urgence, quelque chose se casse à jamais. Cela faisait six mois que j'avais définitivement rompu avec mes parents (du moins le croyais-je à l'époque), au terme d'un long travail sur moi-même, et d'une décision qui m'avait été difficile. Six mois plus tard, installée à Nantes, à plusieurs centaines de kilomètres de la région parisienne, loin de qui que ce soit et après avoir progressivement perdu le contact avec les quelques camarades brièvement rencontrées pendant mes études, j'ai réalisé pour la première fois que j'étais seule au monde. J'avais une part de responsabilité, évidemment ; depuis que j'ai perdu ma meilleure amie, au collège, j'ai géré mes amitiés de façon plus distante, opérant régulièrement un grand nettoyage par le vide, me dispensant de ceux qui "ne tiendraient pas le coup", de celles qui "n'étaient là que pour la déconne". Et puis en emménageant avec T., j'avais plus ou moins tenu pour acquis que ma vie était avec lui et que le reste de l'univers avait moins d'importance, et de fait je m'étais isolée, en plus de l'éloignement géographique.
Alors j'étais là, pendant ce deuxième semestre 2004, à réaliser que, parfois à tort, parfois à raison, je m'étais arrangée pour être seule et je n'avais plus personne vers qui me tourner. Ne serait-ce que pour parler mais aussi, soyons francs, pour trouver un point de chute.

Revenir vers ces parents dont je pensais avoir réussi à me distancier, enfin, semblait la pire des options. Ma soeur, plus jeune, vivait encore chez eux. Quant aux copines, eh bien, il n'y en avait plus, chacune avait fini par faire sa vie de son côté, pour ma défense nous n'avions jamais été franchement proches, mais je n'avais rien fait, je l'ai dit, pour entretenir nos relations.
Alors quoi ?

Je ne sais sincèrement plus, vraiment plus, comment j'en suis venue à la solution la plus évidente de toutes. Mais un jour, on devait déjà être en octobre je pense, en tous cas plusieurs mois après la rupture, et après avoir déjà passé d'interminables semaines à cohabiter avec T. (vivre avec son ex juste après la séparation ? Je ne recommande à PERSONNE), me voilà à l'appeler et, même si pour moi toute cette période est un ensemble de souvenirs confus sur lesquels je ne mets aucun empressement à revenir, y compris en évitant de rouvrir les vieilles plaies en lisant mes archives (puisque ce blog a été ouvert justement pendant cette période), les choses se sont assez rapidement décantées et j'ai fini, quelques jours avant Noël, et alors que la confusion dans le deux pièces de Nantes était la plus totale, par emménager dans la chambre mansardée de sa petite maison de banlieue, avec toute ma vie dans la voiture de mon ex, trop content d'avoir trouvé un endroit où me larguer enfin, pour de bon.
L'histoire nous apprendra plus tard, bien plus tard, que même une rupture aussi terrible, mouvementée et chaotique, n'est pas tout-à-fait venue à mal de nos sentiments l'un pour l'autre, et T. est aujourd'hui encore, bon an mal an, toujours présent dans ma vie.

Nous y voilà donc. La personne à contacter en cas d'urgence, c'était ma grand'mère maternelle.
Et à bien y réfléchir, elle l'avait toujours été. Ce formulaire "Personnes à contacter en cas d'urgence", il était présent sur des cahiers de textes, des carnets de correspondance, et bien d'autres formulaires encore, et c'était le numéro de ma grand'mère qui y apparaissait, à l'école et au collège déjà.

Même sans parler de ce terrifiant formulaire... ma grand'mère avait toujours été la personne sur qui je pouvais compter. Elle était la seule à qui je pouvais parler, et si elle n'a jamais rien fait pour me sortir de là, du moins écoutait-elle ce que j'avais à raconter sur ce qui se passait à la maison. Et elle a été la première voix à oser me dire que ce n'était pas "normal", même si à l'époque je ne pouvais pas le comprendre et passais énormément de temps à lui expliquer combien je le méritais, et combien le travail de mon père était difficile, et combien il était fatigué de jongler entre boulot et travaux dans la maison... bref, en dépit du fait qu'à l'époque, je ne savais pas penser autrement qu'en régurgitant le discours martelé en permanence par un père qui ME faisait ressentir de la culpabilité pour ce que LUI faisait. Il m'a fallu des années pour comprendre tout ce que ma grand'mère m'avait donné.
Elle avait ses jugements tranchés, de ceux que l'expérience autorise à avoir même s'ils semblent souvent un peu fermés, voire parfois obtus. Elle n'avait pas peur de dire ce qu'elle pensait, et je crois que c'était aussi ce qui était profondément rassurant, chez elle : j'allais la voir et je savais à quoi m'en tenir. Même lorsque j'ai commencé à n'être pas systématiquement d'accord, je ressentais toujours un immense respect pour ses opinions. Elles avaient le mérite d'être claires, parfaitement compréhensibles. Tout le contraire de mon père, avec qui j'ai toujours eu le sentiment de vivre dans l'incertitude, sur le qui-vive.

Elle m'avait aussi, là encore sans que je m'en rende forcément compte, offert le cadeau le plus précieux : une sortie de secours. Elle m'emmenait en vacances et me montrait le monde tel que j'aurais dû, en petite fille de moins de dix ans, pouvoir le voir. Elle m'a appris la liberté quand je n'avais aucune idée de comment en profiter. Mais c'était bon, plus grande, de m'en souvenir et de réaliser de tout ce qu'elle avait fait. Les graines qu'elle avait semées et qui n'ont germé que deux décennies après. Les portes qu'elle avait déverrouillées et que je n'ai eu l'audace de poussées qu'à l'âge adulte. Les données que, finalement, elle a cachées quelque part dans ma banque de données personnelle, et que je n'ai su trouver que bien plus tard.

Aujourd'hui ça fait très exactement 5 ans qu'elle est partie.
Alors, c'est vrai. Les urgences sont moins vitales. Je n'ai plus peur de mon père. Je n'ai plus peur d'être quelqu'un de foncièrement néfaste qui mérite ce qui lui arrive. Je n'ai plus peur de me retrouver à la rue, sans toit sur ma tête. Je n'ai plus peur de mourir de faim.
Mais parfois, je voudrais avoir son avis, son conseil, juste son regard gris face au mien, et le dernier numéro appelé, sur mon portable, est le sien.
Personne à contacter en cas d'urgence.

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