ladytherapy

Tout savoir sur ladyteruki, y compris ce qu'elle même ignore...

28 juillet 2011

Snap

Ce serait facile. Il m'arrive souvent d'être épatée par la facilité de la chose. C'est en fait assez obsédant de se dire qu'il serait d'une facilité déconcertante de basculer. N'importe qui pourrait être Anders Behring Breivik.
Combien d'entre nous, usés par les déceptions professionnelles, financières ou personnelles ? Combien d'entre nous à penser que le monde ne tourne pas rond ?

Ce serait si facile, avec mon grand sourire, mes lunettes et ma voix douce, et puisque j'ai pour coutume de dire qu'on me donnerait le Bon Dieu sans confession. A une époque, j'avais la flemme d'aller faire des photos pour ma carte de transport ; j'ai été contrôlée au moins trois fois pour ça, et sans même chercher à négocier, on m'a toujours laissé le bénéfice du doute au lieu de me verbaliser. Quand je n'ai pas la monnaie, pas la pièce d'identité pour mon chèque, pas de justificatif sur moi, je fais partie de ces gens à qui on sourit et on dit "bon, la prochaine fois alors". C'est rare pour ne pas dire inexistant que j'en profite... mais si un jour je décidais de le faire ? Si un jour je passais le pas, et devenais cynique au possible de décider que si les gens sont suffisamment cons pour me laisser passer entre les mailles du filet, je n'ai qu'à prendre tout ce qu'il y aura à prendre ?

Ce serait tellement facile de comploter ce que je veux dans mon coin sans que personne ne le sache. Ce serait facile d'utiliser cette apparence sage comme couverture. Ce serait facile d'utiliser ce que j'ai pour comploter je ne sais quoi.
En fait ce serait même facile d'avoir accès à mon ministre. Qui me contrôlerait, le matin, en arrivant au cabinet ? Le type de l'accueil qui me fait de grands sourires comme si on se connaissait depuis 10 ans et qui pas une fois, même pas au début, ne m'a demandé de justifier de mon identité pour entrer ? Qui vérifierait ce qu'il y a dans mon énorme sac à main ?

Ce serait incroyablement facile. Ce serait facile de décréter, un jour pas comme un autre, que dorénavant je me vengerai de ce qui ne va pas dans ma vie en déchargeant ma haine sur les autres. J'ai ces outils-là pour le faire, on a tous les nôtres. Il suffirait de les utiliser. N'importe qui peut rompre la digue intérieure et se laisser submerger par les possibilités qu'il a. On pourrait tous devenir maléfiques et causer vraiment, vraiment beaucoup de tort.

Ce serait impitoyablement facile. En plus j'ai plein d'excuses pour expliquer mon geste, un jour. La police irait poser des questions à ma psy qui parlerait traumatismes, violences, séquelles. On interrogerait mes amis, on lirait mon blog (oh hi !), on éplucherait mes correspondances, ça expliquerait tout, on blâmerait la prévention, ou les services sociaux, ou, allez, les séries, ça changerait des films ou des jeux video.

Où est-elle, exactement, la barrière qu'on ne franchit pas ? Je me sentirais mieux de savoir définir précisément ce qui me retient de ne pas péter un câble, et tout le reste avec. De savoir que s'il se passe un truc, j'ai ce filet de sécurité. Si je me retrouve à la rue dans un mois et demi, par exemple. Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ?
Est-ce que je suis une arme qui circule avec un cran de sécurité ?

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07 juillet 2011

In peace

Les portes du wagon à peine refermées, il commençait déjà à hurler. Ce qui fait que, forcément, je n'ai pas tout de suite remarqué les deux autres, ils n'étaient qu'un murmure dans l'escalier connectant les deux niveaux du train. L'hystérique continuait de hurler, par contre, et il était difficile à ignorer. Son comportement relevait plus (outre de la psychiatrie) de l'agression et de l'insulte que de la tentative de rédemption.
Pendant un peu moins de 45mn, il allait nous haranguer, nous, les passagers du RER, une masse craintive et silencieuse qui, en grande majorité, est restée tête baissée.

A mesure qu'il prêchait, le chanson s'est intensifiée. Les deux dans le fond, c'était ses choristes : la femme, assise son sac sur le genoux, chantonnait d'abord tout bas, tandis que  le jeune homme fredonnait vaguement certains passages, s'interrompant pour répondre à l'hystérique qui ne décolérait pas. Mais les paroles répétitives sont devenues plus fortes, martelées, encore et encore, sur un air unique. Le son est monté tandis que l'autre intensifiait son monologue, au milieu de l'allée.

Je suppose que dans le bon contexte, avec une assemblée réceptive, quelques jolis vitraux et peut-être un fond sonore d'orgue, ça peut prendre. Mais dans un RER à 17h30, dans la chaleur lourde du mois de juillet, pas trop, non.

Pourtant je ne suis pas obtuse : toute athée que je sois, je ne suis pas contre la religion. Je sais que la nuance ne se saisit plus aussi bien qu'avant, dans un pays où on commence à confondre laïcité et athéisme forcé, où on est très tolérant envers ta religion si on ne la voit pas et où toute démonstration aussi violente qu'un bout de tissu est prise comme un signe patent d'invasion. Pourtant, à vous dire vrai, je fais partie de ces athées qui trouvent la loi contre l'interdiction des signes religieux ostentatoires dans les lieux publics, puis celle contre la dissimulation du visage, franchement exagérées, voire inquiétantes.
Il n'y a rien entre Dieu et moi et pourtant, je comprends que, si on ressent quelque chose que je ne perçois pas, on n'ait pas envie de s'en priver et qu'on pratique selon sa conscience. De la même façon que je n'ai personne en ce moment et je n'empêche pourtant pas les couples de s'mbrasser à pleine bouche dans les lieux publics. Chez moi on appelle ça la tolérance. Je vais me faire traiter d'odieuse gauchiste, tant pis pour mon dernier bulletin de vote qui disait le contraire ; m'en fiche, c'est mon point de vue quand même.

Malgré tout, quand on s'en prend à mes oreilles (déjà bien malmenées et pas pleinement fonctionnelles) et qu'on me serine pendant tout un voyage en train (dont une bonne partie, assez longue et sans arrêt, relève presque de la séquestration) avec la religion, et je deviens moins ouverte, tout d'un coup. En fait je deviens un petit peu mauvaise dans ces cas-là. Parce que ce n'était pas la première fois. Par contre, le coup des deux choristes, c'était inédit, je dois l'admettre.
Mais je remarque que ce sont toujours des Chrétiens qui viennent me prendre d'assaut dans le train de cette façon. Jamais je n'ai vu quelqu'un venir me dire que Yahvé ou Allah allaient me tomber dessus et m'envoyer aux Enfers (ou équivalents, s'ils existent... je ne suis pas très versée en littérature religieuse), par contre des Chrétiens, oui. Je ne sais pas de quelle chapelle, mais sans nul doute possible, des Chrétiens. Ce sont toujours eux qui viennent m'insulter (oh, pas moi personnellement, juste tout le wagon, dont je suis) en me disait que parce que je me livre à la luxure, la masturbation et l'homosexualité (dude, wrong crowd), j'irai brûler en Enfer au moment du Jugement Dernier. Ce sont eux qui envahissent mon espace personnel.
Ce sont aussi eux qui sonnent à la porte pour me parler de Jésus. Ce sont également eux qui me cassent les oreilles (encore) avec leurs clochers.
Alors c'est gentil de m'offrir la rédemption (c'est juste dommage, aujourd'hui je suis sortie sans mon chéquier), mais sans empiéter sur mon espace personnel, ce serait quand même sympa. Et puis sans vouloir ensuite glisser des insinuations puantes sur les autres religions, aussi, ça serait bien. Parce que j'amais un Juif ou un Musulman n'est venu me casser les couilles comme ça.

J'étais juste à côté du prêcheur et de ses chanteurs, dans le wagon du RER, et je pensais à tout ça.

J'avais amené du boulot, mais impossible de me concentrer. Bien-sûr j'aurais pû changer de siège et aller à l'étage (une victoire qui aurait été de bien courte durée vu qu'ensuite ils sont montés), mais je n'ai pas cillé. J'ai sorti mon plus beau surligneur et j'ai stabiloté quelques impressions que j'avais dans mon sac. Je ne cèderai pas un pouce de terrain à ces gens-là.

Alors, emmerder une nana qui porte un bout de tissus dans une administration, ça on sait faire, alors que ça n'atteint en rien ma propre liberté ni celle de quiconque (et souvent même pas la sienne). Par contre, quel recours contre ce genre de pratiques ? Aucun. Go figure.

Au bout d'un moment, un passager excédé a pété un câble et la situation a dégénéré, l'allumé hurlait de plus belle, l'autre tentait désespérément de le faire taire en hurlant plus fort et en montrant du poing, et finalement tout ça s'est fini sur le quai à l'arrêt suivant.

Sincèrement, je me suis sentie plus en danger à ce moment-là que toutes les fois où j'ai croisé mon voisin barbu jusqu'au torse et sa femme voilée des pieds à la tête. D'accord, le voisin ne me dit pas bonjour (je suis une femme, c'est ma faute). Mais au moins, il respecte ma tranquilité.
C'est tout ce qu'on attend l'un de l'autre, je pense.

Posté par ladyteruki à 18:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]