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Tout savoir sur ladyteruki, y compris ce qu'elle même ignore...

28 avril 2011

Let's cut to the chase

Je reconnais ces instants. J'avais un peu oublié à quoi ils ressemblaient, je dois l'admettre.
Des instants qui n'existent qu'à l'intersection entre la curiosité, le doute et l'impatience. Si l'équilibre est rompu, l'instant ne se produit pas. Pas de curiosité ? On joue pour jouer. Pas de doute ? C'est qu'on n'y tient pas. Pas d'impatience ? Ca ne mène nulle part.

On a de la chance : on est tous les deux joueurs. On a trouvé un parfait partenaire à qui renvoyer sans se lasser la balle avec malice, et c'est du coup un festival. Chacun y va de son petit double-sens, de son petit compliment, de son petit regard en coin. La curiosité nous pousse à continuer. Le doute fait durer le préambule. L'impatience semble une ennemie, mais reste incontrôlable et alimente notre énergie. Nous nous encourageons mutuellement comme si ça n'avait pas d'importance, mais les échangent augmentent en vitesse et en puissance, parce que dans le fond nous voulons voir où tout cela va. Qui fera le premier pas ? Chacun est au ralenti et pousse l'autre à agir. On ne veut pas s'être trompés. C'est l'inconvénient des doubles-sens.
Si ce n'était pour une poignée d'observateurs extérieurs que de toute évidence nous consultons régulièrement chacun notre tour, aucun de nous deux ne serait vraiment sûr de ce qui se passe.

Il faut dire que j'ai tellement eu le regard ailleurs. Moi-même quand j'essaye de comprendre ce qui s'est passé les mois précédant le début de ce match taquin, je ne suis pas sûre d'avoir tout cerné. Je me rappelle pourtant de certaines choses qui ne datent pas d'hier, alors que pourtant je pensais à quelqu'un d'autre ; peut-être que j'ai donné la priorité à celui que je connaissais depuis un tout petit peu plus longtemps, peut-être que les circonstances de Noël m'ont poussée à ignorer ce qui se passait au boulot, sincèrement je n'en sais rien. Peut-être tout simplement qu'on avait besoin de temps pour que les choses se mettent en place ; dommage, il n'en reste plus beaucoup.

L'échange des premières balles a commencé juste avant que le compte à rebours ne soit lancé. Peut-être parce que dans le fond il savait avant moi où en était le chronomètre. Et puis, j'avais assez vivement expliqué que je n'aimais pas l'idée de rencontrer quelqu'un au travail. Je le revois dans l'embrasure de la porte en train de m'expliquer, avec cet air légèrement vexé qu'il a quand il est convaincu de quelque chose et qu'il se sent seul dans ce cas, peut-être parce que ce n'est pas qu'une opinion purement cérébrale, que c'est normal et mathématique que ça se produise souvent comme ça quand on passe tant de temps au travail, surtout dans notre milieu. Objectivement il n'avait pas tort, simplement l'idée me déplaisait depuis toujours. L'exprimer à haute et vive voix n'était pas encourageant pour lui, reconnaissons-le.
C'est peut-être aussi ça qui m'a longtemps refroidie, c'est que j'aime tant cloisonner que ça semblait normal de préférer quelqu'un avec qui je ne travaillais pas.
Pourtant il a commencé à lancer une ou deux balles, pour voir. Mais la première que j'aie remarquée, je l'ai laissée passer : j'étais malade comme un chien et pas franchement réactive ; elle m'a frappée des heures plus tard.

Mais progressivement on s'est échauffés. Un petit service ici ; un revers de raquette habile quelques jours plus tard...
Finalement, il y a deux semaines, on a atteint un point qu'il était devenu difficile d'ignorer. Les conversations étaient constamment ponctuées de montées au filet. Chacun a progressivement augmenté le niveau de son jeu : est-ce qu'on s'améliorait simplement, ou est-ce qu'on allait vers quelque chose ? A quel moment n'était-ce plus un jeu ? Quand j'ai commencé à en parler aux personnes à qui je fais confiance au travail (transgressant ma fameuse règle de la compartimentation, au passage), la réponse a, à ma grande surprise, été unanime : vas-y, ce sera tout bénef, il y a quelque chose. Tellement sûre qu'on me dise que je me faisais des idées ! Quelques semaines à peine après une méchante sortie de terrain, j'étais submergée par la négativité. Aucune chance, non, il n'a certainement pas compris où MOI je voulais en venir.
Alors j'ai mieux obervé, et pour avoir quelque chose à observer, j'ai aussi plus souvent lancé des balles. Et je me suis aperçue que j'avais trouvé un joueur de mon niveau, qui répondait. Toujours. On relève une petite phrase qui surprend, une fois. Puis une autre, et une autre. Et je crois que concrètement, si l'excitation du mystère est là, je voudrais quand même plus d'explicite, où je suis plus à l'aise. Je voudrais poser la question. Au lieu de ça je continue de servir parce que je veux tester la limite. Sauf que je ne la trouve pas...

Du coup, jamais je ne me suis vue aussi entreprenante. Et chaque fois que je monte d'un cran, je suis surprise de ne toujours pas me faire renvoyer aux vestaires. Il est vraiment de la partie ! Mais c'est là qu'intervient l'impatience : combien de temps l'échange de balles va-t-il durer jusqu'à ce qu'on... marque ?
Et si le jeu ne restait qu'un jeu justement parce qu'il s'en va pour un nouveau boulot demain ? Oui, à mes yeux c'est mieux qu'on ne travaille plus ensemble parce que je n'aurais pas aimé qu'on doive composer avec un certain nombre de données venues du travail, des collègues, et des considérations hiérarchiques. Mais sitôt qu'il travaillera à l'autre bout de Paris, nous serons incroyablement loin.
Il part dans cet autre cabinet avec mon numéro de téléphone perso (moi, donner mon numéro !) mais aura-t-il encore envie de s'en servir sans nos joutes quotidiennes ? C'est à double tranchant.

Chacun semble chaque jour aller plus loin dans l'audace et en même temps ne pas vouloir se lancer. Peut-être qu'on joue plus parce qu'on a l'impression qu'il n'y aura pas de conséquences passé le weekend ?
Même sans ça, il y a des raisons immédiates de ne pas le faire (le travail et ceux qu'on y trouve, dans un milieu qui ne pardonne rien), et les raisons profondes (dont le post précédent traite en filigrane, d'ailleurs).
C'est le problème : on a tellement joué qu'on n'a jamais vraiment pu vérifier le B.A.BA... et si, m'entendant faire des plaisanteries osées dans un bureau qui ne vit que de ça (mais dans une ambiance incroyable, il faut le dire), il avait pensé que c'était rédhibitoire ? S'il partait du principe que son choix est incompatible avec mon mode de vie ? Il en sait si peu sur moi... à cause de ma fameuse manie de cloisonner, je suis rarement entrée dans les détails qui pourraient nuancer cette impression. Les gens sont toujours plus complexes qu'on ne le croit, encore faut-il qu'ils aient une chance de le prouver...
Car oui, je parle de cul au boulot : dans le bureau on le fait sur tous les tons. Et si je l'ai vu rire de bon coeur et renchérir avec nous au moment des blagues, au moment des confidences j'ai aussi vu son visage se fermer. Et je commence à connaître ce visage quand il se ferme : ce n'est pas qu'il n'ait rien à dire, c'est juste qu'il ne veuille pas le dire ; quand moi je dis que je ne couche pas à gauche et à droite, et que je rencontre les réactions sidérées des collègues, je me doute bien qu'il ne se sent pas encouragé à dire quel est son choix, et je me doute qu'il peut aussi mal interpréter le mien.
Alors est-ce que ça sert à quelque chose de jouer, dans ce cas ?

J'ai beau prendre un plaisir immense à ce match, je ne voudrais pas qu'il n'aboutisse à rien. Je n'attends pas une grande histoire, juste de prendre le temps de sortir du bureau et de vérifier. Je me lasse de l'adrénaline. Mais les règles du jeu sont claires : on n'avance pas si frontalement. Et au final, bien malin celui qui peut arbitrer, à J-1, l'issue du jeu.

Demain dernier jour, balle de match. Peut-être que je vais dépasser mes limites et offrir un smash. Ce serait un beau geste sportif, mais j'ai rarement joué à ce niveau de compétition. Saurai-je mettre ma maladive peur du rejet de côté pour tenter le coup ? J'ai besoin d'aller au face à face.
Si tu trouves que j'ai bien joué pendant le set badin, tu vas voir, en mode sincérité, je suis encore meilleure. C'est un autre genre d'excitation.

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24 avril 2011

Jusqu'au mariage

En fait toute la question est de déterminer ce qu'on cherche dans une relation. Ce qu'on attend et ce qui est superflu.

Il y a plusieurs degrés, certainement, et il ne peut pas nuire de se poser les questions qui y correspondent.
De quoi ai-je besoin ? De quoi ai-je envie ? De quoi puis-je m'accomoder ? De quoi ne puis-je pas me passer ? Que m'est-il impossible d'accepter ?
Dans toute relation, il faut faire des concessions, la chose est entendue... mais pas forcément n'importe lesquelles. Alors j'essaye de chercher, en moi, ce qui définit les limites de l'acceptable et de ce qui ne l'est pas. Ce que je veux vraiment, et ce qui finalement n'est pas si vital. Trop peu de fois par le passé je me suis posé ces questions, j'ai l'impression.
Et parmi ces questions : pourrais-je me passer de sexe dans une relation ?

Ce n'est évidemment pas la même chose lorsqu'on est seule et lorsqu'on ne l'est pas. Prétendre qu'après une période de célibat, je n'en suis plus à ça près, serait évidemment mentir, et prétendre qu'être avec quelqu'un ne me semble pas aller de paire avec une certaine intimité serait plutôt la preuve d'un aveuglement.
Pour autant, si cette intimité me semble naturelle, je ne suis pas convaincue de la considérer comme obligatoire.

Je crois que je peux d'autant plus respecter ce choix qu'il a été le mien à une époque. Il n'a pas été motivé par quoi que ce soit de religieux (c'est peut-être la différence qui fait que je ne me suis pas tenue à ce choix). Je voulais être la femme d'un seul homme, nous nous sommes fiancés, j'ai eu confiance en ces fiançailles et je n'ai pas tellement plus attendu. Puis les fiançailles ont été rompues et j'ai simplement continué ma vie : je n'étais plus vierge, à quoi bon rester fidèle au premier homme, quand lui était parti ? Quelque chose dont je n'aime pas me souvenir, c'est que pendant de nombreuses années, je me suis sentie tellement mal de ne pas m'être tenue à ma décision première... Peut-être que le fait que je ne sois du tout intéressée par les histoires d'une nuit est le reliquat de cette époque où je pensais ne connaître qu'un homme pendant toute mon existence ; quelque chose qui subsiste, même maintenant que j'ai évolué de cette position initiale, et que je considère qu'il n'y a pas de raison d'en faire tant d'histoire. Ce n'est pas grave, mais voilà, il y a 10 ans de ça, j'aurais préféré, avouons-le ; aujourd'hui je vis ma vie de femme sans me sentir sale comme je l'ai ressenti après la rupture, mais peut-être que si c'était si important pour moi de m'envoyer en l'air, je n'attendrais pas de tomber amoureuse, non plus. Il y a des questions qu'on ne se pose pas parce qu'on n'est pas sûr d'aimer la réponse...
Quand je gratte un peu, je réalise que même si je ne trouve pas révoltant d'avoir connu plusieurs hommes, pour autant je n'ai pas tellement envie d'allonger la liste de beaucoup. A mes collègues qui s'écrient qu'il n'est pas normal ni sain de ne jamais avoir eu de coup d'un soir, je n'arrive pas à extirper d'autre explication que "parce qu'il faut vivre sa vie !" ; j'ai l'impression de vivre ma vie, mais je n'ai pas l'impression qu'il soit nécessaire pour cela de coucher avec des inconnus avec qui on ne vivra rien. C'est normal pour d'autres, et je ne les juge pas, c'est juste que je ne pourrais jamais en faire autant, ça ne me correspond pas ; mais ça me rappelle combien de degrés il existe en la matière ; qui suis-je pour trouver un peu extrême un tel choix quand le mien n'apparait pas plus évident à la majorité de la population ?

Alors, pourrais-je vivre une relation comme celle-là, simplement en me rappelant que ce choix n'est pas si incongru, et pas si éloigné du mien ? Au pire, je pourrais me dire, les jours un peu plus électriques que d'autres, que c'est une façon de reprendre le chemin où je l'ai laissé, que c'est le chemin que je voulais il y a 10 ans après tout.

Mais dans ce cas il me faudrait quand même définir cette relation.
Car une relation amoureuse chaste... comment l'empêche-t-on de ne devenir qu'une simple amitié ?

Je crois que je demanderais encore plus, étrangement, sur un plan affectif. Si on ne peut pas me toucher, il faut me prouver autrement ce pour quoi je n'aurais jamais demandé de preuve en d'autres circonstances. Ou bien l'envie qu'on me prouve son affection est-elle quelque chose qu'implicitement j'associe au sexe ? Sans doute aussi, mais ça fait partie des questions qu'on ne se pose pas, qu'on garde tues, et qui peut-être causent bien plus de malentendus et de ravages qu'on ne le croit. Tout serait à redéfinir, à repenser.
A la vérité, je crois que ça me ferait le plus grand bien d'être avec quelqu'un qui me permette de poser les choses à plat sans me laisser m'aveugler par les papillons dans le ventre. Bien-sûr la chasteté n'est pas obligatoire dans pareille relation, mais si elle faisait partie du package je pense sincèrement que je pourrais la tourner à mon avantage pour me rappeler de ce qui compte, et non de ce qui manque.

La vérité c'est que, bien que je ressente de plus en plus lourdement la solitude, je commence à me demander à quoi ressemblera la prochaine relation. Comment, après avoir tant souffert d'être seule, après avoir tant souffert des abandons et des trahisons, pourrai-je me lancer sainement dans une relation ? Avec quelqu'un qui a fait ce choix, j'ai l'impression que je serai obligée de prendre les choses avec plus de calme. C'est peut-être faux mais c'est comme ça que je l'imagine. J'ai peur de me perdre encore plus dans la prochaine relation, simplement à cause de l'écart entre elle et la précédente, à cause de tout ce qui ne s'est pas passé, et tout ce qui s'est passé, entre les deux. Je ne sais pas comment je serai à ce moment-là.
C'est peut-être aussi pour ça que je ne précipite rien et que je ne tombe plus amoureuse, que je me contente de simple béguins, ces derniers temps. C'est bien plus que je ne ressentais à une époque, au plus fort de ma solitude, mais c'est quand même tellement peu, comme si je ne m'accrochais plus vraiment. S'il n'y avait pas le sexe, j'ai l'impression que je pourrais tirer les choses au clair. Peut-être que c'est une idée confortable parce que j'ai peur, aussi, de ce que l'avenir me réserve en la matière.

Alors, bon, peut-être que la question n'a pas de raison d'être dans les circonstances actuelles. Mais j'apprécie les multiples interrogations, dont celle-ci, que ce choix réveille en moi. C'est aussi cela, faire des rencontres : se poser des questions qu'entre soi, on ne se poserait pas. Et tant pis si elles restent pure théorie.

Posté par ladyteruki à 00:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]