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Tout savoir sur ladyteruki, y compris ce qu'elle même ignore...

23 février 2011

The Times They Are a-Changin'

Cycliquement, j'ai envie de changement. Mais, et je pense que ce blog l'a relativement bien chroniqué pendant ses heures de "gloire", en général, le changement auquel j'aspire... c'est le mien. Je veux penser différemment, agir différemment... comme si je pensais initier un cercle vertueux, j'imagine. A tort, probablement.
L'impression de changer un tout petit peu, je l'ai finalement assez souvent. Et des changements, en fait, il s'en passe tout le temps, si on observe bien. Soudain on a une impulsion, un geste, une démarche, une action qui change de l'ordinaire, et qui nous fait légèrement dévier de notre route. La routine, ça n'existe pas vraiment... On ne s'en rend pas vraiment compte mais c'est pourtant vrai ; un peu comme modifier la trajectoire d'une sonde spatiale de quelques millimètres au décollage, pour qu'à plusieurs années-lumière de là, la différence se calcule en kilomètres.
Ce qu'il y a de bien avec ces changements, c'est qu'ils sont bien vécus. On les voit à peine, après tout, comment pourraient-ils être violents ?

Mais il y a aussi d'autres périodes de changement. Elles sont plus rares. Dieu merci ! Elles sont aussi beaucoup plus violentes. Il se passe quelque chose, et on n'a pas d'autre choix que de changer. Cependant, ce changement n'est pas subi pour autant ; il ne tient qu'à nous de décider de ce qu'on en fait. Les décisions ne sont pas faciles à prendre, et guère plus à assumer pendant la période transitoire, par définition inconfortable. A défaut de pouvoir revenir au confortable "avant", on aimerait simplement se couler, sans heurt, au moule de la situation nouvelle, on aimerait que tout aille de soi, mais ça ne va pas de soi alors il faut prendre les décisions, même difficiles, et aller de l'avant.
Je crois que je suis à l'orée d'un changement comme celui-là. Il ne me fait pas plaisir. Mais je puise mon énergie dans l'idée qu'il saura être bénéfique sur le long terme.

En réalité, je n'ai pas pris de grande décision.
Je considère que ce n'est pas unilatéral, pour commencer ; que j'ai fait ma part de maladresses mais aussi ma part d'efforts pour tenter d'arranger les choses, et que maintenant j'attends le geste dans l'autre sens. S'il vient, tant mieux. Je me connais et je sais que, avec de la bonne volonté des deux côtés, je finirai par pardonner. Je suis comme ça, j'ai pardonné à mon père, j'ai pardonné à l'ex qui m'a laissé une cicatrice dont je ne me déparerai plus, j'ai pardonné à plein de monde... alors ça, franchement, je peux le pardonner, c'est rien. En plus, de vous à moi, en amitié, je suis d'une fidélité à toute épreuve, vraiment. Mais il ne s'agit pas de pardonner sans raison, et j'attends simplement qu'on m'en donne une, parce que les efforts ne peuvent pas venir que d'une seule personne pour sauver une relation qui en implique, par essence, plus d'une. Donc en fait, il n'y a pas réellement de décision ferme et définitive.
Mais je m'y prépare. Et c'est peut-être ça le plus important.

Pendant deux semaines, je n'ai rien dit. J'étais dans une situation inédite : je ne savais pas que mon blog était lu par certaines personnes, et je crois que je n'imaginais même pas que vu ce qui s'était passé, la démarche de ces personnes serait de venir m'y lire. Il semblait absolument évident que le blog ne délivrerait qu'une partielle explication de ce que je pouvais penser et ressentir, et surtout, de ce que je pouvais dire à, potentiellement, tout le monde ; il semblait évident, ça tombait sous le sens, que le meilleur moyen pour mes amis de savoir ce que je ressentais et pensais, c'était de me le demander. Surtout qu'on ne peut pas dire que mon grand défaut soit de refuser de parler, ou de ne pas être d'un tempérament sincère...
A ma grande surprise, ça n'a pas été le cas. Et dans un premier temps, je me suis dit... je me suis dit quelque chose comme "merde, si ça se passe comme ça, avec des petites phrases et des commentaires et des mails, on ne va jamais réussir à percer l'abcès correctement, et en plus on va plus se donner en spectacle qu'autre chose". Preuve que finalement, même moi j'ai mes limites, au bout du compte ; c'est une découverte que j'aurais aimé faire en d'autres circonstances. Mais en tous cas, il me semblait évident que des amis ne viendraient pas régler nos problèmes ici. C'est un espace où je livre quelques textes, ponctuellement, sous le coup d'une émotion et/ou d'un souvenir (et dans le cas présent, sous le coup d'un verre de plus que ma limite, aussi), où je parle sur un thème, et dont je sors libérée d'un sujet que j'ai pu mettre à plat. Libre à chacun, bien-sûr, de venir partager des expériences sur le thème abordé, j'ai toujours regretté que ça ne se produise pas plus d'ailleurs, mais en tous cas ça n'a jamais été une tribune ni pour m'adresser aux gens, ni pour que eux s'adressent à moi.

Mes amis ont mon numéro de téléphone, après tout. Si vous ne l'avez pas, désolée de vous le dire, mais vous n'en êtes pas.
Notez bien que l'avoir ne fait pas de vous un ami de facto, mais enfin, voilà : mes amis savent comment me joindre. Ils savent comment me parler, comment avoir la réponse aux questions qu'ils se posent à mon sujet. Et quand ils ont envie de savoir comment je vais, ils n'ont pas besoin de venir voir chaque jour, plusieurs fois par jour, si j'ai posté. Il leur suffit de me le demander.
Ça semblait donc évident... mais ça ne l'était que pour moi.

Pendant deux semaines, j'ai vu les stats de ce blog atteindre des records à cause d'une IP. Principalement une, disons.
Chaque jour. Plusieurs fois par jour.
Et je me disais : pourquoi ne pas m'appeler ? Pourquoi ne pas me laisser dire les choses qui pourraient débloquer la situation ? Mais non, c'était le silence radio. Est-ce que j'étais punie pour avoir exprimer ma souffrance ? J'avais été rejetée une première fois, et, en exprimant ma souffrance, j'avais réussi à être rejetée une seconde. Et la première n'a soudain plus eu d'importance du tout. Parce que même avec de beaux yeux sombres, un garçon envoûtant n'est jamais qu'un garçon envoûtant, quand un(e) ami(e) est certainement la chose la plus importante au monde. Je voyais ces stats progresser quotidiennement, et je me demandais : est-ce un test ? Attend-on que je prouve que je n'ai plus mal pour m'autoriser de nouveau parmi eux ? Et je vous assure que je me sentais coupable d'avoir de la peine et de l'avoir exprimée. Et dans le même temps, je sentais bien que je n'avais pas à me sentir coupable d'avoir eu mal en étant rejetée, et je me disais que ce n'était pas totalement exubérant d'attendre que mes amis ne me rejettent pas juste parce que j'avais de la peine et que je ne savais pas la gérer.

Mais enfin, j'en étais là. A me dire que j'aurais certainement dû réagir autrement, et que, vous savez quoi ? Si on m'en laissait l'occasion, je saurais expliquer ce par quoi j'étais passée, pour le mettre derrière nous. Comment j'avais ressenti le rejet de façon violente (peut-être, certainement même, que ce rejet n'avait pas été voulu aussi violent, mais je l'avais ressenti comme ça parce que personne n'a pris le temps de me rassurer avec des mots gentils pendant un moment aussi long que celui que j'ai passé, moi, à être rassurante), comment j'avais eu l'impression que ma pire peur s'était concrétisée quand l'amie à qui j'avais explicitement dit que j'avais peur de la perdre avait arrêté de m'adresser la parole, comment j'avais attendu un signal pour dire que je pouvais être dans leur vie à nouveau, et que je n'avais obtenu qu'un blessant silence. En disant tout cela, je suis absolument certaine que nous aurions pu aller de l'avant.

Voilà comment je voyais les choses : une discussion, pas forcément agréable parce que nécessairement sensible, mais pas du tout sur un ton hostile, où chacun déballait ce qu'il avait sur le cœur. "Tu m'as fait peur parce que ci", "tu m'as semblé excessive parce que ça", et moi, avec l'opportunité de dire que, plus que tout, c'est à mon manque d'estime de moi que j'ai été renvoyée et que j'ai réagi de cette façon parce que ça a rouvert des blessures vieilles de plusieurs décennies. Et qu'aussi, penser que mes amis sont meilleurs que moi ne devrait pas être interprété comme de l'hostilité.
Et puis ensuite, rien. Vraiment, rien, sincèrement. Juste savoir qu'on était en paix les uns avec les autres, s'assurer qu'il n'y avait pas d'animosité. Continuer nos vies déjà bien chargées par ailleurs, de toute évidence. Plusieurs semaines à simplement se borner à quelques tweets, ou un mail pour signaler un truc sympa ou pouvant être utile. Se dire un mot sympa quand l'un se fait du soucis pour un parent, ou pour dire "eh, je sais que ça fait un an, je suis là si tu veux en parler" (des choses dont j'ai eu l'impression qu'on m'a implicitement interdit de les faire, dans le cas présent). Et puis, lentement, après plusieurs semaines, peut-être un mois... se faire un resto. Pas aller les uns chez les autres, juste un resto, en terrain neutre. Voir si on rit toujours. S'apercevoir que oui. Faire un autre resto, un peu plus tard. Voir que les choses sont presque revenues à la normale... presque. Mais que c'est bon signe...

Mais même quand je me fais des films en me disant qu'ils sont raisonnables, je m'aperçois que ça ne tourne pas comme je l'avais imaginé. Que mes intentions ont été mal interprétées (peut-être exprimées de façon brute, aussi, c'est tout-à-fait possible, mais au moins, elles avaient le mérite de la franchise ; j'ai énormément de défauts mais c'est quand même là l'une de mes plus grandes qualités...), mais qu'on décide de s'en borner là et de jouer à colin-maillard pendant deux semaines, quitte à savoir pertinemment que ça fait mal à certains. Peut-être même à tous, qui sait, puisqu'on m'a dit il n'y a pas si longtemps qu'on aurait de la peine à me voir sortir du paysage.

Alors, là, je dois dire, après une ultime tentative pour régler les choses par la discussion, je me dis... si la discussion ne marche pas, je me prépare au pire, et même si ça fait mal, d'accord, j'accepte de gérer ça.
Ok, ça signifie une bonne dose de solitude, je peux faire face. Ok, ça signifie faire une croix sur plein de bons moments qu'on aurait pu passer dans quelques temps, quand tout ça aurait été moins frais.
Vous savez quoi ? C'est hyper triste que je m'en sente capable. Mais la vérité, c'est que très seule, je l'ai déjà été, bien plus que je ne le suis maintenant. J'ai connu des déchirures autrement plus graves, et des disputes autrement plus tragiques ; j'ai vécu dans la solitude absolue pendant ma période maudite de chômage. J'ai fait face une fois, alors je sais que je suis de taille. Si une page doit se tourner alors allons-y. Ça fera mal un moment, oui, et puis ? Ça ne peut pas être pire que ça l'a déjà été il y a des années. Il y a d'autres personnes dans ma vie, pour commencer, pas aussi importantes, c'est sûr, mais elles sont là. J'ai aussi un travail, des loisirs, des projets, tout un tas de choses que je n'avais pas la dernière fois, et pourtant la dernière fois j'ai survécu. Je survivrai aussi. Je m'adapterai aussi. Je vais même pousser le vice jusqu'à décider de la direction à prendre à partir de là.
Oui, ce sera dur, mais je finirai par recalculer ma trajectoire, ce n'est qu'un changement de plus.

A tout grand changement correspondent de multiples petites réorientations.
Tenez, un exemple tout bête : les commentaires de ce blog. Ils sont, pour la première fois de leur histoire (et on parle d'un blog ouvert à l'automne 2004) soumis à modération a priori. C'est-à-dire que tout commentaire posté va d'abord arriver dans ma boîte aux lettres avant de s'afficher ici. Ça me fait mal au cœur car jamais je n'ai instauré une telle politique (à l'époque d'u-blog, certains commentaires m'ont traitée de misérable merde quand j'ai exprimé ma vision du sexe, et je les avais laissés, pensant qu'ils apportaient un angle radicalement différent du mien et donc nécessaire, par exemple), mais, bon, comme ça, les gens qui veulent me joindre n'ont pas à passer par des moyens détournés, ils n'ont qu'à me joindre en direct. Pour les autres, il leur suffira d'un peu de patience avant que leur commentaire soit en ligne, voilà tout... Bon, j'espère que ça marche, j'ai jamais fait ça, moi.
Tenez, un autre exemple : me ronger les sangs en espérant ne pas froisser ceux que j'aime, c'est fini. Si mes "amis" peuvent me faire du mal en connaissance de cause (et a priori, quelqu'un de sensible qui est passé par des expériences de rejet qui l'ont atteint devrait comprendre) et s'en tirer à bon compte avec un "désolé", a priori rien ne m'interdit d'en faire autant. Ceux qui sont fâchés n'ont qu'à m'appeler pour m'en toucher un mot, ou m'envoyer un SMS si vraiment ils n'ont pas le courage de parler. Toute sincère que je sois, je peux aussi comprendre que tout le monde ne le soit pas, et ait tendance à ne pas savoir comment exprimer certaines choses sensibles. Un SMS, c'est un bon début ; va pour un SMS.

Voilà, c'est ainsi que ça commence.
Et puis selon la tournure des choses, il y en aura d'autres, des changements. En fait, à l'heure où nous parlons j'ai déjà des sacs poubelle béants dans lesquels je commence à jeter des affaires qui appartiennent au passé. Quitte à me faire mettre à la porte de la vie de certains amis, quitte à me faire mettre à la porte de mon logement par mes propres parents, bah j'ai envie de dire, autant en profiter pour faire du nettoyage par le vide.
Pour une fois, ce n'est pas moi qui vais changer. C'est le monde qui va devoir choisir entre s'adapter ou... Ou ? Que va choisir le monde ?

Je crois que je me suis assez excusée, maintenant, d'avoir mal et de ne pas savoir comment le gérer. Je vais donc ne plus avoir mal, et je vais apprendre à le gérer. Ceux qui pensent que je suis quelqu'un de bien, voire même quelqu'un de "rare", suivront. Les autres...? Ça ne m'appartient plus, maintenant. Je suis parée quoi qu'il arrive à accuser le choc comme à ouvrir les bras.

C'est certainement le plus gros changement que j'aie jamais effectué sur moi-même : ne plus craindre de me prendre un uppercut au cœur. Je suis pas mécontente de moi. Un jour, à ce rythme, je finirai par être quelqu'un de fort.

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07 février 2011

Dommage

La douleur ? Encore vivace, mais atténuée. La colère ? Au fil des heures, elle a fini par ne plus se tourner que vers moi-même.
La bête blessée commence à lécher ses blessures et à reprendre le contrôle d'elle-même. Ça faisait bien longtemps que je ne m'étais plus noyée dans mes émotions comme ça. Une chance qu'entretemps, j'ai fait ce travail sur moi qui consiste à ne plus autant exprimer ma douleur avec violence. Ma colère s'est exprimée uniquement : sur ce blog, en parlant avec une amie, en dépassant un peu ma limite habituelle en alcool, et en m'offrant des mcnuggets. Ah, et en ressassant quelques vieux souvenirs désagréables, généralement morbides parce que, bon, par association d'idées, quoi.
On peut dire que franchement, le choc aurait pu être plus rude. Il l'a d'ailleurs déjà été. Et je me surprends moi-même à finalement garder un certain contrôle. Dans une certaine mesure, disons. Réaction un peu irrationnelle, certes (je suis rouillée !), mais pas tellement excessive. Je n'ai pas hurlé, je n'ai pas menacé, je n'ai débarqué nulle part, j'ai respecté mon engagement de ne pas me montrer avant d'en avoir le feu vert (et le respecte toujours), en gros, je gère relativement "normalement" ma peine de cœur.

Alors qu'est-ce qu'il en reste, de tout ça ? De cette souffrance vive (que j'avais oubliée) et de cette colère sourde ?
Bah, je crois que je commence à arrêter de me laisser aveugler par la douleur qui m'a prise par surprise, et que je reprends mes esprits pour trouver juste ça... dommage. Et là je ne sais pas comment le tourner sinon en une sorte de lettre ouverte, alors allons-y, prenons le risque de lancer quelques "tu" imprudents.

Oui, c'est dommage. Parce que je pensais avoir été claire et pourtant tu n'as pas compris. J'ai dit, textuellement, que ça faisait plusieurs semaines que je me demandais comment t'inviter à sortir. Et toi, tu l'as tout de suite pris pour quelque chose de tellement plus entravant, c'est à n'y rien comprendre. Je ne veux pas me marier avec toi, ni porter tes enfants (je ne le veux ni maintenant ni jamais, pour commencer), je veux juste passer un peu de temps seule avec toi, pour voir. Parce que chaque fois qu'on se voit, il y a toujours une tierce personne, minimum, et que j'aurais voulu voir si on s'entendait bien tous les deux, juste nous. Alors évidemment, pas sur un plan strictement amical, parce que la réponse à cette question je crois qu'on la connaît déjà, quand même, avec le temps, mais en tous cas, voir si ça collerait, si on aurait des affinités.
Je comprends bien la problématique de ton côté, qui est, en gros, que tu ne veux pas perdre ton indépendance. Mais je tiens aussi à la mienne !
Pourrait-on juste faire l'effort d'éviter les généralités un instant et essayer de prendre les choses pour ce qu'elles sont : pas un absolu, pas un cliché, juste quelque chose entre toi et moi, ce qui fait que tu es toi, ce qui fait que je suis moi. Je suis quelqu'un d'au moins aussi casanier que toi. Si ce n'est plus parce que sincèrement, le nombre d'heures que tu passes chaque semaine avec ta voisine de chambre, pardon, mais je n'en passe pas la moitié avec quelqu'un, moi. Je crois sincèrement être bien plus casanière et indépendante que toi, et j'y tiens. Ô combien. Mes blogs en sont remplis de preuves. Alors du coup, il ne s'agit pas de devenir siamois, par pour moi en tous cas. Il s'agit simplement que, quand nous sommes ensemble, eh bien...
D'ailleurs combien de fois avons-nous été ensemble ces derniers temps ? Qui m'invitait encore quelques heures avant à venir passer une nuit chez vous, le weekend ? Pour la, combien... quatrième semaine consécutive ? Crois-moi, pour y avoir veillé, je ne me suis pas incrustée (bon, le dernier weekend, j'avais pas fondamentalement besoin de la sieste de l'après-midi, non plus, c'est vrai), mais au contraire, qui proposait quelque chose à faire pour retarder le moment où je rentrerais chez moi ? Pas vraiment moi. Les Starbucks et les balades et les gyouza, pardon, pas mon idée. Alors finalement, tu vois, tu aimes bien passer du temps avec moi, en fait, vu que, un nombre incroyable de fois, c'est toi qui as fait la démarche de prolonger le temps passé avec moi. Je le sais parce que j'en ai été surprise de nombreuses fois, et que j'ai voulu te donner une chance à chaque fois de me mettre dehors (j'ai bien compris que c'était pas ton style de le dire franchement, alors à chaque stade je posais la question), et tu ne l'as jamais fait.
Je ne voulais donc pas passer tellement plus de temps avec toi. Je voulais juste le passer légèrement différemment.
Je veux dire : c'est de moi qu'on parle. Il n'y a vraiment pas besoin de me supplier pour passer du temps devant un écran ! Mais ce temps-là, tout ce que je voulais, c'était le passer dans tes bras, ou toi dans les miens, ce genre de choses. Quoi qu'on regarde (et même si je t'en remercie, ça n'a pas à être toujours quelque chose qui me plait comme l'enfilade SNL+Pushing Daisies+Showgirls de l'autre soir), juste pouvoir en profiter pour se témoigner un peu de tendresse... C'est idiot, mais tu vois, simplement quand je vous regardais jouer tous les deux à GTA, j'avais simplement envie, quand c'est elle qui avait la manette, de mettre ma tête sur ton épaule et, attention ça va être très osé, te prendre la main. Pas plus. Et rentrer chez moi tout pareil au bout de quelques heures.
Bon alors, je ne te mens pas, il ne m'aurait pas été déplaisant qu'on s'échange un ou deux textos par semaine, si les choses étaient venues à se faire. Mais comme d'un autre côté tu le fais avec ta voisine de chambre à longueur de journée, ça ne me semblerait pas abusif de s'échanger un ou deux textos, dans la mesure où j'habite dans un autre département (d'ailleurs rien que pour ça, niveau indépendance, t'es plutôt peinard pour le moment).
Je ne sais pas ce que tu t'imagines, si le fait que j'ai un peu plus d'expérience que toi signifie que j'attends forcément beaucoup. Je dirais que c'est même l'inverse. Quand j'avais quelques années de moins, oui, la relation fusionnelle c'était mon truc. Et puis, eh bien, on en revient, je dirais. Parce que quand c'est fusionnel, ça ressemble peut-être à une romance de grand film de Victor Flemming, les premiers mois, mais après justement, c'est tout ce que tu déplores, ça te pourrit la vie. Une relation, aussi terriblement décevant que ça puisse paraître sur le papier, ça marche mieux quand on prend son temps, quand on respire chacun de son côté, et quand on se laisse aussi respirer quand on est ensemble.
Et pourtant, on pourrait penser que je suis blasée, mais ce que ces dernières années m'ont appris, depuis que je me suis séparée d'avec G., c'est qu'en réalité, je ne suis pas moins fleur bleue que... toi. Peut-être au contraire. Les appréhensions qui sont tiennes et dont nous avons parlé... je ne pense même pas au sexe d'abord pour me laisser effrayer par lui. Le sexe vient au contraire ensuite, s'il vient, ce n'est pas la donnée de départ, je te l'ai dit, ce n'est pas ce sur quoi c'est fondé. Dans ce domaine, j'ai gardé mon côté Bisounours, en réalité, j'espère toujours quelque chose de pur et de doux, je ne pense qu'aux mains enlacées et aux baisers, à la façon dont je vais caresser tes cheveux ou embrasser tes pommettes ou ton arcade sourcilière, vraiment, je ne suis pas aussi usée par les expériences que tu pourrais le penser, je n'ai même pas envie de t'entrainer sur ce terrain-là dans l'immédiat. C'est ridicule, ou ça ne l'est pas, je n'en sais rien, mais la vérité c'est que si je ne suis pas amoureuse, je ne laisse personne aller si loin, ça fait des années que c'est comme ça, et même toi avec ton regard sombre tu n'y changerais rien.
Et toi tu te barricades derrière la peur d'une chose à laquelle je ne pense même pas ! Ni à passer plus de temps ensemble, ni à forcément aller très loin... au nom du ciel on ne se connaît que depuis six mois !

Alors, je sais, ça ne se négocie pas. Et je sais aussi, un petit oiseau me l'a dit (suivez mon regard), que tu crois avant tout au coup de foudre comme pré-requis. Et je sais que je suis plutôt le genre de fille qui s'apprécie sur le long terme, disons-le franchement. Je sais tout ça. Je sais que je ne te forcerai jamais à rien même si je voulais essayer, parce que ce serait vain.
Mais quand même, accorde-moi une faveur. Reconnais que je ne suis pas celle qui piétinerait ton indépendance, qui forcerait l'entrée de ta bulle, qui mettrait par terre tes beaux projets. Parce que tu commences à me connaître et qu'au fond de toi tu sais que je ne serais pas comme ça, pas moi. D'accord, ne le reconnais pas devant moi, reconnais-le juste entre toi et toi. Ça me suffit si tu es simplement honnête avec toi-même.

Tout ce que je demandais, ce n'était pas de te sauter dessus ; juste de sortir, toi, moi, et c'est tout, et voir ce qui se passe. Un resto (chez Clément ?). Un ciné. Un verre. Une balade. Ce que tu veux.
A date that we both know is a date. Contrairement à Noël qui en avait toutes les apparences mais c'est tout.
Je ne demandais pas grand'chose sinon tester l'eau, un orteil à la fois, et voir où ça mène. Si ça mène quelque part, d'ailleurs. Et je crois que, une fois que je digère un peu tout ça, ta réaction excessive et la mienne posée, puis ma réaction excessive et la tienne posée, je crois donc que, ce qui reste, au fond, comme problème pour moi, c'est de trouver infiniment dommage qu'au nom d'un principe très général et par peur un peu aveugle, tu refuses même de tenter le coup.
Soit ça, soit quand tu m'as répondu, tu m'as menti. Mais c'est une éventualité que je n'ose envisager.

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06 février 2011

Ce qui ne nous tue pas

Il y a des petites phrases que d'autres lancent et dont on se souvient toujours.
Pourtant les mots n'avaient pas d'importance. La plupart du temps, ils ont été prononcés sans y penser. Très franchement, ce sont rarement des phrases conçues pour faire mouche, celles des explications passionnées ou des confessions à cœur ouvert. Celles qui marquent le plus, ce sont les petites phrases d'une banalité à faire peur, lâchées dans le feu de l'action.

On se dispute avec sa mère et on entend soudain : "ton père et moi, on pense que tu es folle". Et l'engueulade continue, avec des échanges mille fois plus argumentés et/ou élaborés, mais c'est cette phrase-là qui reste. Pour toujours. Ce sont des mots très simples, dans une formulation très simple, et la phrase n'a même pas été prononcée sur un ton particulièrement emphatique, c'est plus une sorte de soupir, le préambule d'une longue liste de reproches... qu'on aura vite oubliés. Mais ces mots-là marquent à jamais, ne s'oublient pas. Pas pour qui les a entendus.
L'ironie suprême c'est que la personne qui les a prononcés y a mis tellement peu d'intention qu'au final, elle ne s'en souvient pas, elle. Pas tant que d'autres choses qu'elle tenait plus à dire, qu'elle tenait à mieux formuler, qu'elle a assénés avec un ton plus maîtrisé et plus convaincu, espérant atteindre son interlocuteur. Et pourtant, ces mots-là ne sont pas restés.

Il y en a des tonnes, des comme ça. Des petites phrases sans grande envergure qu'on n'oserait même pas mettre dans des dialogues de film de série B, des petites phrases débordant de banalité dans leur forme, leur ton, même parfois leur message. "Vous avez de la chance, vous avez une maison. Une vraie maison je veux dire", "tu me dégoûtes, je sais pas pourquoi je t'ai eue", "je me suis demandée s'il t'avait touchée", et plein d'autres. Oh ces phrases banales que je n'oublierai jamais ! Ni comment elles ont été prononcées, ni dans quel lieu, ni quoi que ce soit.

Depuis quelques jours, la phrase de ce genre à laquelle je pense, je peux presque la situer aussi précisément. Presque, parce que ce jour-là, j'étais quand même pleine comme une outre de médicaments. Mais je m'en souviens quand même, parce qu'on n'y peut rien, ces petites phrases vous scarifient, même dans un moment où vous auriez tellement plus important à retenir, comme, je ne sais pas moi, la vie par exemple.
"Tu verras, dans 10 ans, tu en riras". C'est d'une banalité sans nom. C'est un cliché atroce. C'est même dit sans conviction par la jeune femme rousse à mes côtés, assise dans l'ambulance, et qui me laisse reposer ma tête sur ses genoux à lui, alors que j'ignore pour le moment que c'est une faveur qu'ils me font tous les deux parce que ce n'est pas vraiment le moment idéal pour m'annoncer qu'ils sont ensemble.

On est presque 10 ans plus tard. Soudain cette phrase me revient. Et vous savez quoi ? Je n'en ris toujours pas.

Posté par ladyteruki à 16:13 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Saine colère

C'est vrai que je suis furieuse. Je ne décolère pas, à vrai dire.

Première cible de ma colère, mon amie. Je ne sais pas ce que j'attends d'elle, sans doute beaucoup trop, mais je lui en veux énormément. Ce n'est pourtant pas sa faute, pas du tout. Mais voilà c'est elle qui prend. Peut-être que j'attendais d'elle quelque chose de plus inconditionnel. Peut-être que j'attendais d'elle qu'elle me soutienne beaucoup plus. Peut-être que je n'ai jamais résolu cette espèce de jalousie larvée que je ressens envers elle depuis plusieurs mois, pour ce qu'elle est, ce à quoi elle ressemble et le temps qu'elle passe avec lui. Peut-être tout simplement que c'est cette jalousie qui explose aujourd'hui.

Deuxième cible de ma colère, lui. Parce que la vérité c'est que je lui en veux énormément. Alors que ce n'est pas sa faute. Il n'a rien demandé, après tout. Mais voilà, il a mal géré. Et en même temps il a tenu un discours assez clair, plutôt honnête, et relativement touchant. Et pourtant ça ne me suffit pas. Il a peut-être été trop gentil. Sans doute que j'ai du mal à concevoir qu'on me dise des choses si gentilles et qu'on me rejette en même temps, je le vois comme une sorte d'hypocrisie. Je sais que j'ai tort et que ça n'a sans doute pas été l'intention, qu'il était certainement trop déboussolé pour faire mieux, mais voilà, soit je suis quelqu'un de bien et dans ce cas tu admets qu'avec tout ce qu'on a en commun et le fait que tu tiens un peu à moi, il y aurait une chance qu'on s'entende bien, surtout si a priori tu penses ces choses-là de moi, soit l'inverse et dans ce cas-là tu assumes et tu me rejettes vraiment. Ou alors, tu aurais pris deux minutes pour moi aussi, si j'étais quelqu'un qui compte ne serait-ce qu'un peu, au lieu de te noyer dans ton ego abasourdi par la perspective de ne pas laisser quelqu'un d'autre indifférent.

Mais c'est le 3, mon chiffre fétiche. Et c'est dans la troisième cible que tout prend vraiment du sens. La troisième cible de ma colère, c'est moi.

Pas de faux-semblant : je me déteste sans la moindre trace de cordialité. Je me déteste déjà parce que c'est la première fois en trois ans que je suis sincèrement attirée par quelqu'un. Pas juste par ennui, pas juste par solitude, non, simplement parce que cette personne "blew my mind". Et pour ça je m'en veux énormément. Quand j'étais réduite à l'état d'un cœur apathique, tout était plus simple. N'apprécier personne, ne faire de place à personne... d'accord, ce n'est peut-être pas ça, la "vraie vie", mais n'empêche que c'était beaucoup plus supportable. Je n'avais rien d'autre à faire que de me préoccuper de moi, mon nombril, ma bulle. Les histoires de cœur et les histoires de cul, c'était pour les autres. Et ça ne me tirait pas la moindre émotion. Si les autres voulaient perdre leur temps à ces conneries, ça les regardait, moi j'avais tellement mieux à faire, entre mon nouveau boulot, mes loisirs, mes objectifs intellectuels, mes espoirs, mes tentatives, mes découvertes, ah, qu'ils sont cons ces gens qui veulent juste combler leur solitude par quelques expédients médiocres quand moi j'ai tant pour me contenter.
Je regrette de n'en être plus là, dans cette impression de supériorité par rapport aux autres. J'étais une connasse, certes, et j'étais seule, certes. Mais vous savez quoi ? Ça ne me dérangeait pas. Pour les soirs où ma volonté défaillait vaguement, il y avait l'Homme-sans-Visage et ça faisait plus qu'illusion : ça suffisait. Aux yeux d'autres personnes, ça pouvait sembler pathétique, mais comme il n'y avait quasiment personne dans ma vie, ça n'avait pas d'importance. J'étais seule, j'étais bien.
Alors je m'en veux d'être retombée dans tout ça. C'est la source initiale de ma colère envers moi-même, ce qui me rend absolument folle de rage. Comment tu as pu te laisser aller à de telles conneries, lady ? Comment tu as osé te laisser tomber pour des choses aussi triviales ?

Et surtout, plus encore, et ce n'est pas peu dire vu la colère qui me consume déjà, je suis furieuse parce que j'ai été, sans déconner, parfaitement raisonnable dans toute cette histoire.
Pour la première fois depuis des semaines, des mois, j'ai su poser les mots parfaits pour exprimer ce que je ressentais. Ce que je n'avais pas pu faire quand j'en parlais à mes amis, ce que je n'avais pas réussi à faire lorsque je tentais d'en écrire un post ici, soudain s'est formulé magiquement exactement comme je le ressentais. A la suite de quoi, c'est moi qui ai tenté de le rassurer, le consoler, afin qu'il ne soit pas dépassé par cette situation nouvelle. Deux secondes d'immodestie : j'ai été impeccable sur ce coup ; calme, sereine, pédagogue, parfaitement raisonnable et franchement classe. Sans déconner, je ne m'étais pas vue comme ça depuis des mois, après avoir passé des semaines à ne pas réussir à y mettre de mots (je ne sais toujours pas y mettre de définition, mais des mots, pour la première fois j'ai su), soudain j'étais parfaitement en possession de mes moyens pour expliquer calmement que tout allait bien se passer. Je ne sais pas ce qu'il en a pensé mais très sincèrement, je me suis épatée moi-même sur le moment. Parce que la vérité c'est que, alors même que je me prenais une claque en plein visage, je réalisais une fois encore qu'il était la seule personne avec qui je pouvais être moi-même sans chercher la complication. Comme tout avec lui, les choses allaient d'elles-mêmes ; ça ne me le fait avec personne d'autre. Comme ces 24h à Noël, quand aussi bien les discussions que les silences étaient parfaits, quand 4h de conversation nocturne se sont déroulées dans la plus grand fluidité et que quelques heures plus tard, le silence n'avait rien de pesant ni gênant. Avec lui tout est simple.
Et c'est ça qui m'agace. C'est que j'étais si sereine.

Alors que c'était moi la plus blessée des deux. C'était à moi d'être rassurée, consolée, afin de ne pas être dépassée par la situation. C'était moi qui avais le cœur sur la table et qui venais de me prendre un coup de maillet.
J'aurais dû être celle qu'on enveloppe dans d'infinies précautions pour atténuer la souffrance. Non, je ne suis pas en sucre, mais merde je ne suis pas en marbre non plus, je venais de m'ouvrir à un homme pour la première fois depuis des années, et, quoi ? Rien. lady, tu es grande, démerde-toi.

Vous savez quoi ? Non.
Non, je ne me démerderai pas. Je ne serai pas forte. Je ne serai pas courageuse. Je ne serai pas raisonnable.
Surtout pas raisonnable.

Ce n'est pas la pire chose qui me soit arrivée. Ce n'est même pas la pire peine de cœur que j'aie eue. Evidemment que j'y survivrai. Mais j'étais en droit d'attendre un peu plus, quand même, juste parce que je ne suis pas moins vulnérable qu'un autre.

J'en ai marre d'être celle qui est raisonnable, qui est posée, qui est forte, qui a les mots justes et qui tente de prendre soin des autres. Bordel de merde, j'ai le droit d'être celle qui est déraisonnable, perdue, vulnérable, désemparée et prise en charge. Juste une fois de temps en temps, je revendique le droit à être prise dans des bras chaleureux qui me consolent.

Depuis que ça s'est passé, je n'ai pas pleuré. C'est bloqué, c'est bloqué juste là vous voyez, ça ne sort pas. Le mieux que j'ai réussi à sortir, c'était une rachitique goutte qui n'a pas dépassé l'ourlet de ma paupière.
Vous savez pourquoi c'est pas sorti ? Parce que qui va me consoler ? Qui va prendre soin de moi ? Qui va me donner une petit quart d'heure de pause pour arrêter d'être celle qui est raisonnable, posée, forte et tout le bordel ? Personne. Tout le monde s'attend à ce que je sois continuellement la nana parfaitement maîtresse de la situation. C'est ce qu'attend l'un de mes (ex-)amis quand il croit que je ne vais pas me mettre en colère contre lui pour se comporter comme le dernier des connards. C'est ce qu'attend mon amie lorsqu'elle ne me soutient pas dés que ça se produit. C'est ce qu'il attend, lui, quand il me laisse le rasséréner alors que JE suis celle qui vient de se prendre un coup. L'univers entiers attend de moi que je me tienne droite, et dans ces conditions je ne vois pas comment je pourrais me laisser aller.
Alors au lieu que ça sorte, c'est un bloc de colère qui me tombe dessus, aussi dur et froid qu'un bloc de glace. Ce n'est pas la façon saine de vivre et éliminer tout ça. Mais c'est la seule qui semble socialement acceptable de la part de quelqu'un comme moi, qui jusque là avait toujours, sans sourciller, été celle sur qui on peut compter. C'est ça qui est tragique. C'est que je suis parfaitement dans mon rôle. Le rôle de la nana dont personne n'a pensé qu'il pourrait lui arriver autre chose qu'un coup dans le ventre, et dont tout le monde était convaincu depuis le début que quand elle le prendrait, elle ne broncherait pas, parce qu'elle en a vu d'autres et qu'elle a la peau dure, depuis le temps.

Et le voilà, le vrai, l'intime motif de ma colère contre moi-même.
C'est que moi non plus je n'en ai jamais vraiment douté, dans le fond. Oh, j'espérais un peu, vaguement, entre autres parce qu'une amie au boulot et ma psy m'avaient assuré que j'étais trop négative et que parfois, les choses se passent mieux qu'on ne l'espère. Mais je n'y ai jamais réellement cru.
Je suis furieuse contre moi-même parce que même moi, je n'ai jamais douté qu'on ne m'aimerait pas. J'ai cette conviction profonde que je mérite bien ce qui m'arrive. Que je suis déçue, et triste, et tout ce qu'on veut, et que je n'ai bien que ce que je mérite, que je suis à ma place. Que je ne suis qu'une merde et que ça faisait trois ans que je n'avais pas tendu la joue pour qu'on me le prouve. Et que j'ai voulu une autre place, que j'ai voulu prendre soin de moi, et me remettre à écrire, et me remettre à dessiner, et me remettre à ressentir, en un mot, me remettre à vivre, et que je n'y ai pas le droit. Je ne mérite rien d'autre que ce que j'ai déjà, c'est-à-dire rien.

Je suis furieuse parce que je ne sais plus comment tout éteindre et revenir à la normale. Tout ce que je veux, c'est être, réellement, au fond de moi, suffisamment raisonnable pour admettre que je suis seule et resterai seule, et que nom d'un chien lady, tires-en ton parti et passe à autre chose, comme tu as su le faire avant. Tu avais mis ton cœur en pause ? Abats-le comme un chien malade une bonne fois pour toute. Parce que tu n'auras jamais d'autre réponse que celle-là. Si ce mec-là n'a pas voulu de toi, un mec avec la tête et le cœur au bon endroit, je vois pas qui le fera.
C'est pour ça que je suis furieuse. Parce que je me suis endurcie, que j'ai roulé ma bosse, encaissé des coups, mais que je n'ai jamais appris la plus importante des leçons : lady, si tu es raisonnable, posée, forte et tout le bordel, c'est parce que tu n'as pas le choix, parce qu'il faut garder la tête froide pour te rappeler ce qui est, définitivement, hors de ta portée. Tiens-toi à ta place. T'as pas le droit d'être vulnérable parce que les gens comme toi, on ne les veut pas vulnérables, et t'as pas le droit de craquer pour un mec, tout simplement parce qu'aucun mec ne voudra de toi. Tous les efforts que tu as fait, toutes les qualités que tu as entretenues ou développées, ne compenseront jamais cet état de fait. Tu es cassée. Personne ne veut d'un jouet cassé.

Posté par ladyteruki à 01:49 - Commentaires [0] - Permalien [#]