ladytherapy

Tout savoir sur ladyteruki, y compris ce qu'elle même ignore...

09 janvier 2011

Showgirl

Quand j'étais adolescente, je ne me rappelle plus trop, au juste, pourquoi, j'ai eu pendant quelques années des cours de théâtre. Pour quelqu'un qui a toujours voulu écrire et qui n'a jamais voulu être sur le devant de la scène, ça peut paraitre étonnant d'avoir passé tant de temps sur les planches. Je n'arrive sincèrement plus à me rappeler comment c'est venu. Peut-être aussi que mes parents m'y ont encouragée parce qu'ils se désespéraient de me voir rester des heures entières devant des feuilles de papier. A l'époque j'y ai connu des dilemmes insolubles parce que soudain j'étais confrontée à des gens et que j'essayais de comprendre, en quelques heures par semaine, comment fonctionnaient les gens qui ne vivaient pas comme moi. J'y ai aussi connu un modeste mais difficilement évitable lot de peines de cœur et d'amitiés fugaces ; je le répète, j'étais adolescente. Je n'avais pas l'impression d'en avoir tiré grand'chose. Je manquais toujours d'assurance, je ne savais pas me mettre en avant et je ne suis même pas certaine d'avoir bien joué, bien que mes souvenirs des répétitions comme des représentations soient très flous à présent. La dernière année, au conservatoire, aurait dû tirer quelque chose de moi mais, au lieu de ça, je crois que j'étais terrifiée à l'idée d'être entourée d'adultes qui, eux, semblaient savoir quoi faire de leur corps, leurs émotions et leur voix, et qui, même quand la pièce sonnait faux, parvenaient à exsuder quelque chose. Et puis j'ai passé le bac et mis tout ça derrière moi sans vraiment y repenser.
Ce n'est qu'assez récemment que j'ai réalisé tout le bien que ça m'avait fait. Et un peu de mal aussi, car l'un ne vient pas sans l'autre.

Après ces années passées sur les planches, j'ai pris conscience en premier lieu de la façon d'utiliser ma voix. On me dit depuis quelques années maintenant que j'ai une belle voix, et je sais à présent, après avoir longtemps cru à une blague, que ses modulations et ses inflexions, ses changements de ton soudains et ses oscillations subtiles, font partie, indubitablement, de ce qui plait chez moi. J'en ai douté, et puis je l'ai vérifié et je sais aujourd'hui que je peux compter sur ma voix (à condition qu'elle puisse compter sur moi, et d'ailleurs j'ai compris assez tard, après des années d'angines, qu'il fallait en prendre soin).
Mais c'est aussi et surtout une arme immense en termes de pouvoir. C'est fou à quel point ma capacité de persuasion augmente sitôt que je joue avec ma voix. Aujourd'hui, ma manipulation passe essentiellement par là.
Et le plus miraculeux c'est que, comme les filles avec des énormes seins qui ne se rendent même pas compte qu'elles ont passé la soirée à les balader sous le nez des mecs, je le fais sans même y prendre garde. Au pire, parfois, dans une conversation, je m'entends penser "je vais dire la phrase doucement pour ne pas donner l'impression de l'agresser", mais c'est plus en témoin qu'en acteur. Je maîtrise sans chercher à maîtriser. Ça me sert énormément. Auprès de mes patrons, la voix douce et docile, auprès d'un ami contre qui je suis encore en colère, un ton sec et sans réplique, et à l'amie à qui je confie ce qui est le premier embryon de sentiment amoureux depuis des années, une tonalité girly que je ne me connaissais même pas. Le message passe simplement mieux que si je le disais sur le ton qui est celui de mon cœur, plus monocorde.
Ma voix m'aide à devenir une caricature de moi-même. Mais c'est tellement pratique. Une inflexion de voix peut économiser plusieurs phrases d'une conversation ; pour quelqu'un de bavard, c'est un atout utile !

Pourtant, si le théâtre a porté ses fruits, c'est assez triste de voir que j'ai assez peu profité de l'expérience sur le moment. Peut-être qu'aujourd'hui je pourrais faire mieux. Parce que j'ai gagné énormément d'assurance, paradoxalement, en dépit de mes problèmes d'estime, et parce que depuis quelques années, je suis en représentation constante. Et le théâtre n'a pas vraiment aidé ce phénomène, même si je le dois aussi énormément aux mensonges constants et aux attitudes de façade permanentes qu'on avait en famille, où il fallait un alibi dés qu'on avait regardé la télévision pendant une heure ou qu'on avait voulu faire un tour en vélo après les cours.

Je suis devenue une épatante showgirl. Sérieusement, je m'impressionne moi-même certaines fois.

Là encore c'est devenu une seconde nature. Dés que je suis en présence de quelqu'un, je me mets à sourire et plaisanter, raconter des anecdotes et parler de séries et des films, et je sens bien que ça y est, j'ai enfilé mon costume, je suis sur scène et c'est trop tard pour voir la personne sous le personnage, je monte un show. Je soupire intérieurement et je continue... difficile de faire marche arrière, et trop angoissant de prendre le risque de gâcher la soirée.
Il n'y a bien que par téléphone ou surtout par écrit que j'arrive à peu près à ne pas chercher à donner le change systématiquement.

C'est ce que j'essaye de changer depuis quelques semaines, en tentant de m'ouvrir, en toute franchise, à certains de mes amis. Je vois ceux qui préféraient la version superficielle, et ceux qui arrivent à accepter la version originale. Je ne vais pas mentir : je les jauge à l'aune de ce qu'ils arrivent à encaisser. Si je dois changer des choses cette année, et c'est un peu la décision que je suis en train de prendre, alors ceux qui ont besoin que je me mette en scène vont rapidement se faire dégager. De toute façon, ce ne serait pas juste de les garder alors que j'ai décidé de baisser le rideau et qu'ils ne sont pas là pour ça.

Et puis, je commence à avoir des conversations en face à face au cours desquelles je n'ai plus peur de tomber le masque et montrer ce qui est vraiment sombre et angoissé chez moi, et j'apprécie d'autant plus les gens avec qui je peux le faire. Je dirais même que ces gens-là gagnent automatiquement mon estime pour me laisser me dénuder ainsi sans me repousser. C'est impressionnant que quelqu'un les ait suffisamment accrochées pour qu'on en arrive là. Il y a entre autres cette collègue qui a 40 ans révolus et avec qui les conversations ont pris un cours surprenant, à l'occasion. Il y a les moments où je voudrais m'enfoncer le nez dans mon pull et arrêter de plaisanter, et avec elle, une fois de temps en temps, j'arrive à le faire. Pas tout le temps, il reste beaucoup de déconne dans nos relations, mais de plus en plus. Ça m'ennuie uniquement parce que j'aime cloisonner le privé et le professionnel, mais en-dehors de ça c'est incroyablement libérateur, d'autant que la conversation se déroule d'égale à égale et qu'elle me donne l'impression d'en faire autant en face. J'ai envie de plus de relations comme ça dans ma vie.
Je ne me satisfais plus d'être simplement celle qui raconte des blagues, se distingue pour sa répartie et écoute paisiblement les autres avec quelques conseils dans sa besace.

Quand j'ai ouvert un compte formspring, j'espérais qu'il y aurait du défi. Qu'on me demanderait justement de me désaper pour tester les limites, je m'attendais même à une certaine brutalité. Qu'on me permettrait de mettre fin au show. Certaines questions m'ont un peu chatouillée, mais guère plus.

J'attends avec impatience de rencontrer, sur internet ou dans la vraie vie, quelqu'un qui aura ce qu'il faut dans le pantalon pour me pousser à arrêter la comédie, et, au lieu de chercher à donner le change, au moins une fois de temps en temps, qui saura me pousser à m'interpréter moi-même.

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08 janvier 2011

Damaged goods

Tout le monde me dit que c'est stupide de me vieillir. Dans quelques jours j'aurai 29 ans, mais si on me demande j'arrondis déjà à 30. Ça ne me dérange pas. Ça fait 15 ans que j'attends ce moment.
Seulement, je suis bien obligée de reconnaître que ce ne sont pas les 30 ans que j'avais imaginés, non plus.

C'est peut-être une bonne chose sur pas mal d'angles : il y a 15 ans, je croyais qu'à 30 ans, en parfaite poule pondeuse que je pensais devoir être, j'en serais à mon deuxième enfant (sur cinq, d'après mes prévisions de l'époque). Que ma carrière, ma vie de femme, ma vie d'épouse, ma vie de mère seraient bien installées. L'idée c'était que cette décennie soit uniquement dédiée à profiter de la vie, et non à la paramétrer. Dans ma tête, j'étais certaine que j'aurais trouvé "quelqu'un", que j'aurais une maison, que j'aurais un travail stable...

C'est en ça qu'approcher des 30 ans devient, avec les mois qui passent, un peu stressant. J'ai dit "un peu" ? Je voulais dire que ça m'obsède.
Je vois approcher la date limite et je ne veux pas gaspiller ma belle décennie, qui commencera en janvier 2012, en ayant encore tant de choses à stabiliser. Je veux déménager, vite, trouver un appartement où passer cette décennie de rêve dans les meilleures conditions possibles. Je veux arrêter de m'en faire pour mon boulot, mais je réalise que choisir la vie en cabinet ministériel n'est pas nécessairement le choix de la stabilité (non mais là, ça va, c'est un poste de 18 mois, je devrais ne plus bouger avant les présidentielles, sauf si mon ministre se met à son tour à fumer le cigare évidemment...). Je veux commencer à profiter de la vie au lieu d'avoir cette sensation tenace de vouloir "compenser" ce qui m'a manqué pendant les années de chômage.

Ce sont 5 années de ma vie que j'ai perdues à jamais, et ça entre en ligne de compte dans mon angoisse de l'échéance des 30 ans. Les 30 ans ressembleraient un peu plus, déjà, à mes 30 ans de rêve, si je n'avais pas crevé la faim, déchiqueté mon cœur et passé mon temps à explorer tout un tas de situations noires, voire glauques. Si je n'avais pas perdu ces 5 années à me martyriser le corps et l'esprit, les 30 ans pourraient être abordés plus sereinement. Ce n'est la faute de personne, et ce n'est pas bon de pleurer sur ces 5 années perdues, mais enfin voilà, j'ai pleinement conscience des conséquences de ces 5 années.
Je ne veux plus avoir d'enfant, parce que depuis j'ai arrêté de penser que c'était obligatoire notamment, mais il s'avère quand même qu'à un an de mes fameux 30 ans, j'ai quand même pas mal de retard sur le planning que j'avais, adolescente. Je n'aurai jamais les 30 ans dont je rêve, parce que ces 5 années m'ont abimée. C'est une évidence, il faut faire une croix dessus.

Les dommages sont énormes et plus je veux avancer dans la vie plus je m'aperçois du boulet que ça représente. C'était finalement assez facile, quand j'allais mal, de ne pas constater l'étendue des dégâts. Quand tu es prête à accepter le premier boulot venu, la vie professionnelle n'a pas le même rôle dans la vie que quand tu commences à penser en termes de "carrière" et d' "évolution". Quand tu n'as pas envie de t'impliquer dans des amitiés, tu te préoccupes assez peu de savoir ce que certains amis peuvent valoir dans des situations critiques. Quand tu ne veux personne dans ta vie, tu n'as cure de manger très mal et/ou très peu, et de toute façon je n'avais pas le choix, notamment pendant la période sans la moindre allocation.
Seulement voilà, je ne suis plus aussi désespérée que je l'étais quand j'étais au chômage et que j'acceptais de me contenter de moins, voire de rien. Maintenant je veux plus. Parce que j'ai un peu plus. Mais le problème c'est que ces 5 années m'ont transformée à tous les égards et que désormais, je suis cassée.
Je me vois comme un jouet cassé.

La question qui commence à se poser depuis quelques mois est celle de la solitude. A ma grande surprise. Je ne pensais d'ailleurs pas que ça me préoccuperait avant quelques temps. La solitude ne m'a pas vraiment dérangée pendant longtemps, et puis, j'avais des outils bien à moi pour ne pas m'en soucier, entre les centres d'intérêt chronophages, les engagements pris ici ou là pour collaborer à des projets, et puis bien-sûr, l'Homme-Sans-Visage, imperturbable camarade qui m'a permis de ne pas m'attacher à n'importe qui même dans les petites crises de solitude. Mais depuis quelques mois, et notamment depuis une rencontre en particulier (la première à avoir déclenché quoi que ce soit depuis longtemps, bien longtemps), ce n'est plus la même chanson. Les outils ne fonctionnent plus, ils parviennent tout juste à divertir mon esprit, et encore, jamais durablement. Je commence à vraiment avoir envie à nouveau de quelqu'un dans ma vie, à la fois de quelqu'un en général et, progressivement, de quelqu'un de précis, plus ou moins.

Mais les 5 années sont passées par là tout de même, et les 30 ans se profilent. Et en toute sincérité, la question que je me pose, c'est : qui voudrait dans sa vie et dans son lit une trentenaire qui est passée à côté de 5 ans de sa vie, n'a jamais appris à s'amuser quand elle avait la vingtaine, passe son temps à angoisser à l'idée de se priver à nouveau, a des passions extrêmement chronophages qui ont progressivement pris toute la place, avait largement autre chose à faire que s'enquérir de son sex appeal et ne s'y est (re)mise que sur le tard, et qui commence à penser subitement sur le long terme, parce que de toute façon elle n'a jamais été encline au court terme. C'est trop de paradoxes d'un coup.
Se regarder dans un miroir est devenu une torture parce que je fais quelque chose que je n'avais jamais vraiment fait jusque là, pas à un tel degré en tous cas : je me compare. S'il n'y avait que les cicatrices morales de ces 5 ans, ce serait gérable. Mais il y a les autres. Les vraies cicatrices. Celle sous le nez, mais aussi les autres. Ce qui ne partira plus. Ce qui ne reviendra plus. L'air de rien j'ai un peu vieilli en accéléré quand je n'ai pas pu manger à ma faim. Sur le marché des relations personnelles, pour utiliser un euphémisme à la place du marché de la baise, je ne vaux pas, comme les billes et les calots, l'effet de comparaison est désastreux.
Et même si je n'ai jamais été un canon, je me défendais quand même un peu, à une époque. Le regard de certains, dans la rue, me disent que je me défends parfois encore un peu, mais je sens bien que ce n'est plus pareil. Vieillir n'est pas bien grave quand il s'agit de le faire seule, mais quand il s'agit d'être mise en balance avec des jolies nanas de 20 ans qui, elles, ne se sont pas pris ces 5 années dévastatrices dans les dents, je ne fais pas le poids, c'est net.
Alors oui, j'ai plein de bons côtés, sans doute, et ma psy a probablement raison quand elle me dit qu'un couple ne se forme pas sur la seule base de l'apparence. Oui, certainement, même quand j'avais 18 ans, je n'ai jamais charmé les hommes avec mon corps, ce n'était pas l'atout que j'utilisais (je ne savais même pas comment d'ailleurs), mes armes étaient autres et de celles-là, je savais me servir, d'ailleurs. Il suffirait de ressortir tout ça et de tenter le coup, avec ce que je sais aujourd'hui, l'assurance que j'ai maintenant que je n'avais pas alors, les certitudes de maintenant que je n'avais pas alors, et tout ce qui s'est passé pendant, entre autres, ces 5 années, pendant lesquelles j'ai gagné sur d'autres plans, finalement. Mais je ne peux pas faire autrement que penser à tout le gâchis que ça représente.

J'ai l'impression de pleurer sur le lait versé, et c'est sans doute un peu vrai. Mais c'est un deuil douloureux à faire. J'avais tant de choses à gérer, tant de difficultés à surmonter, que je ne pouvais pas me battre sur tous les fronts et désormais le mal est fait. Quoi que je fasse maintenant, oui, le mal est fait. J'ai perdu la guerre, quelles que soient les batailles que je remporte maintenant que ça va mieux.

Alors, maintenant, je voudrais remettre le pied à l'étrier mais je ne me vois pas imposer ça à quelqu'un : "hey, je voudrais bien revenir dans la danse, mais je suis rouillée, je n'ai plus été amoureuse depuis 2004 et je n'ai pas eu d'orgasme depuis 2008, je suis donc potentiellement très mauvaise dans les affaires de cœur et franchement rouillée au pieu, mais euh, je suis sûre que ça vaut le coup de faire l'effort parce que, tu vois, je suis vraiment une fille bien".

Et le temps va continuer de passer et ça va devenir encore plus difficile d'avoir perdu ces 5 années. En somme, ça ne me dérangerait pas de vieillir si je n'avais pas l'impression d'avoir hiberné hors du cours de la vie pendant tout ce temps. Et avoir passé la phase suivante à compenser, voire surcompenser, parce que j'avais l'impression d'avoir tellement étouffé avant... Plus de travail, plus de dépenses, plus de loisirs... j'ai vraiment vécu depuis que je suis revenue dans le monde du travail, comme si j'avais besoin de tout faire en trop grand, comme si j'avais besoin de caser le maximum de tout ça dans ma vie de maintenant. Mais ce n'est pas possible. Ce qui est perdu est perdu à jamais. Entre les 5 années de chômage et les années qui avaient précédé, en dépression, en fait, depuis que je suis partie de chez mes parents et que j'ai commencé à découvrir le monde du "dehors",  finalement c'est toute une décennie que je n'ai pas su exploiter. Je n'en avais pas les outils, alors.
Mais vous pensez que la vie m'aurait attendue, elle ? Qu'elle se serait dit : "ok, elle commence vachement tard, elle ne découvre le dehors qu'après tout le monde, on va lui donner un petit délai" ? La vie a continué et me voilà, à l'approche de mes 30 ans, à réaliser que je ne suis simplement pas équipée pour mes 30 ans. La voilà la vérité. Sur une courbe de croissance mentale, je découvre à peine ce que c'est de sortir et m'amuser, j'ai à peine 20 ans. Sur une courbe de croissance physique, à l'aise, je fais 35 ans minimum. Qui veut de ça ? Des volontaires ? C'est bien ce qui me semblait.

Ma psy a raison, encore une fois, quand elle me confirme que tous les couples ne se fondent pas sur une base unique. Que chacun a son histoire, sa trajectoire, et que ça n'empêche pas de trouver quelqu'un.
Mais je ne veux pas qu'on veuille de moi par défaut, faute de mieux, ou malgré tout. Surtout pas malgré tout !

Alors me voilà à faire des plans et des projets pour l'année de mes 29 ans pour que tout soit en ordre, du moins le plus possible, pour mes 30 ans.
Je n'aurai jamais les 30 ans dont je rêve, et je ne serai jamais la trentenaire de mes rêves. Mais même avoir moins ça va me demander tellement plus...

Posté par ladyteruki à 23:29 - Commentaires [1] - Permalien [#]