ladytherapy

Tout savoir sur ladyteruki, y compris ce qu'elle même ignore...

24 mai 2009

Alone in the dark

Est-ce que les choses seraient différentes si je n'étais pas seule ?

Je me pose la question mais je ne sais pas trop pourquoi au juste, vu que je sais pertinemment que je ne veux pas de quelqu'un dans ma vie à court ni même moyen terme (je sais qu'il n'y a aussi que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, tout le monde me le répète, mais voilà, en ce moment c'est comme ça).

Ce doit être l'image que les autres me renvoient via diverses conversations qui me font me questionner. Alors qu'en fait je sais bien ce que je veux pour le moment, c'est-à-dire personne, mais par contre tout le reste. Pas faute d'avoir éloigné tous ceux qui s'approchaient de près ou de loin (à croire que j'ai inconsciemment déclenché certains bugs informatiques pour m'en assurer, même, tellement ça tombait à point nommé !).

Mais quand une certaine personne a souligné que je vivais dans mon petit monde, j'ai cherché en moi les arguments pour m'en défendre, et il n'y en avait pas.
Elle a dramatiquement raison, et ça me fait mal de l'admettre. Seul compte mon nombril, et à la rigueur l'univers qui accepte de graviter autour. Je ne fais rien pour l'étendre. Je ne fais rien pour rencontrer des gens. Je ne fais même rien pour garder ceux qui ont essayé de s'approcher ne serait-ce qu'un peu. D'un côté je me dis "ah zut, J est vexé, il vient même plus parler séries sur mon blog téléphagique", et puis de l'autre, dans la seconde qui suit, comme par un haussement d'épaules intérieur, je me dis "il se vexerait pas s'il me comprenait : s'il s'éloigne, c'est qu'il n'a rien à faire dans mon entourage". Belle technique pour faire le vide, mais on serait en droit d'attendre un peu mieux de ma part, surtout maintenant que je fréquente moins les abysses.

Je vois mal, il est vrai, comment accorder ce qu'il faut d'attention à d'autres personnes alors que moi-même je suis en train de réapprendre à apprécier ma propre compagnie, et à aménager le temps passé avec moi-même de façon la plus agréable possible. Je suis encore en train de chercher mon équilibre, je serais incapable de regarder ailleurs que mes pieds sur le filin pour le moment, soyons sincère. Mais d'un autre côté je n'aime pas tellement plus la perspective de me fermer aux autres durablement. Je lis le blog de F et je me dis que, merde, elle aurait besoin d'une tape dans le dos, au moins pour les choses dont je peux parler avec elle facilement (séries, tenue de blog, etc...), pour ce que ça vaut ce serait déjà bon à prendre je pense, mais je peux pas être partout, et là c'est le sentiment dominant. Mais ça signifie aussi laisser passer des opportunités de me faire des connaissances moins superficielles, au moins un peu. Elle m'a tendu la perche, en plus. Mais j'ai les yeux braqués sur mes pieds et rien ne compte autour. C'est bien de se concentrer pour ne pas tomber, mais je ne suis pas non plus seule sur Terre, et quand je lèverai le regard, faudra pas s'étonner que le chapiteau est vide, j'aurai tout fait pour ça, contente ou pas.

Parfois je me demande si je prendrais plus de plaisir à certaines choses dans la vie si j'avais quelqu'un auprès de qui revenir pour dire "eh, ma journée s'est passée comme ci et comme ça", car c'est vrai qu'il n'existe plus, depuis bien longtemps, quelqu'un de ce genre dans ma vie. Et quand il y avait quelqu'un de ce genre dans ma vie, il n'y avait rien à lui raconter, puisque j'étais au chômage et donc toute la journée à la maison avec lui ! On va JAMAIS y arriver...
J'aime être seule, le soir, et je ne rentre pas avec un poids dans la poitrine en me disant "oh non, je vais encore être seule ce soir", je suis au contraire plutôt contente de ma façon de gérer les moments où je ne suis pas au boulot, on dirait que ça s'équilibre tout doucement même. Mais c'est vrai qu'en-dehors du travail, je ne parle avec personne, il faut bien l'admettre.

Parfois je tente ce genre de choses, plus ou moins consciemment ; j'essaye de nouer un contact avec des gens qui ne font pas partie de mon univers professionnel pour avoir un semblant de relation avec eux. Mais ce n'est pas concluant du tout parce que je manque vraisemblablement de technique, et que je ne choisis pas forcément les bonnes personnes pour ça.
J'appelle T une fois ou deux, comme si je ne m'étais pas tout-à-fait résolue à avoir perdu le T auquel je pouvais raconter ma vie, alors que je sais très bien que ce T-là n'existe plus. Je finis par m'ordonner de l'appeler moins souvent, je ne peux plus lui parler comme avant et dans le fond, c'est assez normal que j'aie ce blocage après tout ce qui s'est passé ; faut pas croire aux miracles, non plus, les plaies sont toujours là, pas pour rien qu'on finit toujours par en reparler même si c'est sur le ton de la plaisanterie... Non, T, ya pas moyen, il ne sera plus jamais l'ami avec qui je pouvais papoter des heures et ne pas avoir envie de raccrocher.
J'ouvre un Twitter en espérant que ça intéresse au moins une personne et qu'on noue ainsi un contact plus avancé, voir même, osons le tout pour le tout, une sorte de nouvelle amitié. Mais rien ne se passe et c'est normal : je ne veux pas vraiment m'investir.
En fait je voudrais qu'on vienne me chercher et qu'on me dise "toi, toi vraiment, j'ai envie que tu sois mon amie", comme à l'école primaire (hm, non, attendez, ça ne se passait pas du tout comme ça pour moi à l'école primaire... putain je suis contente d'avoir 27 ans maintenant que j'y pense, saloperies de mômes quand même). Mais puisque je fais le vide autour de moi depuis des mois, faut pas s'étonner que les gens gardent leurs distances.
Et ça c'est juste pour l'amitié, ne parlons même pas du reste qui est tout simplement hors de propos.

Mais les choses seraient-elles différentes si je faisais l'effort de faire de la place dans ma vie pour autre chose que mon travail et mes loisirs ? Si je faisais de la place pour des gens, histoire de voir ?

Je me sens bien, toute seule, en fait. C'est vrai que je vis dans mon petit monde et qu'à l'heure actuelle, même si parfois j'aimerais qu'il y ait des gens qui soient en demande de moi, je suis très satisfaite de mon sort dans ce domaine. Je suis si préoccupée par le reste que je ne ferais pas une amie convenable, probablement.
Mais je me pose, encore et encore, la question.

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23 mai 2009

Retour vers le futur II

L'avenir. Ça fait un bout de temps que je n'y ai pas sérieusement songé. D'une certaine façon je me suis toujours préoccupée de mon avenir, parce qu'il m'inquiétait (vais-je avoir un travail ? vais-je pouvoir me libérer de ce qui m'étouffe ?), mais je ne m'y projetais pas vraiment. Au mieux, je réfléchissais avec quelques mois d'échéance : dans quelques mois je commence mon nouveau boulot, dans quelques mois je commence à faire des économies, dans quelques mois j'entame une thérapie, dans quelques mois je me fais titulariser, dans quelques mois je déménage.
C'est comme si mes projets souffraient encore de l'époque où je n'avais pas du tout d'avenir, ou disons, une époque où il était totalement bouché par le manque d'argent et de travail.

Depuis quelques temps tout le monde me parle d'avenir. Et effectivement, maintenant, il ne me reste plus que ça à me préoccuper. Le présent est d'une certaine façon verrouillée : j'ai un travail. Je retournerai bientôt au boulot (enfin, dés que ma semaine de congés sera finie), et le lendemain même chose, et ainsi de suite. C'est vrai que je n'ai plus exactement à m'inquiéter pour ça. Une part de moi conserve quelques appréhensions à ce sujet, c'est exact aussi que tant de choses se sont déjà passées depuis le début de l'année que je n'ai aucun moyen de me rassurer totalement ; il restera encore longtemps l'appréhension d'avoir tout gâché et de me retrouver à la porte, donc à la rue, encore une fois. Mais il faut être aussi objectif : j'aime mon travail, j'aime les gens que j'y rencontre (presque tous évidemment), j'aime écouter de la musique et rédiger mes articles dans le train en y allant ainsi qu'au retour, je suis, d'une certaine façon, à l'abri, en sécurité, maintenant il faut penser à la suite.
Et, séquelle d'années à m'inquiéter déjà de ce que je pourrais bien faire d'ici quelques jours, je crois que je ne suis plus capable de regarder aussi loin que, disons, l'année prochaine, pour commencer.

Pourtant il me souvient d'une époque où je me projetais sans problème dix ans plus tard. Il est vrai aussi que cette époque était si pourrie que j'avais envie de croire que, d'une part, je pourrais vivre dix ans de plus, et que d'autre part, une compensation m'attendait au bout d'une décennie pour tout ça. Mais au moins j'arrivais à faire des projets et des plans sur la comète, c'était irréaliste parfois, ou en tous cas ça demandait une intervention divine pour y parvenir, mais enfin, j'arrivais à m'imaginer dans le futur, et ça, ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui.
Comble de l'ironie, de toute ma vie, je n'ai jamais été aussi proche d'avoir un futur, justement...

C'est sans doute aussi pour cela qu'il m'est difficile d'accepter que ma mère ait préparé depuis 15 années son divorce, dans le fond. Elle s'est tellement projetée dans son avenir, et moi pas du tout dans le mien, et peut-être que dans le fond, je lui en veux de ne m'avoir jamais appris à le faire... et de ne pas m'avoir prise en compte dans son propre avenir. A quoi a-t-elle servi toutes ces années ? Elle était entièrement vouée à sa cause et si peu à la mienne, et voilà qu'elle commence à envisager des dates pour ce divorce, et que son avenir est vraiment là, et moi je n'en ai pas, j'en suis encore à peine à essayer de me bâtir un présent qui tienne la route, tout ça parce qu'elle ne m'a jamais aidée à construire quoi que ce soit. C'était pourtant bien à elle de m'apprendre, à l'époque, et à elle de protéger mon avenir. Elle l'a laissé me briser et aujourd'hui je rame pour essayer de me trouver des objectifs à long terme. J'ai encore trop l'oeil dans le rétroviseur pour être capable de voir si loin en avant.

"La question n'est plus vraiment ce que vous pourriez ou devriez faire, mais ce que vous voulez faire". J'entends très souvent des variations autour de cette phrase ces derniers temps.
Ce que je veux faire ? D'instinct, je le sais : je veux écrire.
Ce qui ne veut rien dire puisque d'une façon, je le fais déjà, et quasiment à chaque minute qui passe dans mes bronches.
Ce que je veux ? Je veux ne plus avoir peur, surtout. Être en sécurité, enfin, et profiter. Juste profiter. C'est ça, en fait, la seule chose qui m'attire. Je veux profiter que j'ai un travail et rester à papoter avec ma collègue tard le soir. Je veux profiter que j'ai de l'argent et m'acheter des choses qui me font plaisir. Je veux profiter des offres du ministère pour mettre mes affaires dans des cartons et emménager dans un appartement qui me plaise. Je veux profiter qu'il y a un resto chinois sur le chemin du retour et m'acheter des rouleaux de printemps. Je veux dévorer toutes les séries qui se présentent, écouter des musiques pour rythmer mes pas, lire des choses drôles, intéressantes ou terribles, je veux...
Bordel, je veux vivre. C'est tout. Je ne veux pas plus. Je veux profiter, voilà tout !
Pour le reste, il sera toujours temps de voir lorsque j'aurai fait le tour du sujet. Cela dit je vais mettre du temps à épuiser toute la sérénité que cela signifie. Mais j'ai manqué de 27 ans de sérénité, alors croyez-moi, une fois trouvée, je n'en demanderai guère plus. Ou bien si, évidemment, mais à ce moment-là tout le monde me regardera en me disant "mais lady, enfin, tu ne t'y mets que maintenant ? Il fallait y penser avant !". Mais c'est ça que je veux, ne pas chercher à me ruer dans le sens où on me poussait de toutes parts. Juste un ou deux ans, peut-être trois je sais pas, être enfin moi dans le présent. Je ne veux rien d'autre.

J'ai pas besoin de me bâtir un plan de carrière ou de m'imaginer des objectifs de vie pour être heureuse. J'ai juste besoin que la vie m'oublie un peu et me laisse tranquillement faire mes petites affaires dans mon coin, avec ma musique, mon écriture, mes séries, mes quelques contacts, mon travail et ma paie chaque mois.
Mais quelque chose me dit que je n'appartiens pas, plus, ou n'ai jamais appartenu, à la catégorie de ceux qui savaient vivre de cette façon.

Le futur m'appelle, il va falloir que j'y retourne, que je commence à penser à lui, en évitant de me rappeler toutes les fois où lui n'a pas pensé à moi, et il va falloir que je prenne des décisions.
C'était bien d'avoir une vie de merde. Je savais toujours quoi faire. Les seules décisions qui étaient à prendre étaient celles qui s'imposaient (trouver un travail, un toit...). Maintenant, pire que tout, l'horizon se dégage et... j'ai le choix.

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11 mai 2009

Le problème avec le sexe - Tome 2

Mais bien-sûr que si, j'ai un problème avec le sexe. J'ai beau prétendre le contraire, c'est quand même le cas. Par périodes, je fais comme si de rien n'était, mais le fait est que j'ai un problème avec le sexe.

J'ai un problème parce qu'en-dehors de mes blagues salaces, je ne pense jamais au sexe. J'ai un problème parce que quand je n'ai personne dans ma vie, le sexe ne me manque quasiment pas. J'ai un problème parce que quand j'ai quelqu'un dans ma vie, le sexe reste au second voire troisième plan. J'ai un problème parce que je n'aime pas le sexe seule (je m'y suis mise à l'âge canonique de 23 ans et n'y suis revenue que très très rarement ensuite). J'ai un problème parce que je juge systématiquement les gens qui se font des plans d'une nuit. J'ai un problème parce que je ne conçois pas le sexe sans amour, ou au moins quelque chose d'approchant.

A 18 ans, je voulais rester vierge jusqu'au mariage, y compris de moi-même. Ce n'était pas religieux, c'était une simple question de peur de ne pas pouvoir assumer la conséquence de mes actes. Et puis effectivement, les conséquences de mes actes n'ont pas été faciles à assumer, d'ailleurs. Mais à 19 ans, mes bonnes résolutions étaient tombées. Mais je pense que j'en ai toujours gardé quelque chose...

Quand j'ai eu mon premier petit ami, le soir au téléphone, nous discutions des heures, et de fil en aiguille, nous finissions par nous dire ce que nous ferions si nous étions ensemble. Pour moi, ça ne prêtait pas à conséquence. C'était comme de "jouer", mais avec un second joueur dans la partie. J'ai su bien plus tard que s'il raccrochait juste après, ces soirs-là, c'est parce qu'il s'était tripoté au téléphone pendant qu'on parlait. S'il ne me l'avait pas dit, je ne l'aurais jamais deviné. Et j'ai été choquée un long moment avant de me dire que, pour un jeune garçon de 17 ans, ce n'était pas très étonnant.

Quand plusieurs années plus tard, nous avons emménagé ensemble, ça me rendait folle qu'il se masturbe dans la douche, sans moi. La vie sexuelle, je ne la concevais pas autrement qu'à deux. Quitte à parfois ne pas la concevoir du tout quand le coeur n'y était pas. J'avais l'impression de trop souvent me refuser à lui, et quand il finissait par me faire savoir que, hein, ça faisait X semaines, je sacrifiais au "devoir conjugal" de peur qu'il ne se réfugie sous la douche. L'un n'empêchait hélas pas l'autre. Je n'ai jamais compris cette façon de faire.

Quand G et moi faisions connaissance, il me disait parfois qu'il avait rêvé de moi, des rêves érotiques (une chose qui m'est quasiment inconnue d'ailleurs), et j'étais ennuyée parce que, dans le fond, je n'avais pas demandé à y être, moi ! C'était comme si j'avais dans son esprit une vie sexuelle que je ne voulais pas avoir (pas alors). Je me sentais souillée. J'avais beau savoir qu'il n'y pouvait rien, et que, même s'il y avait pu quelque chose, je n'avais pas le droit d'interdir à son imagination de galoper, je ne trouvais pas ça très correct de m'embarquer dans pareilles aventures sans mon consentement.

Combien de fois m'a-t-on demandé quels étaient mes fantasmes... et je n'en avais pas ! Je me creusais, je me creusais... je tentais de trouver quelque chose, mais ce n'était pas sexuel, c'était, en fait, plus souvent émotionnel qu'autre chose.

Mon éducation sexuelle, ironiquement, c'est G qui me l'a donnée, alors que lui n'en avait aucune, simplement parce qu'avec lui j'ai repris les choses à zéro, et appris pas à pas les bases. Et sur la fin, si je n'avais pas eu l'esprit encombré par tout un tas d'autres soucis, je pense qu'on s'en serait donnés à coeur joie. Il m'avait ouvert des horizons, m'avait révélé des choses pourtant simples, m'avait permis, aussi, de fermer la porte sur certaines choses qu'il ne me forçait jamais à faire, même si cela devait lui donner des regrets. Avec lui, les choses étaient finalement plus saines. Le weekend final a été sans doute l'une de mes plus grandes révélations.
Mais quand il est parti, qu'ai-je fait de ces horizons ouverts ? Rien. Je n'ai jamais cherché à le remplacer. Pas même "pour l'hygiène", comme dit ma copine. M'en fous. J'ai refermé tout ce qui était ouvert, et puis c'est tout. Même quand ça allait mieux, même quand ça va mieux, finalement, les quelques révélations qu'il m'a apportées n'auront pas servi à grand'chose.

Encore aujourd'hui, même après m'être décoincée sur pas mal de choses, m'être affirmée sur d'autres, et connaître plus précisément mes envies et mes limites, je reste quand même assez distante vis-à-vis de cette part de ma vie. Ce n'est sans doute pas très "normal" au sens strict, mais tout de même relativement compréhensible quand on voit que je me laisse submerger par d'autres aspects de mon existence. Les loisirs, le travail, la dépression : ils sont sur mon podium des préoccupations. Le sexe finit toujours en fin de peloton...
Sans doute aussi que mon éveil tardif à la question n'y est pas étranger. Je n'ai pas eu l'impression d'être élevée dans un milieu où le sujet était tabou (ma mère ne me racontait-elle pas cet aspect de sa vie quand j'étais plus jeune ?), il n'y avait aucun motif religieux là-dessous, mais les choses se sont faites très lentement, voilà tout. Et sont toujours en cours de développement, finalement.

Ce matin... ce matin je me suis réveillée dans un état qui m'est quasiment inconnu. Ca a dû m'arriver, quoi, deux ou peut-être trois fois dans toute ma vie. Je pense que d'en avoir parlé avec T il y a quelques jours avait dû un peu me travailler, si j'ose dire. A travers le rideau, le ciel s'éclaircissait à peine, un peu comme mon esprit encore embrumé.
Alors ce matin, je me suis autorisée. Juste cette fois. D'habitude je ne me permets pas d'aller si loin, et surtout pas en pensant à quelqu'un de précis.

Et quand le ciel a été vraiment clair et moi aussi, j'ai pensé : "je suis désolée".
Cet homme-là n'a jamais voulu que je pense à lui de cette façon. Il est entré dans ma vie avec un tout autre objectif et n'a fait que s'y tenir, sans rien demander d'autre. Alors ce n'est pas juste de l'embarquer là-dedans. Ce n'est tellement pas juste de le traiter en objet, même une fois tous les cent ans. Ce n'est pas juste ce que je fais, quand je ne ressens rien pour personne, de combler artificiellement mon vide avec des hommes que je choisis volontairement parce qu'inacessibles. Et ce ne serait pas tellement mieux de les piocher dans mon entourage, de toutes façons. C'est comme si je leur enlevais un peu de leur dignité juste parce qu'une fois de temps en temps, je suis faible.

Je suis tellement désolée d'être humaine à ce point-là. Si tu savais (et tu ne sauras jamais), je suis tellement désolée de t'utiliser comme ça.
Ces matins-là, juste ceux-là, je voudrais avoir encore 18 ans dans ma tête, et avoir conservé un semblant de pureté quelque part en moi, qui me permette de ne pas toucher à la dignité d'un autre simplement parce que je n'ai pas su contrôler une impulsion.

Eh oui lady, parfois, être humaine, c'est devoir l'être avec les inconvénients. Tu ne pourras jamais être un pur esprit, résigne-toi.

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02 mai 2009

Time Has Come!!

Si je devais faire un classement des choses les plus glauques qui se sont dites dans ma famille, je crois que malgré tout ce que mon père et moi nous sommes lancés à la figure l'un de l'autre, la palme reviendrait à ma mère.

Ma mère, c'est la femme qui planifie son divorce depuis 15 ans. Et tout le monde le sait. Sauf mon père.
Depuis 15 ans, elle avance à petits pas quasi-invisibles sur la route du divorce ; un peu comme quand je vivais encore chez eux et que le soir je me relevais pour lire, et que pour atteindre ma biblio ou mon bureau sans réveiller mes parents dont la chambre était juste en-dessous de la mienne, je ne faisais qu'un pas par minute, en me chronométrant, comme ça les craquements du planchers passeraient pour le bois qui travaille naturellement et pas comme le bruit de quelqu'un qui se déplace alors qu'il devrait être au lit depuis une bonne heure. Ma mère prépare son divorce comme ça, et de temps en temps, elle m'en parle, et c'est là qu'elle décroche la palme du glauquissime, ce qui dans ma famille relève, je trouve, d'un sacré exploit. Mais les lecteurs réguliers de ce blog, jouissant d'un regard extérieur, sauront le dire mieux que moi.

Après avoir ouvert un compte à son nom (mon père pense que mari et femme devraient n'avoir qu'un compte-joint et que toute procédure divergente de cette position est forcément blasphématoire vis-à-vis du mariage, donc lui, il faut savoir qu'il n'a rien du tout de son côté...), où elle dépose régulièrement de l'argent, et je n'ose imaginer comment elle parvient à détourner de l'argent du fonds commun sans que mon père ne s'en rende compte (probablement en mentant sa fiche de paie à elle, j'imagine)... après avoir fait déménager mon père dans la chambre d'amis (en mêm temps c'est vrai qu'ils n'ont pas d'ami...) pour pouvoir faire lit à part depuis des années... après s'être arrangée pour planifier leurs prêts bancaires de façon à n'avoir plus aucun remboursement à faire à partir de 2010... après avoir déjà pensé à la façon dont elle revendra les biens immobiliers de la famille (soit la maison, le studio de ma soeur et le mien) de façon à ne pas avoir à se partager les locaux au moment du divorce (ou, plan B, elle s'installe dans le studio de ma soeur pendant la procédure de divorce)... après avoir finement réfléchi (et infléchi) le plan de carrière de mon père de façon à ce que celui-ci soit occupé au moment du divorce (elle aimerait que quand il prendra sa retraite l'an prochain, il accepte un autre job qu'on lui a proposé et qui est bien plus chronophage)... maintenant elle commence à penser dates.

Donc ce matin, pendant que nous faisions des courses ensemble, elle me dit gentillement que ma soeur lui a demandé "d'attendre après Noël", rapport au fait que ma soeur devrait être fixée sur son avenir professionnel à ce moment-là.

Parce que, si ça fait 15 ans qu'elle attend, ma mère, c'est uniquement pour des questions financières, pour que mon père participe au financement des études de ma soeur, au remboursement des prêts pour les studios, etc. Elle n'attend que pour ça. Ellle ne reste que pour des motifs strictement financiers. Si moi je trouve ça glauque, c'est quand même bien que c'est tordu, non ?

Pourtant, quand elle a commencé à en parler il y a une dizaine d'années, on ne peut pas dire que je l'aie retenue. Ma soeur était un peu petite encore, mais moi, j'étais pour, à fond pour. Elle ne se rend sans doute pas compte à quel point elle aurait sauvé ma vie si elle l'avait fait dés qu'elle a su qu'elle le voulait.
Elle ne s'imagine vraisemblablement pas ce que ça a été pour moi de rester pendant tout ce temps dans cet Enfer parce que, je cite "il faudrait qu'on aille habiter dans un petit appartement au lieu de vivre à la maison", et qu'elle ne voulait pas renier ce confort que mon père parvenait à lui assurer avec son salaire de fonctionnaire catégorie C. Toutes les douleurs de mon adolescence n'ont tenu qu'à ces 10 000 Francs par mois qu'il ramenait. J'ai beau compter et multiplier dans ma tête, je n'arrive pas à me dire que le laisser me rendre la vie cauchemardesque valait de telles sommes. J'ai souffert parce qu'elle voulait attendre que financièrement, ce soit plus simple, qu'il n'y ait plus nos études à payer, ce genre de choses. Elle a pu partir en vacances avec lui. Trois semaines aux Etats-Unis, il y a presque trois ans. Bien contente d'aller voir ses Indiens et de faire "le voyage de sa vie" avec un homme qu'elle n'aime plus depuis longtemps, pour lequel elle ne semble même plus avoir de tendresse, qu'elle refuse de toucher, et qu'elle ne fréquente que parce qu'il la met à l'abri.
Et moi je lui disais qu'on se débrouillerait, on aurait trouvé un moyen de quand même faire nos études, on aurait peut-être eu droit à des bourses auxquelles on a pas eu droit en les ayant tous les deux à la maison, ou on aurait travaillé à côté, ou elle aurait fait un peu plus d'heures, ou on aurait emménagé avec Mémé et elle aurait participé financièrement, enfin je sais pas, on aurait trouvé, mais elle refusait. Elle tenait trop au confort. Elle avait peur que ce soit trop dur sans lui pour aider à payer.

Mais est-ce que, comme on dit quand on compare des billes dans la cour, est-ce que "ça valait", maman ? Quinze ans après pour toi, c'est bientôt l'indépendance, pour moi c'est un éternel boulet. Je fais encore des cauchemars. Je pleure encore. Je suis en thérapie. Maman, est-ce que les vacances en famille une fois tous les 4/5 ans, la maison et l'abonnement au satellite, ça valait de vendre mon enfance à cet homme qui savait ramener de l'argent à la maison mais qui m'a blessée à jamais ? Ca valait, maman ? Tu aurais pu me sauver de là, mais tu m'y as laissée, tu as refusé, pour le confort, pas seulement le nôtre, le tien aussi. Et je paie encore, finalement, moi aussi je suis encore facturée pour tout ça.

Tu te regardes dans un miroir, des fois, en te rappelant toutes les larmes que jla petite fille que j'étais a versées, en te demandant que ça s'arrête, et où tu pensais "non, plus tard, quand le prêt sera remboursé", et que tu me disais de tenir bon, de ne pas tenir compte de toutes ces scènes atroces ? Est-ce que tu te rappelles toutes fois où tu me disais de serrer les dents, et tu te dis que ces fois-là j'ai payé les vacances à Vannes, à ma façon ? Est-ce que ce jour-là, dans la voiture, quand je t'ai demandé si tu avais déjà imaginé qu'il ait pu me toucher d'une autre façon, et que tu m'as répondu "oui, je me suis posé la question", est-ce que tu t'es dit que ce jour-là, au lieu de juste te demander, tu aurais dû réaliser que le simple fait de se poser sincèrement la question montrait que j'étais déjà en danger, et que ce confort-là était plus important que le salon en cuir verdâtre ? Est-ce que quand tu es venue me voir il y a deux mois, et que je t'ai supplié en pleurant de m'expliquer pourquoi, juste pourquoi il m'avait fait ça pendant toutes ces années, quand tu as vu que ta fille de 27 ans payait encore les pots cassés, et ne comprenait pas en quoi elle avait mérité d'être traitée de merde pendant les années formatrices de sa vie, est-ce qu'il y a deux mois tu as hésité à me dire "c'est ma faute, lady, j'ai pas eu le courage de l'arrêter et te sortir de là, j'aurais pu mais j'ai pas voulu" ? Est-ce que tu ne ressens pas un tout petit peu de honte en toi-même d'avoir trahi à la fois ton mari et ta fille pendant ces 15 années de plaification méticuleuse ?
Et quand tu me dis que, quand je déménagerai, après ma titularisation, dans un appartement dont vous ne serez pas propriétaires, et que je ne serai pas obligée de garder contact avec mon père, est-ce que tu réalises que je me pose la question pour toi aussi, après t'avoir vu laisser tout ça se faire, sans rien dire, jamais ?

La première fois que tu l'as arrêté, tes mots ont été : "arrête, tu vas casser quelque chose", pas "arrête, tu vas casser notre fille". Est-ce que pendant ces 15 ans tu as pensé à ça un peu aussi ?

Alors voilà, le moment est venu où, dans ma famille, on va commencer "enfin" à en arriver à l'instant crucial où ça va se faire. Mais aujourd'hui ça ne compte plus que pour elle. Aujourd'hui c'est son indépendance, sa liberté, sa vie qui compte. Comme si moi, moi c'était juste un dommage collatéral. Quand ça aurait pu faire une différence, elle n'a rien fait. Maintenant, moi j'ai fait mon deuil de ce divorce. Il aurait pu me sauver, ce divorce, mais s'il intervient maintenant, c'est juste entre eux. Et ma soeur et moi, on sera même bloquées dans une situation encore plus inconfortable.

Pendant toutes ces années j'ai travaillé sur moi pour pardonner à mon père. Parfois, juste parfois, je l'aime bien, ce pauvre type qui n'a aucune idée de ce qui se passe, et qui tuera quelqu'un ou se suicidera quand ça lui tombera dessus comme un piano dans un cartoon. C'était facile d'imaginer de partir quand j'avais encore la haine, mais j'ai appris à abandonner la haine. Ca m'a pris tant de temps de ne plus le haïr. De laisser partir la colère. Et maintenant j'ai tellement pitié. Je ne peux rien pour lui. Si je lui dis, quelle différence ça fera, elle partira quand même. Et moi je serai là, je devrai être là pour mon bourreau, parce que j'ai eu 15 ans pour réaliser qu'il était aussi mon père et que c'est la raison pour laquelle j'ai tant souffert : il n'était pas un bourreau comme les autres, il ne m'aurait pas fait autant de mal s'il n'avait pas été mon père, s'il n'avait pas été celui que j'aime aussi dans le fond. Et il faudra que je le soutienne, lui aussi. Une fois de plus, c'est son confort à elle en échange de mes questions et mes douleurs à moi.

Tu n'as donc aimé que toi pendant ces 15 ans ?
Décidément, entre toi et papa, je ne saurai jamais lequel est le plus vénéneux pour moi.

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