ladytherapy

Tout savoir sur ladyteruki, y compris ce qu'elle même ignore...

29 janvier 2005

Vertiges

Cela arrive souvent, lorsque l'on fréquente le net, et notamment les salons de discussion, de rencontrer des gens avec qui le courant passe bien. Je crois qu'on tombera tous d'accord là-dessus. Parfois même, on vit un instant touché de grâce, qui plus jamais ne se représente, où la conversation est simplement parfaite. Les chatters connaissent bien cela, qui s'enflamment rapidement pour d'autres internautes, et dont le soufflet retombe aussi vite qu'il est monté. Nous connaissons quasiment tous ce type de contacts qui semblent prometteurs au premier abord, mais qui ensuite perdent de leur prestance.

Et pourtant. Et pourtant il arrive qu'on vive de nouveau ce type d'instants d'éternité avec un nouveau contact, alors qu'on pensait ne plus se laisser surprendre par les contacts à distance, alors même qu'on pensait n'avoir pas le coeur à ce genre de rencontre avant des décennies.

Ca donne tout simplement le vertige de se dire que l'on n'a pas fermé la porte des possibles, ou plutôt : que quelqu'un a su trouver la clé pour la réouvrir.

Soyons clairs quelques secondes : je ne pars pas du principe, loin de là, que ladite conversation engage quoi que ce soit de mon avenir, simplement : elle le peut. Et c'est ça qui est tout bonnement formidable.

Mais pour la première fois depuis un siècle, la porte s'est ouverte sur un monde qui m'a surprise de A à Z. Je n'étais plus préparée. Je m'étais entourée de gens... je ne dirais pas sans surprise, cela a non seulement une connotation négative mais en plus n'est pas exact, je dirais plutôt qu'ils sont cernables. Bref, confortables à fréquenter. Ils ne représentent pas de danger, dans le fond, ils ne provoquent pas de déséquilibre ; certes je ne les connais pas par coeur et serais bien en peine de le faire, mais je n'ai pas à tenter de déchiffrer l'insondable, ou de me trouver devant des personnalités me troublant à l'excès.

Ce dont je parle... est tout le contraire des personnes dont je me suis lentement entourée ces derniers mois.

Et je me suis demandé : quelqu'un qui lit une majeure partie de ma prose sur le net est-il capable d'anticiper la part de non-dit qui s'y trouve, et de me capturer si facilement, au moins le temps d'une conversation ?

La vérité, c'est que c'est terriblement effrayant d'être comprise à ce point-là en quelques heures. Exaltant et effrayant à la fois, naturellement.

Posté par ladyteruki à 22:31 - Commentaires [1] - Permalien [#]

27 janvier 2005

I'm back

Enfin ! Gloire à mon nouveau FAI !

Je file compléter les notes que vous avez manquées, attention c'est anti-daté ! Au menu :
Ces hommes qui ont peur
Rappelez-moi de mourir jeune
C'est tous les matins dimanche
Leg
Victime
Insignifiant
Ce conflit entre moi et mes proches
Je cherche la Paix dans mes rêves
Les pions blancs et les pions noirs
Descendance
L'histoire est un éternel recommencement
Interdit aux moins de 18 ans (minimum)
Ma grand'mère est morte
La mort est un long fleuve...
Un long mardi d'enterrement

C'est bon de vous relire, merci pour vos messages !!! Tout devrait rentrer dans l'ordre, maintenant et pour un moment...

Posté par ladyteruki à 02:04 - Commentaires [0] - Permalien [#]

26 janvier 2005

Un long mardi d'enterrement

Me voilà rentrée de cet enterrement. Ai-je pensé à le dire ? C'est réellement une première pour moi. Personne que je connaisse n'est mort jusqu'à ma grand'mère la semaine passée. Le fait de ne pas connaître les deux larges tiers de ma famille a sans doute participé à cela.

J'ai pris le train lundi, avec ma mère, en essayant de penser à autre chose, et aussi avec, à l'esprit, l'impression de ne pas la pleurer réellement. Disons-le tout net : je n'ai pas du tout pleuré ma grand'mère pour le moment. Le fait est que j'y suis allée principalement pour ne pas regretter plus tard de ne pas m'y être rendue. Et pour rencontrer ma famille. Car c'était tout un pan de la famille que je ne connaissais pas et qui devait venir : j'en reparle dans une minute.

Bref, je plaisantais et ma mère était d'ailleurs d'humeur assez joviale (la joie, sans doute, de passer plusieurs heures avec une fille qu'elle n'avait pas vue depuis avril), et même mon père a décroché quelques sourires le soir, à table, une fois que nous l'avons eu rejoint à l'hôtel. Bref, il n'y paraissait pas. C'était d'ailleurs presque agréable de passer du temps en leur compagnie, parce que vu les évènements ils n'étaient pas trop fidèles à eux-mêmes, en fait il faudrait toujours qu'ils soient ainsi, c'est triste à dire.

Je dois dire qu'en fait, en arrivant à Dijon, j'ai quand même eu la gorge nouée. Mais plus pour l'ambiance. Tout le monde se met la pression mutuellement. N'importe qui craquerait dans ce type de situation. C'est fait pour pleurer et si on ne pleure pas la défunte, on trouve autre chose, comme moi qui lundi soir, pressentais que je ne pleurerais pas ma grand'mère mais par pétage de plomb, ça n'a pas tout-à-fait été faux, mais pas tout-à-fait seulement.

Mon père a pris l'initiative d'annoncer à la famille que nous les rejoindrions directement à l'Eglise : il voulait éviter la mise en bière (ça ne peut pas avoir cette orthographe, si ?). En réalité, moi, j'aurais voulu y aller : j'ai réalisé que je n'y croyais pas, et que ce serait le cas jusqu'à avoir une preuve tangible de ce décès. Non que j'aie imaginé que mes parents m'avaient attirée à Dijon pour une quelconque réunion de famille sous un prétexte fallacieux, mais vous savez, je n'ai même pas encore réalisé et l'enterrement est passé, alors imaginez ce que c'était, tenue à l'écart de cette fameuse mise en bière, à 5 ou 6 km de là. Ca m'a posé un réel problème. Mais, quoi, 6 km sous la neige en chaussures de ville... ah oui parce que là-dessus, c'était vraiment beau à filmer : un enterrement sous la neige. Très romanesque, quelque part. Je suis prête à parier que Six Feet Under n'a jamais osé un tel cliché (cette série m'a vachement aidée à comprendre certaines choses, l'air de rien. C'est vrai, tout le monde trouve ça tellement évident que personne ne vous explique rien).

Un fois arrivés à l'Eglise (en avance, très bonne idée papa, il fait -5 dehors), nous voilà à tourner en rond, en évitant soigneusement le sujet, enfin plutôt, arrivés à ce stade, LE sujet, tellement on a l'impression de ne pas parler de l'évident, ce qui préoccupe tout le monde, moi en particulier puisque je ne savais toujours pas comment ça allait se passer, et que j'ai harcelé ma mère de questions tout du long pour éviter les impers, ah merci, vraiment, ce fichu signe de croix s'effectuait DANS L'AUTRE SENS. Comment je suis sensée le savoir au juste ?

Bref, je vais finir par en venir à ce qui me préoccupait vraiment quand j'ai commencé à rédiger cette note !!! Je m'aperçois qu'elle est particulièrement linéaire, tant pis. Faites avec.

Quand enfin on nous a ouvert les portes de l'Eglise, j'étais presque heureuse de m'engouffrer au chaud. Et pourtant vous connaissez, si vous avez lu mes premières notes, mon amour immodéré pour les parvis de ce type d'édifices : je ne vais pour ainsi dire jamais au-delà, d'ordinaire. Je me voyais mal faire des manières en l'occurence, j'ai pris une grande inspiration qui m'a glacé les poumons et ça m'a décidée à enjamber l'entrée vite fait. Des gens ont commencé à arriver, et l'angoisse number one c'était de ne pas reconnaître ceux de la famille, sortis du bois pour l'occasion et que j'aurais pu prendre pour n'importe quels vieillards du coin. Je n'ai apparemment pas fait de trop grosse bêtise, quand je n'étais pas sûre de mon coup je prenais une mine triste, et j'ai vite pigé que ceux de la famille insisteraient alors que pas les autres, c'était un coup à prendre. Ca aurait dû me poser problème de constater ce dysfonctionnement, mais en la circonstance, j'étais en fait complètement détachée de moi-même, absorbée dans l'image que je devais donner auour de moi (on est la famille, il faut avoir l'air triste), impressionnée par la fresque bleutée au fond du bâtiment, intimidée par les vieux aux mains déjà raides et froides qui venaient me demander si j'étais de la famille (je n'étais pas la seule à avoir de grosses lacunes, soulagement relatif). Et puis, angoissée, surtout, par tout ça. C'est déjà une grosse affaire d'entrer dans une Eglise, mais alors sachant que je ne savais rien sur le déroulement des choses, les réactions à attendre des gens (moi y compris), je vous laisse imaginer : je n'en menais pas large. Ah ! On faisait moins la fière !!!

C'est là qu'une foule de gens est entrée. Parmi les ombres se dessinant dans l'encadrure de la porte, j'ai tout de suite repéré mon grand-père, droit, souriant, s'avançant immédiatement vers nous. Le sourire m'a étonnée : je pensais qu'il serait à ramasser à la petite cuiller. C'était le cas de mon cousin, juste derrière, qui lui avait perdu toute contenance. Je me suis demandée pourquoi, vu qu'il n'a jamais montré qu'une attitude dédaigneuse vis-à-vis de mes grands-parents paternels (qui sont, en fait, ses grands-parents maternels, pour ceux que la généalogie captive). Dans la foule qui suivait mon grand-père à la trace, guettant visiblement un effondrement imminent et théâtral (qui n'est jamais venu), une voix a soudain surgi, et je vous jure que bien que ne l'ayant pas entendue depuis juin 1991, je l'ai tout de suite reconnue. Eplorée, un petite femme au grands yeux arrivait vers moi en pleurant (à l'italienne, avec de grands gestes et de grands cris ; en fait c'est bien elle la seule à traduire son héritage génétique par des attitudes et des mots typiques, bien que presque stéréotypés) et a baragouiné, en me serrant très fort "Oh, ma grande fille, ma puce, tu es venue, je suis contente de te voir, on se quitte plus jamais !"

A votre avis, qui pleurait le plus ?

J'ai passé le reste de la journée à être sollicitée par elle : ma tante, Tata Marie (j'ai eu tant de mal à trouver des occasions de dire ce nom ces 14 dernières années que je me permets de ne pas y aller de mon habitude du pseudo). Celle qui était fâchée depuis toutes ces années avec ma grand'mère, depuis une histoire sordide (ne le sont-elles pas toutes ?), qui était devenue la pestiférée, le mauvais exemple perpétuel, le Diable incarné... c'est bien simple, quand mon père veut se faire comprendre, il me traite d'elle. Mais moi, j'ai en mémoire le souvenir de sa personnalité adorable, et qu'elle ait été la plus gentille de la famille avec moi. Elle m'appelait "ma petite princesse", et c'est ridicule, mais à part me faire appeler "la grande gourde" ou "la grande duduche" (c'est ce dont je me souviens de moins pire), les noms affectueux n'étaient pas légions dans ma famille. Et soudain cette femme avait fait le déplacement pour être là, tous nous voir, et c'est bel et bien elle qui pleurait le plus pendant toute la journée, à la fois du deuil et des retrouvailles. Elle m'a serré la main une bonne partie de la cérémonie (plus pour elle en fait, mais qu'importe ?).

Croyez-le ou pas, c'était la première fois depuis longtemps, et plus j'y pense plus ça fait une éternité, que je n'avais pas compris ce que ça veut dire qu'aimer quelqu'un de sa famille, d'être démonstrative avec elle, d'être naturelle et d'être acceptée comme telle.

Tata Marie, si tu arrives à bidouiller l'ordi de ton bureau, si tu parviens à aller sur Internet, si tu comprends comment lire un blog : MERCI. Je sais maintenant que vu ta débrouillardise en informatique, il faudra le dire autrement qu'ici, mais dans un premier temps, c'est pas mal déjà. (Puis chuis pas habituée moi)

Tout le reste de la famille s'est trouvé effacé par ces retrouvailles-là. Et Tata Marie n'a bondi avec joie et chagrin tout à la fois que dans ces bras-là. C'est peut-être ridicule, je l'ignore, mais j'en ai tiré une grande satisfaction. C'était... plus émouvant que n'importe quoi d'autre.

Ah. Si. Il y a eu ce moment. Le pire de tous en fait. Le seul moment où mon grand-père a pleuré. Il m'avait déjà vue en entrant, mais quand il a fallu s'installer et qu'il a vu que j'étais assise au premier rang (jugée coupable par le type des pompes funèbres de faire partie des plus endeuillés, ah bon vous êtes sûr de ça je suis pas au courant ?!) il est venu s'assoir à côté de moi, et il a eu ce râle, ce souffle de douleur, qu'ont les gens qui succombent brutalement à leur tristesse, il s'est assis, m'a pris la main, et a pleuré. Et je n'avais qu'une idée en tête : que ce n'était pas à moi d'être là. C'est le moment où comme par hasard, personne n'était avec lui, qu'il a choisi (façon de parler) pour pleurer, en me serrant la main, avec ce râle terrible que je connais bien, ce sursaut qui vous enserre et qui sort tout à la fois, un peu par surprise, un peu par soulagement. Ca a duré 10 bonnes secondes (si, c'est long), ensuite il s'est repris, s'est relevé pour aller saluer des gens, comme si de rien n'était presque, Tata Marie s'est glissée à sa place et en a fait quasiment autant, mais pour tout le reste de l'office. Ô joie.

De fait, dans ce genre de circonstances, vous ne pouvez pas faire autrement que pleurer si tant est que vous ayiez un coeur. Rien qu'à cause de la peine des autres. Pour la mine du type des pompes funèbres (c'est ce gars-là qu'il faut suivre si on veut faire tout comme il faut), austère et sinistre (les Fisher auraient une sacrée concurrence avec lui !). Pour les mains glacées qui serrent les vôtres qui sont bouillantes (allez comprendre) : d'un côté Tata Marie, qui ne s'en est remis qu'une fois à table le midi, et de l'autre ma mère qui avait tenu bon malgré sa propension à chialer facilement, mais qui a lâché la rampe au moment des chants, et que mon père, assis plus loin, n'était pas là pour consoler. J'avais l'impression soudain de remplir plus que mon rôle sachant ma place bizarre dans cette famille, d'en faire trop, de me laisser gagner par l'ambiance, terrifiée par les chansons bizarres et les gestes que j'étais certaine de faire mal (vers la gauche d'abord, maintenant je le sais, mais bon)
C'était trop étrange, et j'étais un peu... ma tête bourdonnait. Je me suis vaguement retrouvée lorsque le /padre/ s'est retourné pour la 5e fois en cherchant son livre de prières, je me suis dit "super organisé le gars, dans un bourg avec que des vieux il est pas plus rôdé que ça ???", mais à part ça, j'étais comme absente et absorbée à la fois. Quand le curé parlait, j'ai essayé de bien écouter ce qu'il disait, de laisser les mots faire leur chemin en moi, mais ça n'a été que très peu probant, ça ne m'a pas touchée, surtout récité avec une mine d'écolier résigné. D'ailleurs beau travail, au lieu de nous accompagner ensuite au cimetière, il a fait une vague prière devant le corbillard, et hop, au chaud ! Je m'y connais pas trop mais mes soupçons se sont confirmés lorsque tout le monde a trouvé ça bizarre, deux ou trois heures après. Mais il était déjà loin.

Après tout ça on a expédié le cimetière en 20 mn parce que primo, mon grand-père tenait à peine sur neige verglacée par le passage du corbillard, deuzio, tout le monde était gelé (je pense que quelques orteils sont tombés au combat à ce moment), et tertio, ça commençait à être difficile pour tout le monde d'avoir une tête à peu près présentable. Et, inconvénient non négligeable, les larmes gerçaient à peine versées. J'ai comme prévu laissé aller mes larmes au moment de toucher le cerceuil (j'avais largement eu mon content de signes de croix impies), on est rentrés se mettre au chaud dans la voiture, on a foncé chez mon autre tante, et on a fait un gueuleton pas possible comme seule ma famille sait faire.

Et depuis la sortie de l'Eglise jusqu'à la fin du repas, une seule idée en tête : pendant ces 20 dernières années, ma grand'mère s'était ingéniée à séparer sa famille, ses filles de ses fils, ses fils entre eux, ses filles entre elles, puis quand ça ne l'amusait plus assez, ses petits enfants entre eux, et puis finalement, on n'a jamais eu un repas de famille aussi chaleureux, jovial, gai, heureux...Tata Marie gâtifiait toutes les deux minutes sur ma présence, son mari Jean-Claude est d'un humour formidable, Gilles était en grande forme, les cousines aussi, bref à part Pépé qui regardait tout ça calmement (il avait l'air content que les cérémonies soient passées, et surtout que la famille soit là, lui qui a toujours regretté ce que faisait son épouse, la façon dont elle lui interdisait de parler à Tata Marie par exemple) tout le monde était extatique. Sauf mon cousin mais difficile avec lui, de savoir si c'était de la tristesse ou l'impression de se faire chier, il a toujours été comme ça à ce genre de réunions, et je dois dire que moi aussi jadis, mais la présence de Tata Marie changeait tout, de façon radicale. Je ne m'en suis en fait pas remise.

Voilà, vous savez tout, y compris ce qui ne vous intéressait pas, faut pas m'en vouloir, il fallait vraiment que j'en parle...

PS : J'aurais eu 40 ans de plus, j'aurais tout-à-fait pu tomber amoureuse de Jean-Claude, ce type est l'image-même de l'homme parfait tel que je me le figure depuis des années. Un roc d'1m80, massif et rassurant, qui s'est comporté comme le fils de Pépé alors qu'il ne l'a pas vu pendant près de 15 ans, en gérant tout ce que les pompes funèbres faisaient, et en même temps un type à l'humour pince sans rire, corrosif, taquinant affectueusement sa femme. En fait, amoureuse, je suis en train de me dire que je l'ai déjà été sur le coup de 4 ou 5 ans. Les gens laissent une sacrée empreinte en vous l'air de rien. Il est le modèle auquel j'ai souvent comparé les hommes et je ne m'en aperçois qu'à présent. Enfin, c'est déjà un autre sujet, pas vrai ?

Posté par ladyteruki à 01:01 - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 janvier 2005

La mort est un long fleuve...

Quand la voiture a dépassé le Buffalo Grill, j'ai su que je pleurerais. En fait, quand j'ai réalisé que nous ne tournerions pas à droite, là, j'ai compris. Cette époque-là était finie. Et à vrai dire, soudainement, ça m'a surtout fait de la peine pour Pépé : une page de sa vie était tournée, un peu (un peu) comme moi récemment. Je ne veux pas dire que ça me fasse me sentir plus proche : juste, je comprends un peu.

Je suis donc certaine de pleurer, au moins quelques larmes. Dans un premier temps, je me sentais incroyablement étrangère à cela, et froide. Et puis, peut-être parce que finalement, pour la première fois de ma vie, j'ai le droit de pleurer devant mon père, et que l'ambiance s'y prête, je pressens que mes résistances cèderont, à un moment, demain. Et dans le fond, j'ai passé ces derniers mois à me retenir de pleurer, je ne l'ai fait qu'en de rares occasions, lorsque mes nerfs lâchaient, et après tout, pourquoi ne pas m'autoriser à pleurer pour tout cela ? Peut-être que quelqu'un me prendra dans ses bras. Ou peut-être pas, mais pour une fois, on n'aura aucun droit de me le reprocher. C'est cela que je suis venue chercher ? Le droit de pleurer ?

Je me sens un peu coupable de ne pas la pleurer elle, mais comme je l'ai déjà dit, je n'en vois pas la raison sachant que ma grand'mère m'était étrangère. Cependant, pourquoi ne pas vivre ce deuil de la façon qui me sied ? Qui, certes, est toute personnelle, mais qui me regarde. Je pleure la famille que je rencontre demain, la grand'mère que je ne connaîtrai jamais, la vie pas facile de ces derniers mois, la frustration, la peur, la colère, ce qui est en moi et qui n'attend que tout cela pour sortir. C'est d'ailleurs, sans doute, le cas d'autres personnes qui pleurent aussi, à la fois le défunt et la vie, sauf que ne le savent pas. Mais je veux m'y autoriser. Etre vraie avec les miens. Leur donner une chance de me satisfaire : me consoler dans un moment grave.

Je veux pleurer.

Le plus ironique c'est que, pour le moment, je n'y arrive pas.

Posté par ladyteruki à 22:46 - Commentaires [0] - Permalien [#]

21 janvier 2005

Ma grand'mère est morte

Non, pas Mirador. L'entente n'est pas cordiale mais ce n'est pas au point de lui provoquer une crise cardiaque. Avouez que Dieu aurait vraiment envie de me mettre au défi si c'était Mirador...

Non, l'autre grand'mère. La mère de mon père.

C'était très étrange, la façon dont j'ai réagi, et à vrai dire je m'en inquiète un peu. Sur les coups de 7h du matin, par là, j'ai reçu un texto de ma soeur m'annonçant son décès, et que mon père allait organiser l'enterrement à Dijon. J'étais encore à moitié ensommeillée (mes insomnies ont repris leur rythme normal), mais j'ai pensé : "de toutes façons je ne la connaissais pas". A part cette dernière année où j'ai été en froid avec ma famille et où je n'ai été voir aucun d'entre eux, j'ai vu ladite matriarche trois ou quatre fois par an, ce qui est plutôt raisonnable quand on habite à 350 km. Et il est de coutume (corvée ?) familiale de les appeler (il y a un an également que je ne le fais plus, au grand effroi de mes parents) hebdomadairement. Mais, qu'on se voie ou qu'on s'appelle, on n'a rien à dire. Rien. Ma grand'mère ne nous parle pas. Pardon, parlait. On se contente de demander comment ça va ("oh, comme les moins jeunes"), quel temps il fait ("bah il a plu hier, ça fait du bien au jardin"), ensuite on nous retourne la politesse, et c'est là que c'est pervers : même si on croule sous les ennuis, les préoccupations, les chagrins et autres, ne pas leur en parler est la règle implicite depuis toujours. Donc, communication zéro. Quand on va les voir, pareil : ils ne racontent rien de leur enfance, leur jeunesse ou leurs expériences, comme le fait Mirador (parfois jusqu'à overdose), non, ils se contentent de nous servir des plats suintant de graisse et s'attachent à parler d'un maximum de lieux communs (le temps, par exemple, ce grand classique, mais aussi ces fichus arabes qui détruisent le pays. Ouh, les vilains étrangers ! Il fait bon ne pas se souvenir que mon grand-père n'a pas une goutte de sang français dans les veines pendant ce genre de conversations... ça fait désordre).

En un éclair, en lisant le texto de ma soeur, voilà tout ce à quoi j'ai pensé. J'étais à moitié dans les vapes mais j'ai compris à cet instant que ma grand'mère, en fait, je ne la connaissais pas et ne l'avais jamais connue.

Je me suis retournée et je me suis rendormie.

Depuis, je n'ai pas versé une larme. J'ai à peine pensé à la douleur de mon grand-père.

Je me suis contentée d'appeler ma mère pour connaître la date de l'enterrement, mais, je dois le dire, plus par obligation morale et curiosité qu'autre chose. Je n'ai jamais assisté à un enterrement (je ne connais pas les bons trois quarts de ma famille, donc j'ignore même s'il y a eu des décès ces 20 dernières années ; oh, sans doute, j'imagine...). Il faut tout m'expliquer sur comment ça se passe (ma curiosité me jouera des tours, je ne sais pas pourquoi je n'y ai pas pensé avant, mais il faudra aller à l'Eglise). Je me sens soudain un peu dégueulasse de venir sans avoir envie de la pleurer. Mais, quoi ? Comme avec le reste de ma famille, nous ne sommes liées que par le sang. C'est ça que je vais aller honnorer. Les liens incompressibles.

Qu'elle, elle ne devait pas avoir en tête quand, en venant nous voir, ma mère et moi, à la maternité, elle a jeté une barbotteuse achetée pour 5 francs au marché, jaunâtre, et est repartie chez elle fissa. Ni quand elle m'a prise dans ses bras pour la première fois : j'avais 9 mois... Ma grand'mère ne m'aimait sans doute pas, ce qui explique que je ne l'aie jamais perçue comme proche. Mais j'y vais. Il le faut. J'ai peur de le regretter. De m'en vouloir. De me reprocher ça plus tard, de n'avoir pas été là pour ceux qui, eux, ont l'impression que je compte dans la famille, même uniquement par les liens du sang. Ceux pour qui ça veut dire quelque chose.

La mort ne m'a pas autant perturbée que je l'aurais cru. Quand Lord T, l'an dernier à quelques semaines près, a perdu un vague grand-oncle dont il ne connaissait que le nom (et encore), il était effondré. La mort le touche beaucoup depuis le décès de sa grand'mère, il y a environ 10 ans. Je pensais que ça me ferait pareil. Mais non, pas du tout.

J'ai été sans doute plus attristée par le décès de Jerry Orbach que par celui de ma propre grand'mère : je suis froide, voilà tout.

A vrai dire je m'y suis préparée depuis des années déjà. Pas spécialement pour ma grand'mère paternelle mais pour mon père. Ca fait quelques temps que j'ai une petite idée de comment je vais prendre sa mort. En fait, pendant des années, je l'ai souhaitée, cette mort, parfois même en la désirant faite de ma main. J'avais tellement de haine à l'époque. Tellement de colère. De douleur par sa faute. Je ne le pensais pas si clairement, mais c'était là et je rageais entre mes dents en me jurant que je le tuerais un jour. Quand j'y pense : j'aurais pu. Je savais où étaient les couteaux les plus pointus, et même son arme de service. Dans le fond, j'étais plus faible que je ne le voulais croire, je ne l'ai pas fait. Mais parfois il manque très peu pour que la machine se mette en route. Le pire que j'aie fait c'est lui donner des claques et des coups de poings quand lui-même ne faisait pas mieux. C'était déjà très violent maintenant que j'y pense, mais ça semblait si normal. Enfin bref, j'avais la mort en tête pendant des années. Et puis le temps a fait son oeuvre (ma thérapie, aussi), et j'ai évacué cette haine. J'ai même compris que s'il mourrait, il y aurait tant de choses inachevées, tant de choses qui resteraient à jamais un mystère (notamment le pourquoi). Non que j'aie quelque espoir de comprendre ces choses avant son décès : il est fermé à toute discussion de ce type. Il a toujours refusé d'admettre qu'il y avait un quelconque problème à la maison, sauf quand il s'agit de se faire pardonner : là il y avait un aveu dans sa tournure de phrase : "tu sais j'ai changé maintenant", "c'est plus pareil à la maison", "j'ai arrêté le café, je m'énervre moins qu'avant" (toujours la faute des autres : café, médicaments, travail, stress, que de la lâcheté en somme), "je ne le ferai plus", etc... Promesses d'ivrogne. Je me suis fait avoir quelques temps, je pensais pouvoir mettre les choses au clair, pas du tout. Mais s'il meurt, tout espoir de comprendre sera définitivement enfui. Et je pense que je ressentirai l'amertume, logée depuis l'adolescence quelque part en moi, de ne pas avoir moi-même présidé à son exécution, parce que, quelque part, la mort, c'est entre lui et moi. Je me sentirais trahie que quelqu'un le tue dans l'exercice de ses fonctions, ou qu'il meure de vieillesse. Oui, sa mort me fera souffrir, pas en tant que perte d'un parent mais de toute évidence, j'en souffrirai. Et je pleurerai sans doute à travers cet homme le père que j'aurais voulu aimer pleinement, et dont j'aurais voulu être aimée.
Mais pour ma grand'mère ce n'est pas pareil. L'intimité des combats avec mon père ne se retrouve pas avec elle. Elle fait partie de l'incroyablement vaste communauté de gens de ma famille qui se sont arrangés pour ne pas connaître ma souffrance, pour ne même pas me connaître moi. Elle n'a fait aucun effort pour faire partie de ma vie. Je la soupçonne de m'avoir calomniée afin de se débarrasser de moi (une anecdote qu'on m'a racontée : en vacances chez mes grands-parents, chose qui ne s'est produite qu'une seule fois, j'aurais traité mon grand-père de con, ce dont je me suis toujours défendue avec véhémence mais c'était la parole d'une gamine déjà peu supportée à la maison contre celle d'une puissante matriarche. Mais le fait est là : ils ne m'ont plus jamais prise en vacances... ). Bref, je ne ressens aucune peine. Parfois ma gorge se noue, mais pas vraiment parce que je suis triste, uniquement parce que je voudrais l'être. Je voudrais pleurer ma famille. J'en suis toujours là : je voudrais les ressentir comme proches, comme une famille normale, mais ce n'est pas le cas. Peut-être que je dois prendre ce deuil comme une métaphore de mon deuil vis-à-vis de ma famille : la première étape vers l'enterrement de mes sentiments pour eux. Parce que, de toutes façons, ils n'ont jamais consacré autant d'énergie que je viens de le faire pour me comprendre et m'aimer, pas même essayé.

Ah, une dernière anecdote comique : l'enterrement, mardi... se déroulera le jour de mon anniversaire. Ya des fois comme ça.

Posté par ladyteruki à 12:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]

16 janvier 2005

Interdit aux moins de 18 ans (minimum)

Je sens que ça va me hanter toute la journée, ça.

Mes fichus "jeux" me jouent de nouveaux tours -des inédits, cette fois. Tout avait commencé alors que j'avais envie de m'imaginer avoir un travail qui me plaise. C'était la base de départ, et soudain, au détour de ce concept, a surgi Tenshi, ce jeune garçon dont j'étais amoureuse il y a pratiquement 10 ans maintenant, un fou d'informatique, un petit être adorable et mignon à souhait, et je me suis embringuée dans quelque chose qui m'a dépassée. En fait, il me proposait de fonder avec lui notre propre société de distribution de DVD de séries, et comme cela demandait des moyens que nous n'avions pas, nous décidions d'entrer en colocation dans un minuscule appartement nous servant également de bureau. Mon intention, arrivée à ce point de l'histoire, était de réintégrer Lord T et de le faire arriver dans cette nouvelle vie, avec mon meilleur ami, un boulot de rêve, et un logement -enfin. Mais rien ne s'est déroulé comme prévu et à vrai dire, je ne sais pas pourquoi je m'en étonne puisque c'est ce qui arrive toujours. Au lieu de ça, quand Lord T s'est pointé, je l'ai reçu comme un misérable et en me lovant dans les bras de Tenshi. Du coup tout a dévié de sa trajectoire initiale et j'en suis venue à imaginer la relation avec Tenshi (une sorte de nouvel Homme-sans-Visage si vous voulez mon avis). Et c'était chaud.

Nom d'un chien, ça ne m'était pas arrivé depuis combien de temps ! Rêver seulement à une relation amoureuse ? L'Homme-sans-Visage a fait quelques apparitions sporadiques depuis la rupture avec Lord T, mais la plupart du temps c'était avec ce dernier que j'imaginais des choses, cependant elles étaient toujours platoniques. Du domaine du "jeu" orienté sur quelque chose de plus charnel, ça date d'il y a bien plus longtemps. Deux ans, je pense, par là. Je n'ai eu aucun "jeu" de cet ordre tout le temps qu'a duré ma relation avec Lord T (les "jeux" sont un tantinet difficiles à réaliser quand quelqu'un est dans le lit à moins d'un mètre), ni même juste avant alors que nous n'étions pas ensemble mais que j'avais des sentiments pour lui. Oui, deux ans, dans ces eaux-là.

Mais au bout de quelques heures de "jeu", pour la première fois, j'ai été dépassée. Mon imagination a été trop forte. Ca n'était jamais arrivé et je me suis trouvée désemparée. Je ne sais tout simplement pas subvenir à mes propres besoins.

Il était très tard quand j'ai essayé pour la première fois : au tout début, alors que Lord T et moi étions ensemble, il y a un an et demi environ. Il était en voyage d'études au Maroc, et je me sentais tellement épanouie à l'époque... excepté sur un plan, parce qu'il était loin. Je me sentais femme. J'avais envie d'essayer. J'avais 21 ans et demi, et c'était la première fois. En fait la première était un fiasco. Je ne savais pas m'y prendre. Alors que tellement de gens commencent par là, moi je n'avais même jamais essayé et ça m'a rendue furieuse de n'arriver à rien. J'ai essayé pas mal de choses avant d'arriver à un résultat -maigre. Résultat quand Lord T est revenu du Maroc, ça a été sa fête. Seule je n'arrive à rien.

Mais je m'étais toujours dit que ça n'avait aucune importance. Quelle qu'ait été la longueur de mon célibat, j'avais toujours fait sans. Je pensais ne pas en ressentir le besoin. C'était sans compter sur la stimulation inattendue du "jeu" avec Tenshi, j'ai été prise au dépourvu, et au désarroi, j'ai vâââââââââguement tenté quelque chose. Seigneur, je suis nulle. Et ça va me hanter toute la journée. De toutes façons il est évident que sur ce point, je suis seule, je ne peux pas repousser à dans quelques jours en me disant que je compenserai quand je verrai mon petit ami, puisque je n'en ai pas et que, vraisemblablement, ça va prendre un petit moment (je le pressens comme plus que "petit", en fait, ce moment) avant que je ne regarde un homme de cette façon. Je suis seule face à mon besoin et je ne me suis jamais préparée à ça. En fait, j'ai toujours pensé que je n'éprouvais pas de désir en général, juste du désir pour quelqu'un quand j'ai effectivement un quelqu'un dans ma vie. Et ça me torture, parce que seule, ça m'énerve, ça m'angoisse, je n'arrive à rien, c'est pire encore, j'ai ça en horreur, en plus ça n'a strictement rien à voir, c'est vide de sens, j'ai l'impression que mes gestes sont techniques où il faudrait du divin, des sentiments, un regard où plonger le mien, tout ça. Ca va m'user les nerfs cette histoire, d'où sort ce désir, d'où vient cette pulsion !? Je n'avais jamais ressenti ça avant et c'est la panique.

Et ce n'est pas prêt de s'arranger si vous voulez mon avis.

Voilà, jeunes gens, l'histoire de ma pauvre vie sexuelle.

Posté par ladyteruki à 13:08 - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 janvier 2005

L'histoire est un éternel recommencement

J'ai la sensation étrange d'avoir déjà vécu cette scène. Attendez, je me concentre sur les mots exacts : "Tu n'es pas chez toi ici, je te signale, ce n'est que temporaire et en fait, ça l'est de plus en plus. Fin mars, travail ou pas travail, il faudra que tu sois partie."

Ah, oui, c'est très proche de ce qui a sifflé à mes oreilles il y a quelques mois. Au lieu d'un jeune éphèbe pété de thunes, c'est une vielle dame rondouillette qui me le dit. Ca, et le délai (deux mois et demi au lieu de trois mois pleins) : sinon il n'y a aucune différence.

J'en ai marre de tous ces gens qui acceptent de me prendre chez eux et qui se rendent compte que ça veut dire que je vais être chez eux. Ils changent tout simplement d'avis et me mettent à la rue, et c'est vrai que ça règle le problème : le leur. Mais quand on prétend aider, pourquoi ne pas vraiment le faire ? Dans ce cas-là, pourquoi ne pas dire dés le début "non je n'ai pas envie que tu viennes", mais non, à chaque fois, ils font des choix et vous les reprochent ensuite "je n'ai jamais voulu que tu vives ici". Alors pourquoi y suis-je ? Comme si je m'étais invitée en forçant la porte. Quand les gens assumeront-ils leurs choix ???

Posté par ladyteruki à 22:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]

09 janvier 2005

Descendance

C'est fini. A jamais. Je n'aurai pas d'enfant de Lord T.

Ca peut paraître stupide à dire : je n'en voulais pas spécialement. Mais vous savez, les femmes... Elles oublient leur plaquette de pillules à 350 km, ne reprennent qu'au bout de deux jours après un week end sans médecin... et hop ! Elles s'imaginent être enceintes. Elles se disent que c'est un lien qui survit. Elles se demandent comment elles pourraient le gérer dans la situation actuelle -déjà rien que financièrement ! Elles s'imaginent tout un tas de choses. Et puis... Et puis non. Pas d'enfant. Arrive le dimanche (ce fameux dimanche du mois) et, aucun doute, il n'y aura pas de bébé.

Mesdames et Mesdemoiselles, ça vous le fait aussi à vous ? Je sais qu'il y a peu de lectrices sur ce blog, ou en tous cas peu qui se déclarent, ou en tous cas c'était vrai la dernière fois que j'ai regardé (ça commence à dater d'ailleurs). Mais je pose tout de même la question. Est-ce qu'il vous arrive parfois de compter comme je le fais, le nombre de bébés qui ne sont pas nés ? Depuis bientôt dix ans que je pourrais, je n'ai pas eu d'enfant. Grand bien me fasse, mais parfois je compte. Et je me dis : j'ai empêché tout ce petit monde de venir à la vie. Je sais pertinemment que le calcul est erroné : non, je ne pourrais de toutes façons pas avoir 12 bébés par an même si j'essayais. Mais... j'ai une pensée pour tout ce petit monde tout de même. C'est un sacré pouvoir, à la réfléxion. J'aurais pu choisir d'avoir des bébés plus souvent que ça. Je ne l'ai pas fait. Curieuse chose.

Ce qui me renvoie aux premières tentatives de contraception. Jusqu'à l'âge de 18 ans, la chose était simple : abstinence. Ca me fait sourire aujourd'hui de penser à quel point j'étais aggrippée à ma virginité par principe (et par peur dudit bébé, ah, les nanas...) Donc naturellement quand la première fois est venue, je n'avais aucune contraception, je me suis ruée sur une sorte de pillule du lendemain que m'avait passée une copine, même pas de médecin (ah, les nanas entre elles...) Et avec dans les jours qui ont suivi est arrivée l'angoisse : vous parlez d'une tranquilité d'esprit, la première fois avait une saveur un peu amère ! (ah, les nanas...) Mais cette pillule du lendemain, comme je l'ai détestée ! Et moi avec. J'avais l'impression de tuer ce qui n'était probablement même pas là. Je me sentais très mal. Féministes, remontez vos manches, j'étais une indécrottable de la vieille école !

Je n'ai pas pris la pillule à proprement parler de suite. Le plus longtemps je pouvais contraindre au préservatif, mieux c'était. Peur panique des gynécos ? Ah oui, tout-à-fait, et c'est encore vrai (le jour où on aura droit à quelques consultation de familiarisation avec ledit praticien, je consens à y réfléchir. Un ptit dîner par exemple. Quoi ? D'ordinaire c'est bien le minimum pour en arriver là, non ???) Quand il a fallu s'y mettre, à la pillule, je me haïssais. C'était du meurtre permanent. Le premier mois, chaque soir à heure dite, en avalant l'objet de la honte, je me répétais que je détestais ce que je faisais. Tout ça pour s'envoyer en l'air, non mais franchement. Préférer sacrifier une vie pour son petit confort ! Je suis terrible, je sais. Je l'étais. C'est vite fait d'avoir des principes quand on est jeune. Si stupides soient-ils, ensuite, avec le recul.

J'avais 16 ans quand j'ai commencé à parler d'enfant. D'enfants, à vrai dire. J'en voulais cinq, rien que ça, et dans mon quasi-délire, j'avais même imaginé un tas de choses à leur propos : leur année de naissance, leur sexe, leur prénom, leur type de personnalité. Dans la lancée j'ai commencé à écrire une sorte de roman dont je faisais une lecture hebdomadaire à mes copines de l'époque (belle époque d'ailleurs) J'étais à fond dedans. Assortie à ma passion récurrente pour l'imagination de maisons et de décoration d'intérieur (merci les Sims de me permettre de vivre cette passion à peu près décemment), c'était vraiment terrible. Sur la fin j'avais même une petite frise chronologique sur les années à venir (ça me ferait bien marrer de la relire maintenant d'ailleurs, je sais que je suis déjà en retard sur mon planning, à bien des égards)

Et pourtant, en fait, malgré tout cela, et aussi surprenant que cela paraisse, je n'en veux plus, des enfants. Surtout pas. J'ai peur, tellement peur, d'être mauvaise, de refaire tout le chemin dans l'autre sens, de succomber à ce qui est implanté en moi depuis toujours, de faire du mal, beaucoup de mal, d'être une mère odieuse, de rendre les enfants en question victime de mes tourments passés... A l'heure actuelle, je serais une très mauvaise mère, et pas seulement parce que j'aurais à peine de quoi nourrir un rejeton, mais bel et bien parce que je suis incapable de me préoccuper de quiconque excepté moi. C'est la vérité toute nue, comme on dit : dans ma situation je m'en fais trop pour moi-même. Et puis, je n'ai pas de certitudes à transmettre, pas de sentiment de sécurité duquel enrober mes gestes, pas de chaleur à donner.

Pour l'avenir ? Question récurrente. Réponses variables. J'en voudrais sans en vouloir. Qu'il soit dit, su et connu désormais que je n'en sais rien. Oui, d'une certaine façon, tout cela est alléchant : c'est sympa d'idéaliser une maison dans laquelle enfin des enfants seraient heureux. Mais ce ne serait pas moi. Ai-je réellement envie d'être mère ? Je ne sais pas. Parfois je prends un de mes chatons dans mes bras, et je me demande si c'est si compliqué d'avoir un enfant, parce que ça semble tellement naturel de ne faire aucun mal, de ne dire aucun mot blessant, d'être la personne vers qui on vient ronronner quand on a besoin de quelque chose (hem) mais je ne serai jamais celle qui a des parents, qui peut compter sur eux, et même si je sais que je n'en aurai jamais, je n'en ai pas tout-à-fait fait le deuil, apparemment. C'est une déception encore trop vivace. Construire ma propre famille ? Pourquoi pas, quand j'aurai accepté l'échec de celle qui m'a vue naître ? Avec la bonne personne, celle qui n'aura pas peur et surtout pas d'elle-même. Dans un environnement calme, serein, stable (surtout stable). Oui, peut-être que j'aurai à ce moment-là, s'il vient, envie d'y réfléchir.

Ou peut-être pas. Mon autre fantasme, c'est ce foyer aux meubles stylés et aux larges et grandes videothèques, cet appart d'intellectuel parisien, et il n'y a pas de place pour des enfants dans ce fantasme-là.

La révolution sexuelle est sensée être passée par là. Mais dans le fond, ne sommes-nous pas, en grande majorité, plus perdues les unes que les autres ? Quand les hommes nous faisaient faire les choses selon leur point de vue, au moins tout était clair. De temps à autres, une Colette levait la tête, mais dans le rang, silencieuses, nous abattions notre travail de femme et c'était sécurisant. Quand comme moi on a vécu en cage pendant des années et qu'on commence à peine à avoir ses propres envies, on regrette ce genre d'expérience. J'aurais peut-être, dans le fond, aimé être mariée à 16 ans, avoir déjà une tripotée de marmots à éduquer, et laisser Monsieur s'en faire pour le contenu de la marmite. J'aurais peut-être aimé être docile et n'avoir aucune ambition autre que ma famille. Je me le dis parfois, comme à regrêt.

Mais où mène cette note ?! C'est effarant comme j'ai pu dévier de mon sujet.

En tous cas, ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas pour cette fois.

Posté par ladyteruki à 21:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Les pions blancs et les pions noirs

Ca fait trois semaines et j'aime ma vie. Passionément. Ah non, vous n'imaginez pas.

C'est bien simple, ça faisait deux jours que j'étais ici que je pleurais déjà le soir en murmurant, entre deux sanglots, "Je veux rentrer chez moi". Phrase qui d'ailleurs, contient une certaine dose d'humour, preuve que vraiment, je ne perds pas le sens du bon mot même dans les situations difficiles. C'est toujours ça.

Mais vous me connaissez : je hausse les épaules mentalement en me disant que ça n'est qu'une phase. Que ça va passer. Que ça va s'arranger, même. Naïvement ? Sans doute.

Voilà que ça fait trois semaines et le constat est le même : quand, pitié, quand m'en irai-je d'ici ?

Trois semaines et, voyons ? Combien d'engueulades avec Mirador ? Une demi-douzaine. Au bas mot.

Suis-je quelqu'un de méchant ? Voilà mon thème d'aujourd'hui. La petite question qui va me picoter le cerveau jusqu'à ce que, possibilité A, je me console avec un mensonge quelconque, possibilité B, je m'endorme en pleurant.

Combien d'heures par jour puis-je donc passer à me demander si je suis une bonne personne ? A moitié en me le répétant (ça fait du bien quand personne d'autre n'y consent ou ne peut vraiment y répondre) et en me le demandant, en fait. Je fais une consommation massive, excessive, de questionnement sur ma qualité d'être humain. Sans doute la seule dans mon entourage. J'ai remarqué que ceux qui devraient le plus se poser la question l'évitent soigneusement. De là à prétendre que la réciproque est vraie, je ne m'avance pas, de surcroît ce serait vraiment peu modeste -ça ferait de moi une mauvaise personne donc. C'est compliqué, hm ?

Impulsive. Je veux bien reconnaître que je sois impulsive. En fait je le reconnais sans honte ni détour, je ne suis pas certaine que ce soit un défaut, tout dépend de qui est en face, car ça conditionne l'impulsion. Oui, impulsion de colère, souvent, quand les gens prennent le parti d'être désagréables et espèrent qu'on ne leur fera pas remarquer.

Odieuse. Ca m'arrive. Disons : je sais comment taper, je sais où taper, et quand j'ai mal je ne m'en prive pas. Donc odieuse occasionnelle. Pas par nature : par réaction. En même temps avec le nombre de congénères sur la planète, difficile de vivre autrement que dans la réaction. Je suis certainement odieuse très souvent.

Acerbe. Oh la vilaine langue de vipère. C'est moi ça. Je ne retiens jamais derrière mes dents quelque chose qui pourrait faire mal à quelqu'un que je ne porte pas en haute estime.

Mais sinon ?

Depuis quand n'ai-je pas été poussée dans mes retranchements ? De quand date la dernière conversation où je n'aie pas été à cran ? Je ne me rappelle pas n'avoir pas eu le coeur dans la gorge depuis des mois. Sans doute aussi ai-je une mémoire sélective du fait de mon état actuel, mais tout de même.

Qu'il s'agisse de surcompenser avec certains Belges en visite, en affichant une gaîté, oh, pas feinte, pas vraiment, juste exagérée afin de n'avoir pas à parler de ce qui me préoccupe vraiment... ou de tomber en larmes au téléphone avec Joker (lequel, c'est certain, ne me rappellera jamais ; règle n°1 de la rupture dégueulasse : les amis de ton ex ne sont plus vraiment des amis, mais faut faire comme si), je suis number one dans les émotions hors de proportions ces derniers temps.
Alors oui, quand Mirador, une fois de plus, est désagréable, menace de me priver du peu qui me tient à flot (en attendant de voir ma psy mercredi, dont je ne suis pas sûre s'il s'agissait d'un rendez-vous ponctuel ou d'une reprise de nos consultations, ça n'a pas été très clair mais il faudra vraiment mettre ça à plat), oui, sans doute : en joue, prête, feu ! Je tire où ça fait mal parce que je n'ai même plus le temps de lécher mes blessures.

Je ne la supporte plus, il faut aussi dire ce qui est. Chaque fois qu'elle s'adresse à moi (ce qui est fondamentalement différent des fois où elle parle, car j'ai plus l'impression qu'une poupée gonfflable à mon effigie remplirait dans ce cas la même fonction), je ressens ça comme une attaque. Je sens que quelque chose s'attaque à moi. A quelque chose qui me fait moi. A ce qui fait ma spécificité. Ce qui fait que je ne suis pas une autre. Pas elle, par exemple. Je sens qu'elle veut modifier mes habitudes (bien-sûr, aucune des siennes ne doit varier d'un pouce, sur l'air de "je suis chez moi ici et pas toi", comme si ça excusait tout). Qu'elle veut modifier ma façon de vivre, de voir la vie. Pas dans le bon sens. Ce n'est pas pour que je me sente mieux, pas pour que je vive mieux, pas du tout dans ce soucis. C'est parce qu'elle pense que je dois faire comme elle. Non pas qu'elle pense que j'irai mieux, que je serai heureuse ou quoi que ce soit de ce genre, non, vraiment. Il s'agit uniquement de gommer toute disparité. A terme, j'ai l'impression qu'elle veut faire en sorte que je lui sois si semblable qu'elle aura à nouveau l'impression de vivre seule, que je n'existe pas.

Je peux exagérer. C'est très possible. On exagère toujours un peu quand c'est subjectif. D'accord, je peux l'admettre. Mais cette impression n'est qu'une longue impression de trois semaines. J'ai l'impression d'être gommée, lentement, par tentatives multiples et détournées. Chaque concession que je fais n'est pas suffisante : elle attend de moi l'aplatissement total. Je n'y peux rien, je ne peux pas laisser faire ça.

Qu'elle soit ma grand'mère ? Ca fait bien longtemps que tout cela ne veut plus rien dire en réalité. Une famille ? Je ne ressens plus rien qui s'en rapproche. Les liens du sang, c'est une chose, mais c'est devenu sans valeur pour moi. Et quand ça en avait, je ne souffrais pas moins : bagage inutilement douloureux, en fait. C'est parti, tout ça, la notion d'appartenir à quelque chose (surtout d'aussi boiteux), l'impression de devoir répondre à quelque chose, le sentiment de dette. Tout ça a disparu et je ne sais pas trop quand, mais peu importe. Voilà un sentiment mort qui ne me manque pas, et comme la chose est rare, je ne m'attarde pas sur la question.

Cela fait-il de moi une mauvaise personne ?

En fait, du point de vue de mes parents et de ma grand'mère, résolument : oui.

N'avoir plus aucun sentiment pour ma famille de sang fait-il réellement de moi quelqu'un de peu convenable ?
De ce que je sais, pour la plupart des gens, c'est inconcevable. La famille de Lord T a arrêté de chercher à comprendre, mais de toute évidence elle ne s'y était jamais fait. Peu de parents comprennent. Et sitôt qu'il s'agit de quelque chose du type "beaux-parents", ça fait très peur.

Mais sinon ?

Je crois que je réfléchis comme s'il y avait un absolu de "bonnes personnes" et de "mauvaises personnes" (en écrivant cette phrase j'ai une pensée pour mes profs de lettres de lycée). Mais ce n'est pas le cas. Pourtant ce qui se dessine derrière cette question, c'est la reconnaissance. J'ai envie qu'on m'aime, tout bonnement.

Aïe ! Touché. Si je pleure en écrivant cette phrase, c'est de toute évidence que j'ai mis le doigt sur quelque chose.

Pas très étonnant, dans le fond. Pas très étonnant que j'aie l'impression de n'être pas aimée. Les gens avec qui je vis m'ont donné, ces derniers mois, plutôt l'impression de me haïr farouchement, ou pire encore, de me mépriser. A quelques exceptions temporelles près, qui toutes ce sont avérées fugaces... et mensongères : non ce n'était pas de l'affection pour moi, mais un besoin d'affection pour eux. Et chaque fois j'ai sauté à pieds joints dedans. C'est normal, j'étais faible. Et je le suis encore.
Justement, je me sens faible, si faible.

Quelqu'un peut me dire depuis combien de temps je me sens épuisée de vivre ? Je n'ai pas mon blog sous les yeux, mais il me semble vaguement que ce n'est pas la première fois que j'écris ces mots. Et avant de les écrire, je devais les penser depuis plusieurs mois déjà.

Je voudrais juste me sentir plus forte. Juste trouver quelque part le courage. Les gens qui l'ont semblent le tirer de leurs certitudes : je n'en ai plus une.

J'ai réalisé avec douleur que la foi qui m'animait jusqu'alors, cette foi qui était en moi depuis près de 5 ans, et qui avait germé un peu par surprise, cette fois a totalement disparu. Je n'ai plus aucune sorte d'espoir, et c'était le dernier que j'abritais.
Plus une seule certitude. Plus de sentiment de sécurité : ce après quoi je cours depuis des années, et dont en fait j'ai l'impression de n'avoir fait que m'éloigner.

Les gens comme moi finissent-ils bien ? Je ne parle pas simplement de mon avenir : tant que je serai lâche, tant que je trouverai des excuses, je resterai en vie et vivoterai tant bien que mal, comme je le fais depuis plusieurs mois déjà. Je n'ai aucune illusion à ce sujet : m'attendent des périodes d'apparente rémission, et des dépressions chaque fois plus graves. C'est, quoi ? La troisième ? Bravo, bel effort. Ou alors ce n'en est qu'une seule de plusieurs années et je ne suis pas certaine de me consoler de cette idée-là.

Non, ce que je me demande, c'est combien de temps, avec ce genre de vie, ce genre de pensées, ce genre d'entourage, ce genre de souvenirs, combien de temps je vais être capable de me demander si je suis une personne bien ? Parce que du jour où ça ne préoccupera plus, il sera trop tard.

Posté par ladyteruki à 18:53 - Commentaires [0] - Permalien [#]

06 janvier 2005

Je cherche la Paix dans mes rêves

Voilà ce qu'il veut, voilà ce qu'il a eu : on n'a plus aucun contact d'aucune sorte en journée.

La nuit, c'est autre chose. Il est là. C'est l'évidence. Il s'aggrippe pour ne pas me laisser tranquille. Le harcèlement continue, d'une certaine façon et pour autant que c'en ait été un (ce que me confirmera mon ancienne psy que je dois retrouver la semaine prochaine)

Chaque fois, je rêve de lui.

Je sais que j'ai longtemps rêvé de la situation avec mon père. J'ai en mémoire un froid et particulièrement désagréable rêve où j'étais assise à mon bureau en train de dessiner (à moitié absorbée, comme on peut l'être dans un rêve, par quelque chose de complètement farfelu, en l'occurence des crayons de couleur dansant en forme d'arc-en-ciel), lorsqu'il a bondit bestialement et plein de fureur dans la chambre pour me... oui, encore heureux, le rêve s'était arrêté là. Mais c'est un des rares rêves où la situation se déroulait comme dans la réalité. Le reste du temps, tout se faisait sous couvert de métaphores plus ou moins habiles, souvent filées, comme le vampire, que vous devez maintenant connaître.

Avec Lord T, de toute évidence, je n'y arriverai pas. Mon esprit n'a pas l'air de maturer la question en la digérant via un processus métaphorique, ou une représentation abstraite quelconque, mais bel et bien des portraits cinglants de réalisme et de vérité : quand un élément varie du réel, vous pouvez être sûrs qu'il n'a pas la moindre influence sur ce qui se passe. Le décor varie par exemple, mais ni la rancoeur tenace, ni le mépris, ni les mots blessants, ni même, de mon côté, l'impression que tout est fini et que le moindre de mes efforts me coûte sans rien accomplir.

Il ne s'agit pas de rêver pour utiliser une soupape de sécurité, je revis, quasiment toutes les nuits, avec lui, la même chose que ces six derniers mois : belle performance pour quelqu'un qui voulait partir. De toute évidence j'y suis encore.

Cette nuit, une variante : j'ai eu l'espace d'un instant l'impression que les choses se passaient différemment. Dans cette version, il y avait de l'espoir. Il avait accepté une sorte de conciliation devant un groupe de psys, et ne restait pas enfermé dans son mutisme. Et c'est naturellement le moment qu'a choisi le réveil pour sonner.

J'ai donc lutté pour me rendormir : il me fallait un happy end. Eh, merde, au moins une fois et en rêve, ça fait de mal à qui ? J'ai senti que j'en avais besoin, juste un peu, juste une fois, juste parce que je vais très mal, juste parce que j'ai recommencé ma frénésie des achats, juste parce que je pleurais au téléphone l'autre jour avec Joker, juste parce que ça arrive trop peu souvent actuellement, juste parce que Mirador n'en finit plus de m'étouffer. J'avais tout cela à l'esprit confusément et j'ai tenté de me rendormir, malgré mes deux matous qui miaulaient à qui mieux-mieux (faut que j'arrête de les nourrir au saut du lit, ça va me tuer mes grasses-mat' ça)

Dans un premier temps, ça allait. Je déménageais, mais il était gentil. Sa mère était gentille. Elle nous commandait des kilos de chocolat (conséquence que je présume découler de consommation de chocolat belge la veille, à propos merci encore Tibou, dans ce contexte précis ça n'en a peut-être pas l'air, mais j'ai vraiment apprécié). Lord T me fait visiter son campus, les pièces sont plus blanches, plus lumineuses, il a pour moi des attentions touchantes.

J'aurais dû me réveiller à ce moment-là car une fois de plus les choses ont mal tourné et nous sommes revenus à la case départ. Une fois de plus le réel a repris le dessus.

C'en est décourageant, si même mon inconscient, mon subconscient, et toute la tribu des -scients, ne m'aident pas à guérir, la tâche va forcément être plus difficile. Comme si j'avais besoin de ça, comme si elle ne l'était pas suffisamment, comme si franchement je ne pouvais m'attendre à un coup de main de personne, pas même de moi.

Au réveil (près d'1h20 plus tard), le même tableau : le nouveau toit en pente qui m'étouffe, les chats affamés (ce n'est pas bon non plus de dormir avec pareilles bestioles se pourléchant à côté), et la conviction d'avoir raté ma nuit.

Posté par ladyteruki à 10:29 - Commentaires [0] - Permalien [#]