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Tout savoir sur ladyteruki, y compris ce qu'elle même ignore...

30 juillet 2013

Si tu tombes sept fois... envisage de vivre allongé

Je pensais que ce serait un peu plus facile après avoir posé les mots. Evidemment c'était un raisonnement simpliste. Mais alors que je croyais qu'être enfin capable de me lancer était le signe que je me trouvais sur la bonne voie, il est rapidement devenu clair, après la publication de mon post précédent, que j'étais toute aussi susceptible de faire une rechute.
C'est très exactement ce qui s'est passé.

Mais pire encore : je me suis encore plus fermée. Téléphone, amis, réseaux sociaux... seules deux personnes ont trouvé grâce à mes yeux : ma soeur d'une part, avec laquelle je ne veux pas abandonner les efforts récents (et fructueux, et surprenants, et partagés) de rapprochement, et T. d'autre part, ces deux personnes n'ayant en tout et pour tout que 2 points communs, mais non des moindres. Il sont les seuls à faire partie de ma vie depuis plus de 3 ans... et ils sont notoirement occupés et inaccessibles la majeure partie du temps. Ma soeur a en effet un emploi du temps de ministre (qualificatif que j'emploie en connaissance de cause !), et T. vit en Province (ce que je lui reprocherai sûrement jusqu'à ma mort). C'est-à-dire qu'on se parle par téléphone, on s'envoie des mails ou des textos, on se voit (très éventuellement), mais mon besoin de calme de solitude reste intact.
Et c'est d'autant plus nécessaire que ça me permet de craquer sans témoin.

Très important, ça, de ne laisser aucun témoin.
Vu que le seul moyen infaillible pour n'être pas prise en flagrant délit de faillibilité est d'être seule, c'est précisément la mission qui a été la mienne ces dernières semaines. Une mission que je m'impose, ou plutôt qui s'impose à moi ; il n'y a pas vraiment de volonté consciente là-dessous. Je gère tout ça à l'instinct... et vu que mon instinct est pourri, je ne gère en fait pas grand'chose.

Répondre aux mails, aux textos, est devenu très compliqué ; je n'arrive plus à poser la souris sur mon compte Facebook (d'une certaine façon tant mieux, je n'ai jamais trop aimé ce réseau, mais pour les quelques personnes qui avaient FB pour source principal de contact avec moi, c'est compliqué), je me force à venir tweeter au moins une fois par jour (les jours où ça va à peu près, plusieurs fois, même - venir simplement lire est un tant soit peu plus facile et m'arrive trois ou quatre fois par jour), mais suis incapable d'ouvrir l'onglet des mentions, ayant trop peur de...
...Je ne sais pas de quoi, au juste, pour être sincère.

J'ai sûrement peur de ne pas pouvoir entendre ce qu'on pourrait me dire. Mes contacts sur Twitter ont-ils lu mon post ? Dans ce cas, ont-ils eu l'impression que j'en faisais des tonnes ? Ont-ils estimé que ce n'était pas une raison pour les priver de la seule chose qui les intéresse venant de moi : quand je parle de séries étrangères ? Auraient-ils préféré ne pas savoir ce qui se passait dans ma tête ? On ne peut pas dire que lire des choses à propos des traumatismes des autres soit un hobby très apprécié.
Ou pire, n'ont-ils même pas remarqué le post, ignorent-ils que je vais mal ?
La perspective qu'ils ignorent dans quel état je me trouve semble aussi angoissant que la perspective qu'ils le sachent. J'ai terriblement envie d'être consolée, et pourtant, rien ne me fait plus peur que de l'être.

Les retours que je n'ai pas pu ignorer longtemps (les quelques commentaires sous le post précédent, merci à eux ; les mails reçus suite à sa publication aussi) m'ont demandé énormément de temps pour finalement les lire ; je suis pour le moment incapable d'y répondre.
Non que je n'aie rien à dire. J'aurais, au contraire, des choses à expliquer, approfondir ou même juste contredire. Mais la perspective d'exprimer quelque chose sur ce que je vis depuis plus de 6 mois maintenant me terrifie. Il y a un mail en particulier, envoyé par l'une d'entre vous, pour lequel j'ai bien une vingtaine de brouillons, correspondant à autant de fois où j'ai ouvert Thunderbird, commencé à rédiger une réponse, et refermé le tout en un temps record de 12 secondes. Parce que je ne me sens pas le droit de discuter sur ce sujet, ça m'énerve, ça me lasse, "oh lady, non, franchement, arrête de parler de ça, c'est chiant à la fin", me dit une voix intérieure particulièrement excédée par mon misérabilisme, "ce que tu vis est sans comparaison avec l'expérience atroce d'autres personnes, j'espère que tu as honte de te plaindre comme ça".
Après toutes ces années, je me sens toujours coupable de me sentir mal.

Ou plutôt : après toutes ces années, je me sens A NOUVEAU coupable de me sentir mal. Je gérais mieux tout ça il y a encore pas si longtemps. J'étais capable de parler de mon expérience, de la douleur, des souvenirs.

Quand T. m'a dit au téléphone (et, je l'ai su ensuite, dans son commentaires sur ce blog) que j'avais un peu refoulé tout cela, je me suis étonnée : j'ai l'impression de n'avoir parlé que de ça depuis une décennie ! Alors peut-être pas dans le détail, certes ; pas en racontant des épisodes précis, des scènes en elles-mêmes, mais j'avais l'impression d'avoir une parole très libérée sur tout cela, je croyais même que c'était un combat que j'avais remporté, après que mes parents aient nié si longtemps que quoi que ce soit se soit passé !
Je pensais que j'avais progressé, depuis l'époque où je pensais que J'étais la responsable de ce que mes parents me faisaient, que JE méritait même leur traitement ; être capable de prendre du recul, de dire que j'avais été... bon j'ai toujours du mal avec le mot "victime", mais enfin, bon, je n'étais pas la fautive en tous cas, ILS avaient fait des choses terribles, ILS étaient les adultes et donc les responsables de ce qui s'était passé. Le simple fait d'en prendre conscience, puis de le dire, n'aurait-il pas dû être suffisant ? C'était pourtant un énorme tournant pour moi, ça a renversé tout ce que je croyais être vrai, toute la façon dont je pensais le monde pendant mes deux premières décennies. JE n'étais pas mauvaise !
Et depuis cette révélation, depuis que j'avais déconstruit le lavage de cerveau qu'ils m'avaient fait initialement subir, je n'ai plus jamais tu quoi que ce soit. Je n'avais plus trouvé d'excuse à mes parents, mais surtout je n'avais plus passé quoi que ce soit sous silence. Le simple fait de me plaindre d'eux après une visite forcée était déjà une énorme victoire à mes yeux ! Raconter à d'autres la dernière manifestation de leur volonté d'asseoir leur pouvoir sur moi était une façon de ne plus les laisser gagner. En fait j'avais l'impression de raconter ces choses-là perpétuellement !

Quand, il y a bientôt deux ans, j'ai posé les derniers jalons de mon "Operation New Start" et que j'ai finalement réussi à couper entièrement les ponts avec eux, je le voyais comme l'accomplissement d'un processus de distanciation qui avait pris 10 ans. Pas comme un déni. Juste une façon de dire : "ok,  ils ne changeront jamais, ils me seront toujours profondément toxiques, donc c'est pas la peine de continuer à tendre l'autre joue, on arrête les frais", ce qui était une autre révélation en soi : je n'accepterais plus jamais qu'on me traite mal !
Je pensais que ça marquerait un nouveau départ... de toute évidence.

Me voilà aujourd'hui rattrapée par quelque chose que je n'avais pas évité, pas ignoré, pas tu, mais par quelque chose que je pensais avoir pris 10 ans à régler. CA SEMBLAIT BIEN ASSEZ ! Commencer à vivre à seulement 30 ans, c'était déjà bien tard.

La réalité que je vis depuis quelques mois, la façon dont mon cerveau semble grippé, bloqué à un stade que je pensais avoir dépassé (10 ans de travail sur moi-même !), est terrifiante parce que ça voudrait dire que, soit tous les progrès accomplis ont été perdus, soit qu'ils sont insuffisants. Dans les deux cas, ça veut dire que je ne suis pas prête d'aller mieux.
C'est absolument inenvisageable. Qu'on soit bien clairs, cette perspective est hors de question. Je DOIS aller mieux. Après 10 années de thérapie, après 10 années à travailler pour me libérer de toutes les horreurs, après 10 années à tenter d'aller de l'avant, après 10 années à ne quasiment pas vivre (dont 5 à tout juste survivre !) parce que centrée sur le pansage de mes plaies et sur la guérison, c'est totalement inadmissible !

Comme je refuse d'en discuter avec d'autres autant que je refuse d'en discuter avec moi-même, la vie avec mon cerveau est devenue très compliquée.
C'est LA, et là seulement, que je suis donc passée à la phase d'évitement.

Pourtant ma stratégie dans les heures qui ont suivi la mise en ligne du post précédent a d'abord été d'essayer de "reprendre une activité normale" (whatever that means), de recommencer à tweeter, regarder des séries, écrire, sortir (dans cet ordre de priorités). Mais il a fallu se rendre à l'évidence : cela me donnait beaucoup trop d'opportunités de craquer devant témoins. Ou de craquer tout court, ce qui était devenu aussi insupportable. Donc la stratégie d'évitement s'est mise en place au bout de quelques jours.

Dans les premiers temps, ce qui marchait bien, c'était les Sims 3. Par premiers temps, je veux dire au moins 48h. Mais rapidement ça m'est apparu comme absurde, et faire vivre telle vie ou telle autre à des pixels customisés m'a paru encore plus vain que le reste. Je me suis donc cantonnée à la construction de maisons, ça vidait bien la tête tout en n'étant pas totalement abrutissant, voire même, sous un certain angle, presque créatif. Mais pas trop créatif, surtout que je suis totalement infichue d'être vraiment créative en ce moment.
Après une petite semaine à ce rythme, j'ai commencé à atteindre le moment où ça semblait vain également, ça a commencé à poser problème. Je me suis donc réorientée vers les films, que j'ai avalés de façon plutôt goulue pendant un moment (l'avantage des films étant qu'ils ne requièrent absolument aucune forme d'implication émotionnelle puisqu'on n'y reviendra plus au bout de 2h). Mais là aussi ça m'est apparu comme vain. En plus je trouvais de moins en moins de films que j'avais envie de tester et/ou que j'appréciais.
Je suis donc revenue sur les Sims, mais plutôt qu'y jouer, je me suis abimée dans la constellation de sites et blogs sur le sujet. J'ai jamais autant téléchargé de Custom Content de toute ma vie (et j'ai des dizaines de CD avec du CC pour les Sims 1 pour témoigner que je ne suis pourtant pas frileuse sur le sujet), que j'ai installé... avant d'ouvrir le jeu, tenter d'utiliser les nouveaux contenus, puis ensuite avoir l'idée d'aller chercher un objet particulier pour aller avec tel autre, refermer le jeu et relancer une chasse au CC de plusieurs heures (et autant de Go).
Cette nouvelle stratégie d'évitement a plutôt bien marché pendant quelques jours, jusqu'à ce que rebelotte, ça me frappe comme terriblement dérisoire.

Arrivée à la semaine dernière, j'avais atteint un tel point que ça prenait plus de temps de lancer le chargement des Sims 3, que de poser le moindre objet sur la grille et me lasser. Lancer un film était devenu tout aussi impossible sachant que je n'y passais jamais plus d'une demi-heure. J'ai bien tenté d'écrire, mais je ne me suis jamais sentie aussi incapable d'aligner trois mots de toute ma vie ; rédiger un post pour le blog téléphagique pouvait d'ailleurs prendre 6 à 8 heures (quitte à se coucher 3h avant d'aller bosser en pleine semaine).

L'évitement, c'est donc du sport, surtout quand c'est soi-même qu'on évite ; il y a, d'une façon générale, environ toutes les 20 minutes, un moment où on lève les yeux du guidon dans lequel on avait soignement mis le nez, et dans ce cas-là il faut tout recommencer. Quand on s'extrait de l'état de quasi-transe et qu'on réalise qu'on va toujours aussi mal, il faut refaire toute la gymnastique qui permet de finir la journée sans être complètement au 36e dessous.

Ce weekend, je me suis lancée dans des épisodes d'Une Nounou d'Enfer. Ca dure pile une vingtaine de minutes, ça me sert d'ours en peluche télévisuel, c'est parfait. Je pleure et ris à la fois des retrouvailles avec ma Fran. Je connais les dialogues par coeur mais on s'en fiche. Même si cette série n'est pas forcément la plus futée au monde, et si elle semble contraire à tout ce que j'aime dans la fiction d'ordinaire (comme on me l'a d'ailleurs maintes fois fait remarquer), la présence chaleureuse de Fran, et sa façon inconditionnelle d'aimer les enfants Sheffield et les aider à exister sans concession, font du bien en ce moment. On verra bien combien de temps ça fonctionne ; je ne me fais pas d'illusion, mais tout est bon à prendre.

Le seul truc que j'ai été capable de faire correctement pendant tout ce temps, c'est aller au boulot, et faire des lessives.
Je sais pas pourquoi, mais je me suis prise de passion pour la lessive. Un truc dans l'odeur, peut-être. En tout cas c'est vraiment une activité géniale parce que ça n'exigeait pas une attention constante de ma part (que j'étais incapable de donner, cf. règle des 20 minutes), et en même temps ça me donne une impression de propreté et d'organisation (j'ai acheté quelque chose comme 5 marques en un mois, comparé les parfums, testé avec différents programmes, etc.). Mes draps n'ont jamais été si propres vu que je les lave tous les jours (les weekends où j'ai beaucoup de temps à tuer, deux fois par jour, séchage évidemment inclus ; en machine, sur le balcon... j'ai comparé aussi).
Je pense que j'ai atteint le stade où je suis tellement consciente d'être atteinte que je m'en fous complètement. Et si les voisins du dessous ont un problème avec mes machines à 2h du matin, je les attends.

Je n'ai évidemment pas fait qu'éviter. Mais il faut bien continuer d'être le temps que les autres démarches aboutissent. Je vais sans doute entamer une autre thérapie, même si j'essaye de réfléchir à ses modalités, au niveau du temps (inenvisageable de se lancer dans quelque chose qui prenne des années, je refuse de signer un chèque en blanc), et aussi au niveau de la pratique. J'étudie les possibilités pour rejoindre un groupe de parole, mais ça semble difficile d'imaginer me retrouver avec d'autres qui auront vécu bien pire que moi.
Le fait d'avoir les capacités d'attention d'une enfant de 7 ans m'ont permis de me lancer des mini-défis ("je fais des recherches sur tel sujet jusqu'à la prochaine fois où je vais avoir envie de tout plaquer, je fais une lessive, je fais des recherches sur un autre sujet, je fais une lessive, je reviens sur le premier sujet" etc.), et il y a des choses auxquelles je n'avais jamais réfléchies qui finalement pourraient orienter mes choix de soins. C'est encore à réfléchir. Et comme je suis sur liste d'attente pour d'autres choses, j'ai le temps avant de prendre une décision.
Dans l'intervalle depuis le dernier post, j'ai de surcroît essayé de me soucier de ma santé, de mon alimentation, de mon sommeil. On ne peut pas dire que j'aie trouvé la formule gagnante pour autant, mais d'un autre côté, je ne l'ai pas trouvée en 31 ans, alors il ne fallait pas attendre de miracle dans l'immédiat... Mais je tente d'imprimer un semblant de contrôle au chaos, et c'est déjà ça. Je sentais confusément que les 6 mois précédents avaient été un peu n'importe quoi sur ces trois aspects, ça semble un premier pas que d'essayer d'applanir un peu la situation sur le côte physique, quand bien même le mental mettra forcément plus de temps. Prendre conscience de mon état physique et essayer d'organiser un peu les choses m'a également fait réfléchir, pour la première fois, sur l'ampleur de certains de mes problèmes, et c'est aussi quelque chose sur quoi je dois réfléchir. Par exemple j'ai toujours pensé que mon rapport au sommeil était dû à ma nature ("de toute façon je dors peu"/"je suis insomniaque depuis que je suis bébé"), mais dans le fond, peut-être qu'il faut que je pousse la réflexion plus loin ; de la même façon, j'ai eu l'idée de réfléchir au concept de TCA et pour la première fois, je réalise que peut-être que je suis concernée, et que je n'ai pas seulement "de mauvaises habitudes dues au fait que ma mère nous fait faire des régimes depuis qu'on est gosses". J'essaye d'arrêter la mutilation, aussi.
Pourquoi mes 10 premières années de thérapie ne se sont jamais aventurées sur ces terrains, d'ailleurs ?

Le plus dingue dans tout ça, c'est que j'ai à la fois besoin de solitude et que je sais qu'elle m'empoisonne. J'ai sûrement besoin d'aide (et celle que j'ai solicitée, professionnelle, met du temps à arriver), mais j'ai tout autant besoin d'affection, si ce n'est plus. C'est quelque chose qui ferait un bien fou : ne pas me sentir seule dans ce que je traverse, me savoir appréciée voire peut-être même aimée (mais ces derniers temps, cette perspective relève de la science-fiction), savoir que quels que soient les dommages qui m'ont été causés et dont je ne suis vraisemblablement pas encore remise, il y aurait quelqu'un pour avoir envie de me prendre dans ses bras sans rien dire et juste être là, de façon réconfortante. Mais je ne me sens pas le droit de m'imposer à qui que ce soit quand je suis dans cet état-là. Et à la vérité, je ne serais sûrement pas capable de l'entendre.
Il n'y a pas de volontaires, non plus - et c'est bien normal vu ce que j'ai à offrir en ce moment... Ce que j'ai à offrir tout le temps ? Je ne sais pas si je serai un jour capable d'être une vraie amie, et moins encore une vraie petite amie. En ce moment je n'arrive même pas à être une copine avec qui sortir, boire un coup et rigoler, alors...
En lisant divers sites et blogs (je n'ai jamais autant lu que ces derniers temps, à la réflexion), je tombe parfois sur des gens largement plus amochés que moi, qui parlent de leur SO, et cette perspective qui relève de la science-fiction pour moi semble une réalité pour d'autres. Je me demande pourquoi je n'arrive pas à en arriver là, au stade où on peut m'aimer malgré le work in progress. Pourquoi il faudrait que j'espère une hypothétique guérison, qui au vu des derniers mois, pourrait tout aussi bien ne jamais arriver.

Quelque chose manquera toujours. Je ne suis pas certaine, au juste, de la façon dont je pourrais résoudre CE problème. Car voilà : guérir de l'absence d'amour par une thérapie, ça ne donne pas de l'amour.

En ce moment, je m'efforce de faire tourner la machine en espérant trouver une solution à moyen terme. Mais je commence aussi à progressivement perdre espoir. Peut-être que je serai toujours dans ce genre d'états. Des flashbacks à 31 ans alors que ça n'était jamais arrivé avant, peut-être une nouvelle surprise dans quelques années quand je m'y attendrai le moins, être une perpétuelle bombe à retardement...
Peut-être qu'il faut juste que je me fasse une raison, je suis irrécupérable. On ne guérit peut-être pas de tout.

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19 juin 2013

Douleurs muettes

Cette fois j'y vais. Cette fois je parle.
Depuis environ 6 mois, cette hésitation me tue plus encore que ce sur quoi elle porte. Je n'arrive pas à ouvrir ma gueule. Ma réponse-type, quand on me demande ce qui ne va pas, est de dire "j'ai pas envie d'en parler... d'ailleurs j'en parle même pas avec moi-même", et j'ai honte de ça. Parce que l'une des rares qualités que je me suis toujours attribuées est que je me vante de pouvoir parler de tout, à tout moment et avec tout le monde, d'être un livre ouvert, de communiquer facilement. Et si je perds cette qualité-là, il ne m'en reste plus beaucoup.

En toute sincérité j'ai essayé d'en parler, de temps en temps.
Avec moi-même, un peu ; par murmures étouffés et messes basses. Avec ma soeur, à une occasion, alors qu'on se livrait l'une à l'autre, pour une fois, juste avant qu'elle ne me parle de ses préoccupations qui sont devenues très largement prioritaires à mes yeux (notre relation a incroyablement changé ces 6 derniers mois... mais je ne vais pas me saisir de cette excuse pour changer de sujet). A mon ancienne psy, que je suis revenue voir exprès dans mon ancien département et qui m'a dit qu'elle préférait m'encourager à commencer une thérapie chez un nouveau psy... mais qu'elle voulait bien qu'on se refasse 3 ou 4 séances à 50€ non prises en charge avant (inutile de dire que je n'ai pas spécialement repris rendez-vous, ni eu envie de voir quelqu'un d'autre du coup). Quelques bribes, aussi, sur Twitter, quand ça débordait un peu trop (ce qui a incité T. à me prodiguer un plutôt pas mauvais conseil par le biais d'une vraiment belle attention).
Mais dans l'ensemble, je suis restée soit évasive (évoquant certains évènements contrariants, quelques problématiques réelles, mais moindres, que je brandis pour ne pas avoir à aborder ce qui me travaille, et qui sont traitées à la légère par la plupart de mes interlocuteurs, confirmant que j'ai bien fait de pas ouvrir ma gueule sur le vrai problème ; cercle vicieux ?), soit silencieuse.

Par plusieurs fois, j'ai ouvert un onglet sur ce blog et essayé de me motiver : poser des mots sur les choses, d'ordinaire, je sais le faire, et d'ordinaire, ça marche plutôt bien. Le soucis ce n'est pas de poser des mots, cependant ; les mots ne manquent pas, ne manquent jamais, j'en ai les poches pleines, je n'ai qu'à les prendre par poignées. Simplement je suis prise dans une série de pièges que je me suis posés par le passé, et qui maintenant me donnent l'impression de n'avoir pas le droit de m'exprimer sur ce qui me ronge.
Parler aujourd'hui me demande du courage... et rien que ça, ça m'énerve. L'état de blocage dans lequel je suis m'agace, m'insupporte. Mais chaque fois que j'ouvre mon navigateur, qu'au téléphone ou de vive voix, je prends l'inspiration qui précède ma phrase, je m'agace et m'insupporte tout autant. Aujourd'hui je me lance parce que je viens de réaliser que ça va bientôt faire six mois que je suis dans cet état ; et aussi, un peu, par fierté. La fierté de pouvoir me dire que rien ne peut m'empêcher, jamais, de m'exprimer. On est fier de ce qu'on peut.

Il y a plusieurs mois maintenant, mon subconscient s'est retourné contre moi et a commencé à me harceler. Je ne sais pas quel a été l'évènement qui a tout déclenché, le trigger moment, mais ça a été le lâchage complet en l'espace d'une semaine à peine.

D'abord il y a eu un cauchemar. Mais les cauchemars, ce n'est rien, au sens où tout le monde en a, et que je suis une vieille habituée du cauchemar, en plus. D'ailleurs ce n'était même pas vraiment le plus horrible de tous mes cauchemars ; mais ce qui était assez violent était mon ressenti nauséeux au réveil. A partir de là, j'ai passé la journée à essayer de me débarrasser du malaise ; mais évidemment ça s'est traduit par une tendance à ressasser le cauchemar, et je pense que ça a fait boule de neige. Ce qui s'est produit ensuite est vite devenu hors de contrôle.
J'ai fait des cauchemars les deux nuits suivantes, avec le même réveil aussi difficile et physiquement insupportable, si bien que l'insomniaque en moi, contre laquelle je lutte depuis des années, a décidé derechef au bout de la troisième nuit qu'elle ne dormirait plus. Du tout. Ce qui a d'office réveillé la migraineuse en moi, qui n'attendait qu'une bonne excuse pour se manifester à cause du manque de sommeil. Mais à ce stade c'était encore dans le domaine du gérable, au sens où je suis déjà passée par des périodes sans sommeil, avec juste de l'évanouissement au bout d'un moment, ponctué parfois par une heure ou deux de perte de conscience, avant que mes trois réveils ne me remettent en route vers le boulot, et comme vous le voyez : j'ai un système bien rodé. Ca demande du boulot de se remettre ensuite à dormir, mais au bout d'un mois environ, l'affaire est généralement bouclée. C'est l'avantage de se connaître, au bout d'un moment.

Ceux que je n'avais pas prévus, c'étaient les flashbacks. Je n'avais jamais connu ça et d'ailleurs au début je n'avais même pas identifié que c'étaient des flashbacks, au sens où j'avais "simplement" une image atroce qui arrivait, qui me glaçait sur place, me prenait au ventre, et me replongeait pour une bonne heure dans un état de quasi-blackout. Ca induisait une telle panique que l'effet d'un seul flashback pouvait me mettre KO pendant une bonne demi-journée, je devenais une vraie loque, j'étais en mode automatique au boulot, je ne mangeais presque plus rien (ou alors une crise d'hyperphagie une fois par mois, typique aussi de mes moments de crise passés), bref la complète débandade.

C'est une chose de se rappeler, intellectuellement, que telle chose pas franchement agréable s'est passée. Je suis capable de me rappeler de nombreuses, très nombreuses scènes particulièrement difficiles avec mon père, de paroles spécifiques, de gestes, j'ai aussi un certain nombre de "photographies mentales" de scènes marquantes. Je ne suis pas capable de me les rejouer en video, mais je me rappelle que tel jour pendant telle crise j'étais assise là, par exemple, ou une couleur, un objet, ressortent particulièrement quand je les associe à un souvenir ; je revois par exemple très clairement la robe que portait ma mère le jour où elle m'a poussée dans les pattes de mon père, lequel me poursuivait comme une furie en hurlant que cette fois, il allait se la faire ("la" c'était moi, bien-sûr).
Ce n'est pas un soucis de savoir intellectuellement que ces choses se sont passées, ni de me rappeler de ces détails. C'est, contrairement à ce qu'on pourrait penser, une façon de gérer ces souvenirs, les trier, et parfois y faire appel, comme par exemple pendant une thérapie : si je pense à la robe, je repense à l'évènement et je peux le décrire plus facilement que j'ai des éléments matériels auxquels me raccrocher, l'odeur de poussière de l'escalier du sous-sol, le bois lisse de la rampe d'escalier, les cris de mon père dans mon dos. Solliciter ces détails provoque un certain détachement, qui permet ensuite de vivre avec ces souvenirs. D'ordinaire, y penser n'a pas d'effet négatif : ce sont tout simplement mes souvenirs d'enfance.

Mais être noyée, en une fraction de secondes, à la fois dans la scène elle-même avec ses repères physiques, mais se rappeler aussi des gestes précis de l'évènement, de leur déroulement seconde par seconde, cette fois sous forme de film précis, et surtout, oh surtout, se retrouver à nouveau à ressentir les mêmes choses comme si elles arrivaient au moment où le flashback survient... ça, c'est insurmontable.
Le flashback intervenait, et il me figeait. Il me fallait de longues minutes pour décrisper mon corps, me sortir de la peur que je n'avais pas ressentie depuis plus de 15 années, et bouger à nouveau, penser à nouveau. C'était une vague tellement violente que généralement je n'avais même pas le temps de pleurer, je passais directement de la fraction de seconde que durait le flashback à un état figé complet, physique et surtout mental, pendant lequel la peur me submergeait. Ensuite, je reprenais lentement le contrôle, et j'étais trop occupée justement à reprendre le contrôle pour pleurer. J'ai sincèrement passé les premières semaines à être trop choquée par cet enchaînement d'évènements pour verser une seule larme. Même après, en repensant (non sans terreur) à la façon dont j'avais pu me bloquer sans préavis plusieurs heures plus tôt, je ne pleurais pas. Ca m'a manqué au bout d'un moment, mais j'allais faire quoi ? Forcer ?

Le pire, ce n'est pourtant même pas ça. Le pire, c'est qu'une fois que les flashbacks ont commencé, mon cerveau a tourné en boucle sur ces images. Il y a un flashback en particulier qui, après qu'il me soit revenu aussi vivace que si je l'avais expérimenté le jour-même (il a été l'un des premiers à m'apparaitre d'ailleurs), m'a bien fait deux semaines. Mon cerveau semblait se vautrer dans ce souvenir comme un cochon dans la fange, c'était hors de contrôle. Et le simple fait d'y repenser, suite à flashback, me replongeait dans une terreur similaire ; pas figée, juste pareillement épouvantable.
Il y avait une chanson bien précise, une chanson que j'ai découverte bien après les évènements d'il y 15 ans, et que pourtant, par associations d'idées, j'avais assimilée à ce souvenir ; une chanson donc qui me relançait d'office dans la sordide contemplation de l'horreur jadis éprouvée. On a atteint des sommets quand, en essayant de me changer les idées, peu de temps après que le flashback auquel la chanson est liée soit survenu, j'ai entendu ce même air dans un épisode que je regardais, concluant l'un de mes pilotes pourtant coup de coeur de la midseason. This is why we can't have nice things, me suis-je dit. Pour vous dire à quel point j'étais dans une spirale absurde, j'ai téléchargé la chanson, l'ait réécouté en boucle pendant plusieurs heures, et ait laissé mon cerveau, qui me le réclamait de façon perverse, ressasser les images de ce soir d'automne. Complètement droguée à ma propre douleur, je suis allée jusqu'à excaver mes journaux intimes de jeune fille pour y retrouver le soir où je parle de cette scène. Je n'ai pas été déçue puisqu'on peut y lire noir sur blanc : "je n'ai pas parlé de ce qui s'est passé hier soir exprès, parce que c'est trop horrible". J'ai quand même fini par m'effondrer en larmes en voyant la date, parce que le 9 octobre a toujours eu une signification particulière pour moi (pour de toutes autres raisons), et de réaliser que cette scène s'était déroulée un 9 octobre m'a achevée.
Je ne sais d'ailleurs que trop pourquoi ce souvenir est celui qui a dominé les autres. C'est la première fois où j'ai compris que ce qui m'arrivait n'était pas normal. C'est la première fois où j'ai compris que la souffrance était due à une violence, et non à une punition méritée. C'est aussi la dernière fois que je n'ai rien dit ; le lendemain, j'ai expliqué la scène à ma bande de copines, et là j'ai compris que ce n'était pas normal.

Pendant toute cette période de flashbacks, je somatisais à mort, donc en plus de l'état pitoyable dans lequel je me trouvais émotionnellement, je me suis enfilé un nombre incroyable de rhino-pharingo-sinusites successives... que je n'ai pas bien traitées parce que je ne voulais pas aller voir mon médecin dans l'état où j'étais, de crainte qu'il ne m'engueule comme à l'automne juste parce que lui a eu un cancer et que du coup tous les bobos qu'il voit défiler lui semblent dérisoire (je sais, il faut que je change de médecin, mais j'ai juste pas l'énergie d'en chercher un autre, j'ai aussi pas du tout envie de laisser mon médecin qui a un cancer, du coup je ne vais voir aucun médecin du tout et ça rend la SECU heureuse). Il a fallu qu'on me le fasse remarquer sur Twitter pour que je prenne conscience de tout ça, c'est dire si j'étais déconnectée de tout.

Bref je cumulais. Et je cumulais MAL. Au sens où au bout d'un temps, j'aurais dû me dire : bon, ma ptite caille, on va ptet s'occuper de soigner tout ça à un moment, ça commence à faire beaucoup non ? Mais à la place je me disais : putain je peux pas parler de ça, c'est pas possible.

Les deux seuls professionnels que j'ai vus, c'est donc, d'une part, une fois, mon ancienne psy. Courant mars je me suis dit : prends-toi par la main, prends un RDV, sauf que j'ai obtenu un RDV pendant la seconde quinzaine d'avril, à ce stade j'avais atteint un degré de repli et de dégoût de tout qui fait que l'entretien a parfaitement été inutile... Sans mentionner le fait que j'avais pas compté sur un facteur complètement idiot, qui est que la dernière fois que j'avais posé les pieds dans cette ville, dans cette gare RER et tout le bordel, c'était le jour où j'ai rendu les clés à mes parents, ça m'a mise dans tous mes états rien que faire le trajet, j'ai hyperventilé dans la rue, pleuré dans l'ascenseur, la totale. Tout ça pour que l'autre me dise qu'il fallait que je commence une nouvelle thérapie avec un nouveau psy. Résultat absolument en-dessous de zéro.
La seconde fois, c'est que j'ai commencé un traitement assez lourd il y a quelques mois chez une spécialiste, pour un problème de santé que je me traine depuis des années ; je suis allée à tous les RDV fixés parce que c'était l'une de mes bonnes résolutions ; j'avais pris le premier RDV avant que tout ça ne me tombe dessus, il y avait de gros délais d'attente, j'allais pas passer mon tour, donc j'ai fait la bravache pour tous les tenir, en faisant bonne figure comme je le faisais au boulot, en me mettant en automatique, et finalement la seule personne qui aurait ptet eu une chance de dépister la crise n'en a pas eu l'occasion parce que je suis perverse au point de ne pas laisser les médecins voir quand ça ne va pas. Je somatisais de partout, j'avais les paupères gonflées, des plaques rouges et des kystes partout, impossible que la spécialiste n'ait rien vu d'étrange ; mais j'ai fait ma maligne, j'ai pris mes ordonnances pour l'autre truc pour lequel j'étais venue, et j'ai pas moufté. Et sur le chemin retour, j'étais presque fière d'avoir fait illusion, la conne.
Comme j'ai une pharmacie en bas du boulot, tous les deux jours j'allais voir mes nouvelles copines les pharmaciennes pour leur demander des crèmes pour dégonfler les paupières, du concealer pour planquer à peu près les plaques et les kystes visibles, de quoi me brûler la peau pour les autres, les cachetons pour soigner n'importe comment les rhino-pharingo-sinusites, des sirops dégueulasses au lierre (jamais plus jamais), des tout ce qu'on veut, et je vous prie de me croire, je leur ai doublé leur chiffre d'affaire ce semestre.

Vu que je dormais peu, et que j'avais totalement arrêté de regarder des séries (là encore, un effet secondaire inédit chez moi) et même d'écrire à leur sujet (rapport de cause à effet assez logique, me direz-vous ; mais je m'étais quand même forcée à faire illusion plusieurs semaines), j'avais aussi décidé de faire un peu d'exercice ; moitié parce qu'au moins ça m'occupait, moitié dans l'espoir que ça me fatigue un peu (de ce côté-là j'aime autant tout de suite vous rassurer : j'ai échoué lamentablement). J'ai donc commencé à me surmener, ce qui allait formidablement bien avec l'absence de nourriture normale. Je me suis payée des crampes pas possibles en pleine nuit, des courbatures de l'impossible là où je ne pensais même pas avoir fait de mouvements, et évidemment, vous pensez bien que tout le poids perdu pendant cette période a été repris au double dans les phases d'hyperphagie. Il manquait juste un magicien disant "abracadabra" à côté de mon miroir de salle de bains pour que le spectacle soit complet.
J'ai tenté de prendre un jour de congés histoire de souffler loin du boulot, mais dans un premier temps ma binôme au bureau, Unau, me faisait reporter sans cesse, c'était jamais le bon moment. Il y avait toujours une "grande" échéance qui faisait qu'elle ne pourrait pas tenir si elle devait assumer le secrétariat seule toute la journée. La première fois j'ai dit, ok, admettons. La deuxième j'ai pensé, oui enfin, c'est à peu près tout le temps comme ça, on est en cabinet, hein. La troisième, j'ai commencé à me demander si j'étais pas en train de me faire enfler, mais j'ai arrêté d'insister. C'est quand j'ai craqué devant elle, un après-midi, alors que jusque là j'avais eu suffisamment de chance pour n'avoir aucun témoin de mes crises de flashbackite aigüe, que j'ai décidé que j'avais atteint le point de non-retour, et j'ai pris quinze jours d'un coup... que j'ai passés moitié au fond de mon pieu, moitié à un évènement sur les séries qui m'a mise sur les rotules parce que je voulais en "tirer le maximum" (voir aussi : syndrome du puisque-je-dors-pas-autant-mettre-mon-temps-à-profit, doublé du fait que comme je dis pas ce qui me tracasse, je mets les bouchées doubles pour faire illusion). Pour se venger, à mon retour elle a également pris quinze jours, pendant lesquels, pas du tout retapée (par ma faute, certes), j'ai fait des journées de jusqu'à 12h sans pause ("désolé lady on a une urgence, vous rattraperez demain, d'accord ?" tous les jours), si bien que finalement non seulement il n'y a pas vraiment eu bénéfice, mais en plus tout éventuel bénéfice a été perdu dés que j'ai posé un pied au bureau.

Et je ne mentionne pas les coups de fil de mes proches prenant de mes nouvelles, à qui je finissais par parler de séries (que je ne regardais pas) ou de faits d'actualité. Quant à mon activité sur les réseaux sociaux, elle était parfaitement divisée entre "j'arrive à faire semblant de rien youpi chouette déconnons avec les gens" et "que personne ne me parle aujourd'hui d'ailleurs tiens, je vais tout éteindre", et donc magnifiquement schizophrène. Pendant que j'opérais le mouvement de balancier, soit je culpabilisais de n'être pas capable de m'ouvrir aux autres (qualité dont je me suis si souvent vantée haut et fort), soit je culpabilisais de vouloir parler et dans ce cas de passer pour une attention whore. Car oui, dans ma grande logique du moment, essayer de dire que je vais mal (un peu beaucoup, d'ailleurs), c'était mal. Comme si j'étais supposée être toujours dans une humeur de cheerleader ! Alors du coup je disais rien, et EN PLUS, je m'en voulais de ne rien dire.

Tout ça pour pas avoir à parler.

Alors voilà le secret du pourquoi j'ai fermé ma gueule. Le secret, c'est que JE VAIS BIEN.
Sérieusement, JE VAIS BIEN... la preuve : tout ce qui m'est arrivé est au passé ! J'ai mon propre appartement, un boulot stable quand bien même il est parfois "prenant", des loisirs que j'aime (enfin, quand j'arrive à me mettre devant une télé, ce qui m'a été impossible pendant plus de 40 jours), quelques amis, des projets, des chats... franchement, quand on compare à ma situation à plusieurs points du passé, JE VAIS BIEN, non ?
Mais plus sérieusement encore, JE VAIS BIEN parc que je n'ai pas le droit de ne pas aller bien. Je me disais que je n'avais pas le droit de me plaindre, j'ai plaqué mes parents il y a presque deux ans, je ne leur ai plus parlé depuis lors, qu'est-ce que je veux de plus ? Le soucis c'est que j'ai beau pensé que ça devrait suffire, pour autant, il y a une réalité à laquelle je ne peux pas échapper : arrêter de prendre du poison au quotidien n'implique pas qu'on a expurgé toutes les toxines précédemment avalées. Pendant des mois, j'ai essayé de me convaincre que youpichouette, ma nouvelle vie est géniale et tout va bien et je suis libre ! ...Quand en réalité, j'ai simplement arrêté d'être enchaînée. Grosse différence. Lourde différence, qui pèse sur moi à retardement, mais dont je ne peux pas me débarrasser d'un geste las de la main, comme si, oui bon, c'était un détail.
Je m'enorgueuillissais tant de ne plus avoir fait un seul cauchemar avec des vampires ! Rendez-vous compte : j'avais fait ces cauchemars pendant 29 années, plusieurs fois par semaine, ou parfois "seulement" plusieurs fois par mois, et plus rien ! Certes j'avais quelques cauchemars de zombies qui s'étaient déclarés, mais qui n'avaient pas de signification autre que : faut arrêter de regarder The Walking Dead maintenant, hein. Les cauchemars symboliques appartenaient au passé ! Et maintenant il fallait s'en prendre d'autres dans la tronche ? Et pire encore, depuis janvier, les non-cauchemars sont encore plus terrifiants au réveil : ils se passent tous, systématiquement, dans la maison de mes parents et/ou avec eux. TOUS. Comment vous voulez vous lever le lendemain matin quand vous avez vu les visages de vos... je vais utiliser le mot "bourreaux" ? Allez, disons "bourreaux". Comment faire quand vous voyez toutes les nuits les visages de vos bourreaux ? Comment accepter de fermer l'oeil quand tout ce qui vous attend, c'est que votre subconscient va vous ramener là où vous avez mis 29 années à ne plus être ? J'étais tellement fière d'être allée de l'avant et d'avoir mis tout ça derrière moi, je n'avais pas le droit d'aller mal à nouveau.
Parce qu'aller mal à nouveau signifie qu'il n'y a pas de solution. Que même prendre toutes les précautions (ne plus les voir, ne plus leur parler, ne même plus les évoquer...) ne suffit pas à se prémunir contre le cercle infernal.
Et puis, je suis une femme de 31 ans, ressasser encore et toujours les histoires de quand je vivais avec eux (ou chez eux, quand je leur louais), à un moment, ne devrais-je pas avoir passé l'âge ? Sans compter que franchement, ça n'intéresse personne toute cette histoire. Ca n'a jamais intéressé grand'monde mais, à présent, tout le monde la connaît, la tragédie grecque de lady. On veut changer de disque !
Moi aussi je veux changer de disque. Je veux penser qu'il y a une issue, à un moment. Que je peux aller de l'avant au lieu d'être toujours ramenée en arrière.

Alors je ne disais rien. Pour toutes ces raisons et encore quelques autres. Et ça n'a sûrement pas aidé.

J'ai fini par sombrer dans une dépression parallèle aux cauchemars et aux flashbacks (le PTSD était déjà largement suffisant, pourtant, à la base), où tout semblait sans issue.
Me dire qu'à mon âge j'en suis encore à me glacer parce que j'ai ressenti à nouveau la peur pure que j'éprouvais en tant qu'enfant ou adolescente, et que j'en ai probablement jusqu'à la fin de ma vie comme ça. Que je ne devrais pas chercher à me faire, ou à me garder des amis dans ces conditions ; c'est pas juste d'imposer ça aux gens, ou alors ça veut dire le leur cacher et c'est pas juste de me forcer à cacher que je vais mal juste par crainte de leur faire peur. Pis ne parlons même pas de la question du célibat qu'une fois de temps en temps il faudrait que je me pose plus sérieusement que je ne le fais : comment s'investir dans une relation où on peut même pas promettre un minimum de santé mentale ? J'ai fait 10 ans de thérapie, j'ai pris de la distance émotionnelle (le pensais-je), physique, tout, et ça ne suffit pas...
Dans ce cas, autant se flinguer tout de suite, parce que je suis inadaptée à toute vie sociale !
Que suis-je supposée attendre de la vie si ça me poursuit à ce point ? S'il y a encore des surprises que mon subconscient me réserve et dont je n'ai aucune idée ; et si dans quelques années je me mettais à faire d'autres sortes de crises ? Si je devenais incapable de travailler ? Comment je peux faire des plans pour moi-même si je ne peux pas partir du principe que je suis fonctionnelle ?

Alors pardon si aujourd'hui mes douleurs muettes sont très bavardes. Ca faisait presque 6 mois qu'elles se retenaient. Je ne dis pas que je résous quoi que ce soit en parlant, mais j'espère en tous cas que ça arrêtera d'empirer...
On se satisfait parfois de peu de choses.

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23 avril 2013

Tweetocratie

Eh bien c'est pas trop tôt. On a enfin voté l'égalité, et cela ne nous aura pris que, quoi, allez, 200 heures de discussions ? Par là ? Sachant qu'une franche moitié de ces discussions, et c'est une estimation généreuse, consistait généralement à ressortir des raccourcis puants et des raisonnements simplificateurs. Oh ça va, hein, on a tous lu les arguments UMP, la plupart n'étaient même pas des arguments ; j'ai lu plus d'arguments "contre" sur la Toile que je n'en ai entendu dans l'hémicycle. Bref, on aura largement fait le tour du sujet, ça a pris des plombes, certains extrêmes se sont vus exacerbés, mais bon, on a franchi le cap et maintenant, on peut respirer un air... encore un peu vicié, c'est sûr, mais ça devrait progressivement s'arranger, en tous cas. C'était le but.
Alors oui, l'égalité a triomphé, tout ça, blablabla. Bon on va pas refaire le match, hein, on en a tous assez soupé. Et c'est pas de ça dont je voulais parler aujourd'hui.

Cela fait quatre années maintenant que je suis sur Twitter (enfin, bon, ça fera 4 ans en mai plus exactement), et je n'avais jamais vu autant de monde se passionner pour la politique. Je veux dire, si, oui, évidemment, mais pas la politique non-politicienne. Paradoxalement, c'était la politique politicienne qui agitait souvent Twitter : déclarations des uns, interventions des autres, sans parler des tweets de quelques politiques qui cherchent à se reconvertir dans le troll. Bref, jusque là, Twitter en tant qu'entité vague et vaste (un blob bien pratique : pardonnez-moi par avance pour les généralisations, car je sais bien qu'en réalité il n'existe pas UN Twitter) ne suivait pas de très près la machine démocratique en action.
Le hashtag #directAN n'est pas né avec les débats sur le mariage pour tous, mais c'est pourtant à cette occasion qu'on l'a vu fleurir sur les timelines ; suivre en direct les débat restait marginal en 2012 ; en 2013, c'est devenu un véritable sport national.

Il n'y a que du bon dans cette pratique, et j'ai été ravie de voir que le hashtag #directAN a continué d'être utilisé pour d'autres débats, certes moins médiatiques, mais tout aussi intéressants pour les citoyens. Il existait sûrement avant, mais qui parmi nous l'avait employé ?

Dans le fond, qu'on ait été "pour", ou "contre", ou "sans avis mais pitié qu'on en finisse", l'important, c'est que des milliers, et sûrement plus encore, de Français ont regardé comment se passaient réellement les débats sur un texte de loi, et pour beaucoup, c'était la première fois (le site video de l'Assemblée a-t-il donné des chiffres de fréquentation ?). Je doute, bien-sûr, que qui que ce soit ait changé d'opinion en lisant des tweets, mais la démocratie n'est pas un concours de conversion, c'est un exercice d'expression.

Certes, ce que les Français ont vu a souvent paru être une querelle dans la cour de la maternelle, mais comme la plupart d'entre nous zappe frénétiquement quand France 3 diffuse les QAG le mardi et le mercredi après-midi, réaliser quelles étaient certaines des réalités de l'Assemblée nationale était d'autant plus salvateur.
Car c'est une chose que de se plaindre des députés qui votent ci ou qui sont présents à ça ; avoir une opinion sur le cumul des mandats ou le système de présence reste cependant théorique. Voir réellement ces mêmes députés interagir, ainsi qu'avec des ministres, sur un sujet précis, en est une toute autre. C'était une expérience que beaucoup de Français n'avaient encore jamais faite, par crainte de l'ennui ; ils ont découvert ces derniers mois qu'en réalité, un débat à l'Assemblée peut être aussi passionnant qu'une rencontre sportive, malgré ce que les ventres parfois dodus ou les tempes souvent grisonnantes pourraient laisser présager dans l'imaginaire collectif. Et il n'y avait pas de temps mort.

Au match "mariage pour tous", chacun a découvert que derrière la population floue et vaste des élus, il y avait des gens. Des noms qu'on avait déjà entendus, évidemment, mais aussi plein d'autres qui n'évoquaient rien jusqu'alors, et qui soudain se sont vus complétés par des visages, des postures, des propos. Chaque camps a découvert ses champions, ses mauvais élèves. Les députés ne sont plus une lointaine élite pour laquelle nous votons cycliquement sans trop nous attacher à les suivre par-delà leur élection, ils étaient nos représentants, ils parlaient pour nous, et ils avaient intérêt à le prendre autant à coeur que nous. On avait l'oeil sur eux.

Sur Twitter, il ne s'agissait pas simplement d'écouter les députés (ou les ministres, d'ailleurs) débattre. Soudain, chaque possesseur d'un compte sur Twitter pouvait s'improviser commentateur : everyone's an analyst. Relever les sorties aberrantes, décortiquer les habitudes d'orateur, soutenir un propos qui, noyé dans la masse de paroles échangées, avait retenu notre attention : le tweet était à la fois une façon de synthétiser la pensée des intervenants bavards et verbeux, et de participer activement à la discussion générale. Parfois sérieusement, parfois en plaisantant, parfois de façon partiale... comme on le fait sur Twitter pour tout. Ici, pour la première fois, nous étions incroyablement nombreux à le faire sur les discussions d'un projet de loi.
Imaginez un peu l'ironie : ceux qui tombaient par le passé sur une séance dans l'après-midi s'enfuyaient en courant, quand ces derniers mois, ils restaient debout jusque tard dans la nuit, aux aguets, prêts à ne rien laisser passer.
J'ai passé des soirées entières à lire ce qui se disait sur les hashtags, à plaisanter sur les rappels au règlement de Mariton, à retweeter les phrases-clés. Je n'étais pas la seule. Et ainsi, ce n'étaient plus des phrases prononcées dans l'intimité de "ceux qui savent", mais bien des déclarations publiques, dont chacun se sentait libre de s'emparer. Les propos homophobes, les déclarations ubuesques, les piques historico-politiques gratuites, plus rien n'avait droit à l'impunité.

A cela encore s'ajoutait un autre intérêt typique de Twitter. Pendant que le hashtag #directAN vrombrissait de citations et de points de vue en 140 caractères, tournaient aussi des centaines de liens, de références, de compléments d'information, d'avis ; et c'est typique de Twitter parce que c'est, en temps réel, accessible à absolument tout le monde. Il n'y avait qu'à se baisser pour ramasser.
Des individus dont on ignorait l'existence quelques heures plus tôt postaient soudain un lien vers une tribune sur leur blog. Des captures de tweets haineux circulaient pour que ne soient pas tus certains abus. Ceux qui suivaient Maître Eolas ont pu lire des précisions de tout ordre (légal évidemment, historique, politique...), et le principe-même de Twitter, c'est que tout le monde peut suivre Maître Eolas, on ne fonctionne pas en circuit fermé. Le tourbillon qu'est Twitter a permis que chacun se nourrisse de tout ce qu'internet semblait receler comme richesses sur le sujet abordé. Rares sont ceux qui se contentaient de commenter les débats, de nombreuses discussions (certes souvent houleuses et ponctuées d'invectives) ont eu lieu, éphémères, avec des inconnus oubliés le lendemain matin. Ce n'était pas un débat réservé aux initiés. Chacun avait sa place. Chacun trouvait de la place pour ses idées, de quoi les étayer, des gens pour les partager, des gens pour s'y opposer.
You didn't have to be in the know. You could become in the know.

MariagePourTousLT

Evidemment, un sujet de société se prête plus à pareil exercice qu'une loi de finances, disons, plus technique. Encore que.

Il y a quelques années, dans un cabinet ministériel précédent, j'avais travaillé sur un projet de loi ; j'étais l'unique assistante du conseiller parlementaire, Blue, et outre le texte du projet de loi que je connaissais sur le bout des doigts, je me rappelle avoir épluché avec lui les amendements : lus, relus, rerelus, classés en tableaux et en synthèses ; suivi le vote, un par un, pour chacun de ces amendements, à l'Assemblée, au Sénat, puis finalement, à l'Assemblée une dernière fois, pour la route ; je me rappelle les éléments de language à préparer pour le ministre... Avec Blue, j'avais appris à comprendre comment tout cela fonctionnait : les avis sur les amendements déposés, la navette, etc., et j'avoue que c'était la première fois que je m'y intéressais de près. J'ai encore les divers fascicules qui ont jalonné ces quelques mois de folie (texte du projet de loi, réglement de l'Assemblée dans sa version d'alors... je crois que j'ai même encore quelques "jaunes" dans un fond de carton). C'est pas que j'avais de la tendresse pour le texte de loi lui-même ou son sujet, mais ç'avait été mon baptême du feu de la République, en quelque sorte, le moment où j'avais eu l'impression de n'être pas seulement une assistante, mais une assistante qui a une fonction, aussi minime soit-elle, dans la machine de la démocratie. Ce qui se bornait à quelques souvenirs des cours d'éducation civique devenait soudain réel, et d'autant plus réel que je me sentais concernée.
Ces derniers mois, j'ai vu Twitter s'emparer du hashtag #directAN, et dans une moindre mesure, du #directSenat, et j'ai eu l'impression que tout le monde se mettait le pied à l'étrier, voulait prendre sa place dans le processus. C'est incroyable de se dire que tant d'anonymes se sont emparés des discussions et se les sont appropriées. Nous nous sommes tous sentis concernés. Ich bin ein Berliner de la démocratie ?

Je ne dis pas que tout le monde sur Twitter s'est emparé dignement des discussion, en permanence : loin de là (oh, je m'en garderais bien). Je dis que les discussions politiques ont pris une nouvelle dimension.
Beaucoup de personnalités (généralement du monde politique, mais pas que) ont tendance à s'offusquer de certaines paroles postées sur les réseaux sociaux, et s'alignent généralement avec ce qu'a dit un grand homme : "tout le monde a une voix, mais on veut pas forcément l'entendre". Je ne suis pas vraiment d'accord : se lit sur Twitter ce qui se disait autrefois tout bas ; désormais, au lieu de se cantonner à trois interlocuteurs au café du Commerce (pardon pour le cliché), c'est une réalité de notre pays qui s'exprime au vu de tous. Grâce à Twitter, toute voix est audible, en tous cas. Ca n'empêche pas les propos illégaux d'être répréhensibles, mais au-delà de quelques comportements extrêmes, ce qui se déroulait la nuit sur Twitter sur le hashtag #directAN, c'était nous, les Français. Tels quels.
On savait déjà que les réseaux sociaux, et notamment le système ouvert de Twitter (qui me fait le préférer, et de très loin, à Facebook et son système de cooptation mutuelle systématique), avaient des vertus démocratiques ; le Printemps arabe nous en avait donné un aperçu, par exemple. Mais la vraie révolution, ce n'est pas forcément la Révolution. Ne serait-ce pas plutôt de voir chacun participer à ce qui existe déjà, et tourne plus ou moins, de laisser chacun garder un oeil sur les élus, s'arroger le droit de juger la moindre petite phrase prononcée en notre nom, s'octroyer la permission de regarder ce qui se dit sous les fameux ors de la République ?
Nous avons tous, bon alors d'accord, pas tous, mais en nombre, décidé de mettre la main à la pâte dans le débat démocratique. Et je doute que nous retournions en arrière : désormais, tout le monde sait où se trouve le fameux Direct AN. Nous ne laisserons plus grand'chose passer, en tous cas, maintenant que nous avons vécu cette expérience une fois ; c'est à espérer.

Rien que ça, ça valait bien de passer 200 heures à se quereller à la récré.

Posté par ladyteruki à 19:30 - L'avis de tous les jours - Commentaires [1] - Permalien [#]

10 janvier 2013

Appel en absence

"Bonjour vous êtes bien sur ma messagerie, je suis occupée à avoir 15 ans, laissez-moi un message !"
*bip*

"Oui euh, c'est encore moi. Alors bon écoute, c'est rien d'important, hein, je voulais juste te prévenir que ça n'allait pas se réaliser finalement. Une question d'ego et d'argent, rien de grave, je te rassure. Donc euh, voilà, pis si tu as l'occasion de changer de but dans la vie, ça nous rendrait bien service. Du coup j'imagine qu'on se voit le 30 mai 2001 aux urgences de l'Hôtel Dieu ? Ah et me rappelle pas, hein, c'est mieux si je t'oublie. Allez ciao."

Posté par ladyteruki à 17:26 - Commentaires [1] - Permalien [#]

08 janvier 2013

Appel entrant

...Quatre sonneries... cinq sonneries... pas l'impression qu'elle va pas décrocher.

"Allô ?
- Ah bah quand même ! C'est moi.
- C'est toi ? Ah putain, j'aurais jamais imaginé !!! T'es où, là ?
- 30, presque 31.
- Eh ben putain !
- Ecoute je peux pas rester longtemps, les appels dans le temps c'est du hors-forfait, j'appelle juste pour te dire : c'est bon.
- C'est bon ?!
- Ouais, ça va se réaliser. Au moins en partie.
- ...
- T'es encore là ?
- ...Ben si on m'avait dit.
- C'est ce que je fais, justement.
- Euh, wow, je sais pas quoi dire...
- Bah dis rien dans ce cas. Par contre rends-moi un service : tu pourrais éviter de tenter de te suicider dans quatre ans ?
- J'vais voir ce que je peux faire... mais c'est clair que ça change tout !
- Ok cool, bon bah j'y vais alors.
- D'accord, on se voit dans 15 ans.
- Deal.
- Bye."

Posté par ladyteruki à 18:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]

07 janvier 2013

Jaded

Régulièrement, je me dis "ma vie est quand même vachement en train de changer..." d'un air songeur. Mais je le dis à intervalles si réguliers désormais (au moins une fois par an) qu'il est grand temps d'en conclure que, le changement, c'est constant.
Evidemment, ce changement prend des formes variées ; parfois j'aimerais les chroniquer avec précision, d'autres fois j'ai juste envie de laisser faire et de me contenter de profiter de la nouvelle version de ma vie, celle qui est patchée, mais qui fonctionne de mieux en mieux. Il y a des changements qui passent par une transformation intérieure, d'autres extérieure... d'autres qui se produisent via des changements professionnels, aussi. Le plus fou c'est quand je peux appeler ces changements "professionnels" et non "sur mon temps libre", comme ça se produit en ce moment.
Régulièrement je me dis que je suis à un virage, mais à bien y réfléchir, la vie est une route de montagne tortueuse. J'ai la chance de ne pas avoir mal au coeur en ce moment, ça n'a pas toujours été le cas.

Quand les changements sont intérieurs, ce sont généralement des choses que j'initie. Etre plus ci. Penser moins comme ça. Ne plus être la fille de quelqu'un. Je souhaite ces changements et ils ne me pèsent pas, mais ils demandent du travail sur moi-même, de l'effort, et donc du temps.
Et puis parfois, les changements sont extérieurs et ne m'appartiennent pas. Ce qui dépend de moi, c'est seulement la façon de s'y adapter. Quand ce sont des éléments a priori positifs, il pourrait sembler facile de s'adapter. Mais étrangement, pas trop. Cependant, la vraie difficulté, c'est de voir comment les changements extérieurs impliquent des changements intérieurs.

Je n'y avais jamais réfléchi jusque là, mais ces dernières années, je me suis par exemple méchamment endurcie.
Le problème c'est que, je me considère tellement comme une petite nature émotive, que quand je me dis que je suis un peu dure, ça me fait rire intérieurement. Peut-on prendre au sérieux quelqu'un qui prétend s'être blindée, mais qui pleure encore régulièrement devant ses séries (ou, pire, à cause d'elles) ? Pas franchement. D'ailleurs, écrirais-je ici si j'étais si dure ? Probablement pas.
Et je me targue, d'ailleurs, d'avoir une telle faculté à ressentir des émotions aussi vives ; ma soeur qui ne verse jamais une larme devant une fiction, par exemple, je ne l'envie pas un instant, et je suis fière d'être si émotive. Mais cette émotivité, je l'avais complètement ignoré pendant ces dernières années, est superficielle. Elle est vraie, bien-sûr, mais elle ne m'implique pas. Il me suffit de choisir de ne pas regarder un épisode touchant pour l'éviter ; tandis qu'on ne peut pas éviter les émotions de la "vraie vie".

Depuis que je ne connais plus vraiment de drames personnels, y a-t-il quelque chose qui m'émeuve sincèrement ? Des gens qui me touchent réellement ?
Non, plus ma vie va bien, plus je me dessèche intérieurement. Mais étrangement, je n'en prends conscience que maintenant.

Et le pire c'est qu'à présent, j'en prends conscience parce que cette dureté commence à mordre sur mes émotions téléphagiques. Toutes ces romances qui se contentaient de ne pas m'intéresser, aujourd'hui m'irritent, m'énervent. Le dernier bastion de mon émotivité est en train de tomber. Et quand je n'aurais plus ces émotions de fiction, lesquelles restera-t-il ? C'est la question que je commence à me poser.

La dernière fois que j'ai dit à quelqu'un que je l'aimais (de quelque façon que ce soit) c'était quand ? J'ai voulu répondre à cette question mais j'ai dû marquer un temps d'arrêt : ma poitrine vide s'était glacée à l'idée que, en réalité... la dernière fois que j'ai aimé quelqu'un, c'était quand ? Même pas aimer d'amour, mais juste penser que quelqu'un m'est cher, important. Qui est important dans ma vie aujourd'hui ?
On dit qu'on remplace la moitié de ses amis tous les 7 ans. Hormis un ami qui semble faire partie de la moitié reconduite, c'est inexact : aucun de mes amis n'a fait partie de ma vie plus de deux ou trois ans. Et je compte dans le total les ex-collègues devenus amis, donc en incluant la période pendant laquelle nous n'étions "que" collègues. Pire encore, si ces gens disparaissaient de ma vie, je crois que ça m'affligerait assez peu, en tous cas de moins en moins. L'une d'elle est en train de progressivement s'effacer, et même si je trouve ça dommage, je le prends comme un fait et n'en ressent pas grande tristesse. Bien-sûr que les amis disparaissent avec le temps, c'est dans l'ordre des choses. A vrai dire je ne fais plus rien pour les retenir.
Pour le premier de l'An, l'un d'entre eux m'a invitée à sortir ; je n'ai rien contre lui, on s'amuse toujours quand on se voit, mais je préférais ma soirée en solo ; j'en suis là. J'avais préparé un programme simple mais sympa, avec bain bouillant, alcool à profusion, un épisode sympa et ptet un peu de Sims après minuit, et je n'avais pas envie de modifier mes plans pour un ami.

Appelons les choses par leur nom : je n'ai plus envie d'amis. J'ai envie de copains. Des gens avec qui déconner mais qui ont leur vie et qui ne prennent pas trop de place dans la mienne.

Il en va de même pour les connaissances sur Internet. Je crois que l'une des raisons secrètes pour lesquelles j'aime Twitter (les raisons avouées étant évidentes et, je crois, déjà évoquées dans ces colonnes), c'est que, quand je n'ai pas le temps ou l'envie de discuter avec ces gens, rien ne peut m'y forcer. Mais quand c'est le bon moment, je sais que je vais trouver immédiatement des gens sympas avec qui partager une conversation hilarante ou le débat du siècle, avec lesquels, en toile de fond, je partage plus ou moins les tracas et les bonnes nouvelles, mais qui ne s'accrochent pas, qui ont une existence autonome. Et auxquels je ne m'accroche pas, non plus. Je ne vivais pas ma vie sur internet de cette façon il y a encore pas si longtemps. Je pensais avoir trouvé des gens avec qui j'avais des points en commun rarissime, et former une communauté avec eux, et ça semblait important. Aujourd'hui, je n'ai pas envie d'appartenir à un groupe d'amis, je veux simplement savoir où aller pour retrouver des gens que je connais mais qui ne me demandent rien.
Parfois il me semble être quelqu'un de plutôt gentil et agréable avec eux ; mais il m'arrive de taper un message gentil sur Twitter, en public ou en DM, et de me dire : "tu le pensais vraiment, ce mot gentil ?". Je suppose que oui, au sens où je n'ai pas dit le contraire de ce que je pensais. Mais peut-être que je ne le pensais pas au sens où mon coeur ne bat pas plus pour ces contacts-là que pour les autres. J'ai mes têtes, ceux avec lesquels je sais que je m'entendrais toujours mieux que les autres, mais sont-ils chers à mon coeur ? Est-ce que je me languis d'eux lorsque je ne me connecte pas pendant un long moment à Twitter ? Pas vraiment.

Ce comportement amical ne se limite, évidemment, pas qu'à ce domaine. En matière d'amours, c'est le calme plat. Ca fait un bon bout de temps que je n'ai pas eu le plus petite béguin, et ne parlons même pas d'être amoureuse, ça fait des années et des années. Vu qu'en plus, je ne suis pas intéressée par le one-night stand, la solitude est donc une conséquence logique.
J'aimais ça, être amoureuse (et aimée encore plus, comme tout le monde), dans le temps. Sûrement trop, vu le surinvestissement qui en résultait. Une part de moi aimerait bien être amoureuse à nouveau. Rencontrer quelqu'un qui fasse battre mon coeur. Mais ensuite je me dis : "ouais, et sacrifier l'écriture, les visionnages, les lectures, les mille choses passionnantes que je préfère faire ? pas envie". Ma vie amoureuse, c'est un peu la veille du premier de l'An tous les soirs.

Si je remets assez rarement ma vie amicale en question, sur le plan de la vie amoureuse, ces dernières années, j'ai largement eu le temps de réfléchir, en revanche. Et j'ai réalisé que chaque fois que j'en parle avec moi-même, depuis quelques temps, la conversation finit toujours au même endroit. Là :
"Mais t'as pas envie de rencontrer quelqu'un ?
- Boahf. A quoi bon ? Rencontrer un mec, faire un peu moins ce que j'aime juste parce qu'il est dans ma vie... Sacrifice inutile.
- N'empêche ce serait cool de pas se coucher toute seule ce soir.
- Ah bien-sûr. Ah ce soir je dis pas. Mais après ? A quoi ça sert de se mettre avec quelqu'un, de se faire chier à trouver quelqu'un qui est compatible du point de vue du mode de vie, idéologique, politique, sexuel, etc... juste compatible, je parle même pas de se faire chier à trouver quelqu'un de parfait... et ensuite, passer quelques mois, allez ok, disons un an ou deux ensemble, et rompre et tout recommencer ? Putain mais j'ai autre chose à faire que me faire dézinguer le coeur à chaque fois, quoi. Tout ça pour revenir à la case départ. Je suis seule, eh bah je suis seule, voilà. Autant assumer ! Statistiquement, il y a des gens qui crèvent seuls. Pourquoi chercher des prétextes pour faire semblant de ne pas voir la solitude ? La solitude est la seule constante. Autant l'accueillir à bras ouverts plutôt que d'en chialer tous les soirs sur un coin de traversin.
- Tu peux quand même pas ignorer que tu as un besoin dévorant d'affection...
- Mais précisément : dévorant ! Et on a vu ce que ça a donné par le passé. Alors je peux prétendre que la prochaine fois je serai plus mature, plus sage, plus raisonnée ; je peux me convaincre que, promis, avec les années qui ont passé, je ne referai pas les mêmes erreurs de me jeter à corps perdu dans une relation ; je peux même parvenir, avec quelques efforts, à faire semblant de croire que je ne demanderai pas des tonnes et des tonnes d'affection au prochain qui voudra bien s'arrêter. Je peux jouer à ce jeu-là, rien de plus facile. Il n'empêche : j'ai un énorme besoin d'affection. Papa et maman ne m'ont pas donné ce dont j'avais besoin, gnagnagna gna gna, et toute le saint frusquin. Et quand un mec va passer par là, il va vouloir donner ça, j'aurai besoin de ça. C'est facile quand on est seule de contenir ses besoins en affection : il n'y a personne sur qui les reporter, personne à qui réclamer en permanence des preuves de mon existence à ses yeux. Je peux m'imaginer être indépendante, ça ne mange pas de pain. Il n'y a pas d'alternative de toute façon. Mais le vide, il est là. Et si quelqu'un se présente pour le remplir une fois, comment je sais que je ne vais pas lui en demander toujours plus ? Je ne le sais pas. Mais du moment où je vais commencer à vouloir combler le deficit, la relation sera condamnée. Alors restons seule et n'en parlons plus.
- Mais tu admets que tu as besoin d'affection ?
- Justement : plus on en a besoin, plus il faut admettre de s'en priver."

Bah j'y crois pas, voilà, c'est tout. Je crois pas qu'on puisse trouver quelqu'un qui admette qu'une nana qui a sévèrement morflé à un moment va toujours chercher un peu de rab' d'affection. Surtout maintenant que je ne morfle plus, en plus ; comment expliquer que la souffrance passée, aujourd'hui atténuée au point de croire, la plupart du temps, qu'elle a disparu (jusqu'à ce que je me remette à fantasmer sur une famille idéale dans laquelle passer Thanksgiving, en tous cas ; car dans le fond, je fantasme plus souvent sur une famille aimante que sur des mecs bien foutus), ait tout de même laissé ce grand vide ? Comment faire admettre à un type qui n'en demande pas tant que non seulement la marchandise a été abimée, mais qu'elle demande encore aujourd'hui un surplus d'entretien ?
Et ce, sans faire aucune promesse d'avenir ! Je n'ai pas envie de me marier, encore moins envie d'avoir des enfants... Donc le pacte c'est quoi ? "Fais de moi la personne la plus importante de ta vie, et en échange j'abandonnerai une intégrale de série pour toi" ? Soyons réalistes, non.

M'écouter penser ne me réchauffe pas franchement le coeur. Il y a encore une partie de moi (ça doit être celle qui suit le compte Facebook du frère de Lee Pace juste pour voir les photos des réunions de famille et qui s'émeut, je jure devant Dieu, qu'il ait trouvé le bonheur avec une nouvelle petite copine, sans déconner cette part de moi s'est pas un peu trompé d'adresse ?), parfois, qui s'en effraye.
Parce que c'est penser comme ça qui me rend seule. Il y a plein de gens qui trouvent, de par leur monde, quelqu'un qui veut bien "embrasser nos deux têtes" comme dirait Carrie Bradshaw de son tempérament de monstre de foire ; c'est de les tenir à distance avec la conviction de l'échec (encore une prophétie auto-réalisatrice, d'ailleurs) qui m'empêche de trouver quelqu'un. Et je n'ai que 30 ans, c'est sinistre de penser comme ça. J'ai tout le temps d'être amère, et à ce rythme, c'est sûr que je vais l'être ! Un jour j'écrirai le post le plus amer du monde, et je l'aurai bien cherché.

Cette part de moi est au contraire toujours là, réclamant son émotif du aux moments (forcément) les moins opportuns.
C'est celle qui ne s'endort que sur les coups de 5h du matin parce qu'elle a passé toute la nuit à se demander si le truc bien qui lui arrive, elle est suffisamment blindée pour se lancer dedans.

Il y a quelques jours, par hasard mais je ne sais plus par quel enchaînement, je suis tombée sur un blog racontant les petits secrets des stars. Sauf que ce ne sont pas exactement les secrets comme je les vois ordinairement passer avec son long de Kardashian poudrées ; ce sont des secrets sales, triviaux et d'une banalité sans nom. Des gens qui ne cessent de se tromper à qui mieux-mieux, de faire semblant d'être en couple pour la publicité, ou pire encore, qui se violent ou se maltraitent les uns les autres. J'ai toujours été fascinée par cet aspect-là du monde hollywoodien ; rien ne m'intéresse moins que les paillettes (sauf les Emmy Awards), ce à quoi j'ai envie de réfléchir, ce sont les vérités humaines de ces gens qui, dans la vie de tous les jours, n'ont pas de raison d'être plus dignes et nobles que n'importe qui d'autre. En réalité, cela vient de mon envie de savoir la vérité sur "les gens" en général, au lieu de penser que "les gens" ont une vie parfaite et que la mienne ne l'est pas ; j'ai envie de regarder dans les yeux ce qu'il y a de moches et dégradant en eux. Il y a deux ans, je m'étais captivée par exemple pour Texts From Last Night, parce que cela décrivait un mode de vie à cent lieues du mien, où les gens ne se détestent pas, mais ne sortent pas grandis de leurs exploits. C'est aussi ça être humain, et j'aime comprendre cette part des choses ; à plus forte raison parce que je ne la vis pas moi-même dans ma petite tour d'ivoire soigneusement barricadée. J'aime retrouver ce sentiment ambivalent sur ce blog, que, depuis que je l'ai découvert, j'ai passé au peigne fin et lis désormais de façon quotidienne (parfois plusieurs fois par jour). Les secrets confiés m'intéressent parce qu'ils sont crus comme la viande.
Et aussi parce que, secrètement, plus je commence à mettre un doigt dans cet univers, et que le doigt devient main, et peut-être bras si le rendez-vous de demain tourne bien, plus je me dis qu'il faut que je sois prête. Que je laisse ma naïveté au vestiaire et que j'admette que les échantillons de gens que je vais croiser ne sont que rarement, ne sont jamais, "des gens bien". Plus les enjeux augmentent, plus je suis ravie pour moi, et plus je me dis qu'il faut que ma tolérance au cynisme augmente. Et donc plus je deviens cynique.
Ca me blesse parfois un peu de lire certains de ces items sur des violences perturbantes et des dégradations acceptées au nom du succès. Mais je me dis qu'il faut que je tue un peu de cette biche aux grands yeux qui pense pouvoir folâtrer gaiement dans un univers comme celui-là.

Je suis en train de me crever le coeur juste pour être sûre que personne d'autre ne s'en chargera. En un sens, c'est très bien vu de ma part, ça laisse assez peu de possibilités à l'univers de me remettre à terre comme je l'ai été pendant plus de 25 ans. Bon. Mais une fois que ce sera fait, à quoi ça servira que j'existe ? Et comment serai-je même certaine d'exister si plus rien ne me touche ?

Mais serai-je capable ensuite de réussir à continuer d'écrire si je me blinde à ce point ? C'est le dilemme habituel, je suppose. Existe-t-il un équilibre entre l'hypersensibilité et l'insensibilité ? Sans m'en rendre compte, j'ai l'impression d'être passée de l'un à l'autre en quelques années, et maintenant que je m'en aperçois, je m'inquiète. Il est bien temps, me dis-je avec un petit rictus blasé.

Et juste comme ça, je suis en train d'accepter de me dégrader au nom d'un fantôme de succès. Rendez-vous dans quelques mois ou années pour le post de l'amertume, donc. Ca dépendra de la rapidité de la déception, bien-sûr.

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16 octobre 2012

My So-Called Other Life

Mon métier n'a jamais été une vocation. Ca m'étonnerait qu'il existe des enfants qui rêvent, des étoiles dans les yeux, d'être un jour secrétaire. En tous cas, ce n'était pas moi.

Mais enfin, nécessité fait loi, comme on dit.
C'était une formation en alternance ou pas d'études pour moi : le seul choix que me laissaient mes géniteurs après que j'aie quitté la fac d'anglais un peu prématurément (en même temps, quand en décembre on en est encore à faire des cours où on répète qu'il faut mettre un "s" à la troisième personne du singulier, la fac d'anglais, ça manque dramatiquement de stimulation...). Je n'avais pas voulu de la première voie (pourtant déjà une voie de garage). Mes parents m'ont bien fait sentir qu'ils ne sponsoriseraient aucune expérimentation dans mon orientation après ça. Et que si je pouvais commencer à gagner ma vie ce serait même encore mieux.
Après plusieurs expéditions au CIDJ, ma mère a donc insisté pour que je m'inscrive dans une école où faire mon BTS en alternance, et comme j'avais décroché un employeur en un temps record (moins de 24h ; une douzaine de coups de fil, pas plus... eh oui, en 2001, l'économie, c'était encore autre chose à l'époque), l'affaire a été vite conclue. J'étais moi-même plutôt mal, vu que je me remettais d'une tentative de suicide et de plusieurs mois de dépression, même si tout ça me pesait, et me révoltait peut-être aussi (mais une révolte molle, sans effet ; c'était ma spécialité à l'époque), et je m'étais laissée convaincre, il me semble, sans trop de difficultés. Quand on est au 36e dessous et que votre propre mère vous dit alors qu'on fait un bilan de compétences "tes qualités... bah, physiquement, tu es forte. Pas mentalement, hein, non, mais physiquement... qu'est-ce que tu pourrais faire physiquement ?", on a l'impression que c'est le BTS Assistant de Direction ou les chantiers. Et soyons sincères, je me voyais encore moins sur des chantiers. Comme j'étais à ce moment-là dans une espèce de brume, j'avoue que beaucoup de mes souvenirs sont flous, mais bizarrement, le bilan de compétences, il m'est resté là.
Alors on était partis pour une formation en secrétariat. Que du fun en perspective.

Quand je suis arrivée là, j'étais un peu déphasée. Par les mois précédent, et par les différences, aussi. Mes camarades sortaient de bacs techniques qui, déjà, les orientaient vers cette carrière. Pour elles, le renoncement datait d'il y a plusieurs années. Je sortais d'un bac L que j'avais obtenu avec une mention, j'écrivais depuis presque toujours, et j'étais capable de me débrouiller dans trois langues (à ce moment-là mon Russe n'était pas encore oublié). Et puis, beaucoup d'entre elles étaient là "en attendant". Parce qu'elles avaient la ferme intention de se marier vite fait, d'avoir des enfants, et que bosser n'était qu'une étape intermédiaire. J'ai toujours eu du mal à comprendre ces filles-là, j'imagine que le soir elles prenaient un bus qui les ramenaient dans les années 50, je sais pas. De celle qui voulait avoir quatre enfants avant ses 25 ans à celle qui parlait fiançailles avec son highschool sweetheart, c'était souvent irréel de baigner dans ce monde. Qu'est-ce que je foutais là ? C'est à ce moment-là qu'est née ma conviction que j'aurais pu faire autre chose, si seulement...
...Si seulement j'avais pas fait une dépression. Vraiment, c'était trop bête, c'était pas tombé au bon moment.
...Si seulement j'avais de l'argent. Parce que les études c'est quand même avant tout le reste une question d'argent. Si j'avais pu dire que je payais mes études, j'aurais pu les choisir. Ce qui nous amène à...
...Si seulement mes parents m'avaient laissé le choix. J'avais abandonné la fac d'anglais, ça ne faisait pas de moi une totale incapable, si ? Pour mes parents, c'était un aveu d'échec. JE n'étais pas à la hauteur. JE n'étais pas faite pour les études. On va trouver un plan B pour cette pauvre lady qu'est pas si futée qu'on l'avait cru (et pourtant on mettait pas la barre très haut).
...Si seulement je savais quoi. Déjà que l'anglais, c'était pas non plus par conviction... En fait, j'étais bonne en anglais et je m'étais simplement dit que, une fois que je serais prof de Français aux USA, je pourrais toujours bifurquer là-bas vers une autre carrière...

Parce que ce que je voulais faire de ma vie, je le savais bien. Je l'ai toujours su. Ca faisait des années que je le savais. Et des années que mes parents me disaient de "bien m'enfoncer dans le crâne" que dans la vie "on fait pas ce qu'on veut". Et je me l'étais bien enfoncé dans le crâne. Alors je faisais pas ce que je voulais. J'ai même jamais essayé. J'ai jamais eu l'idée de m'inscrire en fac de lettres en douce, au lieu de signer en anglais, par exemple. Je suppose que j'aurais pu mais ça ne m'a pas traversée. J'avais tellement intégré l'idée que je ne pourrais jamais. Comme tout le reste, après tout, de ce que mes parents me répétaient. C'est un beau un lavage de cerveau bien fait, ça force l'admiration. Je ne cherchais même pas à contourner quoi que ce soit. C'était un fait. Dur à avaler, forcément triste, un déchirement en fait, mais enfin, bon, c'est comme ça quoi, on ne fait pas ce qu'on veut dans la vie. Parce que naturellement, "on ne vit pas de sa plume", vous savez.
Alors secrétaire.

A la sortie du BTS, il y a eu le chômage. A la sortie du chômage il y a eu les premiers emplois venus... et encore, j'ai refusé de faire caissière ou de bosser au MacDo, j'estimais que j'avais assez abaissé mon niveau d'exigence personnelle ; j'ai aussi refusé d'entrer dans l'armée parce que le maniement des armes était obligatoire et que je ne voulais pas toucher une arme. De nombreuses fois, en crevant la faim, je m'en voudrais d'avoir des principes, mais enfin, il faut bien mettre une limite à un moment.
Et puis j'ai eu l'occasion de passer un concours, je l'ai réussi, et trouver la stabilité, c'était important. Vital, même. J'étouffais sous l'impression de ne pas vivre, mais simplement survivre, alors oui, à ce stade, c'était bon à prendre.

Alors l'air de rien, en 2010, ça a fait 10 ans que j'avais passé mon bac, et j'ai réalisé que je n'avais pas du tout fait ce que je voulais. Et vraiment, c'est impressionnant, vu de près, une prophétie autoréalisatrice !

Mais fort heureusement, ma mère, dans sa grande bonté, m'avait appris une chose précieuse : l'utilisation du temps libre. Ma mère, qui vous l'aurez deviné n'avait pas plus choisi sa carrière que je n'ai choisi la mienne (elle a raté les Beaux-Arts, ensuite elle s'est destinéee l'enseignement dans le primaire, elle a fini contrôleur des impôts...), sans utiliser ces termes, m'avait fait comprendre qu'on n'est pas son métier. Quand j'étais petite, elle dessinait beaucoup et écrivait un peu ; c'était ça, sa vraie vie. Pour se prouver qu'elle n'était pas complètement morte à l'intérieur, ma fonctionnaire de mère essayait d'entretenir, quand sa vie de bonniche à la maison lui en laissait le temps, sa petite vie artistique. Elle n'y réussissait pas souvent, et, j'avais l'impression, quand elle y parvenait, c'était en cachette de mon père, comme s'il lui était défendu d'exister. Mais enfin, elle m'avait appris ça, et répété inlassablement : "rien ne t'empêche de passer un concours et, sur ton temps libre, faire ce que tu aimes". C'est certainement l'un de ses enseignements que j'ai le plus mis en pratique. En fait, je l'ai même mis en pratique pendant que j'étais au chômage, parce que je ne voulais pas dépérir intellectuellement (c'est comme ça que j'ai commencé à bosser chez SeriesLive, après tout).

J'ai passé mon concours en 2008, et depuis, l'organisation de mes journées tire partie au maximum de mon temps libre. J'ai deux vies professionnelles : celle qui me nourrit, et celle qui me nourrit intellectuellement. L'une ne peut aller sans l'autre et inversement. Pas de boulot : pas d'argent pour entretenir ma passion. Pas de passion, aucune envie d'aller au boulot. Il a fallu trouver l'équilibre. Ca a pris du temps avant de trouver le bon rythme, les bonnes astuces, les bonnes priorités. Non seulement je n'en suis plus à survivre, mais je vis.
Grâce à ma deuxième vie.

Mais comme je le disais, aucun enfant ne rêve d'être un jour secrétaire, assistante, ou Dieu sait quelle appellation on trouvera la prochaine fois pour dire "larbin en milieu administratif". Depuis plusieurs mois que j'ai changé d'environnement, à la faveur d'un changement du Gouvernement, je sens bien la frustration monter.
Ne pas aimer son métier, c'est une chose. Ne pas aimer son boulot, c'en est une autre. Avant, je savais trouver un plaisir, certes minime mais tout de même bel et bien là, dans le fait que je faisais mon boulot, et je le faisais, en règle générale, plutôt bien. Il y a eu des passages difficiles (harcèlement au sein du cabinet, par exemple), mais je trouvais rassurant de rester professionnelle aussi bien dans mon attitude que mes résultats. Mais depuis plusieurs mois, je râle tous les jours. Tous. Les. Jours. Ma partenaire de corvée, avec qui je partage mes fonctions (cf. ladymnistration), l'a bien remarqué ; elle n'est pas tellement plus heureuse mais elle a une façon différente de traiter ce genre de choses (elle somatise, en gros). Moi, je râle. Je rouspète. Je grommèle. Et je ponctue une phrase sur deux, lors du passage de consignes, par des jurons. Ca devient même invivable de l'intérieur, donc je pense que de l'extérieur ça doit être passablement insupportable ; mais ma collègue est d'une patience infinie et je crois que, comme elle se sent un peu désabusée aussi, elle ne me fait pas de remarque. Mais tout m'énerve. Les incompétences des uns, les insuffisances des autres, le toupet de certains patrons... vraiment, je sens que ça ne va pas.
Quand je rentre du boulot, je retrouve ma deuxième vie et, alors que j'aimais bien, il y a encore quelques mois, l'équilibre entre mes deux vies, mes deux professions, celle pour le ventre et celle pour le coeur, aujourd'hui il est devenu très douloureux d'abandonner ma vie qui ne paye pas pour retourner au boulot qui paye mais qui commence à me paraitre cher payé.
Sincèrement, je savais que j'en aurais ras-le-bol, de ce métier. Ca devait arriver. Mais je ne pensais pas que ça se produirait aussi vite.

Je suis plutôt pas mauvaise dans mes deux vies. Mais je veux me désengager de la première. Sauf que, c'est idiot hein, mais payer le loyer de mon appartement que j'aime, je me suis habituée. C'est bête à dire mais, avoir un toit au-dessus de ma tête quand, à une époque, ce n'était pas une évidence, eh bien j'aime ça, voilà ! Et puis, je me l'avoue avec un peu de honte, mais c'est vrai : mon salaire, il me plait comme il est... c'est difficile de faire marche arrière, je l'ai toujours su, après tout, que je n'aurais plus envie de reprendre les choses à zéro ensuite, et qu'une réorientation ne serait pas possible. Ou j'ai toujours cru le savoir. Peut-être que c'était bien enfoncé dans mon crâne si proprement lavé ?

Peut-être que si j'avais été plus courageuse quand j'étais jeune, si j'avais affronté l'ordre établi par mes parents, j'aurais eu une chance de ne pas en passer par là. Mais je n'ai même pas eu l'idée d'essayer. Et je crois que j'étais convaincue que je n'avais pas ce qu'il fallait. Je n'ai même pas essayé ensuite non plus : j'étais dans un état d'esprit de peur, de faim, de panique, et là encore, n'ayant rien ou si peu à perdre, j'aurais pu tenter de faire quelque chose, mais même pas. J'ai attrapé le premier boulot venu, ou presque.
Mais toujours en gardant à l'esprit que j'aurais pu faire mieux. J'aurais dû faire mieux. Nom d'un chien, c'est pas comme si je n'étais pas capable ! Enfin, je ne savais pas si j'étais capable, mais j'étais sûre de ne pas être incapable, en tous cas !!!

Et puis, un jour. Comme mardi dernier. Et comme aujourd'hui. Une porte s'ouvre. Une porte que, très franchement, j'avais un peu désespéré d'ouvrir. Quelqu'un de professionnel vous écoute comme une professionnelle, vous regarde comme une professionnelle, vous traite comme une professionnelle. Ce jour-là, vous vous dites : bien-sûr que je suis capable. Et je ne suis même pas obligée de tout reprendre à zéro.

J'ai eu plusieurs vies. Les deux premières décennies, qui ne m'appartenaient pas. Une année de dépression et de morbidité. Deux années à prétendre vouloir être une gentille secrétaire. Cinq années de chômage, parfois jusqu'à l'extrême. Et maintenant une vie stable, un peu d'argent, du confort financier et donc intellectuel. Comment je sais que je n'aurai pas d'autre vie ? Pourquoi ce serait la dernière ? Plein de fois j'ai réorienté mon chemin.

Peut-être que dans le fond, peut-être... juste peut-être, hein ? Peut-être qu'on peut vivre un peu de sa plume.
Ou qu'au moins on peut acheter quelques DVD avec ce qui en sort. Et puis pour la suite, on verra. La vie est pleine de surprises. Et, non, elles ne sont pas toutes mauvaises.

J'ai tellement d'autres choses dans le crâne que ce qu'on m'y a enfoncé.

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01 octobre 2012

Un jour comme un autre

Aujourd'hui, j'ai pas pensé à vous.
Toute la journée j'ai pas pensé à vous.
J'ai pas fait de cauchemar, la veille, où vous apparaissiez.
J'ai pas eu de rêve l'avant-veille, où je vous suppliais une fois de plus de m'expliquer.
Aujourd'hui, j'ai pas pensé à vous.
Ca m'a même pas effleuré que ça faisait exactement un an que tu ne m'avais pas menacée de me frapper pour la dernière fois.
J'ai pas non plus pensé à ce fichu mug que j'ai oublié, non, ça me ressemble pas.
Aujourd'hui j'ai pas pensé à vous.
Du tout.

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21 août 2012

Where have you been ?

Cela fait un peu moins de deux ans que j'ai l'impression de devenir... féministe.

Ah, tout de suite les grands mots ! Ca sonnerait presque comme un aveu de culpabilité. Ne se proclame féministe que la chienne de garde enragée ne craignant pas la caricature. Les autres femmes n'ont pas intérêt à être féministes. Féministe, c'est quelque chose qu'il faut savoir assumer ! Personne ne vous le dit mais c'est toujours dans l'air ambiant.
Alors du coup, je ne sais pas trop. Je ne sais pas si je le deviens. Et je ne sais pas si je suis supposée le devenir. Suis-je sur la mauvaise pente ?

Il y a quelques semaines, sur Facebook, l'une de mes amies a posté une image à vocation humoristique comme il y en a tant ; mais à celle-là, l'un de ses contacts a immédiatement répliqué, demandant si elle devenait féministe (le statut ayant depuis été effacé, je ne peux reprendre les termes employés exacts). Mon amie de se défendre : "Pas du tout, mais c'est drôle et pas totalement faux...". Bah pourtant ça m'a l'air féministe, non ? Pourquoi s'en défendre alors que c'est clairement le but de ce dessin ? Il n'y a aucune honte à être féministe.

L'image incriminée. Mais ! Elle peut pas être féministe : elle est bleue !

Peut-être que le problème vient du fait que la définition du mot "féminisme" n'en finit plus de glisser. Au point que moi-même, j'en viendrais presque à douter de son sens, bien qu'on puisse supposer que je sois un tantinet concernée.
Alors reprenons depuis le début et voyons ce qu'en dit l'Académie française.

FÉMINISME n. m. XIXe siècle. Formé sur le radical du latin femina, « femme ». Mouvement revendicatif ayant pour objet la reconnaissance ou l'extension des droits de la femme dans la société.

Ah. Il s'agit donc d'un mouvement basé sur les droits. Ça n'a l'air de rien mais ça me semble important. Le féminisme n'est pas une question de relation dominant/dominé : il s'agit simplement de veiller à ce que ses droits soient reconnus. C'est l'Académie française qui le dit.
La question de l'extension est déjà plus compliquée à appréhender, ou en tous cas, est ouverte aux interprétations (quels malins, ces Académiciens, ils ne se sont pas mouillés et nous laissent nous dépêtrer avec les concepts !).  Je suppose que chacun peut y trouver le sens qu'il souhaite, donc, mais je le comprends comme la nécessité de faire avancer les droits de la femme, dans le même sens qu'on pourrait fait avancer, par exemple, les droits des salariés : cela ne revient pas à dire que le salarié doit devenir superpuissant, juste que ses droits doivent continuer de progresser.
Ce qui est important aussi dans cette définition, après tout, c'est ce dont elle ne fait pas mention : il ne s'agit pas d'opposer les femmes aux hommes. Et je crois que c'est la raison pour laquelle, en dépit du terme "mouvement revendicatif" qui sonne comme un rien agressif, je me reconnais dans cette définition : elle ne met pas en opposition les hommes et les femmes, elle dit juste que le féminisme, c'est vouloir que les droits des femmes se portent comme un charme. Pas au détriment de qui que ce soit. La nuance a son importance.

Jusqu'il y a encore, donc, environ deux ans, pour moi, être féministe n'avait curieusement aucune connotation politique. Il s'agissait simplement d'un synonyme des mots indépendance et autonomie. Ou mieux encore : de libre-arbitre. Il y avait d'un côté les femmes qui pensaient qu'on pouvait décider pour elles, et de l'autre les femmes qui étaient féministes. Et rien au milieu, parce que j'avais la vingtaine et que j'aimais beaucoup les concepts simples, c'est bien souvent l'âge qui le veut.
Et ainsi chacune menait sa vie comme elle l'entendait... ou plutôt, soit comme les hommes autour d'elle l'entendaient, soit comme elle l'entendait en son âme et conscience.
Mais dans mon esprit, cela ne correspondait pas à grand'chose de précis. Par exemple, je n'associais pas les questions de l'avortement au féminisme ; l'avortement était acquis, et si l'on était féministe, alors on prenait la décision toute seule si on était confrontée à ce dilemme. Si l'on n'était pas féministe, on demandait à son père, son frère, son copain, son mari, peu importe : à un homme, de décider.

Alors qu'est-ce qui a changé ? Au juste je n'en suis pas certaine, en fait. Il ne s'est rien passé dans ma vie qui relève d'un combat féministe, je pense. Ou en tous cas pas que je considère comme tel. Je continuais par exemple de considérer que ma quête (pour le moment irrésolue) de choisir ma propre contraception était une question de libre-arbitre contrarié, pas de féminisme. J'avais pensé pendant des années que c'était mon jeune âge la cause de la réaction des médecins et gynécologues à ma demande de ligature des trompes, pas le fait que je sois une femme et que les femmes n'aient qu'un libre-arbitre amputé lorsque cela concerne leur utérus.
J'ai longtemps pensé comme ça... jusqu'au jour où j'ai réalisé que je ne pensais plus comme ça. Pas de déclic. Rien. Un jour j'y réfléchis et je me dis : "mouais, en fait, ça se trouve, c'est ptet bien parce que je suis une femme qu'on me casse les burnes-que-je-n'ai-pas de cette façon". Et j'ai commencé à me dire que c'était quand même drôlement suspect cette pression qu'on exerçait sur moi, à travers différent médecins, à me dire et me répéter que je changerais d'avis, qu'un jour je voudrais des enfants, qu'un jour si un homme veut des enfants de moi je serai bien embêtée.
J'ai commencé à me dire : pas sûr qu'on pose toutes ces questions à des futurs parents. "Bon, là maintenant vous voulez avoir un enfant, mais qu'est-ce qui se passera si vous changez d'avis ? Et si un jour vous réalisez que vous ne vouliez pas vraiment des enfants ? Ou si un jour, vous rencontrez un homme qui ne veut pas d'enfant ?". Mais les ventres ronds sont nombreux et personne n'a l'audace de leur demander ce qui se passera s'ils changent d'avis. Et pourtant, c'est à mon sens plus grave. Décider de ne pas avoir d'enfant, décider de faire les démarches chirurgicales pour s'en assurer, certes, ce n'est pas irréversible. Mais il y a l'adoption. Il y a les familles recomposées. Il y a des tas de façon de laisser parler son instinct maternel, si vraiment on pense détenir ce pouvoir magique qui fait aimer les enfants. Mais si vous faites un enfant et que vous avez des remords ? Vous faites quoi, vous rejetez votre enfant ? Vous le confiez aux serves adéquats, ou vous lui faites sentir toute sa vie que finalement vous auriez aimé ne pas l'avoir ? Mais socialement, une femme doit vouloir des enfants. Alors on ne lui pose pas trop la question des remords ; tandis que si elle ne veut pas d'enfant, là on joue sur la culpabilité potentielle qui sera la sienne si, oh horreur, elle ne tombe jamais enceinte.

Quelque part à ce moment-là de ma réflexion, j'ai commencé à me demander si ma façon de voir la condition des femmes ne méritait pas une petite mise à jour. Il me fallait réfléchir à toutes les choses qui me semblaient évidentes, pour vérifier si elles l'étaient vraiment.

Mais ça n'est pourtant pas devenu un sujet central dans ma vie.
J'ai simplement ajouté la question "être une femme, et en particulier être une femme dans la société au coeur de laquelle je vie, ça veut dire quoi ?" à tous les sujets qui m'intéressent, de la politique politicienne à la télévision, en passant par le constructivisme. C'était il y a trois ou quatre ans, une période où je regardais encore pas mal de débats sur plein de sujets (la religion, la diplomatie, la Justice...) et où j'ai commencé à lire des sites tels que Slate afin de m'alimenter régulièrement, mais sans lourdeur, en pistes de réflexion diverses et variées. Le féminisme n'était pas LE sujet qui me préoccupait. Mais pour la première fois, j'interrogeais mes certitudes.

Et pourtant, entre la lecture quasi-quotidienne de Slate afin de cultiver mes propres opinions dans des tas de domaines, et ma position actuelle sur le féminisme, il s'est encore passé des choses. Je le vois aux sites que je lis, aux comptes Twitter que je suis, aux débats que j'ai avec des proches ou des inconnus. Je le vois aussi à ma réaction de plus en plus méfiante vis-à-vis de certains mécanismes qui m'apparaissent comme sexistes depuis, donc, un peu moins de deux ans.
Suis-je devenue féministe ?

Pas sûr. Le débat "Madame/Mademoiselle" m'a fait rouler des yeux. Non parce qu'il y a une hiérarchie des maux ("franchement, ya pas plus important comme combat féministe ?!"), non parce qu'il y a une exagération du sens de ces mots ("rho ça va, c'est pas parce que j'appelle quelqu'un Mademoiselle que ça veut dire qu'elle n'a pas été validée par un homme !"), mais parce que le changement cosmétique d'un mot ne modifie pas certaines pensées, et que le débat a au contraire exacerbé les positions les plus problématiques. J'ai même entendu un homme dire qu'il appelait les femmes "Mademoiselle" exprès pour les faire enrager... c'est dire si le combat n'était pas forcément bien mené. Il n'y a pas semblé avoir de prise de conscience derrière le "Madame/Mademoiselle", et pire encore, je ne sais pas si cette passe d'armes a donné une chance à quiconque d'atteindre une prise de conscience, même minime. Le vocabulaire était supposé souligner un problème, au lieu de ça beaucoup n'ont vu que le vocabulaire...

Je crois que dans le fond, j'ai gardé un peu de cette conviction que le féminisme équivaut au libre-arbitre. Sans doute parce que les deux sont indissociables : je suis une personne avec son libre-arbitre, et je suis une femme. Il semblerait logique que je puisse prendre absolument toutes les décisions qui me chantent (c'est le libre-arbitre), et il serait heureux que je puisse les prendre sans que ma condition de femme n'apporte des clauses en petits caractères lorsque je prends des décisions, voire même, efface certaines possibilités.
Force est de constater, parfois, qu'il y a encore des standards différents qui s'appliquent aux décisions que l'on prend selon qu'on est un homme ou une femme.

J'ai grandi dans une maison dans laquelle mon père pouvait faire la vaisselle une fois tous les 15 ans lorsque nous étions à la maison et s'exclamer : "il y a trois femmes dans cette maison, et c'est moi qui fais la vaisselle !" sans que ni ma mère, ni ma sœur, ni moi, ne réagissions (lorsqu'il y était seul, la question ne se posait pas ; et rétrospectivement, encore heureux). Aujourd'hui je repense à cette phrase et je réalise combien elle était symptomatique de la façon dont mon père concevait le rôle de chacun et chacune à la maison. Que de chemin parcouru...
Si j'avais écouté mon père, aujourd'hui je serais probablement en train de faire la vaisselle ou passer la serpillère (des activités qui pouvaient occuper ma mère des weekends entiers) au lieu d'écrire ; et je ressens cette réalité comme une perte à laquelle j'ai échappé de justesse, grâce à quelques lectures et une conscience qui s'est réveillée.

Mais alors que depuis plusieurs jours, les articles se succèdent sur Todd Akin, et que je me sens animée d'une énorme rage comme chaque fois que je vois un homme politique, quel qu'il soit, s'en prendre à l'appareil reproducteur de femmes qu'il ne connait même pas (mais dont curieusement il espère quand même un peu décrocher le vote), je me rappelle aussi qu'il y a moins de deux ans, je ne lisais pas autant d'articles. Je ne consultais pas Jezebel, Blisstree ou les articles de Gaëlle-Marie Zimmermann. Mais où étais-je ?
Comment se fait-il que je ne m'aperçoive de la brûlante actualité de ces sujets qu'à présent ? Pourquoi étais-je aveugle à ce qui se dit depuis des décennies sur nos droits ?

A vrai dire, je ne suis pas féministe, non... Et je m'en veux un peu.

Posté par ladyteruki à 21:50 - L'avis de tous les jours - Commentaires [2] - Permalien [#]

18 août 2012

Two sides of the same coin

"Tu as le bonjour des parents".
Lancée alors que nous terminons de préparer le déjeuner, sur un ton tout ce qu'il y a de plus banal, la phrase n'a pourtant rien d'anodin.

On est dimanche, et je suis venue visiter ma soeur, que je n'ai pas vue depuis plusieurs mois. Nous avons convenu d'un après-midi dédié aux séries, j'ai amené plusieurs DVD avec moi et nous avons tout un programme de pilotes qui doit nous emmener jusqu'en début de soirée. La veille, ma soeur ("rei", puisque c'est son surnom sur internet) a écumé avec moi, par téléphone, le contenu de ma téléphage-ot-thèque afin de préparer la journée. Elle n'a pas trop suivi l'actu des séries ces derniers temps, elle vient de finir celles qu'elle regardait avec son mari, elle se cherche des nouveautés, m'a-t-elle dit. Disons surtout que c'est la seule chose qui nous lie un tant soit peu, notre seul point commun, et je la soupçonne d'en être aussi consciente que moi. Il y a une raison pour laquelle nous nous appelons de temps à autres, mais ne nous sommes pas vues depuis janvier...

rei et moi ne pourrions être plus différentes. Sans les séries et quelques private jokes usées que nous recyclons depuis l'enfance, je ne suis pas sûre que nous trouverions encore motif à nous voir. rei n'aime pas Paris, n'aime pas dépenser de l'argent dans un resto, ne raffole pas des discussions ou des débats, et vit le genre de vie que, parfois, il m'arrive de jalouser, au long de laquelle elle suit bien le tracé en pointillés qui la mène vers une existence "normale" qui, parfois, présente de curieuses ressemblances avec celle de mes parents.
Elle-même plaisante souvent sur les grandes ressemblances entre son mec, avec lequel elle s'est pacsée l'an dernier, et son père ; on a toutes très bien vu, quand il a débarqué, que le gendre était le premier homme à être si bien accepté, d'ailleurs. Ces deux-là sont sur le même moule à bien des égards. Ca n'est pas dérangeant parce que, bon, ce n'est pas comme si rei avait de réels contentieux avec son père, après tout. Les souvenirs que j'ai de lui n'ont rien de commun avec ceux qu'elle porte, il ne nous a jamais traitées de la même façon ; il avait raison le jour où il m'a dit qu'il ne faisait pas avec elle les mêmes erreurs qu'avec moi, il a toujours été singulièrement conscient qu'il y avait deux poids et deux mesures.
Chaque weekend, rei continue d'aller déjeuner et dîner chez eux le samedi ET le dimanche (si j'ai bien compris). Son mari fait de même avec sa propre famille. Je crois qu'ils tiennent le secret de la longévité, ces deux-là, quelque part, en décidant de compter chacun sur papa-maman pour les repas du weekend, et en ne se retrouvant que le samedi soir pour aller voir les copains, avant de reprendre leur semaine ; mais ça semble, de mon point de vue de vieille conne, être aussi un brin immature et la solution de facilité. A quoi sert de s'installer avec quelqu'un, ou se pacser, si c'est pour se comporter comme des étudiants qui retournent passer chaque weekend chez les parents ?
Ce n'est pas mon affaire, après tout, je le sais bien. rei et moi n'abordons pas le sujet. Ca fait partie de nos accords tacites pour bien nous entendre. Parce qu'on s'entend bien : on rigole, on pépie, on raconte plein de micro-anecdotes sans conséquence ; simplement on s'entend bien parce qu'il y a des limites à ne pas dépasser (n'entrer dans rien qui soit trop personnel, par exemple, ou ne pas parler du passé) et parce qu'on s'appelle une fois tous les mois ou tous les deux mois, et qu'on se voit deux à trois fois par an.

C'est que, pour en arriver là, à ce dimanche pizza-séries-plaisanteries, on a mis beaucoup de temps.

Quand nous vivions toutes les deux chez les parents, c'était littéralement la guerre. On vivait dans une atmosphère de violence rentrée et étouffée, et entre nous, cette violence était plus facilement libérée. On en est venues aux mains plusieurs fois ; j'étais la plus grande, j'étais la plus forte physiquement, il m'est arrivé d'en abuser ; à l'inverse, se sachant immunisée contre les pulsions de mon père, rei avait tendance à avoir un avantage psychologique sur moi, il lui est arrivé d'en abuser.
Elle a toujours été très dure, aussi.

Tout ce qui m'est arrivé, elle en a été témoin, après tout, et c'est le genre de spectacle qui forge le caractère quand on y assiste depuis qu'on a 3 ans. Elle a vu les crises, entendu les cris. Elle a vu, maintes et maintes fois, mon père la désigner comme exemple à suivre pour moi : "regarde ta soeur, elle au moins elle écoute", "regarde, tu fais pleurer ta soeur, tu vois ce que tu nous fais ?". J'étais le mauvais exemple, elle était la gamine au coeur sur la main. C'était pratique de me faire endosser la responsabilité de l'ambiance dans la maison, je le sais aujourd'hui. Je ne sais pas si c'est le cas de rei.
Elle avait 5 années de moins que moi et elle était plus proche de mon père ; et puis, rei avait quand elle était petite le don de toujours suivre. Si ma mère s'intéressait aux Indiens d'Amérique, rei s'y intéressait. Si mon père décidait d'aller dans le jardin, rei l'accompagnait. Moi je rêvais d'Asie et je voulais lire, écrire et dessiner dans ma chambre ; je persistais à être moi-même et ce n'était pas tolérable. rei a toujours eu l'échine plus souple, elle a découvert le secret que j'ai mis longtemps à comprendre pour avoir la tranquilité ; et quand je l'ai découvert, je n'avais pas envie de m'aplatir, il était trop tard. En grandissant, rei a trouvé le moyen, dans une forme de docilité, de manipuler les parents à ses fins, quand sans le comprendre j'étais systématiquement allée au clash. Je voulais juste exister, quand rei acceptait instinctivement le compromis ; elle l'avait intégré très tôt. Moi je n'avais pas du tout capté. Je tenais pour acquis que j'étais détestable et ingrate, parce qu'on me le répétait, mais je n'avais pas compris que mes parents attendaient de moi une soumission totale avant tout, comme une preuve de mon asservissement avant de m'autoriser à grapiller quelques autorisations de développer ma propre volonté. Mes parents et moi n'avons simplement jamais eu la même conception de ce qu'était une famille, on ne s'était pas compris, et de ce malentendu d'origine ont découlé énormément de conflits. Si j'avais compris alors ce que je sais maintenant, peut-être que je l'aurais joué comme rei, subtilement, patiemment. Et peut-être que je me serais endurcie au lieu de saigner à blanc à chaque attaque.

Alors rei m'a, depuis à peu près autant que je me souvienne, toujours un peu méprisée. Cette façon que j'ai d'être émotive, d'analyser ce qui a été ou ce que je ressens, elle ne le comprend pas, et en plus, elle n'en pense pas grand bien. Pour elle, beaucoup de choses sont simples, binaires. Peu de choses l'atteignent.
Parfois elle sort des choses un peu tristes avec le plus grand naturel, que je trouverais dérangeantes s'il s'agissait de ma propre vie ; mais pour rei, ce sont des faits plutôt froids qui ne suscitent aucune forme d'émotion apparente. Oui, elle a dans leur appartement sa propre chambre depuis le premier jour, oui, elle ne passe pas beaucoup de weekends avec lui, oui, elle s'est pacsée parce que c'était plus pratique, oui, il veut des enfants et elle finira par lui en donner pour lui faire plaisir... Parfois je l'écoute parler et je me surprends à vouloir toquer dans son dos pour entendre le bruit de la carapace invisible qu'elle semble porter en permanence. Bien malin celui qui suscitera chez rei une émotion vive et sincère. Peut-être de temps en temps son mari y arrive-t-il, quand elle ne le traite pas comme un inférieur à son service, ou un enfant ridicule.

rei a assisté à tout et ça l'a blindée pour la vie. Depuis qu'elle a quitté l'enfance, je ne l'ai vue pleurer qu'une fois, et certainement pas devant un film, une série, un livre, une musique ou une expérience touchante. Le jour de son pacs, c'était un mardi je crois ; elle m'a envoyé un MMS entre midi puis  est retournée bosser.

De toute façon, nous nous passons très bien l'une de l'approbation de l'autre. Quoi que je pense de son mode de vie, je le garde pour moi, et inversement. Moins nous abordons les sujets vitaux, mieux ça se passe. C'est à cette condition que ma soeur et moi pouvons interagir, et c'est mieux que tout ce que nous avons connu par le passé, du moment où je l'ai trainée sur le dos dans le couloir, à la fois où elle m'a dénoncée pour une bêtise juste aux fins de me voir me prendre une crise de plusieurs heures, en passant par le jour où, quelques semaines après mon emménagement dans le studio à côté de la fac, elle m'a dit : "de toute façon, tu ne fais plus partie de la famille maintenant".
Va pour le statu quo.

Quand, l'an dernier, j'ai expliqué à rei que je rayais les parents de ma vie, elle n'a pas paru plus bouleversée que ça. Peut-être n'y croyait-elle qu'à moitié (j'ai toujours l'impression, peut-être à tort, qu'elle ne fait pas confiance à mes décisions, et que, comme mes parents, elle pense que je finirai par changer d'avis et rentrer dans "le droit chemin" plus tard). Peut-être qu'elle a intérieurement levé les yeux au ciel et pensé que je faisais encore tout un cinéma (je sais, parce qu'elle me l'a dit il y a quelques années, que comme eux elle pense que je n'ai jamais vraiment souffert et que j'exagère). Peut-être qu'elle n'en avait rien à foutre, qui peut dire. En tous cas, quand je lui ai dit que je ne voulais pas la mettre dans une situation inconfortable vis-à-vis des parents, j'ai entendu au téléphone son haussement d'épaules et elle a dit : "oh tu sais, moi je m'en fiche, c'est vos histoires, pas les miennes". Personne n'est dupe : on sait que quand quelque chose châtouille mon père, toute la maison doit en entendre parler pendant des semaines en long en large et en travers ; il allait forcément lui en parler, la prendre à partie. Mais encore une fois, elle a sa carapace qui la protège de toute émotion...

Il m'avait semblé qu'on avait un accord tacite (une nouvelle clause à notre contrat, pourrait-on dire) depuis : ne pas évoquer les parents. C'est arrivé une fois, au début de l'année, où c'était incontournable : elle m'a demandé de leur envoyer une attestation qui, à terme, allait leur permettre de vendre l'appart qu'ils m'avaient loué, et elle m'avait appelée parce qu'elle devait toucher une partie de l'argent de la vente, et que donc elle voulait que je me hâte d'envoyer le document. C'était pas un problème pour moi que d'en parler cette fois-là, ça n'avait rien de personnel.
En juin, par contre, je l'ai appelée pour ses 25 ans, et elle m'a expliqué qu'ils étaient partis en vacances juste à ce moment-là, lui laissant la charge de leur maison, de la cueillette des fruits dans le jardin, et quelques petites autres tâches domestiques, en leur absence. Elle a essayé de se moquer un peu d'eux avec moi mais j'avais pas vraiment envie d'entrer là-dedans. Pour moi, tout ça, c'est loin. Avant j'aurais ri avec elle ; parce qu'avant, rire était un mécanisme de défense. Aujourd'hui ça ne m'intéresse plus d'entendre parler d'eux, je ne vois pas l'intérêt ni de me moquer, ni de l'écouter s'en plaindre.
Encore une chose que je ne comprendrai jamais vraiment chez rei : elle méprise aussi, un peu, les parents ; elle en dit énormément du mal, mais elle continue d'y aller chaque semaine et refuse de vivre dans une autre ville que la leur. C'est contradictoire pour moi : quand quelqu'un t'agace ou te semble avoir un comportement déplacé (partir en vacances sans nettoyer la maison et laisser une liste de taches à faire en partant à leur fille pile au moment de son anniversaire en est un), tu prends un peu de distance, non ? Sans aller jusqu'à couper les ponts comme moi, prendre l'air le temps d'un ou deux weekends par exemple, semblerait plutôt sain. Mais rei a aussi cette forme de loyauté. Elle considère que quoi que fassent les parents, ils restent les parents auxquels on doit respect et fidélité. Weekend après weekend.
Je suis mal à l'aise avec l'idée de médire dans leur dos. Et je n'ai pas envie de parler d'eux plus que des dents de sagesse qu'on m'a arrachées quand j'étais ado. Il n'y en a aucune nécessité. Je ne ressens presque plus de souffrance ; majoritairement, aujourd'hui, il y a des regrets d'une part, parce qu'effectivement, des parents, je n'en aurai pas d'autres, et puis il y a la sensation d'avoir manqué de quelque chose, mais ça s'arrête à peu près là. Je ne leur veux aucun mal, je ne veux pas lister leurs défauts, je ne veux pas m'en plaindre. Ils appartiennent au passé, autant que faire se peut quand il s'agit de parents. Je ne veut pas nier leur existence, mais ça ne m'intéresse pas de les évoquer.
Visiblement l'accord tacite aura besoin d'être explicité un jour.

"Tu as le bonjour des parents".
J'ai eu un rire. Silence. J'ai marqué l'arrêt, puis : "oh, vraiment ?". Elle a mis les oeufs dans la poële et a dit, de son ton indifférent : "vraiment". J'ai marqué une petite pause. "Ah ok, je croyais que tu plaisantais". Et c'est tout.
Mes parents pensent encore à leur dent de sagesse. Ils pensent peut-être que, à force de patience, elle repoussera ? Que tout n'est pas totalement perdu ? Que ce n'est qu'une lubie ?
Le côté permanent de la chose telle que je la vis depuis bientôt un an n'est pas apparemment pas perçu de la même façon par tous.

Posté par ladyteruki à 14:23 - Commentaires [0] - Permalien [#]